coeurderoy a écrit :Le Seigneur a été traité comme un scélérat, qu'attendez vous Philémon ? L'Histoire a prouvé que les périodes de persécution permises par Dieu n'ont fait qu'émonder l'arbre pour son plus grand bien...évidemment ça risque d'être douloureux mais pas mal de chrétiens s'attendent avec réalisme à partager les opprobres et souffrances du Maître : quoi de neuf sous le soleil à ce propos ? Que serait ma vie (sauf apostasie toujours possible face au supplice...) ? : holocauste...
...pas trop pressé que ça arrive, Seigneur augmente ma foi !
Cher Cœurderoy, je ne parle pas de ce genre de supplice. Nous ne sommes pas aux premiers temps du christianisme (même si certains s’y croient déjà). La force de l’évangélisation est venue de l’exemple du martyre, et de son exposition sur la place publique. Les romains exposaient les suppliciés pour montrer l’exemple. Ceux qui ont souffert la Shoa durant la dernière guerre ont bien compris quel avantage on pouvait tirer de ce genre de témoignage, et s’en sont servi à leur tour, avec le succès que l’on sait. Maintenant ce sont les descendants d’esclaves et des peuples colonisés qui s’y mettent. Aussi les chrétiens ne passent-ils plus pour des martyrs mais pour des bourreaux dont il faudrait au pire tirer vengeance, au mieux effacer la mémoire. Nous ne sommes plus au commencement de la vie de l’Eglise, mais après. Les adversaires intelligents (je ne parle pas des primates du fondamentalisme musulman) de l’Eglise se garderont bien de recommencer ce qu’ont fait les romains. Le genre de martyre auquel nous soyons promis, et que je crains plus que tout, surtout après avoir lu l’entretien de Mgr. Rouët, c’est un étouffement dans le silence, un martyre muet et invisible, où l’Eglise s’évanouirait peu à peu du paysage, sans bruit, sans esclandre. Déjà que l’individualisme ambiant qui règne aujourd’hui dans notre société, y compris chez nos « frères » chrétiens (moi compris), ressemble déjà pas mal à ce que j’écris…
Le fond de ma question est : que peut faire un chrétien, et que peut être son genre de vie, lorsqu’il est coupé de tout, lorsqu’il vit isolé de l’Eglise, sans personne à qui même s’entretenir de sa foi. N’est-ce pas équivalent à tomber dans l’oubli sur une île déserte, ou dans un bagne entouré de brutes épaisses ?
Raistlin a écrit :
Triste tableau que vous nous décrivez là. Vos pensées sont sombres et ça peut se comprendre, mais veillez tout de même à ne pas tomber dans la désespérance, c'est un péché.
Quand on lit ce que peut écrire un mec comme Rouët, on ne peut que déprimer. Car imaginez que le plan Rouët, qui fut de l’aveu même du père Guy le plan du clergé dans son ensemble depuis Vatican II, imaginez que ce plan soit justement le plan de l’Eglise, que le pontificat de Benoît XVI ne soit qu’une petite pause pour nous permettre de souffler un peu, mais que ce soit vraiment au fond ce qui est prévu pour nous : une espèce de dilution inodore, insipide, invisible du « peuple de Dieu » dans ce qui se révèle finalement n'être qu’un vaste anonymat complet et absolu, où tout signe, toute particularité, toute distinction, toute identité chrétienne doit absolument et complètement disparaître, s’évanouir, s’évaporer. Car il s’agit bien de ça. En somme, c’est un peu comme si nos pasteurs, après la mort de Benoît XVI, réunissaient le troupeau des fidèles pour leur annoncer : bon, maintenant vous êtes grands, vous n’avez plus besoin de nous, on vous laisse les clefs de la maison, débrouillez-vous ! C’est un peu ça, la philosophie du père Rouët. Mais une fois dans cette situation, on fait quoi ? C’est ça qui est terrible. « Affermis tes frères », dit le Christ à Pierre. Ce n’est pas pour rien ! Que peut faire le chrétien sans pasteur ?
Et vous me dites de ne pas désespérer ?
ti'hamo a écrit : De toute façon, si on regarde la situation actuelle : si un jour tout ce que vous décrivez se produit, cela serait le cas en Occident. Et il y a de grandes chances que nous nous retrouvions avec un Occident paganisé ré-évangélisé par des missionnaires d'Afrique ou d'Asie, ou d'Amérique du Sud. Ce qui ne serait qu'un retour de politesse, après tout.
