Un autre point de vue, sans prétendre qu'il soit pertinent :
Les créationnistes et partisans du "dessein intelligent" invoquent notamment les « arguments » suivants :
- la science s’occupe du comment ; la religion du pourquoi. Deux hypothèses contradictoires seraient donc vraies en même temps, selon le point de vue ? L’erreur n’existe donc pas ?
- l’impossibilité de reproduire expérimentalement les processus évolutifs qui ont eu lieu en des millions d’années. Et pour cause ! C’est évidemment impossible en éprouvettes !
- l’absence d’évolution de certaines espèces comme les tortues ou les lézards. C’est pourtant normal si l’environnement ne change pas.
- les lacunes actuelles de la science. Il y en aura forcément toujours !
- les rares fraudes, indignes d’un vrai scientifique, etc …
Certains vont même jusqu’à prétendre que c’est par opportunisme professionnel que des scientifiques évolutionnistes s’abstiendraient de critiquer l’évolutionnisme …
A moins de refuser d’ouvrir les yeux, l’Evolution apparaît pourtant comme un fait flagrant, et non plus seulement comme une théorie (même Jean-Paul II, a dû l’admettre, mais avec un bémol, sitôt après! ). Il est impossible de démontrer scientifiquement, c'est-à-dire de reproduire expérimentalement, la réalité de l’Evolution, ne fût-ce qu’à cause de sa complexité et des bouleversements climatiques et géologiques intervenus pendant des milliards d’années.
Par contre, d’innombrables observations, toujours convergentes, confirment qu’elle a eu lieu, par exemple le fait que tous les embryons des vertébrés se ressemblent au début de leur développement (présence d’une queue ou de branchies, par exemple, mais sans qu’il y ait pour autant « récapitulation ancestrale ), que les cétacés ont d’abord été terrestres, etc …
Soit dit en passant, le créationnisme ne peut pas non plus être démontré scientifiquement, puisque ce n’est pas une théorie, mais une croyance (qui se « vit », même si elle est illusoire).
Il importe peu finalement qu’il y ait eu, ou non, micro ou macroévolution, adaptations aléatoires, mutations positives ou non, etc … Notre ignorance des mécanismes bio-physico-chimiques qui ont présidé à l'évolution des espèces restera toujours très partielle. Tout comme, par exemple, l’explication de l’aptitude des seuls neurones humains à « produire » la pensée créatrice et l’imaginaire, aptitude qui est, elle aussi, un fait incontestable, mais déjà suffisamment explicable pour se passer d’une intervention divine.
A mon sens, la question fondamentale est donc : pourquoi les créationnistes et les partisans du "dessein intelligent" le sont-ils ?
En d’autres termes, ont vraiment choisi de l’être ?
Pourquoi les créationnistes, même scientifiques, sont-ils manifestement imperméables à toute argumentation rationnelle et pourtant scientifique ?
La croyance créationniste résulte, à mes yeux, de plusieurs facteurs :
- Il y a d’abord le fait que nous sommes incapables, à notre échelle moins que centenaire, de nous représenter l'influence que des centaines de millions d'années a eue sur l'adaptation des espèces.
- Sans doute aussi parce que la plupart des humains supportent mal les incertitudes métaphysiques imaginaires qu’on leur a inculquées et qu’ils ont besoin d’explications immédiates et sécurisantes. Comme l’a dit le Pasteur évangélique Philippe HUBINON :
« S’il n’y a pas eu création, tout le reste s’écroule ! » …
- Enfin, et même surtout, à cause des influences éducatives inconscientes, même chez des scientifiques. Aussi éminents soient-ils par ailleurs, mais aussi par orgueil et par méconnaissance des « mécanismes » cérébraux, ils ne semblent pas avoir envisagé un seul instant que leur éducation religieuse et leur milieu croyant unilatéral pourraient avoir eu une influence sur leur cerveau émotionnel, avec comme conséquence l’anesthésie au moins partielle de leur cerveau rationnel et donc de leur esprit critique, dès qu’il est question de religion. Indépendamment donc de leur intellect et de leur intelligence.
Mais est-il possible d’émettre des hypothèses explicatives, fussent-elles définitivement très partielles, sur l’origine et la fréquente persistance de la foi ? Il n’est bien sûr pas question de vouloir simplifier ou réduire l’extraordinaire complexité et la richesse du psychisme humain, et en particulier le phénomène religieux, à des « mécanismes » psycho-neuro-physio-génético-cognitivo-éducatifs. Pourtant, cette nouvelle approche permet déjà, à mes yeux, de relativiser la part de liberté individuelle.
Comme l’a écrit le neurobiologiste Henri LABORIT : " (...) Je suis effrayé par les automatismes qu'il est possible de créer à son insu dans le système nerveux d'un enfant. Il lui faudra, dans sa vie d'adulte, une chance exceptionnelle pour s'en détacher, s'il y parvient jamais.(...) Vous n'êtes pas libre du milieu où vous êtes né, ni de tous les automatismes qu'on a introduits dans votre cerveau, et, finalement, c'est une illusion, la liberté ! ».
Finalement, ce qui importe, ce n’est pas tant CE que l’on pense, mais POURQUOI on le pense.
