Bonjour à chacun,
@ Kerygme
Merci pour vos interventions précieuses même si je me concentre surtout sur les avis divergents. Surtout n’ayez ni remords, ni hésitation, à intervenir. Tout ce que vous venez d’écrire fait chaud au cœur et me réjouit.
@ Invité
Je ne peux, bien sûr, pas vous répondre la même chose qu’à Kerygme, mais je peux vous renvoyer à son message en ce qu’il semble réagir avec des mots qui expriment et résument aussi ma pensée.
La plupart de vos réflexions sont cependant pertinentes et nous mettent d’accord. Et, notamment, sur la bonne synthèse de James Tabor que vous citez mais, de mon point de vue, sans en retenir les nuances.
Et, à la marge, là où les nuances et imprécisions limitent les observations certaines que vous faites, vous avez des convictions qui s’écartent des miennes.
C’est le cas, notamment, lorsque vous écrivez que : «
Inspirés par l'Esprit-Saint me direz-vous mais sans réussir à me convaincre. », que «
Le don de la terre qui est le fil conducteur du pentateuque est dépourvu de toute spiritualité, les attentes sont résolument terrestres » ou, dans un exemple concret, que «
la Trinité est totalement absente du récit au chêne de Mambré ».
De telles phrases me semblent non fondées et contraires à la réalité. La foi me permet de croire le contraire de ce que vous affirmez ainsi.
Vous écrivez, et je souligne en gras les portes que vous voulez fermer, «
Aucun verset du pentateuque ne permet de soutenir l'idée d'une immortalité de l'âme, qui n'était pas la préoccupation des rédacteurs, accaparés entièrement par l'attachement à leur terre et à leurs conditions de vie. La finalité de la vie n'était pas la communion éternelle avec Dieu dans un au-delà mais une vie terrestre longue et dans des conditions favorables. »
«
Aucun » verset ?
«
le Seigneur Dieu déclara : « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous par la connaissance du bien et du mal ! Maintenant, ne permettons pas qu’il avance la main, qu’il cueille aussi le fruit de l’arbre de vie, qu’il en mange et vive éternellement ! » Alors le Seigneur Dieu le renvoya du jardin d’Éden, pour qu’il travaille la terre d’où il avait été tiré. Il expulsa l’homme, et il posta, à l’orient du jardin d’Éden, les Kéroubim, armés d’un glaive fulgurant, pour garder l’accès de l’arbre de vie. » (Gn 3, 22-24).
Vous pouvez constater que non seulement le récit évoque l’idée que l’humain «
mange et vive éternellement » mais aussi l’idée que «
l’accès à l’arbre de vie » demeure avec, seulement, un obstacle placé par Dieu Lui-même et qu’il peut donc retirer à son gré.
Mais, vous écrivez avec justesse que «
La définition de la foi est donc à mon sens le fruit d'un cheminement intellectuel ». Cela s’applique, bien sûr, à ce qui concerne l’au-delà de la mort.
Dans l’antiquité, vous observez (en citant James Tabor) que «
Tous les morts s'en vont dans le Sheol, et ils y reposent ensemble, bons ou mauvais, riches ou pauvres, libres ou esclaves…une existence qui est à peine existence, dans laquelle une "ombre" ou "nuance" de l'ancien soi survit ».
Ces nuances disparaissent, hélas, lorsque vous écrivez que «
Les anciens Hébreux n'imaginaient nullement l'idée d'une âme immortelle, vivant une pleine vie après la mort, pas plus qu'une résurrection ou ressuscitation quelconque. », mais, est-ce vraiment différent pour nous ? Nous aussi, avec notre cerveau naturel et nos connaissances, nous avons les plus grandes difficultés à «
imaginer » «
une pleine vie » après la mort. Notre foi nous fait dépasser cette difficulté mais ne la supprime pas pour notre intelligence terrestre. Nous pouvons imaginer la résurrection ou ressuscitation de Lazare parce qu’elle reste accessible à nos repères, mais, pour ce qui est de la vie éternelle, nos pensées sont bien insuffisantes pour pouvoir nous représenter intellectuellement l’immortalité.
Mais, dans la «
religiosité innée » et les «
croyances éparses » que vous admettez «
de tout temps », la question de l’au-delà se pose cependant inévitablement à tout homme confronté à la mort de ses proches et à la crainte de sa propre mort, même si, comme vous le relevez, ce n’est pas «
sa première préoccupation » lorsqu’il doit assurer ses besoins primaires.
Conclusion :
oui, la question de l’immortalité est, comme toutes les autres considérations de la foi, dans un état encore très peu développé dans l’Antiquité, mais,
non, elle n’a jamais été «
absente », totalement, dans l’Antiquité. Sur ce point, vous me semblez trop affirmatif.
Il est bien certain que, comme vous l’écrivez, nous faisons aujourd’hui une «
relecture chrétienne » des récits bibliques, mais c’est sur ce point précis, dont le récit du chêne de Mambré est un bon exemple, que nous semblons mettre le curseur à un endroit différent.
Je suis d’accord pour considérer avec vous les limites de ce qu’Abraham et le rédacteur du récit pouvaient penser eux-mêmes dans leur contexte. D’accord aussi pour constater qu’il est légitime d’en faire une relecture chrétienne. Et toujours d’accord pour observer avec vous que cette relecture de la foi est «
le fruit d'un cheminement intellectuel d'hommes, à commencer par les Pères de l'Église qui ont interprété ces récits ».
