Je n'écrirais pas que le remariage est le piège moderne de notre ennemi, car je ne suis pas convaincu que le pape y voit un péché.
Ce qui est un péché, c'est ce qui amène le premier mariage à son échec; le manque de disponibilité à l'autre, l'égoïsme et son cortège fumeux, le manque de patience, etc... Et aussi, dans une certaine mesure, le manque d'engagement et d'attitude responsable et longuement réfléchie dès le départ. Ce qui pose la question de la solidité de la construction de l'identité du chrétien, et que sur cette construction, l'Eglise a un grand rôle à jouer, rôle qui se perd aujourd'hui sous le poids de trop de mots et pas assez de concret. Construction sur laquelle les parents doivent aussi peser. Si être chrétien dépend d'une foi qui est don de Dieu, le devenir dépend d'un cheminement de toute une vie. Et être au clair, avoir intégré et être capable de vivre habité par l'identité chrétienne, ça prend beaucoup de temps. Alors qu'aujourd'hui, on s'aime, on vit ensemble, on fait un bébé et on se marie. Sans avoir vraiment pris, durant tout ce temps, des moments de recentrage sur Dieu et Sa Volonté dans nos vies. Tout ça parce que dès qu'on dit, "Quelle est la Volonté de Dieu dans ma vie?", au sens concret du terme, on n'en a aucune idée. Rien ne vient. L'idée que toute construction mentale découle d'un ensemble de faits insignifiants mais quotidiens échappent totalement à la majorité des futurs mariés. Bref, dans l'échec d'un mariage, il y a aussi l'échec de l'Eglise et l'échec d'une famille entière sur toute la génération N-1 au minimum.
Le remariage non précipité, c'est une voie, un essai de recoller les morceaux après une grande souffrance, un essai de se reconstruire. Qui marche parfois, pour ceux qui ont eu la chance d'apprendre de leurs échecs passés, mais pas pour tous, loin s'en faut. Comme de toute chose, à partir de là, généraliser en disant un tel c'est forcément un péché, un tel ça a tout l'air de ne pas en être un parce que c'est un mariage qui réussit, c'est aussi dangereux que délétère; la personne qui se barre devant un conjoint vampirisant n'est pas forcément plus mal intentionnée que la personne qui se remarie avec un meilleur parti et se fiche bien de tout supporter du nouveau conjoint pourvu que ça serve ses désirs de confort et de facilités sociales. C'est quelque chose de très subtil à juger. Dieu sait et jugera, et Dieu s'occupe de chacun de ses enfants. Si des criminels notoires reviennent à la foi, alors Dieu peut aussi beaucoup de choses dans les vies de ceux qui ont souffert et le cherche sincèrement.
Pour nous, ce qu'il y a à comprendre, c'est que la multiplication des mariages, outre qu'elle se situe en dehors de l'enseignement du Christ, -et juste en ce point devrait constituer une limite infranchissable-, est une démarche risquée pour la collectivité, avec la multiplication d'unions à surprises, comme deux demi-frère/soeur qui se rencontrent, ou comme la belle-maman qui se tire avec le beau-fils, (on en a un exemple célèbre). Bref, ça finit par faire fouillis. Et dans un plan personnel, la personne qui passe d'un bras à l'autre tous les 7 ans, je ne suis pas sûre qu'au bout du compte elle s'y retrouve aussi bien que la personne fidèle qui aura pris tôt l'habitude de se vaincre pour avancer en commun avec un seul et unique compagnon de vie...
Le diable veut l'échec de l'homme, donc de son mariage, car son mariage, c'est sa famille, sa forteresse, le chemin le plus solide qui va le conduire à Dieu en se posant les bonnes questions. C'est le pivot central dont il doit s'emparer pour détruire la société telle que Dieu l'a voulu et pouvoir lui rétorquer, comme l'a bien saisi le Cardinal Caffara :
Devant de tels faits je me demande toujours : mais comment est-il possible que dans l’esprit de l’homme puissent s’obscurcir des évidences aussi originelles, comment est-ce possible ? Et je suis arrivé à cette réponse : tout cela est une œuvre diabolique. Littéralement. C’est le dernier défi que le diable lance au Dieu créateur, en lui disant :
« Je vais te montrer comment je construis une création alternative à la tienne et tu verras que les hommes diront : on est mieux ainsi.
Toi, tu leur promets la liberté, je leur propose d’être arbitres.
Toi, tu leur donnes l’amour, moi je leur offre des émotions.
Tu veux la justice, et moi, l’égalité parfaite qui annule toute différence.
de :
https://www.evangelium-vitae.org/docume ... affara.htm