lintrus a écrit : ↑mer. 08 juil. 2026, 8:05
Ces 2 "doctrines" sont insatisfaisantes.
Cher ami,
Selon mon humble avis, en matière d’expiation, aucune des trois doctrines (qu’elle soit catholique, protestante ou orthodoxe) n’est parfaite. Cela étant dit, la doctrine orthodoxe appelée
Christus Victor me semble nettement préférable aux deux autres, même s’il est vrai qu’elle n’est pas entièrement satisfaisante. Selon cette théorie, le Christ se serait offert en rançon au diable pour racheter les pécheurs afin que ceux-ci devinssent ses propres possessions ; car jusque-là, les hommes étaient tous sous l’empire de Satan. En somme, le Christ aurait racheté des esclaves du péché pour en faire des esclaves de la justice. Quant au diable, ignorant que le Christ ressusciterait, il aurait accepté le marché et se serait fait « berner ». Il y a là une forme de tromperie qui me dérange, même si je reconnais à la théorie orthodoxe dans son ensemble de très solides fondements bibliques.
Je profite de cette intrusion pour vous donner les références scripturaires concernant la doctrine de l'enfer défendue par le catholicisme.
Il n'y a pas que Mathieu 25, il y a aussi pour l’humanité :
- 2 Th 1,9 : « destruction éternelle » ;
- Ap 20-21 : jugement final menant au lac de feu et à la seconde mort.
En 2 Thessaloniciens 1 :9, il n’est pas question de « tourments » éternels mais d’une « destruction » éternelle. Car le mot grec
olethron ne signifie en aucun cas torture ou tourment, mais destruction ou ruine. Il vous suffit de consulter les lexiques de Thayer ou de Strong pour le vérifier. De plus, l’adjectif
aionion associé au mot destruction ne signifie pas « éternelle » mais « durant un âge ». La destruction dont il est question ne durera donc qu’un âge, et ceci d’autant plus qu’elle sera suivie par une restauration universelle (voir Actes 3:21 par exemple).
Quoiqu’à la réflexion, la traduction de l’adjectif
aionion par « éternel » ne me dérange pas vraiment. En effet, l’enfant du diable qui subsiste encore dans tout homme, fût-ce de façon latente, sera quant à lui bel et bien éternellement anéanti au grand jour du jugement.
En Apocalypse 20 et 21, le lac de feu dont il est question ne consumera pas les enfants de Dieu qui vivent en chaque homme, mais les enfants du diable qui usurpent leur identité. Les chrétiens, Dieu soit loué, ne connaîtront pas cette seconde mort car ils ont déjà crucifié la chair et ses passions dans cette vie (voir Galates 5:24). Ceux qui ne connaissent pas Dieu, en revanche, seront jetés dans l’étang de feu afin que leurs péchés soient consumés et que leur nature charnelle soit mise à mort.
L’Écriture dit ainsi : «
la mort et le séjour des morts furent jetés dans l'étang de feu. C'est la seconde mort, l'étang de feu » (Apocalypse 20:14). Notez bien que la mort et le lieu où séjournent les morts seront tous deux jetés dans l’étang de feu. Or ces choses, que je sache, ne sont pas des personnes mais des entités physiques et impersonnelles. Preuve, s’il en était besoin, que l’étang de feu doit être interprété de façon allégorique, comme le reste du Livre de l’Apocalypse au demeurant.
Et pour les démons :
- Jude 1:6 présente les anges déchus en “liens éternels” jusqu’au jugement.
- Ap 20:10 (rapporté/cité dans le commentaire d’Augustin) décrit le tourment du diable “jour et nuit pour les siècles des siècles”.
Jude 1:6 renvoie à 2 Pierre 2:4, verset selon lequel les anges déchus sont consignés dans le Tartare et liés par des chaînes d’obscurité. Mais le Tartare est un concept issu de la mythologie grecque ! L’emprisonnement des démons doit donc être compris de façon allégorique ; il se réfère non à une détention réelle mais aux ténèbres mentales dans lesquelles les anges déchus ont été enfermés depuis le Déluge. Si les démons étaient réellement consignés en prison, on voit mal du reste comment ils pourraient nous nuire dans le siècle présent.
Apocalypse 20:10 dit : «
Et le diable, qui les séduisait, fut jeté dans l'étang de feu et de soufre, où sont la bête et le faux prophète. Et ils seront tourmentés jour et nuit, aux siècles des siècles ». Premièrement, le terme grec
basanisthēsontai traduit par « tourmentés » signifie en réalité « éprouvés ». Il tire son origine du mot grec
basanos, lequel désigne la pierre de touche avec on éprouve la pureté de l’or pour le débarrasser de ses scories.
Basanisthēsontai possède donc une dimension rédemptrice et salvifique. Deuxièmement, l’expression « aux siècles des siècles » ne signifie pas éternel mais « durant le plus important des âges », c’est-à-dire durant l’âge de l’étang de feu. C’est du moins ainsi que la comprenaient des pères comme Grégoire de Nysse ou Grégoire de Naziance. Selon l’Écriture, il existe en effet plusieurs âges (les siècles passés, le siècle présent, le Millénium, l’âge de l’étang de feu, etc.). Quant à l’état final (le paradis), il ne fait pas partie des âges mais s'inscrit hors du temps.
Enfin, il conviendrait de ne pas oublier l'argument donné par Jésus lui-même en Marc (9: 50) "Si le sel s'affadit, par quoi sera-t-il salé?" et de prendre au sérieux ce qui est dit dans l'enseignement sur la mesure avec laquelle nous serons mesurés : nous sera même retiré ce qui nous aura été donné (vous trouverez les références).
Dans le verset qui précède, Marc dit : «
tout homme sera salé de feu » (Marc 9:49) ; ce que la très respectable Good News Translation traduit par : «
everyone will be purified by fire ». Et pour cause, le sel, dans l’ancienne alliance, servait à purifier les offrandes (voir Lévitique 2:13). La salaison universelle annonée par Marc décrit donc en termes imagés la grande restauration universelle à venir. C’est pourquoi l'Évangéliste ajoute : «
le sel est une bonne chose » (Marc 9:50).
Au jour du jugement, nous serons tous mesurés avec la mesure dont nous nous serons servis pour mesurer les autres. Cela, je le crois tout à fait. Cependant, que je sache, aucun être humain n’a jamais torturé son prochain dans les flammes éternelles pour toute l’éternité. Hitler eût sans doute bien aimé le faire, mais il s’est « contenté » de gazer ses victimes, si j’ose dire. Dans ces conditions, pourquoi Dieu infligerait-il aux hommes une torture que eux-mêmes n’ont pas infligé à leurs prochains ? Jésus dit aussi : «
on vous jugera du jugement dont vous jugez » (Matthieu 7:2). Les protestants universalistes ne jugent personne ; ils ne condamnent personne ; au contraire, ils annoncent la restauration universelle de tous les hommes. Je ne vois donc pas pourquoi ils seraient jugés.
Amicalement,
Colas.