La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

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ThéophileduSegala a écrit : lun. 29 juin 2026, 0:08
Je vous remercie encore pour la qualité de nos échanges. Malgré nos désaccords, nous avons su dialoguer avec respect, et c’est déjà une belle grâce.
Cher Théophile,

Merci de ces précisions qui me permettent de mieux apprécier le parcours qui est le vôtre. Il semble que nous ayons tous deux des itinéraires spirituels tourmentés et que la tribulation ne nous ait pas épargnés. Vous avez raison de souligner à quel point les profondeurs de Satan sont vertigineuses et dépassent l’entendement. L’horreur des chambres à gaz d'Auschwitz ou de Treblinka en témoigne avec force. Mais je suis convaincu que Dieu triomphera de Satan au bout du chemin, et que le péché sera définitivement anéanti. Après tout, il me semble que c’est le message du Livre de l’Apocalypse.

Avoir le loisir d’échanger avec vous a été pour moi un grand privilège. Cela m’a permis de grandir dans la foi et d’élargir mes perspectives. De cela, je vous resterai éternellement reconnaissant.

Avec toute mon amitié fraternelle,
Colas.
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

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Didyme a écrit : sam. 27 juin 2026, 15:26
Colas a écrit : ven. 26 juin 2026, 16:06 Même si, vous l'aurez compris, je ne me contente pas de nier le libre-arbitre absolu; je récuse aussi catégoriquement la liberté de choix en général. Selon ma perspective (que j'estime parfaitement biblique), la véritable liberté ne consiste ainsi pas à pouvoir choisir entre le bien et le mal, mais à perdre jusqu'à la capacité de choisir le mal.
En fait, je suis tout à fait d'accord avec vous sur ce point.
Ce que je dis c'est que dans notre condition actuelle, on a ce libre-arbitre du fait de notre division intérieure. Mais celui-ci est effectivement voué à disparaître une fois unifié, uni à Dieu et donc une fois véritablement libre.

Mais je pense que malgré notre condition actuellement divisée, il demeure dans ce libre-arbitre une part de liberté (part unie à Dieu, l'homme intérieur) que Dieu respecte et guide vers sa vérité, sans la violer.
Cher Didyme,

Je trouve votre position pleine de nuance et de pondération, même si je ne la partage pas bien entendu. Je lui reconnais cependant une forme de beauté et d'élégance. Quoi qu'il en soit, elle m'a donné matière à réflexion. En ce qui me concerne, je ne me contente pas de récuser la liberté de l'homme à choisir entre le bien et le mal dans l'état futur (je parle ici de la Jérusalem céleste); je rejette également catégoriquement toute forme de libre-arbitre dans le présent siècle (marqué par le péché). Selon ma perspective (que j'estime fondée sur l'Écriture), les choses sont en fait très simples. Les enfants du diable, sous l'empire de Satan, sont esclaves du péché; ils n'ont donc pas même la liberté de choisir le bien. Les enfants de Dieu, sous l'empire du Christ, sont esclaves de la justice; ils n'ont donc pas même la latitude de choisir le mal.

J'aimerais, cher Didyme, vous soumettre une réflexion. Jésus a dit à Pilate : "tu n'aurais sur moi aucun pouvoir, s'il ne t'avait été donné d'en haut. C'est pourquoi celui qui me livre à toi commet un plus grand péché" (Jean 19:11). Selon la majorité des exégètes, la première partie de ce verset se réfère à Dieu, et la seconde à Judas. Le problème de cette interprétation, me semble-t-il, c'est qu'elle n'explique pas l'emploi de la conjonction "c'est pourquoi" (διὰ τοῦτο), laquelle suggère que les deux parties du verset se réfèrent à la même personne. J'aimerais donc vous soumettre une interprétation toute personnelle (et qui n'engage que moi). Il me semble que les deux parties du verset se réfèrent à Satan. Car d'une part, c'est le diable qui a conféré à Pilate le pouvoir de choisir le mal (si Dieu avait été à l'oeuvre dans cette affaire, le procurateur de Judée n'aurait pas même eu la latitude de choisir le mal; il eût été contraint de choisir le bien). Et d'autre part, c'est le diable qui a livré Jésus à Pilate par l'entremise de Judas.

Cette explication, me semble-t-il, est à la fois compatible avec ma vision du serf-arbitre et avec la vôtre. Elle vaut ce qu'elle vaut, et je comprends qu'on puisse la contester. Mais au moins elle a le mérite d'être cohérente, car elle explique l'emploi de la conjonction "c'est pourquoi". Et surtout, elle démontre que le pouvoir de faire le mal n'est pas une liberté donnée par un Père aimant à son enfant afin qu'il s'abstienne d'en faire usage, mais un don du diable. Voilà un clou de plus, si j'ose dire, dans le cercueil du libre-arbitre.

