Bonsoir Menthe,
Menthe a écrit :Je pensais ouvrir un sujet sur le polyamour ou les "relations plurielles", mais celui-ci pourrait me convenir.
Ayant plus d'affinités avec le protestantisme libéral qu'avec le catholicisme, j'avais déjà posé une question plus ou moins en rapport avec ce sujet
sur le site de l'Oratoire du Louvre. Le pasteur répond notamment ceci :
"Un attachement, une alliance entre deux personnes gagne à être stable et fidèle, la multiplicité des rapports a bien des chances de troubler cette construction. Le sexe n’est pas comme jouer au tennis, par exemple. On peut avoir trois partenaires de tennis réguliers sans que la relation à l’un nuise à la relation aux autres, mais le sexe est une relation bien plus intime, impliquant bien plus de dimensions de l’être que le tennis… [...] le sexe est assez addictif [...] je ne suis pas certain que cette multiplicité soit un facteur de réel épanouissement. Il y a d’autres formes de gourmandises pour se rendre la vie joyeuse et agréable qui me semblent infiniment moins dommageables pour la santé et le développement personnel que ce genre d’activités."
L'argument me paraît faible : déjà, il ne tient pas compte de la diversité de vécu de la sexualité selon les gens ; ensuite, il omet que le polyamour n'implique pas nécessairement du sexe (les balades au clair de lune main dans la main, les bisous sur la bouche, le côte-à-côtisme nus sous la couette, les poèmes enflammés, etc.
avec quelqu'un d'autre que son conjoint ; tout cela choquerait déjà la plupart des monogames... et pourtant il n'y a pas de sexe) ; enfin, il oublie que l'intimité, ce n'est pas seulement l'intimité physique : il faut s'abandonner davantage pour confier à quelqu'un des détails obscurs et cachés de sa vie personnelle que pour avoir une relation sexuelle avec lui : or, manifestement, cela ne pose pas de problème à grand monde l'idée de faire des confidences intimes à plus d'une seule personne.
En outre, des études semblent montrer qu'il n'y a pas davantage de troubles psychiques chez les polyamoureux et dans leurs relations conjugales par rapport aux monogames (ex. :
http://polyamour.info/-C-/Ce-que-les-pr ... nt-savoir/ ). Au contraire, il semble que les valeurs du polyamour pourraient même servir aux monogames pour améliorer leurs relations de couple monogame (
http://www.slate.fr/lien/54863/polyamou ... -monogames ).
Le premier point est celui qui m'intéresse le plus. La relation "de base" (la première chronologiquement) peut-elle être renforcée, ou du moins non amoindrie, par la pratique du polyamour ?
A titre d'exemple, j'ai lu un temps le blog Poly4amour, et les deux couples "originels" se sont finalement séparés. J'ai conscience que ce n'est qu'une histoire parmi d'autres et qu'elle n'est pas forcément représentative,
Du reste, s'il fallait juger de la valeur d'un style de vie sur le nombre de ses échecs, alors la monogamie ne s'en sortirait pas trop bien non plus...
mais il me semble difficile d'effacer facilement la jalousie et la possessivité que les uns et les autres peuvent ressentir (je ne dis pas que la jalousie et la possessivité sont de bonnes choses, mais qu'il me paraît dur de passer outre), si même des personnes ouvertes sur la question en souffrent.
On peut voir de la jalousie/possessivité aussi dans les relations amicales, pourtant la plupart des gens sont ouverts sur la question de l'amitié... Je dirais qu'il y a un peu un calcul coût/bénéfice à envisager. Chacun doit se demander : mon inclination au polyamour est-elle prépondérante ou non, par rapport à mon besoin d'exclusivité, ma jalousie, ma possessivité ? Après, il reste à négocier, pour chacun, avec son ou ses partenaires d'amour, ce qui leur convient le mieux.
Autre motif de curiosité : j'ai cru comprendre, en lisant Un gentil athée, qu'en clair ce qu'il souhaiterait c'est avoir une relation amoureuse principale avec enfants et projets sur le long terme, et des relations amoureuses ou charnelles "satellites" sans ce type de projets. Est-ce le cas de tous les polyamoureux ?
Non. Certains, mais ils sont plus rares, sont favorables à des communautés de vie à plusieurs, sans exclure d'avoir des enfants avec tous leurs amoureux, et de les élever en commun. Personnellement, je trouve ça utopique et peu viable. Je suis beaucoup plus conservateur dans ma morale personnelle, si si
Est-ce viable... si on aime avec la même intensité ses deux partenaires ?
S'il s'agit de relations dites "secondaires", ça ne devrait pas poser beaucoup plus de problèmes que d'aimer deux amis avec la même intensité. Mais s'il s'agit de relations dites "primaires", ça me paraît surréaliste... D'après moi, les relations dites "secondaires" ne posent pas un problème insurmontable, car il ne s'agit, à mon sens, que d'une forme d'amitié plus complète et plus intense. Le bond ontologique c'est quand on passe aux relations dites "primaires". Ce que je veux dire, c'est que les problèmes qu'on peut rencontrer dans le polyamour "traditionnel" sont un peu les mêmes que ceux qu'on peut rencontrer en amitié (surtout à considérer l'amitié homme-femme), mais à un degré supplémentaire d'intensité ; alors que dans le polyamour "polyfamilial" (avec plusieurs relations "primaires", tout le monde qui vit ensemble, etc.) on peut rencontrer, en outre, des problèmes d'une
nature différente des problèmes qu'on peut rencontrer en amitié.
Cordialement,
Mikaël