Incertain a écrit : ↑lun. 05 janv. 2026, 4:52
J'ai découvert récemment que l'Eglise considérait encore les relations sexuelles avant le mariage comme un péché (assez grave). Cela m'a semblé étonnant. Que l'adultère, voire le divorce, soient des péchés, cela a une logique - qu'on y adhère ou non. Mais quelque chose d'aussi commun ou même "anodin" aujourd'hui que des relations sexuelles avant le mariage ça me semble invraisemblable et, surtout, peu compréhensible.
De telles relations nuisent-elles à quelqu'un ? Non.
C'est un pur interdit irrationnel, même pas prononcé dans les Evangiles.
Contrairement à ce qui est ainsi affirmé, de telles relations hors mariage nuisent à chacun des partenaires d’une union sexuelle hors mariage et même aux fondements de toute l’humanité.
Le péché grave d’une telle union sexuelle hors mariage, ce n’est pas la violation d’un interdit irrationnel, mais une blessure grave de l’humain par une dissociation qui sépare en lui le corps et la personne, en considérant le corps comme un objet de consommation dont chaque personne aurait le libre usage sous réserve du consentement nécessaire de tout partenaire sexuel.
Mais, c’est faux. Il est impossible de donner entièrement son corps sans donner entièrement sa personne. Affirmer le contraire est un mensonge.
Et, pourtant, l’humain a la capacité de briser ce lien. Il peut donner entièrement son corps, sa personne, puis reprendre aussitôt ce don à la fin d’une union sexuelle.
Et c’est catastrophique car, sauf s’il s’en repent, il va vivre désormais dans cette perspective que le corps peut être utilisé sans engager la personne, comme n’importe quel objet de consommation.
Dans cette perspective, l’union totale des corps a cessé d’être ce ciment d’unité des personnes qui réalise dans l’humanité un amour à l’image de l’amour trinitaire de Dieu.
Il est juste de parler ici non seulement d’un péché grave, mais même d’un péché mortel car l’amour c’est la vie, c’est la participation à la communion éternelle d’amour de Dieu.
Certes, comme après le péché originel, Adam et Ève ont continué à vivre sur la terre mais avec une blessure mortelle en eux.
En fait, il y a une union indissoluble du corps et de la personne qui vit dans et par ce corps, et c’est souvent nié à notre époque. Mais, hélas, le nier, c’est nier la réalité humaine et entrer dans un mensonge qui prétend distinguer le corps et la personne.
Le corps c’est la personne indivisiblement. Dans l’Eucharistie, le corps du Christ, c’est le Christ. Nous sommes des âmes créées indivisiblement d’une union d’un corps et d’un esprit. Et, lorsque ce corps meurt, l’âme reste dans l’attente de la résurrection de son corps pour vivre pleinement dans l’éternité. Ce monde terrestre actuel va vers sa dissolution, mais il sera remplacé par une terre nouvelle et des cieux nouveaux dans lesquels chaque âme retrouvera un nouveau corps qui sera le sien et pas celui d’un autre, même si sa nature sera renouvelée et autre que celle que nous connaissons aujourd’hui.
Nous sommes corps, esprit et âme inséparablement. Tout mépris du corps méprise la personne elle-même.
L’union sexuelle hors mariage touche là à ce qu’il y a de plus fondamental pour l’humain. C’est avant même le péché originel, que l’union sexuelle de l’homme et de la femme est présentée dans le livre de la Genèse comme fondement de la vie humaine créée. Ils ne sont plus deux mais ne forment plus qu’un.
Et Jésus relèvera ce fait fondamental pour indiquer que, puisque Dieu a uni lui-même l’homme et la femme par l’union sexuelle pour qu’ils ne fassent plus qu’un, il est essentiel que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni.
Ne pensez pas trop vite que cela ne concerne que les catholiques unis par un sacrement de mariage. Cela concerne toute union sexuelle non seulement celle de mariés, mais aussi toutes les autres quels que soit les liens des personnes en cause.
Saint Paul le résume ainsi «
Ne le savez-vous pas ? Celui qui s’unit à une prostituée ne fait avec elle qu’un seul corps. Car il est dit : Tous deux ne feront plus qu’un. » (1 Cor 6, 16). Il ne s’agit pas ici de mariage mais de prostitution et, même dans ce cas, il ne faut pas perdre de vue que l’union sexuelle unit entièrement les personnes en cause.