Je n’y crois pas un seul instant. Même si je risque de choquer en disant ça, je n’ai jamais été particulièrement édifié en écoutant prêcher des « missionnaires » d’Afrique. Je crois plutôt que ce qui fait vivre l’Eglise là-bas, c’est l’appui de l’Occident, et que si l’Eglise d’Occident venait à s’effondrer, en Afrique du moins, tout passerait à l’Islam en un rien de temps. Je ne pense pas que dans cette contrée on soit très solide dans la foi, sinon ça se saurait. Et en Asie, que ce soit en Chine ou au Moyen-Orient, les chrétiens rasent les murs. En fait, partout dans le monde, le chrétien vit dans la peur, dans l’angoisse, dans la suspicion, dans le souci permanent de ne pas faire de vague, de ne pas choquer, il est accommodant, il cherche à être bien avec tout le monde. Voilà précisément, selon moi, ce qui nous conduit au genre de « supplice » dont je parle plus haut. Les chrétiens ne sont pas en contradiction avec le monde directement à cause du message de l’Evangile, mais à cause de leur passé historique qu’ils traînent derrière eux comme une casserole, d’où les contradictions inextricables dans lesquelles s’emmêlent et s’entortillent les pieds de nos pasteurs depuis Vatican II, faisant en plus inévitablement naître le venin interne de la division, laquelle réduit considérablement leurs capacités d’action.
etienne lorant a écrit :Mais c'est déjà arrivé. En Union Soviétique, en Pologne et dans tous les pays communistes avant la chute du mur de Berlin.
Tss… tss… pas pareil du tout. Les communistes ont persécuté (quand ils l’ont fait, et ils ne l’ont pas toujours fait) l’Eglise dans des sociétés fortement christianisées. Ils n’ont fait qu’insuffler un réflexe de résistance. Le capitalisme libertaire-libéral individualiste ploutocratico-pagano-hédoniste et narcissiste-égocentriste est beaucoup plus efficace à cet égard.
ehyia29 a écrit :L'Evangile ne passera jamais ! Même si l'institution qui est aujrd'hui minoritaire par la diminution de ces fidèles, la Parole ne passera pas ! Jésus là dit !!! tout ce qui est du monde passera mais les paroles resteront ! On ne peut pas ôter la liberté de croire, le tout c'est de continuer à annoncer l'Evangile ! parce que ça personne ne peut vous interdire comme les premiers chrétiens à vous réunir autour de la Parole. C'est les débuts de l'Eglise "l'Ecclésia " La communauté des fidèles rassemblée .... Ils se réunissent chez eux et ils célèbrent le Christ ressuscité ! Et ils partagent aussi la fraction du pain ! Il n'y a pas encore de hiérarchie ecclésiale et ça n'empêche pas de célébrer ! Dans un temps futur on nomera des personnes élues par la communauté chrétienne, formées pour ça ! c'est la communauté qui élira ses représentants et pas seulement telle ou telle personne ! J'espère que je ne choque pas !! Eliane !
Vous ne me choquez pas : vous m’attristez. Pourquoi selon vous le Christ a-t-il institué l’Eglise et le collège des apôtres, s’il suffit simplement de se réunir en petits comités anonymes ni vus ni connus ? Je crains fort que le modèle que vous suggérez ne se limite qu’à quelques rares cénacles de personnes âgées, dont personne ne connaîtra l’existence. Autant dire que c’est la mort définitive de l’Eglise. Mais la vraie question à vous poser, Eliane, est pourquoi une telle perspective vous réjouit-elle à ce point ? D'une certaine façon, la fin du prêtre, et l'avènement de l'"animatrice" locale, ça doit bien vous arranger quelque part, me trompé-je ?
Luciphoros a écrit :Il resterait à chaque chef de famille à assembler pierres sur pierres un autel rustique, à y déposer un peu d'herbes et de branchages aromatiques, éventuellement un peu de graisse animale et à rendre gloire à Dieu.... comme le fit Noé au sortir de l'Arche. Sans doute alors verrons nous se dessiner dans le ciel le Signe de l'Alliance.
Oui bien sûr. Et puis on se mettra ensuite à égorger des boucs et des taureaux sur l’autel, dont on aspergera de sang les fidèles réunis sur le parvis du temple, tandis que le grand-prêtre marmonnera des paroles mystérieuses dans le Saint des Saints. Et puis quelques siècles plus tard, quand le Christ viendra, on le crucifiera, et tout recommencera… Mais je ne crois pas que cela se produise, parce que l’histoire ne tourne pas en boucle. Donc au lieu de planer et de fumer la moquette, il serait temps de voir la réalité telle qu'elle se présente, vous ne croyez pas ?