C'est un fait d’observation sociologique : statistiquement, la liberté de croire ou de ne pas croire est souvent compromise, à des degrés divers, par l’imprégnation de l’éducation religieuse familiale, forcément affective puisque fondée sur l’exemple et la confiance envers les parents, et confortée par l’influence d’un milieu culturel, unilatéral puisqu’il exclut toute alternative laïque non aliénante et qu’il incite, à des degrés divers, à la soumission à une Vérité exclusive et dès lors intolérante. L’éducation coranique en témoigne hélas à 99,99 %.
La soumission religieuse s’explique : après Desmond MORRIS qui l’avait pressenti en 1968, dans « Le Singe Nu », Richard DAWKINS estime, dans « Pour en finir avec dieu », que du temps des premiers hominidés, le petit de l’homme n’aurait jamais pu survivre si l’Evolution n'avait pas pourvu son cerveau tout à fait immature de gènes le rendant dépendant et totalement soumis à ses parents (et donc plus tard à un dieu … !).
Dès 1966, le psychologue-chanoine Antoine VERGOTE, alors professeur à l’Université catholique de Louvain, a montré, sans doute à son grand dam, qu’en l’absence d’éducation religieuse, la foi n’apparaît pas spontanément, et que la religiosité à l’âge adulte en dépend. Son successeur actuel, le professeur Vassilis SAROGLOU, le confirme. Ce nouveau mécanisme de défense, animiste du temps des premiers hominidés, puis polythéiste, n’est apparu que grâce à la capacité évolutive du seul cortex préfrontal humain, à imaginer, grâce au langage et par anthropomorphisme, un « Père protecteur, substitutif et agrandi » , fût-il de nos jours qualifié, par rationalisation, de « Présence Opérante du Tout-Autre »(A. Vergote).
Des neurophysiologistes ont par ailleurs constaté que chez le petit enfant, alors que les hippocampes (centres de la mémoire explicite) sont encore immatures, les amygdales (celles du cerveau émotionnel) sont déjà capables, dès l’âge de 2 ou 3 ans, de stocker des souvenirs inconscients (donc notamment ceux des prières, des cérémonies, des comportements religieux des parents, …, sans doute reproduits via les neurones-miroirs du cortex pariétal inférieur. Ces « traces » neuronales, renforcées par la « plasticité synaptique », sont indélébiles …
L’ IRM fonctionnelle confirme que le cortex préfrontal et donc aussi bien l’esprit critique que le libre arbitre ultérieurs s’en trouvent anesthésiés à des degrés divers, indépendamment de l’intelligence et de l’intellect, du moins dès qu’il est question de religion.
On comprend que, dans ces conditions, certains athées comme Richard DAWKINS, ou certains agnostiques, comme Henri LABORIT, au risque de paraître intolérants, aient perçu l’éducation religieuse précoce, bien qu’a priori sincère et de « bonne foi », comme une malhonnêteté intellectuelle et morale.
Pourtant, bien que les religions, et a fortiori leurs dérives (guerres religieuses, inégalité des femmes, excisions, …) soient plus nocives que bénéfiques à tous points de vue, il va de soi que la croyance en l’existence subjective de « Dieu », restera toujours un droit légitime et d’autant plus respectable qu’elle aura été choisie en connaissance de cause, plutôt qu’imposée précocement.
Michel THYS à Waterloo.
michelthys@base.be http://michel.thys.over-blog.org
Références bibliographiques.
Mes hypothèses explicatives quant à l’origine psychologique et éducative de la foi, ainsi qu’à sa fréquente persistance neuronale, sont le résultat de nombreuses lectures. Notamment :
- Antoine VERGOTE, chanoine, « Psychologie religieuse », du, Ed. Dessart 1966,
ancien professeur à l’Université catholique de Louvain.1966.
- Vassilis SAROGLOU (son successeur) & HUTSEBAUT, D
« Religion et développement humain »,. 2001.
- - Patrick JEAN-BAPTISTE « La biologie de dieu » 2003 Agnès Viénot 2003.
- Jean-Didier VINCENT « Voyage extraordinaire au centre du cerveau » O. Jacob 2007.
- V.S. RAMACHANDRAN « Le fantôme intérieur ». Odile Jacob 2002.
- Jean-Pierre CHANGEUX « L’homme neuronal »1993, « L’homme de vérité » 1994
- Pascal BOYER « Et l’homme créa les dieux ».
- Antonio DAMASIO « L’erreur de Descartes »2001 et « Spinoza avait raison’.
- Henri LABORIT « Une vie » 1996 « Derniers entretiens »
- Mario BEAUREGARD « Du cerveau à Dieu » « The spiritual brain »
- Michaël PERSINGER « On the possibility of directly accessing every human brain by
electromagnetic induction of fundamental algorythms ».1995.
- Paul D. Mac LEAN « Les trois cerveaux de l’homme » 1990.
- Joseph LEDOUX « Emotion, mémoire et cerveau » 1994.
- John SAVER & John RABIN « The neural substrates of religion experience » 1997.
- Francis CRICK « Une vie à découvrir »
- Via Internet : « Le cerveau à tous les niveaux ».
Etc …