Bien à vous,
Colas.
Dernière modification par Colas le lun. 29 juin 2026, 15:31, modifié 1 fois.
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

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Colas a écrit : lun. 29 juin 2026, 11:05 De cela, je vous resterai éternellement reconnaissant.
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

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Bonjour Colas,

Colas a écrit : lun. 29 juin 2026, 11:53 Quoi qu'il en soit, elle m'a donné matière à réflexion. En ce qui me concerne, je ne me contente pas de récuser la liberté de l'homme à choisir entre le bien et le mal dans l'état futur (je parle ici de la Jérusalem céleste); je rejette également catégoriquement toute forme de libre-arbitre dans le présent siècle (marqué par le péché). Selon ma perspective (que j'estime fondée sur l'Écriture), les choses sont en fait très simples. Les enfants du diable, sous l'empire de Satan, sont esclaves du péché; ils n'ont donc pas même la liberté de choisir le bien. Les enfants de Dieu, sous l'empire du Christ, sont esclaves de la justice; ils n'ont donc pas même la latitude de choisir le mal.
Pourtant, il m'avait semblé vous voir parler d'enfants du diable et d'enfants de Dieu au sein de chaque personne. Idée que je partage.
Ce qui n'est pas d'ailleurs sans rappeler la parabole du bon grain et de l'ivraie (Matthieu 13 : 24-40, 36-43).

Colas a écrit :J'aimerais, cher Didyme, vous soumettre une réflexion. Jésus a dit à Pilate : "tu n'aurais sur moi aucun pouvoir, s'il ne t'avait été donné d'en haut. C'est pourquoi celui qui me livre à toi commet un plus grand péché" (Jean 19:11). Selon la majorité des exégètes, la première partie de ce verset se réfère à Dieu, et la seconde à Judas. Le problème de cette interprétation, me semble-t-il, c'est qu'elle n'explique pas l'emploi de la conjonction "c'est pourquoi" (διὰ τοῦτο), laquelle suggère que les deux parties du verset se réfèrent à la même personne. J'aimerais donc vous soumettre une interprétation toute personnelle (et qui n'engage que moi). Il me semble que les deux parties du verset se réfèrent à Satan. Car d'une part, c'est le diable qui a conféré à Pilate le pouvoir de choisir le mal (si Dieu avait été à l'oeuvre dans cette affaire, le procurateur de Judée n'aurait pas même eu la latitude de choisir le mal; il eût été contraint de choisir le bien). Et d'autre part, c'est le diable qui a livré Jésus à Pilate par l'entremise de Judas.
Au contraire.
Concernant le pouvoir et la volonté de nuire à Jésus, vu que Pilate a reçu ce pouvoir de Dieu (sans forcément la volonté de lui nuire) c'est comme si Jésus atténuait ici sa responsabilité, contrairement à Judas dont la volonté est davantage engagée.
"C'est pourquoi" son péché est plus grand .

Il me semblerait étrange l'utilisation de "un pouvoir donné d'en haut" pour faire référence à Satan :?:

Colas a écrit :Cette explication, me semble-t-il, est à la fois compatible avec ma vision du serf-arbitre et avec la vôtre. Elle vaut ce qu'elle vaut, et je comprends qu'on puisse la contester. Mais au moins elle a le mérite d'être cohérente, car elle explique l'emploi de la conjonction "c'est pourquoi". Et surtout, elle démontre que le pouvoir de faire le mal n'est pas une liberté donnée par un Père aimant à son enfant afin qu'il s'abstienne d'en faire usage, mais un don du diable. Voilà un clou de plus, si j'ose dire, dans le cercueil du libre-arbitre.
Il est sûr que Dieu ne donne pas le pouvoir de faire le mal. Idée qu'une certaine conception du libre-arbitre implique, conception qui lie intrinsèquement ce pouvoir à la liberté. Conception qui rend la lutte et la victoire sur le mal insensée et choquante.
Conception qui impliquerait que Dieu accorde une valeur, une légitimité, une essence, une nécessité au mal.
Si la liberté implique la possibilité de faire le mal, ou pour mieux le formuler, la possibilité de ne pas faire le bien alors cette possibilité devient une capacité, une qualité.
Mais la possibilité de ne pas faire le bien n'est pas une capacité en soi, c'est plutôt un manque, une perte de contact, de lien à la source, un dysfonctionnement, une panne d'être. Ce "pouvoir" s'avère surtout être une conséquence de notre condition non encore accomplie.
Ou comment élever en qualité, en quelque chose de positif, ce qui est tout le contraire.


Tout au plus, Dieu permet-il la possibilité du mal.
L'autre est un semblable.
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Didyme a écrit : mar. 30 juin 2026, 1:04 Pourtant, il m'avait semblé vous voir parler d'enfants du diable et d'enfants de Dieu au sein de chaque personne. Idée que je partage.
Ce qui n'est pas d'ailleurs sans rappeler la parabole du bon grain et de l'ivraie (Matthieu 13 : 24-40, 36-43).
Cher Didyme, merci beaucoup pour votre réponse. Je vous le confirme, je suis persuadé que les enfants de Dieu et les enfants du diable cohabitent (non sans tension) au sein de chaque personne. C’est très exactement ainsi que je vois les choses. Par ailleurs, vous avez raison de mentionner la parabole du bon grain et de l’ivraie, car elle nous enseigne un point fondamental : les enfants du diable (qui correspondent à l’ivraie) n’ont pas été semés par Dieu mais par le diable (voir Matthieu 13:28). Ce sont donc par nature des enfants de colère qui n’ont pas même la possibilité de s’améliorer, car ils procèdent de leur père (à savoir Satan). Quant aux enfants de Dieu (le bon grain), ils ont été semés par Dieu et n’ont donc pas même la capacité de pécher selon qu’il est écrit : « quiconque est né de Dieu ne pratique pas le péché, parce que la semence de Dieu demeure en lui ; et il ne peut pécher, parce qu'il est né de Dieu » (1 Jean 3:9). Au jugement dernier, l’enfin du diable qui subsiste encore en nous-même, fût-ce sous une forme latente, sera anéanti dans le feu qui ne s’éteint pas (jusqu’à ce que ce saint feu ait brûlé tout son combustible). L’ivraie que les paysans lient en bottes et jettent au feu, du reste, ne brûle pas éternellement !
Il me semblerait étrange l'utilisation de "un pouvoir donné d'en haut" pour faire référence à Satan :?:
En ce qui me concerne, cela ne me choque pas car selon le Livre de Job, Satan tient conseil en présence des anges élus et de Dieu. Mieux, le Seigneur lui confie des responsabilités de premier ordre. Le diable opère donc d’en haut, me semble-t-il. Mais cela n'est que mon avis.

