Cepora :
Comme le dit Bossuet : « Lorsqu'on croit quelque chose sur le témoignage d'autrui, ou c'est Dieu qu'on en croit, et alors c'est la foi divine ; ou c'est l'homme, et alors c'est la foi humaine ».
Oui.
Foi humaine
Les miracles qui sont reconnus par l'Église à Lourdes constitueraient un bon exemple de mise en pratique de ces notions, je pense.
Le bureau médical fait intervenir la notion de "foi humaine" en se bornant à celle-ci. Qu'est-il raisonnable de penser ? L'état de santé de monsieur X était-il bien connu ? Dispose-t-on de témoins fiables pour cela ? Peut-on avoir l'assurance qu'un réel changement d'état perceptible est survenu ? Comment ? Un facteur naturel connu pourrait-il être à l'origine du changement d'état du patient ? l'administration d'un nouveau médicament ? un changement de diète ? le fait de vivre à proximité d'une centrale nucléaire ? etc ...
C'est l'enquête qui peut aboutir ou pas sur le fait que monsieur X aura pu vivre réellement un phénomène que l'on ne peut raisonnablement pas expliquer par des causes naturelles connues. On peut en arriver à croire de foi humaine (même un athée) que le cas de monsieur X représenterait bien un cas inexplicable dans l'état de nos connaissances actuelles.
Foi divine
Mais pour qu'il y ait ce passage de la reconnaissance du cas de monsieur X en tant que reconnaissance d'un phénomène miraculeux, un phénomène extraordinaire faisant intervenir Dieu - Jésus, la Sainte Vierge, un ange, un saint -, il y prend bien le jugement de l'Église et ensuite la réceptivité du fidèle. En bout de course mais il n'y a que cette vertu de foi théologale, qui est à la fois présente dans l'Église et chez le fidèle, qui autorisera ce dernier à croire à l'intervention miraculeuse. Il y prend bien une grâce divine pour cela, la capacité de croire en la révélation chrétienne, la véracité de ce que transmet l'Église à propos de Jésus. Il prend la grâce au début et à la fin.
On passera donc d'un processus de foi humaine à un processus de foi divine.
Illustration :
Le cas de monsieur X est traité à travers le filtre de la foi humaine (enquête, jugement prudentiel, témoignage de plusieurs, confiance dans la compétence des juges et du protocole expérimental). L'avis ultime produite par le bureau médical s'enracine dans la foi humaine. Ensuite l'examen canonique conduit par l'Église s'appuie lui aussi sur la foi humaine (reconnaissance de la compétence des juges ecclésiastiques pour commencer, degré de confiance que l'on peut accorder au vécu chrétien de monsieur X, présence vraie de la foi chez ceux qui auront pu prier pour la guérison de monsieur X, de quel esprit étaient animés ceux-là ... )
C'est via un processus de foi humaine que l'Église pourra en arriver à déclarer "miraculeux" le cas de monsieur X (... ou plausible le cas de l'apparition de la Sainte Vierge à Bernadette Soubirou à telle date ...) L'Église peut par le moyen de la foi humaine en arriver à juger qu'il n'y aurait pas d'obstacles à ce que des fidèles puissent croire en la "véracité de ce qui est dit au sujet de monsieur X".
Et "la véracité de ce qui est dit au sujet de monsieur X" peut être reçu comme
vrai ("que la Sainte Vierge aurait pu ...") uniquement
chez le fidèle de l'Église catholique la plupart du temps, mais parce qu'il y a aussi chez ce fidèle la vertu de foi théologale (ayant Dieu pour objet);
qu'il reçoit lui-même de foi divine tout ce que rapporte l'Église au sujet de Dieu ("Je crois en Dieu le Père tout puissant, créateur du ciel et de la terre, et en Jésus Christ son fils, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint Esprit, qui est né de la Vierge ...; je crois à l'Église catholique, une, sainte, catholique, apostolique, etc ... ")
Si on retire la foi divine dans tout cela, c'est l'ensemble qui perd tout intérêt bien sûr. Mais la notion de foi humaine est nécessaire pour comprendre comment il peut se faire que des chrétiens ne voudraient pas croire à tels miracles précis ou à telle apparition de la Sainte Vierge en particulier