Des violences entre des partisans de l’extrême droite américaine et des contre-manifestants ont fait un mort et une vingtaine de blessés, samedi 12 août à Charlottesville dans l’Etat de Virginie.
La réaction du président Donald Trump, qui a renvoyé les deux camps dos à dos, suscite une controverse.
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Des groupes radicaux, suprématistes et nazis s’étaient rassemblés à Chalottesville en Virginie, samedi 12 août, pour protester contre le projet de retrait d’une statue du général confédéré Robert Lee, considéré comme un défenseur de l’esclavagisme.
Des échauffourées avaient déjà eu lieu vendredi soir sur le campus de l’Université de Virginie, poussant le gouverneur démocrate de l’Etat, Terry McAuliffe, à déclarer un état d’urgence, une mesure permettant de mobiliser davantage de moyens policiers.
Mais le rassemblement d’extrême droite a aussi attiré un grand nombre de contre-manifestants antiracistes. De violents heurts ont alors éclaté, donnant lieu à des rixes, des jets de projectiles, des échanges de coups de bâton. Face à ces premiers incidents, la police en tenue anti-émeute a décidé d’interdire la manifestation prévue et a procédé à l’évacuation du parc public où elle se tenait.
C’est en fin de journée qu’un véhicule a foncé dans un groupe de militants antiracistes présents au rassemblement. Dans une vidéo amateur diffusée sur les réseaux sociaux, on voit la voiture de couleur sombre percuter violemment un autre véhicule, puis repartir vivement en marche arrière, au milieu des manifestants. « J’ai le cœur brisé qu’une vie ait été perdue ici », a déclaré le maire démocrate Mike Signer sur Twitter.
Le conducteur, originaire de l’Ohio, a été inculpé de meurtre, de blessures et de délit de fuite, selon la chaîne de télévision CNN.
Trois autres hommes ont été arrêtés et le FBI a ouvert une enquête.
Dans la soirée, le conseil municipal a voté l’instauration d’un couvre-feu. Des craintes de débordements plus graves étaient avivées par la présence d’armes portées ouvertement par les manifestants, ainsi que le permet la loi dans cet Etat. Des membres de milices d’extrême droite s’étaient aussi positionnés en tenue paramilitaire, fusil semi-automatique en bandoulière, non loin des forces de l’ordre très sollicitées.
Quel est le bilan des victimes ?
Un membre d’une milice suprémaciste a reçu un œuf sur son treillis militaire, à Charlottesville, samedi 12 août.
La victime renversée par la voiture est une femme de 32 ans. Une vingtaine de personnes ont également été blessées par cette voiture qui a foncé, volontairement selon des témoins, dans la foule de manifestants antiracistes.
Par ailleurs, quelques heures plus tard, deux policiers sont morts dans l’accident de leur hélicoptère aux abords de la ville, sans qu’un lien ne soit établi entre cet accident et les violences. La police a rapporté que ce crash était lié aux manifestations, sans plus de précisions. L’agence nationale de sécurité aérienne va lancer une enquête.
Qui est la personne inculpée de meurtre ?
James Fields, 20 ans, est soupçonné par les enquêteurs d’avoir précipité sa voiture dans la foule. Il a été inculpé pour meurtre, blessures et délit de fuite. La police n’a pour le moment pas fourni d’explication à cet acte.
Le Dailynews souligne qu’avant l’attaque M. Fields a été photographié au milieu des membres de Vanguard America, groupe nationaliste qui a participé à l’organisation de ce rassemblement. Mais sur son compte Twitter, l’organisation assure que M. Filds « n’est pas un membre ».
L’Associated Press a contacté la mère du suspect qui se dit surprise d’apprendre que son fils était proche d’un mouvement d’extrême droite parce que, dit-elle, « il a eu un ami africain américain. » Elle affirme également ne pas connaître les raisons de cette manifestation où était présent son fils : « Je pensais que ça avait un rapport avec Trump, Trump n’est pas suprémaciste. »
Les groupes de la droite radicale et identitaire américaine présents, dont le Ku Klux Klan et des néonazis avec des drapeaux confédérés, entendaient dénoncer de façon unitaire le projet de la ville de déboulonner dans un jardin municipal la statue d’un général sudiste favorable à l’esclavagisme.
Cette guerre américaine des statues confédérées avait déjà fait polémique quelques mois plus tôt à la Nouvelle-Orléans, où quatre statues ont été déboulonnées
Le gouverneur de Virginie avait appelé, dès vendredi, les habitants à éviter de se rendre à ce rassemblement, baptisé « Unite the Right », pour lequel un détachement de la Garde nationale de l’Etat avait été mis en alerte. «
De nombreuses personnes attendues à Charlottesville veulent exprimer des idées considérées par beaucoup de gens, y compris moi-même, comme abjectes. Tant qu’ils le font pacifiquement, c’est leur droit », avait-il souligné.
Le 8 juillet, quelques dizaines de membres du Ku Klux Klan s’étaient déjà rassemblées dans cette ville paisible et pittoresque, très largement surpassée en nombre par les manifestants antiracistes. Mais les images de ces extrémistes en robe traditionnelle avaient été diffusées dans le monde entier.Cette fois-ci, la droite nationaliste espérait attirer nettement plus de partisans, grâce à la présence de différents responsables de la mouvance Alt-Right, qui avait soutenu Donald Trump pendant sa campagne. Les experts doutent toutefois d’un véritable rapprochement entre ces différents groupes très disparates
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