Avec toute mon amitié,
Colas.
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

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Bonjour cher Colas,

Une question me vient.

Qu’adviendra-t-il des êtres spirituels déchus à la fin des temps ? Je pense ici à Satan et aux démons.

Dans votre perspective, leur destinée est-elle comprise comme une séparation définitive et irréversible d’avec Dieu, conduisant à un état d’enfer éternel ?
Ou bien envisagez-vous une autre issue possible, par exemple une forme de restauration ultime, même pour eux ?

Merci,
Bien fraternellement.
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

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Cher Théophile,

Je vous remercie chaleureusement pour votre intervention qui met en lumière un aspect décisif de la doctrine des pères cappadociens. À titre personnel, je suis intimement convaincu que Satan et les anges déchus seront restaurés dans leur état premier. Sous le portique de Salomon, Pierre a en effet déclaré à ses compatriotes que le ciel devait accueillir le Christ « jusqu'aux temps du rétablissement de toutes choses » (Actes 3:21). Selon mon humble avis, l’emploi de l’expression « toutes choses » (pantōn en grec) ne laisse guère de doute sur les pensées universalistes de Luc. Satan et ses démons feront bel et bien partie de l’apocatastase. L’apôtre Paul, du reste, tient le même langage quand il proclame au sujet de Christ : « Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui. Il est la tête du corps de l'Église ; il est le commencement, le premier-né d'entre les morts, afin d'être en tout le premier. Car Dieu a voulu que toute plénitude habitât en lui ; il a voulu par lui réconcilier tout avec lui-même, tant ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix » (Colossiens 1:15 :20).
J’ai bien conscience que selon les calvinistes, l’expression « toutes choses » ne veut pas dire toutes choses mais se réfère aux seuls élus. Je ne suis pas de cet avis, bien entendu. Et Paul non plus. Car selon l’Épître aux Colossiens, Satan et ses démons ont été créés en Christ. Non seulement cela, mais ils subsistent en Christ. Mieux, le Seigneur souhaite les réconcilier avec lui par le sang de sa croix ; et il y a fort à parier qu’il n’échouera pas dans la mission qu’il s’est fixée. Car « tout ce que l'Eternel veut, il le fait, dans les cieux et sur la terre, dans les mers et dans tous les abîmes » (Psaume 135:6). Or l’expression « tous les abîmes » inclut le Tartare dans lequel les anges déchus ont été consignés selon 2 Pierre 2:4. Le verbe tartaroô, issu de la mythologie grecque, doit d’ailleurs être compris de façon allégorique ; il se réfère non à une prison réelle mais aux ténèbres mentales dans lesquelles les anges déchus ont été enfermés depuis le Déluge. S’ils étaient réellement consignés en prison, on voit mal au demeurant comment ils pourraient nous nuire présentement.

Alors oui, en effet, je suis convaincu que Satan sera recréé dans son état premier. Le fils de l’aurore retrouvera sa forme originelle, celui d’un chérubin protecteur marchant dans le jardin d’Éden au milieu des pierres étincelantes (voir Ézéchiel 28:14). Cette apocatastase adviendra « afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père ». Les calvinistes reconnaissent que suite au jugement dernier, Satan et ses anges confesseront la souveraineté de Jésus-Christ. Cependant, à les en croire, ils le feront à leur corps défendant et non en vertu d’un sincère repentir. Aux yeux des calvinistes, la confession forcée des anges damnés (et des hommes damnés soit dit en passant) s’accompagnera de force jurons et de moult blasphèmes. Mais Paul nous dit que toute langue confessera la souveraineté de Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père. Or il n’y aurait rien de glorieux à ce qu’un père extirpe par la contrainte des aveux de ses enfants avant de les envoyer brûler éternellement dans les flammes de l’enfer ! Par ailleurs, David Bentley Hart, l’un des érudits orthodoxes les plus éminents de son époque, précise que le verbe grec exomologeomai traduit par « confesser » signifie en réalité « donner son joyeux assentiment ». Le lexique de Thayer, l’incontournable dictionnaire de référence en matière de grec biblique, donne d’ailleurs cette définition du verbe exomologeomai : "to profess, i.e. to acknowledge openly and joyfully". Cette définition est d’autant plus certaine que dans la Septante, le mot hébreu yadah (qui signifie louer / rendre grâce) est systématiquement traduit par exomologeomai. Quand on sait que Paul se fondait non sur le texte massorétique, mais sur la Septante, cela laisse songeur.

