PierreTombal a écrit :J'aimerai répondre à Raistlin qui me semble être le plus intelligent ici et qui est un visiblement un homme pieu.
Le plus intelligent ? Non, je ne pense pas. En revanche, depuis que je suis devenu catholique, j'ai appris à penser à peu près correctement. Je vois vraiment la différence par rapport à avant ma conversion.
Et je ne suis pas pieu : je m'efforce d'être chrétien, tout simplement.
PierreTombal a écrit :Tout d'abord, parlons de ce terme, les "lois" de la nature. Il nous mène à une illusion: loi=legislateur(Dieu)=punition de celui qui les transgresse.
Où avez-vu que j'ai parlé de Dieu ? J'ai parlé de finalité de certaines de nos fonctions biologiques. Ainsi, l'oeil est fait pour voir, de même l'organe sexuel mâle est fait pour aller avec l'organe sexuel femelle en vue de la procréation. Ce n'est pas là la seule finalité de la sexualité humaine (la communion des époux en est une autre) mais on ne peut nier celle-là.
Mon propos, lorsque je parlais de l'homosexualité, n'a jamais été de parler en terme de licite/illicite, mais de dire ce qu'est l'homosexualité : une blessure de la sexualité. Tout comme il serait absurde d'invoquer la supériorité de l'homme sur la nature pour dire qu'un aveugle n'a aucun problème au niveau de sa vue, il est absurde de faire de même pour dire que l'homosexualité humaine n'est pas un trouble de la sexualité.
PierreTombal a écrit :Voyons donc maintenant comment Dieu a donné à l'homme le droit et la capacité de s'extraire de cette nécessité. Il lui en a donné la capacité car il a fait l'homme à son image, c'est à dire conscient, doué de réflexion, et donc d'un esprit qu'il doit s'efforcer de maintenir à l'écart de son animalité (le vœu de chasteté des prêtres est un merveilleux exemple: ils doivent se tenir au plus loin du corporel pour se consacrer au spirituel. Il en est de même pour le jeûne du carême: se tenir éloigné des plaisirs du corps pour se consacrer à la félicité de l'âme). L'homme est donc capable et même tenu de maintenir au plus loin ses nécessités naturelles.
Donc si je comprends bien votre raisonnement, vous partez d'une dignité que Dieu aurait donné à l'homme... pour récuser l'idée que Dieu a inscrit des lois incontournables dans la nature. En gros, vous utilisez Dieu contre Dieu. Vous n'avez pas l'impression de vous contredire ? Si vous admettez que Dieu a donné des lois, et qu'il a permis à l'homme de s'affranchir de
certaines (et rien que ce point mériterait de s'y attarder car Dieu n'a JAMAIS permis à l'homme de détruire sa création ou de la violenter), vous n'êtes pas en droit alors de nier ces lois.
En outre, vous mélangez des réalités naturelles et surnaturelles, sans savoir de quoi vous parlez. Car l'appel du prêtre au célibat est purement surnaturel. L'Église le dit : l'appel naturel de tout homme est le mariage. Le consacré ne répond pas à cet appel, mais parce qu'il est appelé à un appel surnaturel qui vient donc, en quelque sorte, supplanter l'appel naturel. Voilà pourquoi tout le monde ne peut pas devenir consacré. Vous mélangez donc des choses qui n'ont rien à voir.
Parlons ensuite du jeûne. Il ne s'agit pas d'une négation des réalités naturelles comme vous semblez vouloir le suggérer. C'est simplement que si l'homme est corps et âme, il n'est pas que corps. Donc oui, l'homme a une sexualité à laquelle il doit répondre, mais il a aussi des besoins spirituels. Prenons un exemple : vous avez faim mais en même temps vous avez envie de dormir. A priori, vous ferez l'un avant l'autre, car même si les deux besoins sont importants et doivent recevoir une réponse, vous ne pouvez y répondre en même temps. Voire les deux n'ont pas la même importance. Ainsi, ce n'est pas nier la réalité des besoins physiques de l'être humain, que de privilégier un temps ses besoins spirituels : c'est simplement ordonner les choses.
Ajoutons également que s'abstenir de se nourrir au cours d'un jeûne n'est pas nier qu'il faut manger ou que l'estomac est fait pour recevoir de la nourriture, ou qu'il n'est pas normal que l'homme se nourrisse d'uranium enrichi par exemple. De même, s'abstenir de relations sexuelles ne saurait en aucun cas constituer une négation de la finalité de la sexualité, et du fait qu'un homme est fait pour s'unir à une femme.
