Re: Avortement : C’est toujours la bonté qui doit se manifester
Publié : lun. 22 juin 2009, 14:06
Bonjour,
En fait, Fée Violine, je peux peut-être vous fournir un élément de réponse. En effet, la différence n'est pas entre catholiques et non catholiques. La différence est entre les adeptes de l'existentialisme et les autres. L'existentialisme, prenant ses racines chez Nietzsche, a les conséquences qu'on lui connait aujourd'hui et qui étaient Ô combien prévisible : il consiste à nier l'essence des choses, l'idée de nature. Les choses n'auraient pas une essence qui déterminerait leur existence, les choses ne sont pas "en puissance". L'essence des choses, si tant est qu'on puisse garder ce terme, ne serait qu'une construction culturelle. Il n'existerait pas de concept d'arbre, mais seulement ce qu'on en défini comme concept dans telle culture. L'arbre existe mais cela s'arrête là : sans conscience pour le catégoriser ou le définir, l'arbre n'est que matière indifférenciée perdue dans le tout. C'est la conscience qui défini l'essence, pour permettre, par différenciation, de penser et maitriser le monde.
C'est pourquoi vous entendrez tous les philosophes contemporains (du moins ceux qui ont un temps de parole) beugler en coeur : "Déconstruction, déconstruction, ...". La déconstruction, dont Derida fut un des maitres est un art, postulant donc que toute chose peut se réduire en dernier lieu à son existence, qui consiste à démonter pièce par pièce une chose en isolant les pièces et en les rattachant à tel événement, telle culture, voire tel hasard (la notion de nécessité ne peut qu'être relative), afin de remonter pas à pas, à ce qu'il y a de plus primitif dans la chose, son existence. Ce n'est pas tant d'accéder à cette existence qui soit intéressant pour l'existentialiste, que les étapes intermédiaires permettant de comprendre la formation du concept extrinsèque à la chose.
Bref, il y a encore les hommes qui considèrent que la nature conditionne l'existence et qu'une des fonctions de l'existence est de réaliser sa nature, et donc que l'idée de "Nature humaine" veut bien dire quelque chose, et il y a les hommes fidèles à leur temps qui considèrent que la notion de "Nature Humaine" n'est que ce qu'on veut bien qu'elle soit dans telle ou telle culture. Dans cette logique il devient tout à fait acceptable que quelque part on considère qu'un être humain est un être pensant, ailleurs, que ce soit un être avec deux bras et deux jambes, ailleurs un être qui est sorti du sein de sa mère... C'est le relativisme à l'extrême qui a totalement renversé la pensée philosophique : on ne pense plus de l'essence à l'existence, mais de l'existence à l'essence. Le relatif et l'absolu ont été interchangés, tout simplement.
C'est par exemple ce qui fonde la théorie du gender, posant que notre détermination sexuelle n'est qu'une pure construction culturelle. C'est évident, il n'y a qu'à regarder le corps d'un homme et d'une femme pour voir que rien de naturel ne les différencie !!! (Je ne comprends toujours pas comment on peut être aveugle à ce point). Après il y a des réponses à cela : là où il semble que la nature domine sur la culture, ce n'est que pour se laisser maitriser à son tour par la culture. Ainsi la sexualité, même a priori déterminée biologiquement pourrait être déconstruite en mécanisme biologiques pour ensuite être maitrisée par des opérations et autres techniques psychologiques visant à faire correspondre l'objet à ce que le sujet veut qu'il soit. La culture domine alors totalement la nature et tout est relatif au sujet, au "je". C'est le "je" subjectif qui devient la référence absolu : c'est tout le paradoxe de notre temps.
Voilà, en espérant que cela explique des choses. En très résumé et très simplifié, si vous creusez un peu la question de l'avortement avec les gens, vous retomberez toujours là-dessus : existentialiste ou pas. Pakete en est un exemple criant : la notion de "dignité humaine", de "nature humaine", ou même d'âme, sont des notions au final qu'il vous dira impossible à définir en dehors d'une culture qui s'accorde clairement et préalablement sur ces notions.
L'objet de mon discours proposé plus haut est donc, sachant que les gens n'en sont pas à une erreur de raisonnement prêt, de réfléchir dans cette logique existentialiste et d'extraire les contradictions, non pas de la logique, mais dans les conclusions issues de cette logique. Un même existentialiste a ceci d'intéressant qu'il peut dire une chose un jour, et son contraire le lendemain. Sachant que les gens supportent mal ce genre de contradiction et s'attachent émotionnellement aux concepts qu'ils définissent (on ne change pas de "point de vue" du jour au lendemain), il est possible de relever ces contradictions et de piquer l'intérêt. Par exemple le fait que les législations des différents pays aient des limites légales d'avortement différentes est quelque chose qui interpelle et amène les gens soit à réfléchir sur la relativité de leur point de vue, soit sur le fait qu'il existe une vérité délaissée et à retrouver. En dernier lieu, on note qu'à part les philosophes dont ce jeu est le métier, les gens n'assument généralement pas l'existentialisme, ne serait-ce que parce que cela remet complètement en cause leur propre jugement sur les choses.
