Re: Eglise et histoire : l'Inquisition et le catharisme
Publié : lun. 09 juil. 2012, 14:49
Je reproduis ci-dessous un article de Patrice de Plunkett sur l'Inquisition (http://plunkett.hautetfort.com/archive/ ... .html#more)
Je ne sais pas si on peut dire que l’Inquisition fut un progrès mais une chose est certaine : elle a introduit un peu plus de justice et de miséricorde dans le système judiciaire. Quant au fait que des personnes aient pu être mises à mort pour cause d’hérésie, c’est certes infiniment regrettable et l’Église a demandé publiquement pardon (quelle autre institution est capable de faire ça ?). Mais qu’on arrête de fantasmer sur des ecclésiastiques assoiffés de sang et sans pitié pour les hérétiques.
Cordialement,
59 condamnations à mort sur 120 000 procès, ça fait du 0,05%. 50 000 condamnations à mort sur 100 000, ça fait du 50%, soit 1000 fois plus.<< Jean-Paul II avait voulu que l’on fasse la vérité sur l’histoire de l’Inquisition dans le cadre de la « purification de la mémoire » nécessaire à l’entrée dans le troisième millénaire. Un volume avait recueilli l’état de la recherche historique au seuil du XXIe siècle, et reste une référence...
Retour sur les conclusions d’un symposium qui a réuni en 1998 les meilleurs spécialistes internationaux (et produit une publication scientifique de référence), alors qu’en 2012 une série télévisée du service public français bafoue la recherche historique :
- La célébration solennelle de demande de pardon du 12 mars 2000 en la basilique Saint-Pierre avait été préparée par des symposiums historico-théologiques sur des points chauds de l’histoire de l’Eglise : notamment l’antijudaïsme en milieu chrétien et les Inquisitions. Au cours de cette célébration, le cardinal Joseph Ratzinger, alors préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, avait demandé pardon pour les membres de l’Eglise qui, au cours de deux mille ans d’histoire, avaient utilisé « des méthodes non évangéliques ». Il ne s’agissait donc pas de défendre le moindre acte de violence perpétré au nom de Dieu.
- Quant à eux, les historiens réunis en symposium international en octobre 1998 (à la demande du pape Jean-Paul II) avaient repris le dossier pour faire le tri entre imaginaire et faits avérés ; et ils avaient publié - dans un volume intitulé : L'Inquisition - cette radiographie des faits historiques.
- On y apprend par exemple, indique aujourd'hui le Pr Agostino Borromeo, qu'au cours des mêmes quatre siècles, les 100 000 procès pour sorcellerie des tribunaux civils d’Europe aboutirent à 50 000 condamnations à mort, tandis que les 120 000 procès religieux de l’inquisition espagnole n'aboutirent qu'à 59 condamnations à mort, certaines exécutées par contumace en brûlant des mannequins. Sans relativiser le moins du monde le caractère évangéliquement inacceptable de tels procès, ces chiffres expliquent pourquoi, dans de nombreux cas, l’accusé demandait à être jugé par un tribunal d’Inquisition plutôt que par un tribunal séculier. Le symposium des historiens a ainsi établi que "le recours à la torture et à la peine de mort", excessivement répandu chez les juges séculiers de la même époque, n’avait "pas été aussi fréquents qu’on l’a longtemps cru" chez les juges d'Inquisition.
- Les actes de ce symposium constituent un matériel de référence pour les recherches, du fait de leur rigueur scientifique (hors des polémiques ou des apologies qui caractérisent une bonne part de la bibliographie ancienne) ; et du fait de l’abondance des données réfutant les lieux communs répandus sur ce sujet depuis l'époque de Voltaire et des écrits de combat anglo-néerlandais. Selon le Pr Borromeo, ce volume d'actes est de nature à "relancer le débat intellectuel sur cette question et encourager de nouvelles recherches historiques". >>
Je ne sais pas si on peut dire que l’Inquisition fut un progrès mais une chose est certaine : elle a introduit un peu plus de justice et de miséricorde dans le système judiciaire. Quant au fait que des personnes aient pu être mises à mort pour cause d’hérésie, c’est certes infiniment regrettable et l’Église a demandé publiquement pardon (quelle autre institution est capable de faire ça ?). Mais qu’on arrête de fantasmer sur des ecclésiastiques assoiffés de sang et sans pitié pour les hérétiques.
Cordialement,