ti'hamo a écrit :@gentil athée
Mais, du coup, ces lois physiques ainsi décrites, sont efficientes, sont agissantes : elles "font" s'attirer ou se repousser les corps en question. D'une certaine manière, on peut donc dire qu'elles agissent à travers la matière (cela dit, dans le cas de ces lois, on pourrait même dire qu'elle n'existe qu'à travers la matière, de même que, comme vous l'avez dit, la matière n'existe pas sans elles - le rapport entre les particules et les lois physiques illustrerait alors plutôt les relations entre le corps et l'âme) ;
Comme le dit lui-même Raistlin, il faut éviter d'être confusionnant, c'est pourquoi je tiens à distinguer ces deux modes d'action. Après, bien sûr, on peut toujours dire que "d'une certaine manière", "on peut dire", etc., si on tient à filer la métaphore... mais mon but n'est pas de faire des métaphores, il est de trouver la vérité.
ti'hamo a écrit :vous me direz que c'est exactement ce que vous vouliez démontrer au sujet de votre Absolu : pas forcément ; si cet Absolu est l'Existence, et qu'ainsi il "EST", à travers toute chose existante,
alors, de la même façon, dire qu'il est l'Amour, ce serait dire qu'il AIME, à travers l'amour qui se noue ente les êtres que par ailleurs il fait exister. Ce qui devrait furieusement vous rappeler que l'amour du prochain et l'amour de Dieu, c'est tout un.
Moi j'aurais eu plutôt tendance à dire que nous sommes à travers l'Existence, ou que nous aimons à travers l'Amour. Cela dit, à bien y réfléchir, si je considère la propriété de rougeur d'une fraise, j'ai du mal à considérer que cette propriété de rougeur n'est pas elle-même rouge (et même rouge par définition). Peut-être convient-il à nouveau d'opérer une distinction, entre la propriété de Rougeur en soi, et la rougeur particulière d'un être, telle qu'elle se manifeste en cet être. Par conséquent, si on transpose au cas d'une propriété comme l'Amour ou l'Existence, on peut dire que l'existence d'un être existant existe, même si l'Existence en soi n'existe pas (disons plutôt de l'Existence en soi qu'elle trans-existe) ; et semblablement, l'amour d'un être aime, même si l'Amour en soi n'aime pas (il trans-aime). Mais vous noterez que si on fait des propriétés telles qu'elle se manifestent dans les êtres, la réalité absolue, on vire dans le panthéisme.
ti'hamo a écrit :Un autre point, cependant :
si donc cet Absolu est cause de tout, y compris des lois et des universaux, il n'est alors lui-même soumis à aucune loi préexistante - et ce ne peut donc être sous l'action d'une telle loi qu'il agit, qu'il donne l'existence, une loi qui décrirait une nécessité de même que la loi de la gravité décrit et/ou implique nécessairement que deux corps s'attirent d'une manière précise et particulière ;
c'est donc sous sa propre impulsion (le terme étant mal choisi puisque "impulsion" semble sous-entendre un point de départ, donc un changement, ce qui ne peut être dans cet Absolu, mais enfin je n'ai que ce mot sous la main), c'est donc, disons, de son propre chef, qu'il fait exister, et qu'il fait aimer ;
il est donc doué de ce que nous appellerions une volonté, si la volonté est la capacité à agir de soi-même sans être déterminé par rien d'extérieur.
Vous voyez, là on comprend pourquoi j'ai bien insisté sur le fait que l'Absolu n'a pas de pouvoir causal (au sens moderne du mot "cause"). L'Absolu est "cause" des lois et des universaux de la même façon que la triangularité d'une figure inscrite dans un plan est "cause" de la propriété "somme des angles = 180°". L'Absolu n'a pas besoin d'être soumis à la nécessité, car la nécessité, c'est Lui.
Raistlin a écrit :Ce n’est pas parce que la Cause première est transcendante qu’elle ne cause pas notre Univers, même au sens moderne du terme.
A quel moment la Cause première a-t-elle causé le temps et où a-t-elle causé l'espace ? Et c'est moi que vous accusez d'être confus ?...
Raistlin a écrit :Si la raison arrive à la connaissance d’une Cause première, c’est justement parce que l’Univers, et tout ce qu’il contient, est contingent. Tout aurait pu ne pas exister, l’Univers n’a pas l’être par lui-même. Il faut donc nécessairement une Cause qui ait l’Être par elle-même, et de qui l’Univers tire son être. Cette Cause première est donc bien causale, et au sens tout à fait moderne du terme car sans elle, l’Univers matériel n’existerait pas.
Vous n'avez pas démontré qu'un autre type de cause ne pouvait pas faire exister l'Univers matériel. Quant à moi, je vous ai montré en quoi une cause au sens moderne ne pouvait pas donner le temps et l'espace. Et d'ailleurs, il n'y a aucun exemple de cause au sens moderne qui cause du temps, de l'espace, de l'existence, etc. A chaque fois, une cause au sens moderne du terme s'inscrit dans le temps et l'espace et cause un changement dans ce qui existait déjà, elle ne fait pas apparaître quoi que ce soit ex nihilo.
Raistlin a écrit :Une cause est une cause, il ne me semble pas nécessaire d’introduire des distinctions inutiles et confusantes.
C'est au contraire pour être le plus clair possible que j'introduis ces distinctions.
Raistlin a écrit :Je ne sais pas exactement ce qu’on peut entendre par « universaux » mais vous commettez, il me semble, une grave confusion. Les lois de la Nature ne sont pas des abstractions, elles sont le résultat d’interactions entre matière, énergie, etc. Ce que je veux dire, c’est que le concept de triangle n’a pas besoin d’un triangle matériel pour exister. En revanche, une loi physique n’existe pas hors de ce qui lui donne d’exister : le réel.
En êtes-vous certain ? Qu'est-ce qui vous fait traiter ces deux cas différemment ? On peut dire aussi que le concept de triangle est purement instrumental et descriptif et qu'il n'existe pas indépendamment des triangles matériels.
Raistlin a écrit : Votre erreur vient du fait que vous confondez deux niveaux différents : celui de la physique et celui des mathématiques. Mais nos modélisations mathématiques du réel ne sont pas les lois en elles-mêmes, elles n’en sont que la transcription, la traduction oserais-je dire.
Je ne crois pas avoir dit le contraire...
Raistlin a écrit :Et c’est là où je ne vous suis plus du tout. Vous partez de l’exemple des lois de la Nature – qui ont quand même une efficacité causale (sens moderne) bien réelle – pour dire que votre Absolu peut causer l’existence sans avoir d’efficacité causale.
Ben justement, c'est ce que je nie : que les lois de la Nature ait une efficacité causale au sens moderne du terme. Elles devraient, pour cela, être situées dans le temps et l'espace, et être pleinement distinctes de ce qu'elles causent (de même que la bille n°1 qui vient frapper une autre bille n°2 et lui communiquer le mouvement est différente de cette bille n°2)
Raistlin a écrit :Vous considérez l’Absolu comme une abstraction archétypale, mais ce genre de chose n’a pas d’existence en dehors de celui qui la pense.
J'ai déjà expliqué que je ne parlais pas de vagues représentations mentales mais en quelque sorte de réalités idéales au sens platonicien. D'ailleurs vous-même êtes d'accord pour dire que le concept de triangle n’a pas besoin d’un triangle matériel pour exister. C'est donc que le concept de triangle n'est pas une simple représentation mentale sans existence en dehors de celui qui la pense.
Cordialement,
Mikaël