Olivier C a écrit :Depuis le début de ce fil je m'interroge : depuis quand le Concile Vatican II est-il un concile à caractère "pastoral" et non dogmatique ? N'a-t-on pas statué sur le rapport entre Écriture et Tradition ? Sur le statut de l'Église ? Sur les ministères ordonnés ? Et nombre de sujets de cet ordre d'importance ?
C'est le Concile lui-même qui s'est voulu pastoral. Avec cette précision d'importance:
Compte tenu de la pratique en usage aux conciles et de la fin pastorale du présent Concile, celui-ci précise que, parmi les points de foi ou de morale, l'Eglise doit tenir ceux-là seuls que le Concile aura explicitement déclarés tels.
(déclaration du 6 mars 1964).
Et le problème est qu'il n'y a rien d'explicitement déclaré. Malgré l'aspect indubitablement dogmatique d'une partie des documents, le fait est que leur autorité est
limitée de par l'intention déclarée du Concile lui-même. De plus, le Concile n'avait pas l'intention de définir de nouveaux dogmes (Magistère extraordinaire) mais seulement d'éclairer sous un jour nouveau les vérités de la foi catholique. Il est vrai que le Magistère extraordinaire n'est pas différent, en ce sens qu'il n'a pas à franchir les limites du dépôt de la foi (Tradition objective), mais seulement à définir pour l'expliciter ce qui en fait partie (Tradition active). Mais les textes de Vatican II n'ont pas le même caractère définitif (dans le sens de
définir, mais aussi d'irréformabilité - selon ce qui a été défini au Concile Vatican I). Evidemment, ils font quand même partie de la Tradition active en ce qu'ils explicitent le dogme catholique (et on peut parler de Magistère ordinaire, comme l'a fait Paul VI).
De plus, ça doit bien être le premier Concile qui ne se réunit pas pour combattre une hérésie ou tout au moins mettre fin à une querelle (comme les Conciles de réunion avec les Eglises séparées à Lyon II et Florence). Il s'agissait seulement d'exprimer la foi catholique - inchangée - de façon nouvelle, selon l'intention déclarée de Jean XXIII (au passage cela condamne quand même nettement l'"herméneutique de rupture" qui voit dans le Concile une révolution). Est-ce-que ça a été réussi ou non, on a le droit d'en discuter.
Après, je me demande aussi pourquoi on se focalise tant sur "le Concile". Sans doute parce que les éléments les plus révolutionnaires de l'Eglise s'en sont emparés pour en faire quasiment l'acte fondateur d'une nouvelle Eglise. Et du coup, réciproquement, les plus traditionalistes ont voulu faire du Concile la source de tous les maux: l'origine de la révolution est (selon eux) à chercher dans les documents conciliaires (c'est notamment le discours habituel du côté de la FSSPX).
En réalité, ce que je constate, c'est que:
- dès la fin du pontificat de Pie XII et le début de celui de Jean XXIII, d'aucuns ont senti le "vent tourner" à Rome, ne serait-ce que parce que Jean XXIII ne souhaitait pas conserver une attitude aussi intransigeante que Pie XII (c'est en tout cas ce qu'on entend tout le temps). Certains prélats réputés très conservateurs (mais probablement, surtout, ambitieux et opportunistes) se sont soudainement mués en progressistes radicaux. Donc à priori avant même le début du Concile. Je pense par exemple au Cardinal Léger de Montréal.
- il y avait dans les années 50 un grand bouillonnement d'idées et une volonté réelle de changement - et de ce fait, la plupart des catholiques a accueilli avec de grands espoirs l'annonce du Concile. Le Concile a largement reflété ces courants. Malgré cela, il y avait quand même diverses tendances, qu'on peut rassembler grosso modo en 2 groupes:
* le mouvement de "ressourcement", cherchant à scruter la Tradition pour remettre à jour certains éléments oubliés, notamment les Pères de l'Eglise. En gros, cela a donné après le Concile la tendance de la revue Communio (Ratzinger, Balthasar...).
* les "pastoraux" (le terme existait déjà dans les années 50) ainsi que les théologiens les plus novateurs, peu attachés à la Tradition de l'Eglise. Je mettrais notamment dans ce groupe les Rahner et Kung (j'ai conscience du caractère approximatif de mes regroupements, que quelqu'un n'hésite pas à corriger!). Je constate aussi qu'ils sont généralement néo-thomistes au contraire des précédents (St Thomas a dû se retourner dans sa tombe mais bon...).