Enfin, permettez-moi de vous livrer une interprétation toute personnelle et qui n’engage que moi. Je ne crois pas que le diable et ses démons soient de véritables personnes. À mon humble avis, leur existence doit être comprise de façon allégorique. Satan, le chef des démons, représente l’égo qui siège au cœur de l’homme. Quant à ses démons, ils symbolisent toutes les passions meurtrières qui procèdent de l’égo (à savoir la colère, l’orgueil, l’idolâtrie, l’autodépréciation, etc). Par égo, j’entends la pensée selon laquelle l’homme est capable de faire le bien ou le mal de sa propre initiative. De cette pensée procèdent toutes les passions qui vivent dans notre chair. En effet, nous ne nous mettrions jamais en colère contre personne si nous pensions que notre ennemi n’est pas responsable du mal qu’il fait. De plus, nous ne céderions jamais à l’orgueil si nous ne pensions pas que nous sommes responsables du bien que nous faisons. Semblablement, nous ne verserions jamais dans l’idolâtrie si nous n’imaginions pas que les saints sont responsables de leurs bonnes œuvres. Enfin, nous ne nous enferrerions jamais dans l’autodépréciation (je ne parle pas ici de la saine repentance) si nous ne présumions pas que nous sommes responsables de nos méfaits. De Satan (l’égo) procèdent ainsi tous les démons.
À l’origine, dans le jardin d’Éden, Satan s’appelait le fils de l’aurore (voir Ésaïe 14:12). C’était une bonne créature, et même une très bonne créature nous dit l’Écriture (voir Genèse 1:31). Le fils de l’aurore représente le non-égo, c’est-à-dire la pensée selon laquelle l’homme n’est pas responsable du bien ou du mal qu’il fait. De lui procèdent les anges élus (à savoir l’amour, l’humilité, la dévotion, l’assurance, etc.). Lorsque le fils de l’aurore a été déchu du ciel et qu’il s’est transformé en Satan, la pensée lumineuse du non-égo a été remplacée en l'homme par celle de l’égo (c'est-à-dire par la pensée ténébreuse selon laquelle l’homme est responsable de ses actions). Et c’est cette pensée fautive qui sera restaurée dans son état premier lors de l’apocatastase. En ces temps bénis, les anges qui ont suivi Satan dans sa rébellion seront eux aussi aussi restaurés dans leur état premier. La colère se muera en amour, l’orgueil en humilité, l’idolâtrie en dévotion et l’autodépréciation en assurance. Et toute langue confessera joyeusement que Christ est le Seigneur à la gloire de Dieu le Père. Non pas Dieu le Juge ; mais Dieu le Père.

Voilà, encore une fois, ceci n’est que mon interprétation personnelle et elle n’engage que moi. Il n’empêche, elle donne du sens à ma vie.

Encore une fois, cher Théophile, en soulevant cette question judicieuse, vous m’avez poussé à réfléchir et à interroger ma foi. Sachez que je vous en suis très reconnaissant.

Avec toute mon amitié fraternelle,
Colas.
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Cher colas,

Je suis avec intérêt ce fil , cependant ,je me disais ceci :
Est ce que cette théorie du pardon universel de DIEU , ne peut engendrer chez les hommes , une philosophie très négative , du genre :
après tout, peu importe , je peux faire n'importe quoi? puisque au final, je serai pardonné .
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Exactement. Et Jésus Christ serait mort pour rien, puisque de toute façon, quoi qu'il arrive, l'histoire doit finir bien...
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Message non lu par Colas »

Fée Violine a écrit : mar. 07 juil. 2026, 10:54 Exactement. Et Jésus Christ serait mort pour rien, puisque de toute façon, quoi qu'il arrive, l'histoire doit finir bien...
Chère Fée Violine, si Jésus n’était pas mort sur la croix, l’histoire ne finirait pas bien mais mal. En fait, c’est justement pour que l’histoire finisse bien que Jésus a été crucifié.

Par ailleurs, dites-moi si je me trompe, mais vos propos me laissent penser que vous souscrivez à la doctrine de la satisfaction élaborée par Anselme de Cantorbéry et adoptée plus tard par l'Église catholique. Selon cette thèse (qui n’est pas sans rappeler celle de la substitution pénale défendue par les protestants évangéliques), Jésus aurait payé la dette de tous les hommes sur la croix en souffrant dans sa chair les conséquences de leurs péchés. Sans quoi l’exigence de justice divine n’eût pas été satisfaite et l’honneur de Dieu n’eût pas été réparé (pour reprendre les termes de Thomas d’Aquin). En somme, selon la théorie de la satisfaction, il était nécessaire que l’affront soit lavé par le sang de Jésus. Cette vision de l’expiation, bien entendu, n’est pas du tout la mienne. En ce qui me concerne, je trouve la théorie des orthodoxes sur le sujet beaucoup plus convaincante. Selon leur doctrine, appelée Christus Victor, Jésus se serait offert en rançon au diable sur la croix pour libérer les hommes de l'emprise satanique. En somme, le Christ aurait dépossédé le diable de tous ses biens en rachetant ses serviteurs. Sans quoi les hommes, esclaves du péché, n'auraient jamais pu devenir esclaves de la justice. Cela n’engage que moi, mais cette vision de l’expiation me semble bien plus apaisée et pacifique. Et surtout, elle jouit d’un grand support biblique.