Toutes les réflexions dans ce sujet sur les préhumains ne font rien d’autre. Si nous méditons cette question, c’est bien certainement par une «
relecture chrétienne » et un «
cheminement intellectuel » qui continue, par rapport aux connaissances actuelles, le travail des Pères de l’Église «
qui ont interprété ces récits » sur la base plus réduite des connaissances scientifiques et théologiques de leur époque.
Ce travail de relecture et d’interprétation ne s’arrête jamais et, pour un catholique, se poursuit sans cesse en communion avec l’enseignement du Magistère et en veillant à sa nécessaire cohérence avec tout cet enseignement officiel que nous nommons la Tradition.
Faut-il pour autant considérer que cette relecture «
s'affranchit des mots et du sens du récit pour en faire un nouveau » ? Par rapport à ce que pensait l’auteur primitif du récit, c’est exact que la lecture chrétienne s’en affranchit. Est-ce, pour autant, un «
nouveau » récit ? Le mot manque peut-être de nuances car il risque d’enfermer le récit dans «
un » sens, une pensée unique qui serait celle de son auteur humain antique.
La relecture chrétienne a certes renouvelé la compréhension des textes de l’Ancien Testament et leur a donné une portée bien au-delà de ce que leurs auteurs primitifs pouvaient imaginer.
Mais, et c’est peut-être ici une divergence essentielle, vous semblez écarter l’inspiration par l’Esprit Saint («
Inspirés par l'Esprit-Saint me direz-vous mais sans réussir à me convaincre. ») et donc la portée du sens réel d’un texte au-delà de ce que son auteur humain a exprimé de son point de vue humain marqué par toutes ses caractéristiques personnelles et culturelles de son époque.
Dans l’exemple des trois personnages du chêne de Mambré (évoqués de manière trinitaire dans la célèbre icône de Roublev), vous résumez votre pensée en écrivant que «
Les trois hommes du récit sont donc le Seigneur (le Dieu d'Israël) et les deux anges qui l'accompagnent et qu'il a mandaté pour détruire Sodome et Gomorrhe. Conserver la fidélité du texte exclut de facto toute idée d'une préfiguration de la Trinité. Deux anges ne feront jamais un Dieu. »
Vous me semblez défendre ici une «
fidélité » qui me semble, en réalité, une fidélité à la seule pensée humaine supposée de l’auteur du texte ce qui est de nature à vous priver de ce que l’inspiration du texte peut apporter bien au-delà.
En fait, il me semble que le texte biblique lui-même se limite à présenter trois hommes. Il n’y a dans le récit littéral ni Dieu, ni anges, mais un fait singulier qui bouleverse : Abraham adore. Votre résumé est déjà lui-même une interprétation et une supposition que vous estimez pouvoir fonder sur ce qu’il vous semble qu’un homme de l’antiquité pouvait se représenter. C’est une approche légitime mais seulement dans la perspective humaine que vous retenez.
La relecture chrétienne permet d’y percevoir une préfiguration de la Trinité.
Cela nous ramène au sujet de ce fil qui, en effet, est aussi une relecture chrétienne d’une question ouverte et actuelle dans l’Église.
Les connaissances scientifiques actuelles sont au-delà de ce que pensaient l’auteur du récit biblique et les commentateurs des siècles passés qui n’avaient pas ces connaissances, mais ces connaissances scientifiques actuelles ne sont certainement pas au-delà de la connaissance de Dieu Lui-même au moment où il a inspiré nos textes sacrés.
Toute relecture conforme à la foi de l’Église est toujours fondée sur cette conviction de la parfaite cohérence de la vérité inspirée non seulement avec les connaissances du passé mais avec toute vérité qui serait découverte dans l’histoire par les sciences ou la théologie.
Au besoin, nous pourrons en faire un fil de discussion dans un sujet distinct car notre échange me semble ici bien au-delà du sujet spécifique des préhumains.
Ce concept ne vous pose probablement aucun problème par rapport ni à la science, ni à la pensée des rédacteurs de la Genèse.
Dans le cadre d’une évolution progressive des vivants terrestres, le préhumain est défini de manière conventionnelle par rapport à un état de ressemblance avec ce que nous sommes et les anciens ne pouvaient pas penser de cette manière sans nos connaissances scientifiques actuelles.
La relecture chrétienne ne s’impose que pour celui qui considère l’humain sur la base spécifique d’une âme immortelle qui, vous en conviendrez, ne peut être acquise progressivement. On ne peut être à moitié ou aux trois-quarts immortel, en mélangeant ainsi du temps à l’éternité, ce qui n’a pas de sens.
Vous êtes bien clair en considérant qu’il n’y avait pas d’humain à l’époque des dinosaures. Je suppose, par contre, que vous admettez que notre corps avait des ancêtres biologiques à cette époque.
Alors, revenant au sujet, et selon toutes vos réflexions, que dites-vous de l’émergence des humains tels que nous ? Si vous n’acceptez pas que nous sommes des âmes immortelles et que cela nous singularise de toute autre créature terrestre, nous ne pourrons que constater un désaccord.
Si vous acceptez une singularité de l’humain par rapport à la vie éternelle de Dieu, alors la question d’un commencement (et pas seulement de l’origine) dans l’histoire et de préhumains à ce moment me semble inévitable.
NB : L’ensemble de mes réflexions concernant l’historicité d’Adam et Ève et du livre de la Genèse a été développé dans une synthèse réactualisée ce 24 mai 2023, sous le titre « Un jardin dans l’Eden », disponible en pdf dans la section Théologie de ce forum sous l’intitulé « Évolution, création, incarnation : un livre à télécharger » :
https://www.cite-catholique.org/viewtop ... 92&t=20369