En fait, Fée Violine, je peux peut-être vous fournir un élément de réponse. En effet, la différence n'est pas entre catholiques et non catholiques. La différence est entre les adeptes de l'existentialisme et les autres. L'existentialisme, prenant ses racines chez Nietzsche, a les conséquences qu'on lui connait aujourd'hui et qui étaient Ô combien prévisible : il consiste à nier l'essence des choses, l'idée de nature. Les choses n'auraient pas une essence qui déterminerait leur existence, les choses ne sont pas "en puissance". L'essence des choses, si tant est qu'on puisse garder ce terme, ne serait qu'une construction culturelle. Il n'existerait pas de concept d'arbre, mais seulement ce qu'on en défini comme concept dans telle culture. L'arbre existe mais cela s'arrête là : sans conscience pour le catégoriser ou le définir, l'arbre n'est que matière indifférenciée perdue dans le tout. C'est la conscience qui défini l'essence, pour permettre, par différenciation, de penser et maitriser le monde.
C'est pourquoi vous entendrez tous les philosophes contemporains (du moins ceux qui ont un temps de parole) beugler en coeur : "Déconstruction, déconstruction, ...". La déconstruction, dont Derida fut un des maitres est un art, postulant donc que toute chose peut se réduire en dernier lieu à son existence, qui consiste à démonter pièce par pièce une chose en isolant les pièces et en les rattachant à tel événement, telle culture, voire tel hasard (la notion de nécessité ne peut qu'être relative), afin de remonter pas à pas, à ce qu'il y a de plus primitif dans la chose, son existence. Ce n'est pas tant d'accéder à cette existence qui soit intéressant pour l'existentialiste, que les étapes intermédiaires permettant de comprendre la formation du concept extrinsèque à la chose.
Bref, il y a encore les hommes qui considèrent que la nature conditionne l'existence et qu'une des fonctions de l'existence est de réaliser sa nature, et donc que l'idée de "Nature humaine" veut bien dire quelque chose, et il y a les hommes fidèles à leur temps qui considèrent que la notion de "Nature Humaine" n'est que ce qu'on veut bien qu'elle soit dans telle ou telle culture. Dans cette logique il devient tout à fait acceptable que quelque part on considère qu'un être humain est un être pensant, ailleurs, que ce soit un être avec deux bras et deux jambes, ailleurs un être qui est sorti du sein de sa mère... C'est le relativisme à l'extrême qui a totalement renversé la pensée philosophique : on ne pense plus de l'essence à l'existence, mais de l'existence à l'essence. Le relatif et l'absolu ont été interchangés, tout simplement.
C'est par exemple ce qui fonde la théorie du gender, posant que notre détermination sexuelle n'est qu'une pure construction culturelle. C'est évident, il n'y a qu'à regarder le corps d'un homme et d'une femme pour voir que rien de naturel ne les différencie !!! (Je ne comprends toujours pas comment on peut être aveugle à ce point). Après il y a des réponses à cela : là où il semble que la nature domine sur la culture, ce n'est que pour se laisser maitriser à son tour par la culture. Ainsi la sexualité, même a priori déterminée biologiquement pourrait être déconstruite en mécanisme biologiques pour ensuite être maitrisée par des opérations et autres techniques psychologiques visant à faire correspondre l'objet à ce que le sujet veut qu'il soit. La culture domine alors totalement la nature et tout est relatif au sujet, au "je". C'est le "je" subjectif qui devient la référence absolu : c'est tout le paradoxe de notre temps.
Voilà, en espérant que cela explique des choses. En très résumé et très simplifié, si vous creusez un peu la question de l'avortement avec les gens, vous retomberez toujours là-dessus : existentialiste ou pas. Pakete en est un exemple criant : la notion de "dignité humaine", de "nature humaine", ou même d'âme, sont des notions au final qu'il vous dira impossible à définir en dehors d'une culture qui s'accorde clairement et préalablement sur ces notions.
L'objet de mon discours proposé plus haut est donc, sachant que les gens n'en sont pas à une erreur de raisonnement prêt, de réfléchir dans cette logique existentialiste et d'extraire les contradictions, non pas de la logique, mais dans les conclusions issues de cette logique. Un même existentialiste a ceci d'intéressant qu'il peut dire une chose un jour, et son contraire le lendemain. Sachant que les gens supportent mal ce genre de contradiction et s'attachent émotionnellement aux concepts qu'ils définissent (on ne change pas de "point de vue" du jour au lendemain), il est possible de relever ces contradictions et de piquer l'intérêt. Par exemple le fait que les législations des différents pays aient des limites légales d'avortement différentes est quelque chose qui interpelle et amène les gens soit à réfléchir sur la relativité de leur point de vue, soit sur le fait qu'il existe une vérité délaissée et à retrouver. En dernier lieu, on note qu'à part les philosophes dont ce jeu est le métier, les gens n'assument généralement pas l'existentialisme, ne serait-ce que parce que cela remet complètement en cause leur propre jugement sur les choses.