Amicalement,
Colas.
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

Message non lu par Colas »

Trinité a écrit : mar. 07 juil. 2026, 10:46 Cher colas,

Je suis avec intérêt ce fil , cependant ,je me disais ceci :
Est ce que cette théorie du pardon universel de DIEU , ne peut engendrer chez les hommes , une philosophie très négative , du genre :
après tout, peu importe , je peux faire n'importe quoi? puisque au final, je serai pardonné .
Cher ami,

Vous avez parfaitement raison. Cela va peut-être vous surprendre, mais je suis d’accord avec vous. L’enseignement de l’apocatastase ne va pas sans danger. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle de nombreux pères de l’Église ne l’enseignaient qu’à demi-mot. Ils redoutaient que les hommes peu matures dans la foi, confondant liberté et licence, ne détournent le message du salut universel pour pécher à leur guise. Et cette appréhension, me semble-t-il, était légitime. C’est pourquoi je prends toujours grand soin de préciser que l’apocatastase n’est pas un blanc-seing pour pécher. Il y aura bel et bien des corrections après la mort. Corrections temporaires et restauratives, certes ; mais corrections d’une magnitude inouïe tout de même. Ne nous y méprenons pas : « on ne se moque pas de Dieu. Ce qu'un homme aura semé, il le moissonnera aussi » (Galates 6:7).
Karl Barth avait coutume de dire : « le salut universel, il faudrait être fou pour l’enseigner ; mais il faudrait être carrément impie pour ne pas y croire ! ». En ce qui me concerne, je n’ai aucun scrupule à exposer tout le conseil de Dieu, comme le dit Paul. D’une part, parce que je n’enseigne rien qui ne figure dans la Bible ; d’autre part, par ce que la doctrine des tourments éternels a fait tellement de mal qu’il est nécessaire de la contrecarrer avec puissance.

Amicalement,
Colas.
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

Message non lu par ThéophileduSegala »

Colas a écrit : lun. 06 juil. 2026, 21:17 Lorsque le fils de l’aurore a été déchu du ciel et qu’il s’est transformé en Satan, la pensée lumineuse du non-égo a été remplacée en l'homme par celle de l’égo (c'est-à-dire par la pensée ténébreuse selon laquelle l’homme est responsable de ses actions).
Bonjour cher Colas,

Merci pour votre réponse détaillée et pour le développement de votre réflexion.

Une autre question me vient cependant.

Si Satan est avant tout compris comme le symbole de l’ego humain, comment interprétez-vous les passages où Jésus semble le présenter comme une réalité personnelle distincte de l’homme ?

Je pense notamment au récit de la tentation au désert (Mt 4), où Jésus dialogue avec Satan, mais aussi à ses paroles concernant Satan qui « réclame » les disciples pour les éprouver (Lc 22,31).

Dans ces passages, Satan semble agir comme une volonté extérieure, capable de parler, de vouloir et d’agir. Comment comprenez-vous cette dimension personnelle du tentateur dans votre interprétation ?
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

Message non lu par lintrus »

Colas a écrit : mar. 07 juil. 2026, 15:40 Par ailleurs, dites-moi si je me trompe, mais vos propos me laissent penser que vous souscrivez à la doctrine de la satisfaction élaborée par Anselme de Cantorbéry et adoptée plus tard par l'Église catholique. Selon cette thèse (qui n’est pas sans rappeler celle de la substitution pénale défendue par les protestants évangéliques), Jésus aurait payé la dette de tous les hommes sur la croix en souffrant dans sa chair les conséquences de leurs péchés. Sans quoi l’exigence de justice divine n’eût pas été satisfaite et l’honneur de Dieu n’eût pas été réparé (pour reprendre les termes de Thomas d’Aquin). En somme, selon la théorie de la satisfaction, il était nécessaire que l’affront soit lavé par le sang de Jésus. Cette vision de l’expiation, bien entendu, n’est pas du tout la mienne. En ce qui me concerne, je trouve la théorie des orthodoxes sur le sujet beaucoup plus convaincante. Selon leur doctrine, appelée Christus Victor, Jésus se serait offert en rançon au diable sur la croix pour libérer les hommes de l'emprise satanique. En somme, le Christ aurait dépossédé le diable de tous ses biens en rachetant ses serviteurs. Sans quoi les hommes, esclaves du péché, n'auraient jamais pu devenir esclaves de la justice. Cela n’engage que moi, mais cette vision de l’expiation me semble bien plus apaisée et pacifique. Et surtout, elle jouit d’un grand support biblique.
Ces 2 "doctrines" sont insatisfaisantes.
Pour la première qui manifestement n'est pas la vôtre, je vous en laisserai la critique.
Pour la seconde, elle oublie une chose : c'est que cette emprise accordée à Satan sur "le monde" a été usurpée puisqu'obtenue par un mensonge, or un mensonge est un péché et ne donne droit à rien, en toute justice, ou provisoirement, par indulgence. La notion de "rachat", tant employée hélas, comme St paul l'exprime, est à prendre avec des pincettes et non littéralement, comme une facilité d'expression.
Je vous renvoie aussi à Isaïe en qui déjà se tient cette idée : « Auquel de mes créanciers vous ai-je vendus ? » (Isaïe, 50 : 1)

