Merci beaucoup Blaise pour vos efforts qui permettent un dialogue de qualité.
Nos divergences apparaissent cependant fondamentales, comme vous l’écrivez.
A ce niveau, les arguments sont conduits par notre foi respective.
Repartons de l’essentiel : le Christ qui nous sauve.
blaise a écrit : Pendant le ministère du Christ , son être HUMAIN était identique à l'être constitutif de tout homme ; comme tout homme , il avait un corps , une âme , et un esprit . Ce qui le différentiait de tout homme était l'absence du péché dans son être (du fait de l'absence du péché dans l'être de la sainte vierge dont il tenait son humanité, sa "chair"). Jésus a eu faim , il a connu la fatigue , la souffrance et la mort , qui a séparé son corps et son âme après qu'il ait remis son esprit au Père ; son corps tué (mortel) a été enseveli , son âme (immortelle) est "descendue aux enfers" jusqu'à sa résurrection, qui a réuni pour l'éternité son esprit , son corps , et son âme , précédemment séparés par la mort à laquelle il s'était livré.
Si le corps du Christ avait été incorruptible par nature, il n'aurait pas été authentiquement humain , et notre corps humain ne pourrait pas ressusciter.
D’accord.
Par contre, vous écrivez : « Le Christ a fait des miracles parce qu'il était Dieu ». Je pense qu’il a fait des miracles parce qu’il était un homme sans péché, en communion avec son Père.
Vous écrivez : « le Fils de Dieu s'est incarné dans un corps identique à celui d'Adam après le péché originel ». Je pense que le Christ a été mis dans la même situation qu’Adam avant le péché originel (avec un corps identique à celui d’Adam avant ce péché) et qu’il a fait un autre choix. De mon point de vue, Dieu s’est fait homme parce qu’il a d’abord créé l’humain à son image avec une nature dans laquelle il pouvait parfaitement s’incarner même après le péché originel parce que l’humain actuel est toujours, comme au moment de la création, une créature « bonne » et « à l’image de Dieu ». Notre nature est toujours bonne comme lors de sa création. Notre corps n’est pas différent de celui d’Adam et Eve avant le péché originel, ni déchu. C’est spirituellement que nous sommes déchus et, comme notre âme est le produit de l’union du corps et de l’esprit qui constitue chaque humain, notre âme en est blessée et notre corps privé des bienfaits de la communion de Dieu.
Vous écrivez que « Dieu s'est incarné dans le Fils de l'Homme précisément pour sauver le monde, perdu parce que devenu mauvais ». Je pense que Dieu s’est incarné pour sauver les humains créés à son image et qui devaient gouverner le monde qui n’est en rien devenu mauvais, mais qui est dans l’attente d’un enfantement que l’humain devait réaliser en communion avec Dieu.
Notre désaccord sur la décomposition normale des corps et sur la « mort » physique comme loi de la nature créée persiste. Pour éviter des répétitions, je ne peux que renvoyer aux messages précédents.
Vous pensez que « la violence instinctive des prédateurs ne concorde pas avec la nature créée bonne », ni la mort physique ou la décomposition des corps. Je pense qu’il ne s’agit que de faits physiques qui ne sont « violents », « pas bons » ou « mauvais » que pour l’humain qui les ressent comme tels parce qu’il ne les maîtrise pas. Je pense qu’il s’agit de faits qui ne sont pas moins bons que la décomposition d’un fruit dans notre système digestif qui nourrit notre corps.
De même, avant la création d’humains à l’image de Dieu avec une âme immortelle, je pense aussi, comme vous l’avez relevé, que la mort physique d’un préhominien n’était encore qu’un fait naturel et n’était pas un « mal ». Il n’y avait pas de conscience spirituelle capable de partager la vie de Dieu. Sans une âme immortelle créée par Dieu, un être, même préhominien, n’avait pas plus de subsistance après sa mort physique qu’une plante ou un animal.
Malgré notre désaccord, vous écrivez cependant que « Aucune créature n'a été créée éternelle; là, je suis d'accord avec vous ». Mais, s’il n’y a pas de « mort » physique, une créature serait immortelle et donc éternelle.
Vous écrivez que : « Génèse 1 décrit la création d'animaux exclusivement végétariens, vivants sans violence sur la terre où ils ne se mangeaient pas les uns les autres ». Mais, ce que vous citez (Gen 1,30) ne décrit pas la création des animaux et ne déclare pas qu’ils ont été créés végétariens. Ce texte concerne la vie des animaux sous la domination des humains en communion avec Dieu (Gen 1, 28). Il décrit les conditions de vie d’un monde conduit par l’humain sans péché.
Notre compréhension du jardin d’Eden reste fort différente et je renvoie ici encore aux messages précédents pour éviter les répétitions.
Vous écrivez que « Les réalités en Eden sont celles de deux personnes physiques, en chair et en os ("l'os de mes os et la chair de ma chair") qui sont en relation privilégiée avec Dieu, qui est Esprit, ce qui ne limite pas pour autant leurs réalités à des réalités spirituelles », ce qui me semble exact, mais vous ajoutez ensuite : « Je pense que vous spiritualisez des réalités physiques (que vous appelez "terrestres", ce qui produit une confusion dans l'analyse objective des faits qui se sont produits en Eden, soldés par le péché originel). »
C’est bien exact et j’apprécie votre résumé. En mettant l’adam dans l’Eden puis des arbres et des animaux, je pense, en effet, que Dieu a « spiritualisé des réalités physiques ». Pour notre cerveau, la "confusion" est inévitable et le texte ne peut s'exprimer que de manière imagée.