PierreTombal a écrit :Un autre argument dans ce sens vient du 10e commandement: "Tu ne désireras pas injustement le bien des autres." (je prends celui-ci pour éviter à chacun d'aller feuilleter sa bible trop longtemps mais les évocations de la propriété matérielle son nombreuse) Si l'homme et en mesure de posséder, et donc de posséder un objet, et que cet objet peut être naturel (comme un troupeau ou des semences, par exemple) c'est donc que la nature de l'homme, son essence, et d'une manière ou d'une autre supérieure à celle des objets sur lesquels il a un pouvoir. L'homme est donc par essence supérieur à la Nature et peut donc, s'il le souhaite, faire fi de ses nécessités.
Dieu a donné à l'homme le pouvoir et le droit d'aller contre les "lois" de la nature.
Alors là, je vois mal la pertinence de l'argumentation... Un jardinier est maître du jardin, chargé de l'embellir et de le gérer. Il peut émonder, arroser, planter, etc. Cela ne lui donne pas le droit de tout brûler.
Que Dieu ait donné à l'homme un pouvoir supérieur à celui de la nature, notamment pour en prendre soin, c'est une chose. Cela ne signifie pas pour autant que l'homme puisse aller
contre la nature, et surtout contre la sienne. L'homme est supérieur à la nature, c'est un fait objectif et une des raisons pour laquelle le matérialisme ne tient pas. Mais "être supérieur à" n'est pas synonyme de "je fais ce que je veux".
Et j'insiste encore sur l'absurdité qu'il y a à invoquer le pouvoir que Dieu a donné aux hommes, pour mieux nier sa volonté ensuite.
PierreTombal a écrit :Reste alors la question morale de l'homosexualité. Là d'abord, il faut rappeler que la plupart des textes religieux sur le sujet son de Saint Paul, qui était un apôtre et non un prophète, c'est à dire qu'il ne parlait pas au nom de Dieu mais en son nom propre. De la même manière que l'Eglise a évoluée sur la vision Paulinienne des femmes, elle peut évoluer sur celle des homosexuels. Paul a vécu au 1er siècle après J-C. On peut donc sans risque de blasphème se permettre de questionner son jugement sur ces sujets.
En même temps, ce n'est pas à vous que Dieu a donné le charisme d'infaillibilité mais à l'Église. Qui êtes-vous pour nous dire comment il faut comprendre la parole de Dieu ? Êtes-vous prophète vous-même ? Quel orgueil de votre part de vous croire autoriser à interpréter la parole de Dieu selon votre opinion.
Réfutons maintenant votre position selon laquelle l'homosexualité ne serait pas contraire au plan de Dieu. Vous niez saint Paul, soit. Vous nierez sans aucun doute Sodome et la Loi mosaïque, soit. Alors, je vais faire comme le Christ lorsque celui-ci a du débattre du divorce avec les pharisiens : qu'en était-il au commencement ? Au commencement, Dieu a créé la femme pour l'homme, pour qu'ils ne fassent qu'une seule chair. Il les a créé homme et femme, et non pas homme et homme ou femme et femme. La position de l'Église s'enracine donc dans une vision globale de l'Écriture, et non dans une vision partielle et préférentielle comme vous le faites.
PierreTombal a écrit :Je terminerai en citant le Christ "Il faut rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu", ce sont par ces paroles que Jesus explique pourquoi il faut payer l'impôt au romain et qu'aucune révolte ne saurait ce faire au nom de Dieu: Les lois terrestres sont ce qu'elles sont, les croyants ne peuvent prétendre dicter son comportement à tout un peuple car la religion chrétienne est universelle mais aussi singulière, elle s'adresse à chacun en son âme et non plus à un peuple élu. Qu'importe les lois auxquelles vous obéissez: Dieu seul sait, et Dieu seul juge. Nul ne peut parler en son nom.
Donc si je suis votre raisonnement, les chrétiens ne devraient jamais s'opposer aux lois iniques. Si un jour le néo-nazisme arrivait au pouvoir, nous devrions obéir, c'est ça ? Si un jour l'esclavage devait être réintroduit, nous devrions acquiescer, c'est ça ?
Votre cas est typique de ceux qui veulent s'approprier la parole de Dieu, sans se soumettre à la seule autorité que le Christ a laissé pour la comprendre : l'Église.
Que les chrétiens ne soient pas de ce monde, c'est bien vrai. Mais ils sont aussi dans le monde et doivent s'efforcer de le transformer par leur sainteté. Le chrétien n'a pas pour vocation à fermer les yeux sur l'injustice et le mal, sous prétexte que son Royaume est ailleurs. Certes, nous n'avons pas à faire de révolution - et d'ailleurs tel n'est pas le cas - mais nous devons dénoncer le mensonge, et proclamer la vérité. Dans notre combat, il ne s'agit pas de faire du christianisme une religion d'État (et là encore, au risque de vous décevoir, ce ne serait pas forcément contraire à l'Évangile), mais de protéger la famille et les plus faibles, à savoir les enfants que certains veulent priver délibérément de leur père ou de leur mère biologiques.
Cordialement,