Je préfère pour explication première et dernière, concluante et confondante la fois, de la passion du Christ la doctrine qu'il a lui-même donnée en Jean (15: 13)

Je profite de cette intrusion pour vous donner les références scripturaires concernant la doctrine de l'enfer défendue par le catholicisme.
Il n'y a pas que Mathieu 25, il y a aussi pour l'humanité:
  • 2 Th 1,9 : « destruction éternelle ». 2
    Ap 20-21 : jugement final menant au lac de feu et à la seconde mort.
Et pour les démons :
  • Jude 1:6 présente les anges déchus en “liens éternels” jusqu’au jugement.
    Ap 20:10 (rapporté/cité dans le commentaire d’Augustin) décrit le tourment du diable “jour et nuit pour les siècles des siècles”.
Enfin, il conviendrait de ne pas oublier l'argument donné par Jésus lui-même en Marc (9: 50) "Si le sel s'affadit, par quoi sera-t-il salé?" et de prendre au sérieux ce qui est dit dans l'enseignement sur la mesure avec laquelle nous serons mesurés : nous sera même retiré ce qui nous aura été donné (vous trouverez les références).

Bonne continuation.
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

Message non lu par Colas »

lintrus a écrit : mer. 08 juil. 2026, 8:05 Ces 2 "doctrines" sont insatisfaisantes.
Cher ami,

Selon mon humble avis, en matière d’expiation, aucune des trois doctrines (qu’elle soit catholique, protestante ou orthodoxe) n’est parfaite. Cela étant dit, la doctrine orthodoxe appelée Christus Victor me semble nettement préférable aux deux autres, même s’il est vrai qu’elle n’est pas entièrement satisfaisante. Selon cette théorie, le Christ se serait offert en rançon au diable pour racheter les pécheurs afin que ceux-ci devinssent ses propres possessions ; car jusque-là, les hommes étaient tous sous l’empire de Satan. En somme, le Christ aurait racheté des esclaves du péché pour en faire des esclaves de la justice. Quant au diable, ignorant que le Christ ressusciterait, il aurait accepté le marché et se serait fait « berner ». Il y a là une forme de tromperie qui me dérange, même si je reconnais à la théorie orthodoxe dans son ensemble de très solides fondements bibliques.
Je profite de cette intrusion pour vous donner les références scripturaires concernant la doctrine de l'enfer défendue par le catholicisme.
Il n'y a pas que Mathieu 25, il y a aussi pour l’humanité :
  • 2 Th 1,9 : « destruction éternelle » ;
  • Ap 20-21 : jugement final menant au lac de feu et à la seconde mort.
En 2 Thessaloniciens 1 :9, il n’est pas question de « tourments » éternels mais d’une « destruction » éternelle. Car le mot grec olethron ne signifie en aucun cas torture ou tourment, mais destruction ou ruine. Il vous suffit de consulter les lexiques de Thayer ou de Strong pour le vérifier. De plus, l’adjectif aionion associé au mot destruction ne signifie pas « éternelle » mais « durant un âge ». La destruction dont il est question ne durera donc qu’un âge, et ceci d’autant plus qu’elle sera suivie par une restauration universelle (voir Actes 3:21 par exemple).
Quoiqu’à la réflexion, la traduction de l’adjectif aionion par « éternel » ne me dérange pas vraiment. En effet, l’enfant du diable qui subsiste encore dans tout homme, fût-ce de façon latente, sera quant à lui bel et bien éternellement anéanti au grand jour du jugement.

En Apocalypse 20 et 21, le lac de feu dont il est question ne consumera pas les enfants de Dieu qui vivent en chaque homme, mais les enfants du diable qui usurpent leur identité. Les chrétiens, Dieu soit loué, ne connaîtront pas cette seconde mort car ils ont déjà crucifié la chair et ses passions dans cette vie (voir Galates 5:24). Ceux qui ne connaissent pas Dieu, en revanche, seront jetés dans l’étang de feu afin que leurs péchés soient consumés et que leur nature charnelle soit mise à mort.
L’Écriture dit ainsi : « la mort et le séjour des morts furent jetés dans l'étang de feu. C'est la seconde mort, l'étang de feu » (Apocalypse 20:14). Notez bien que la mort et le lieu où séjournent les morts seront tous deux jetés dans l’étang de feu. Or ces choses, que je sache, ne sont pas des personnes mais des entités physiques et impersonnelles. Preuve, s’il en était besoin, que l’étang de feu doit être interprété de façon allégorique, comme le reste du Livre de l’Apocalypse au demeurant.
Et pour les démons :
  • Jude 1:6 présente les anges déchus en “liens éternels” jusqu’au jugement.
  • Ap 20:10 (rapporté/cité dans le commentaire d’Augustin) décrit le tourment du diable “jour et nuit pour les siècles des siècles”.
Jude 1:6 renvoie à 2 Pierre 2:4, verset selon lequel les anges déchus sont consignés dans le Tartare et liés par des chaînes d’obscurité. Mais le Tartare est un concept issu de la mythologie grecque ! L’emprisonnement des démons doit donc être compris de façon allégorique ; il se réfère non à une détention réelle mais aux ténèbres mentales dans lesquelles les anges déchus ont été enfermés depuis le Déluge. Si les démons étaient réellement consignés en prison, on voit mal du reste comment ils pourraient nous nuire dans le siècle présent.