Les réalités physiques et terrestres ne sont pas en dehors du jardin d’Eden. Il n’est pas « que » spirituel. Bien au contraire. Dieu a réalisé ce fait extraordinaire de parvenir à faire entrer du créé matériel (physique, terrestre) dans son Eden spirituel. C’est même la caractéristique de notre création, le « surplus » que Dieu a voulu pour nous. Il n’a pas fait de nous des anges purement spirituels. Il a voulu pour nous un corps. Il l’a même voulu pour Lui-même.
Vous écrivez que « Génèse 2 décrit la création première de l'homme puis de la femme quand "il n'y avait encore aucun arbuste des champs sur la terre, et aucune herbe des champs n'avait encore poussé, parce que Dieu n'avait pas fait pleuvoir sur la terre..." (2, 5) », mais ici encore, je ne peux que relever que le texte hébreu ne se réfère pas ici à la création « de l’homme puis de la femme » mais à la création de « l’adam » d’une manière qui indique bien que la création du corps de l’humain a commencé avant la création des plantes. Dans l’action créatrice de Dieu, la création de l’humain est la pièce centrale, le moteur, ce qui doit faire « fonctionner » correctement toute la création qui, à cause du péché originel, n’est pas changée, ni devenue mauvaise, mais reste dans les douleurs d’un enfantement qui dure encore, comme le dit si bien St Paul (Rom 8,22).
Vous écrivez que « En Gen 2, 7 ("Dieu forma l'homme, poussière du sol") il n'est pas question de "l'adam" mais de "l'homme" », mais je ne peux que vous contredire en vous invitant à consulter le texte hébreu (Par exemple, dans le site « lexilogos.com » :
http://www.scripture4all.org/OnlineInte ... f/gen2.pdf
Le mot du texte hébreu est bien « e-adm » (l’adam) et non l’homme (masculin) dont le mot hébreu spécifique (« aish ») n’apparaît que dans Gen 2, 23 pour expliquer le mot femme (« ashe »).
Sur ce point, il me semble que nos messages antérieurs présentent suffisamment nos points de vue qui restent différents.
blaise a écrit : Dieu a insufflé dans les narines de l'homme une "haleine de vie" qui a rendu vivante la forme modelée du sol. Le "souffle spirituel" est le don pneumatique de l'Esprit Saint à l'esprit de l'homme, et non pas à son corps ni à son âme.
Il me semble exact d’écrire que « Dieu a insufflé dans les narines de l'homme une "haleine de vie" qui a rendu vivante la forme modelée du sol. Le "souffle spirituel" est le don pneumatique de l'Esprit Saint à l'esprit de l'homme », mais comme l’âme est faite du souffle dans le corps, l’âme n’a aucune existence sans ce souffle qui lui donne la vie.
blaise a écrit :C'est l'immortalité de l'âme qui a été donnée aux humains, non pas l'immortalité de leur être dont l'âme est constitutive. En parlant d'immortalité, sans préciser qu'il s'agit de l'immortalité de l'âme , le catéchisme de Trente laisse entendre que l'immortalité , qui n'était pas "essentiellement attachée à sa nature", est devenue essentiellement attachée à toute sa nature, même à sa nature corporelle , ce qui est faux.
C’est tout à fait exact, sauf qu’il me semble évident que le concile n’a pas laissé entendre le contraire. Bien sûr que le corps physique meurt.
blaise a écrit : ce n'est pas le corps du premier homme qui a changé à cause du péché originel , mais la faculté de son corps de n'être pas séparé de son âme, et le Fils de Dieu s'est incarné dans un corps identique à celui d'Adam après le péché originel , dans un corps susceptible d’être séparé de l'âme.
Je ne peux pas vous suivre ici, car la possibilité de cette séparation, me semble clairement indiquée par la menace de mort que Dieu adresse à Adam et Eve s’ils mangent le fruit défendu.
Vous écrivez que vous ne comprenez pas que j’écrive "Comment l’âme aurait-elle pu être mortelle si son corps était physiquement immortel ?". L’âme humaine n’est rien d’autre que ce qui résulte de la rencontre d’un souffle spirituel et d’un corps déterminé : c’est la rencontre de l’esprit et d’un corps qui produit chaque âme à nulle autre pareille. La forme que le corps donne à l’âme ne disparaît pas si elle a une conscience personnelle spirituelle qui subsiste. Toute créature vivante, tout animal, a une âme. Mais, sans conscience personnelle, cette âme disparaît avec la disparition du corps. Avec un corps immortel ne cessant pas d’être vivant, l’âme ne peut pas mourir puisqu’elle est présente tant qu’il y a vie. L’âme humaine peut survivre à la perte de son corps mais en communion avec Dieu, elle pourra toujours, même dans une autre réalité, retrouver son propre corps, le sien à nul autre pareil.
Le sujet a été développé dans le sous-forum de théologie sur l’âme :
http://www.cite-catholique.org/viewtopi ... 56#p154856
blaise a écrit : La restauration prophétisée concerne la nature telle qu'elle existait avant le péché originel; l'humain n'a pas le pouvoir de mettre en harmonie quoi que ce soit avec Dieu : C'est Dieu qui crée l'harmonie, parce que Dieu seul est créateur ("Voici que je crée toutes choses nouvelles").
…
Avant le péché originel , " l'humain" , aurait eu la capacité de maîtriser la création en contrôlant le monde terrestre ?
Il aurait maîtrisé la création et empêché la mort des espèces évolutives avant même d'en être issu ?
C’est bien sûr Dieu qui créé et fait subsister l’harmonie, mais Gen 1,28 (confirmé par le Psaume 8, v. 7 à 9) indique bien que c’est à l’humain qu’il incombe d’assujettir la terre et de dominer sur tous les vivants. Mais, sans Dieu, c’est impossible. La « mort » physique n’est qu’un fait de la nature parmi les autres, soumis à la domination de l’humain.