Petites réflexions à la lecture du fil :
Quant à l'âme c'est hors science...
C'est hors science parce que la "science" a fondé sa méthode sur une épistémologie bien spécifique qui refuse toute réalité à ce qui n'est pas techniquement vérifiable.
Ça a ses avantages et ses désavantages.
Ça passe si l'on reconnaît à la science ses limites épistémologiques, et que l'on accepte alors que les résultats scientifiques soient complétés par d'autres résultats afin d'approcher au plus près la vérité (théologie, ontologie etc.).
Ça pose problème si on refuse toute vérité à tout ce qui n'entre pas dans la catégorie "science". Dans ce cas on entre dans l'attitude réductionniste très courante qui consiste à réduire le réel à ce que nous sommes capables de saisir intellectuellement et techniquement : n'est vrai que ce que ma raison est capable d'embrasser totalement.
La vérité c'est que tout catholique doit penser l'âme, même, et surtout, dans ses travaux scientifiques, car puisque pour lui l'âme est une vérité de fait, tout discours qui l'oublie n'est pas vrai.
Car pour un catholique l'âme n'est pas une idée, c'est une réalité comme le cœur, les yeux, les jambes et les comètes sont des réalités. Et les vérités révélées ne sont pas moins réelles que les vérités "visibles" à l'œil profane.
Et avec des "si" on est parvenu à imaginer que la Terre était sphérique et non pas plate .... avant de pouvoir le prouver
Et on l' a prouvé avant de pouvoir le voir de visu ...
Et ? Il ne s'agit pas de "si" mon bon monsieur. Lorsque les grecs imaginaient une terre sphérique ou plate, il y avait des raisons derrières. Des raisons méthodologiques, philosophiques, ontologiques etc. Ça n'était pas seulement des "et si cela", "et si ceci". C'était des "la terre est plate parce que ceci", "la terre est ronde parce que cela" etc.
Et il ne suffit pas de voir "de visu". Peut-être que dans 200 ans nous découvrirons quelque autre dimension dans l'espace qui obligera à percevoir la rotondité d'une tout autre manière. Et ça n'est pas un "si" que je pose ici, je ne fais qu'illustrer une réalité de l'histoire de la connaissance humaine : nombreuses sont les découvertes qui ont bouleversés et continueront de bouleverser notre perception du monde. Et surtout : chaque découverte est soutenue par une ontologie, une philosophie, une métaphysique implicite.
Ainsi la membrane cytoplasmique qui longtemps fut crut imperméable car on ne pouvait pas penser une membrane qui soit complètement poreuse. etc. etc.
Lisez "contre la méthode" de Feyerabend, il y a beaucoup de bêtises et d'orgueil, mais c'est décapant et permet de se vacciner des tentations scientistes.
Au final cette discussion me fait vraiment penser à Descartes : cette même méthode du "si" pour fonder une philosophie : et "si" il n'y avait que moi, et "si" il y avait un "malin génie", alors je puis n'affirmer qu'une chose : "je suis, j'existe" etc.
La philosophie de Descartes est passionnante et très belle, mais c'est une philosophie de philosophe, d'intellectuel : c'est une philosophie qui abouti à la séparation de la Nature d'avec l'Être, et donc de la théologie avec la philosophie. C'est une philosophie, au fond, assez orgueilleuse : elle conduit à une totale autonomie du savoir humain de toute révélation. Dieu n'est plus là que pour soutenir le système. Descartes a besoin de Dieu pour soutenir son système, mais le système est en tout le reste indépendant de Dieu.
Il est frappant que cette philosophie, que d'aucun jugerait libératrice, libératrice d'une scolastique verbeuse, et libératrice des sciences, soit une philosophie dont le point de départ est une pure spéculation...
La spéculation n'est pas une spécificité de la scolastique, c'est une spécificité de la philosophie moderne verbeuse et peu soucieuse du réel (la scolastique n'a pas multipliée les concepts comme la philosophie moderne l'a fait : cf. Hegel, Deleuze, Derrida etc.).
L'anthropomorphisme n'est pas un truc spécifique aux croyants, c'est un truc spécifique aux athées qui sont persuadés que le monde se limite à l'image que leur raison naturelle s'en forme (ce que JE ne vois pas n'existe pas).
Le réalisme est la marque de la théologie catholique traditionnelle : que nous dit le monde, qu'avons nous reçu, qu'avons-nous entendus, et enfin, à la toute fin : qu'est-ce que je comprends de tout cela.
La philosophie moderne est irréaliste, elle procède à l'envers en partant du sujet en s'auto-justifiant par l'argument selon lequel l'homme ne comprend les choses que par le prisme de sa pensée (ce qui est un truisme) et donc que n'est réel que ce qui est perceptible par la raison humaine pure. Elle se moque du soi-disant anthropomorphisme des religions "incarnées", et elle ne se rend pas compte que c'est elle qui est prodigieusement anthropomorphique.
Les "découvertes" de la philosophie moderne ne peuvent mener qu'à trois positions :
1) si le réel n'est perceptible que depuis le prisme de ma condition et de ma pensée, alors je suis inapte à saisir toute vérité (nihilisme).
2) dans ce contexte la seule solution qui m'est permise pour espérer découvrir quelque chose de la vérité c'est de m'en remettre totalement à la Révélation en méprisant l'intégralité des données de ma raison trompeuse (fidéisme) et
3) ma raison est toute puissante et le réel se doit de se réduire aux outils de ma fabrication qui me servent à l'étudier (orgueil).
L'émergence de ces trois postures comme postures significatives du monde humain (fidéisme, nihilisme, orgueil), sont toutes les trois apparues dans les mêmes temps de la "Renaissance" qui n'est rien d'autre que le moment où l'on passe d'une Création pensée comme émanant de l'Être, participant à l'Être, et donc disant quelque chose de Lui, à une Création pensée comme pure mécanique dont la tenue dans l'être ne dépend que de lois conçues (ou apparues par accident) de toute éternité et qui ne disent rien de Dieu.
Il n'y a plus que l'homme, et éventuellement Dieu. L'homme étant désormais intellectuellement "en roue libre", il peut construire tout les systèmes philosophiques qu'il souhaite afin de justifier les intérêts les plus divers.
Ainsi les genders studies qui seraient à mourir de rire si elles n'étaient pas vraies.
Avec les genders studies ce n'est plus seulement l'invisible qui est jugé comme inexistant à l'aune des intérêts personnels, mais c'est le "visible" lui-même : non, on vous le répète, la différence sexuelle n'existe pas ! Vous voyez un sexe entre vos jambes, d'accord, mais la sexualité est une pure construction culturelle ! Pourquoi ? Parce que cela va contre l'égalité des sexes etc.