Apocalypse 20:10 dit : « Et le diable, qui les séduisait, fut jeté dans l'étang de feu et de soufre, où sont la bête et le faux prophète. Et ils seront tourmentés jour et nuit, aux siècles des siècles ». Premièrement, le terme grec basanisthēsontai traduit par « tourmentés » signifie en réalité « éprouvés ». Il tire son origine du mot grec basanos, lequel désigne la pierre de touche avec on éprouve la pureté de l’or pour le débarrasser de ses scories. Basanisthēsontai possède donc une dimension rédemptrice et salvifique. Deuxièmement, l’expression « aux siècles des siècles » ne signifie pas éternel mais « durant le plus important des âges », c’est-à-dire durant l’âge de l’étang de feu. C’est du moins ainsi que la comprenaient des pères comme Grégoire de Nysse ou Grégoire de Naziance. Selon l’Écriture, il existe en effet plusieurs âges (les siècles passés, le siècle présent, le Millénium, l’âge de l’étang de feu, etc.). Quant à l’état final (le paradis), il ne fait pas partie des âges mais s'inscrit hors du temps.
Enfin, il conviendrait de ne pas oublier l'argument donné par Jésus lui-même en Marc (9: 50) "Si le sel s'affadit, par quoi sera-t-il salé?" et de prendre au sérieux ce qui est dit dans l'enseignement sur la mesure avec laquelle nous serons mesurés : nous sera même retiré ce qui nous aura été donné (vous trouverez les références).
Dans le verset qui précède, Marc dit : « tout homme sera salé de feu » (Marc 9:49) ; ce que la très respectable Good News Translation traduit par : « everyone will be purified by fire ». Et pour cause, le sel, dans l’ancienne alliance, servait à purifier les offrandes (voir Lévitique 2:13). La salaison universelle annonée par Marc décrit donc en termes imagés la grande restauration universelle à venir. C’est pourquoi l'Évangéliste ajoute : « le sel est une bonne chose » (Marc 9:50).

Au jour du jugement, nous serons tous mesurés avec la mesure dont nous nous serons servis pour mesurer les autres. Cela, je le crois tout à fait. Cependant, que je sache, aucun être humain n’a jamais torturé son prochain dans les flammes éternelles pour toute l’éternité. Hitler eût sans doute bien aimé le faire, mais il s’est « contenté » de gazer ses victimes, si j’ose dire. Dans ces conditions, pourquoi Dieu infligerait-il aux hommes une torture que eux-mêmes n’ont pas infligé à leurs prochains ? Jésus dit aussi : « on vous jugera du jugement dont vous jugez » (Matthieu 7:2). Les protestants universalistes ne jugent personne ; ils ne condamnent personne ; au contraire, ils annoncent la restauration universelle de tous les hommes. Je ne vois donc pas pourquoi ils seraient jugés.

Amicalement,
Colas.
Dernière modification par Colas le jeu. 09 juil. 2026, 13:06, modifié 1 fois.
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Re: La doctrine de l'enfer est-elle une invention diabolique ?

Message non lu par Colas »

ThéophileduSegala a écrit : mar. 07 juil. 2026, 17:21
Colas a écrit : lun. 06 juil. 2026, 21:17 Lorsque le fils de l’aurore a été déchu du ciel et qu’il s’est transformé en Satan, la pensée lumineuse du non-égo a été remplacée en l'homme par celle de l’égo (c'est-à-dire par la pensée ténébreuse selon laquelle l’homme est responsable de ses actions).
Bonjour cher Colas,

Merci pour votre réponse détaillée et pour le développement de votre réflexion.

Une autre question me vient cependant.

Si Satan est avant tout compris comme le symbole de l’ego humain, comment interprétez-vous les passages où Jésus semble le présenter comme une réalité personnelle distincte de l’homme ?

Je pense notamment au récit de la tentation au désert (Mt 4), où Jésus dialogue avec Satan, mais aussi à ses paroles concernant Satan qui « réclame » les disciples pour les éprouver (Lc 22,31).

Dans ces passages, Satan semble agir comme une volonté extérieure, capable de parler, de vouloir et d’agir. Comment comprenez-vous cette dimension personnelle du tentateur dans votre interprétation ?
Cher Théophile,

Je vous remercie chaleureusement pour cette question fascinante qui, une fois de plus, élève le débat.