A ce sujet j'ai trouvé le lien qui suit fort intéressant, à part la conclusion qui est à mon avis celle de quelqu'un aveuglé devant les résultats des dernières années et des obsédés du "dialogue avec le monde":
En tous cas, il est manifeste qu'on trouve plusieurs tendances dans les documents conciliaires.
- Le 3e point, c'est qu'il y a eu les documents du Concile... et leur application effective. Comme tout Concile, au moins récent (Trente ne fait pas exception!). Les Conciles du 1er millénaire étaient sans doute différents en ce que leurs canons étaient directement traduits dans les lois impériales, ils entraient donc par nécessité dans la vie de l'Eglise. Ce n'était pas le cas à Trente (par exemple, la volonté de ce dernier Concile d'ordonner des hommes mariés aux ordres mineurs n'a pas été suivie d'effets, et ne l'a toujours pas été récemment!).
Concernant Vatican II, le moins qu'on puisse dire est que ce qui est passé comme application du Concile est souvent en opposition formelle avec les textes dudit Concile! La réforme liturgique en est l'exemple le plus évident. La constitution conciliaire (là encore, avant le Concile, le mouvement de réforme était déjà bien lancé, cf notamment la Semaine Sainte de 1956 et tout un tas de réformes plus réduites) demandait une réforme modérée, de conserver le latin (avec une place pour le vernaculaire), de ne faire de changements que si l'utilité de l'Eglise le demandait réellement et certainement, ne parlait pas de l'orientation de l'autel, etc...
Le résultat de la réforme liturgique menée au nom du Concile, c'est - avant tout, et comme chacun peut aisément le constater - l'autel face au peuple, un missel entièrement nouveau, un cadre rituel désacralisé (l'autel ne doit plus être en pierre, la communion se donne debout et dans la main, etc...), l'abandon explicite du latin pour la célébration normale du nouveau missel au profit du vernaculaire, etc... Bref, sur bien des points, tout l'inverse.
Ces changements doivent-ils donc être attribués au Concile? Ou bien à l'autorité qui les a promulgués ensuite, ou encore aux prêtres révolutionnaires qui les ont souvent introduits contre toute autorisation et ont forcé la main de l'autorité?
En fait, le Concile ne peut pas être isolé de tout le climat de l'époque, ni de chacun des pontificats qui l'ont mis en oeuvre. On peut certes considérer isolément les textes conciliaires et leur impact sur la théologie récente (plus souvent, dans la pratique, et à ce qu'il me semble, dans le sens de l'herméneutique de rupture, mais là encore ça ne réflète pas l'intention des pères conciliaires qui ont voté les textes). Mais je ne crois pas que l'essentiel de la vie de l'Eglise soit là, même si les théologiens alimentent les idées du commun des clercs. L'essentiel, ce que chacun voit tous les jours, c'est la pratique liturgique, les dévotions, la vie chrétienne (jeûne, règles pénitentielles, etc...), la morale, et aussi les catéchismes.
Il y a eu une révolution, c'est certain. Avec des changements positifs, et énormément de négatifs, ayant notamment pour résultat un arrêt quasi-complet de la transmission de la foi dans les familles (il n'y a qu'à observer les âges dans la plupart des assemblées actuelles: en-dessous de 50/55 ans, soit les générations nées avant le Concile, il n'y a presque plus personne. Exception faite des tradis, des charismatiques, des communautés à forte dominante "de couleur", et de quelques ilôts).
Maintenant, je me demande aussi comment une telle révolution a pu se produire. Elle n'aurait pas pu se produire avec une telle rapidité dans un organisme en bonne santé. Je pense quand même qu'une partie au moins des critiques entendues à l'époque était justifiée, et en même temps que les méthodes employées pour lutter contre le modernisme se sont révélées, pour l'essentiel, inefficaces.
Je ne pense donc pas que prôner un simple retour aux années 50 soit une solution idéale (même si elle peut parfois apparaître comme une étape nécessaire). La solution consiste non pas dans des réformes novatrices et échevelées, mais dans un approfondissement de la Tradition telle qu'elle s'est exprimée tout au long de l'histoire de l'Eglise. En ce sens, oui, les constitutions dogmatiques du Concile contiennent des perles que, même si elles n'ont pas le caractère définitif et obligatoire d'un canon dogmatique, il serait dommage de négliger.
In Xto,
archi.