> Du terme "intelligence"
Le problème c'est qu'il est utilisé dans un sens différent dans des contextes différents. Du coup, des personnes disent "les animaux n'ont pas l'intelligence" et d'autres s'insurgent, "comment ça vous dites que les animaux n'ont pas d'intelligence ?"
Dans "Y a-t-il une vérité ?", par exemple (ma référence en matière de philosophie, n'ayant pas bénéficié de cours de philo dignes de ce nom dans mes études) Jean Daujat remet en place les concepts de métaphysique, de façon claire et ordonnée, en commençant par l'existence, la nature et l'essence, et en poursuivant par la nature et les degrés de la connaissance.
Il appelle "intelligence" la capacité de la raison à saisir ce qu'il y a d'intelligible dans les êtres qui nous entourent. Par exemple, en voyant des Hommes, en tirer l'idée d'Humanité, de nature humaine ; en voyant l'univers, en tirer l'idée de lois physiques, etc...
Ce que n'ont pas les animaux.
Mais, quand on étudie le comportement animal, on parle bien d'"intelligence animale", dans le sens de capacité à "tirer des leçons" de ses expériences et de son environnement, d'élaborer des stratégies complexes, de prévoir un enchaînement d'actions pour atteindre un but (se lever ou sauter et s'appuyer sur la poignée pour ouvrir la porte de la cuisine, par exemple...). On trouve ce type de comportement chez de mammifères, mais pas chez des insectes, par exemple. (quoique chez les insectes sociaux on puisse parler d'une sorte d"'intelligence collective").
Certains de ces comportements ont un degré de complexité étonnant pour des personnes trop cartésiennes qui croiraient encore les animaux des "machines élaborées", notamment chez les grands singes des comportements indiquant une capacité à prévoir les réactions de l'autre : repérer une source de nourriture, faire mine de s'écarter tout excité dans une direction, afin d'être suivi de tous qui se dépêchent de dépasser l'excité pour le doubler, et tranquillement revenir sur ses pas vers la vraie source de nourriture et déguster tranquillement.
Mais on voit bien qu'on ne parle pas de la même chose : "l'intelligence animale" demeure une intelligence "matérielle" - je ne veux pas dire mécanique, mais une "intelligence" concernant des raisonnements empiriques et des buts matériels. Une "intelligence sensitive", en quelque sorte.
Il n'y a pas "l'extraction", par l'abstraction, de ce qui est intelligible dans la nature : lois physiques, nature humaine, nature et essence, etc...
Voilà donc le souci : quand on parle d'"intelligence" animale (et je suis de ceux qui en parlent et qui se mettent en colère quand on prétend considérer les animaux comme des mécaniques stupides), on utilise le terme "intelligence" dans le sens courant où on utilise intelligence : dans le langage courant, on parle d'intelligence, justement, à propos de personnes douées, futées, débrouillardes, qui trouvent rapidement une solution technique à un problème technique.
Alors que, quand on parle d"intelligence au sens métaphysique, il ne s'agit pas de cela.
. Donc, pour répondre à la question : même du strict point de vue de l'intelligence, de la nature de la connaissance et de l'intelligence, et sans encore s'occuper de questions d'âme et de théologie, la différence entre animal et humain est bien une différence de nature. Donc qualitative.
. Mais il est vrai de rappeler que cette différence qualitative est liée à une différence quantitative : c'est un être parvenu à un certain degré de développement, d'intelligence animale, qui peut recevoir ce qui, qualitativement, le fait humain et lui donne une nature humaine.
L'erreur - et c'est celle des scientifiques positivistes de notre époque, pensez à "l'homme neuronal" par exemple - c'est de ne plus voir, dans cette différence qualitative, qu'une différence quantitative, ou une conséquence d'une différence quantitative : penser, en fait, que la conscience est une production du système nerveux.
(alors que pour un catholique, la conscience utilise le système nerveux, fonctionnent avec lui, mais ne se résume pas à lui).
. Si donc il y a "continuum évolutif" (l'expression "continuum" n'excluant pas l'évolution par "sauts", attention) jusqu'à l'Homme, cela concerne donc uniquement la partie quantitative de son intelligence, le substrat animal, en quelque sorte. Mais le fait de devenir "image de Dieu", d'avoir une raison et la liberté, la capacité d'aimer librement, et, du point de vue de l'intelligence, la capacité d'extraire les idées des êtres qui l'entourent (l'idée de nature humaine, d'existence, etc...), cela ne semble pas pouvoir être l'aboutissement d'un simple continuum. Il y a là non pas un saut d'espèce mais un saut de nature, profondément.
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Se pourrait-il que les animaux (au moins les animaux supérieurs) aient une âme sensible (comme l'enseignait, je crois, St Thomas d'Aquin) ?
Oui, sans doute. Personnellement, c'est une idée qui m'attire... mais je n'ai pas encore lu St Thomas d'Aquin. Il faut que je m'y mette. Il me faudrait les références précises du passage où il en parle.