Satan est peu personnifié dans la Bible. Il fait une brève apparition dans les livres de Job, de Zacharie et de l’Apocalypse. Or en matière d’exégèse biblique, le genre littéraire revêt une importance considérable. Le Livre de Job est poétique. Quant aux livres de Zacharie et de l’Apocalypse, ils relèvent du genre prophétique, et consistent en un véritable chapelet de symboles. Il y a donc tout lieu d’interpréter ces ouvrages de façon allégorique. Si le personnage de Satan pointait le bout de son nez dans des livres historiques comme celui des Chroniques ou des Rois, la chose serait sans doute différente.
Il y a, il est vrai, l’exception des Évangiles dans lesquels l’épisode de la tentation n’est pas présenté sous forme de parabole, mais comme faisant partie intégrante de la narration. Cependant, il existe d’excellentes raisons de penser que ce récit ne doit pas être interprété de manière littérale mais allégorique. En effet, il contient en lui-même d’insurmontables incohérences. Or les contradictions factuelles dans un passage biblique sont un signe placé par le Saint-Esprit pour nous montrer que ledit passage doit être interprété de manière figurative. Il ne s’agit pas là d’une thèse personnelle, mais de la doctrine élaborée par Origène et défendue par Grégoire de Nysse, Ambroise de Milan et même Augustin d’Hippone !

Les chronologies de Matthieu et de Luc sont complètement différentes. Jugez plutôt :
Selon Matthieu (Mt 4:1-11)
1. Satan défie Jésus de transformer les pierres en pain dans le désert ;
2. Satan défie Jésus de se jeter du haut du temple de Jérusalem ;
3. Satan emmène Jésus sur une haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde.
Selon Luc (Lc 4:1-13)
1. Satan défie Jésus de transformer les pierres en pain dans le désert ;
2. Satan emmène Jésus sur une haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde ;
3. Satan défie Jésus de se jeter du haut du Temple de Jérusalem.

Je sais bien qu’avec suffisamment d’acharnement, on peut réconcilier absolument tout et n’importe quoi. Permettez-moi de vous donner un exemple. Je vis en Irlande du Nord. L’an passé, j’ai pris l’avion pour rendre visite à ma vieille maman qui habite La Rochelle. Si je vous disais maintenant qu’à cette occasion, je suis parti d’Irlande du Nord à pied et me suis rendu à pied à La Rochelle, vous y verriez une contradiction (et à juste titre!). Et pourtant, avec suffisamment de mauvaise foi, je pourrais fort bien vous rétorquer que mes déclarations ne sont pas contradictoires puisqu’il m’a fallu marcher dans l’aéroport…

Par ailleurs, je me demande bien comment Jésus a pu contempler tous les royaumes du monde en montant sur une haute montagne. À moins bien sûr que la Terre ne soit plate et que le ciel soit très dégagé… mais alors vraiment très dégagé !
Pardonnez-moi ce trait d’humour, mais il est destiné à montrer que l’épisode de la tentation est d’interprétation allégorique. Il doit donc se lire à la manière d’une parabole dans laquelle Satan revêt l’aspect d’un personnage fictif afin d’illustrer des vérités qui elles, sont bien réelles.

J’en viens à l’interprétation du récit de la tentation. L’égo – ou la structure égotique dans son ensemble, devrais-je dire – est un tentateur. Il nous allèche par des propositions charnelles (le pain) ; il nous fait miroiter la gloire, le pouvoir et la renommée (tous les royaumes du monde) ; il nous fait éprouver Dieu en commettant des actions absurdes (se jeter du haut du temple) ; il n’hésite pas à tordre l’Écriture pour parvenir à ses fins… En fait, la liste de ses méfaits est sans fin.
À titre personnel, je définis l’égo comme la croyance selon laquelle l’homme peut faire le bien ou le mal de sa propre initiative. Or de cette croyance procèdent une multitude de passions (la colère, la convoitise, l’idolâtrie, l’autodépréciation, etc.). Et chacun de ces fléaux est à son tour la racine d’une kyrielle de maux. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que l’égo s’engage dans une myriade de forfaits.

Paul a dit : « l’amour de l’argent est une racine de tous les maux » (1 Timothée 6 :10). Notez bien que l’apôtre a dit « une racine » et non « la racine ». Car la convoitise procède elle-même de l’égo, laquelle est vraiment la racine de tous les maux. La structure égotique doit donc être envisagée comme un arbre aux multiples racines et rameaux. D’où ces paroles de Malachie : « voici, le jour vient, ardent comme une fournaise. Tous les hautains et tous les méchants seront comme du chaume ; le jour qui vient les embrasera, dit l'Éternel des armées, il ne leur laissera ni racine ni rameau » (Malachie 4:1).
Il me semble que la déclaration de Paul selon laquelle l’amour de l’argent est une racine de tous les maux va bien au-delà d’une simple considération pécuniaire. Car l’argent se réfère aussi aux « mérites » que nous accumulons dans le but mesquin « d’acheter » notre paradis. Or cette idée, selon mon humble avis, procède de la pensée égotique selon laquelle nous pouvons coopérer avec l’action divine. L’égo s’oppose ainsi diamétralement à la pensée selon laquelle nous ne sommes qu’un vase d’argile entre les mains d’un Dieu Tout-Puissant, un simple instrument que le Seigneur utilise selon son bon plaisir ; en somme, un homme qui n’a pas le pouvoir de diriger ses pas, pour reprendre l’expression de Jérémie (Jr 10:23).

Une fois encore, cher Théophile, vous m’avez invité à reconsidérer ma foi à la lumière des Écritures. Et de cela, je vous suis infiniment reconnaissant.

Avec toute mon amitié fraternelle,
Colas
Dernière modification par Colas le jeu. 09 juil. 2026, 9:50, modifié 2 fois.
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