Inédit, le mouvement anti-« mariage pour tous » pourrait perdurer
Souvent comparée aux manifestations de 1984 pour l’école libre, la mobilisation massive contre le « mariage pour tous » est, en réalité, de nature différente. Loin des intérêts particuliers, elle s’attache à défendre une vision de l’homme.
Un mouvement « durable » : c’est le pari que fait la porte-parole de « La manif pour tous », Frigide Barjot, alors que la mobilisation de dimanche 26 mai, à Paris, promet d’être massive. « Le dispositif est semblable à celui du 24 mars, quand nous avionsmis plus d’un million de personnes dans la rue », assure Albéric Dumont, coordinateur du collectif, qui précise que 11 trains spéciaux et près de 600 bus ont déjà été affrétés. L’organisation évoque aussi « une explosion du covoiturage ». Sur le terrain, au sein des relais locaux, on l’assure aussi : en dépit de la promulgation de la loi, pas question de baisser les bras.
QUELS SONT LES RESSORTS DE CETTE MOBILISATION ?
Depuis l’automne, l’opposition à la loi Taubira ne cesse de surprendre par son ampleur et par sa durée. Au-delà de l’orientation politique que certains veulent lui donner, pour beaucoup de manifestants il s’agit d’un mouvement de fond. 17 novembre, 13 janvier, 24 mars, 21 avril, 5 mai… le mouvement ne s’est pas essoufflé. Partout les mêmes mots, la même ferveur.
« Nous ne défendons pas nos intérêts particuliers, mais une vision de l’homme, explique Antoine de Berranger, qui coordonne le mouvement dans la région Centre-Ouest. Les gens sont très déterminés parce que l’enjeu est fondamental : faire en sorte que l’enfant ne soit pas privé de sa filiation, instrumentalisé pour satisfaire le désir des adultes. »
Au-delà de ce seul texte, le sentiment qui domine est que la société est en passe d’être bouleversée au profit de « l’individu-roi ». « La loi Taubira a provoqué une prise de conscience, des gens se sont dit : cela va trop loin, il faut s’engager », témoigne ainsi Frédéric Chavelet, directeur d’un établissement pour personnes handicapées en Indre-et-Loire, qui a mis toute son énergie dans la bataille depuis novembre : rencontres, tractages, création de réseaux, etc.
« On a souvent comparé l’opposition au mariage pour tous aux manifestations de 1984 pour l’école libre, mais c’est une erreur, décrypte le politologue Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos. À l’époque, il s’agissait de défendre des droits particuliers ; cette fois, le registre est différent puisqu’il a trait à la représentation que l’on a de la société. »
Au-delà de la seule sphère chrétienne – certes centrale dans la mobilisation – le mouvement perdure « car il consolide des identités partisanes aujourd’hui malmenées. Quand les repères économiques sont brouillés, une cristallisation se fait sur les questions sociétales, poursuit ce spécialiste. Et l’on voit bien que s’affrontent deux conceptions philosophiques héritées de la Révolution française : à gauche, on estime que l’individu doit s’affranchir des “carcans” du passé et produire ses propres normes, tandis qu’à droite, les repères transmis sont considérés comme essentiels, structurant la vie en commun. Or, on ne négocie pas sur les valeurs », ce qui explique la puissance du mouvement.
À cela s’ajoute une organisation efficace. « Nous sommes tous bénévoles, mais nous ne sommes pas des amateurs, observe ainsi Jean Doucet, l’un des membres du collectif « La manif pour tous ». Nos 40 associations fournissent un réseau de relations, de ressources et de compétences qui permettent à notre organisation de durer et de fonctionner de manière quasi professionnelle. »
Côté finances, ce dernier évalue « entre 2,4 et 2,5 millions d’euros » les sommes récoltées – et intégralement dépensées, selon lui – depuis l’automne (dont 55 % viennent des quêtes en fin de parcours, 35 à 40 % des dons et du mécénat et environ 10 % des produits dérivés, pulls, tee-shirts, écharpes, etc.) pour un coût de 750 000 à 870 000 € pour chaque grosse manifestation.
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