Et c’est ici qu’il y a une profonde blessure de l’humain lui-même en cas d’union sexuelle hors mariage. Contrairement à son identité créée,
Certes, la situation «
avant le mariage » suppose déjà un projet certain de mariage, des fiançailles, des promesses de mariage échangées entre les fiancés, mais à un moment où il n’y a pas encore d’engagement concret dans une vie conjugale et des vies concrètes encore séparées.
Souvent, l’expression «
avant le mariage » s’étend même à des personnes qui déjà cohabitent pendant un temps avant un mariage civil ou sacramentel projeté plus tard et qui, parfois, sont déjà engagées entres elles.
Mais, l’essentiel, ce ne sont pas les circonstances concrètes variées de chaque union sexuelle particulière, mais le respect du don total indivisible du corps et de la personne de chaque partenaire en cause.
Patatedouce écrit avec justesse que : «
on ne peut pas donner "tout" si l'on ne donne pas "toujours". Sans l'engagement définitif du sacrement, le don reste un "prêt" révocable, ce qui prive la sexualité de sa vérité la plus profonde : celle d'être une alliance indissoluble à l'image de l'amour de Dieu. »
Le mariage sacramentel, formel, n’a certes pas toujours existé. Aujourd’hui, nous dissocions clairement un avant et un après un rite précis d’engagement explicite.
Il est clair qu’Adam et Ève n’ont pas vécu un tel rite.
L’Église a toujours reconnu la réalité d’un mariage naturel, mais ce qui est fort oublié ou nié aujourd’hui c’est que le don de soi physique par une union sexuelle engage naturellement toute la personne. Le don est total sur le plan physique autant que psychique. Tout l’être humain est engagé dans une union sexuelle complète.
Mais, à notre époque et hors mariage, la différence par rapport à une union entre époux, est l’absence d’engagement et de don de la personne au-delà de l’acte lui-même.
Dans l’union conjugale, l’union sexuelle établit un lien exclusif et fidèle qui engage entièrement chaque personne. Dans l’Évangile, Jésus confirme ce lien entre «
Tous deux ne feront plus qu’un » et «
Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni » : «
Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » (Mt 19, 6).
Et le Christ ne se réfère pas ici à un sacrement de l’Église qui n’existe pas encore, ni à un rite quelconque, ni même à la notion même de mariage, mais à la création de l’homme et de la femme : «
Dès le commencement, le Créateur les fit homme et femme, et dit : À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair. » (Mt 19, 4-5).
C’est dans la réalité naturelle créée que Dieu situe l’indissolubilité de l’union sexuelle qui engage ainsi au-delà de l’acte lui-même.
Dans l’ordre naturel, le désir d’une union sexuelle s’accompagne d’un désir d’union illimitée avec la personne désirée.
Le monde moderne s’en est écarté et enseigne, au contraire, une sexualité de consommation temporaire sans engagement au-delà de l’acte.
C’est un mensonge par rapport à la réalité et, hélas, de nombreux jeunes refoulent leur désir naturel d’une véritable union avec l’engagement qu’elle suppose et toute la réflexion et la préparation qu’un tel engagement rend souhaitable.
Dans le monde moderne, l’union sexuelle est perçue détachée du don de soi, autant que détachée du désir de toute la personne de l’autre avec lequel cette union est vécue.
Il y a là une rupture entre le don du corps, qui est total, et le don de la personne qui en est détaché, comme dans la prostitution.
Cette rupture est réelle même lorsqu’une affection très intense, un plein consentement et même une relation profonde durable unit les partenaires d’une union sexuelle, car cela ne fait pas exister un engagement des personnes dans un don mutuel total.
Ce don total s’apprécie dans chaque situation concrète. Pour un catholique, le don total de la personne ne se réalise pleinement que par le sacrement du mariage. Pour un non croyant, il se réalise pleinement par un mariage civil.
En toute situation, il s’agit de veiller à ce que l’engagement total du corps dans une union sexuelle ne se fasse qu’avec un engagement aussi total de la personne dans les circonstances concrètes, ce qui concerne non seulement sa vie privée, mais aussi sa vie dans la société et, le cas échéant, dans l’Église.
La catastrophe morale, mortelle pour l’amour juste de la personne par lequel elle entre dans l’amour même de Dieu, c’est la dissociation volontaire du don physique total du corps dans l’union sexuelle et du don de la personne pour toute la vie, dans une fidélité exclusive.
Car, oui, il est possible de pratiquer l’union sexuelle avec un rejet ou une négation d’un engagement de toute la personne. Il est possible d’avoir une relation sexuelle en la considérant comme sans engagement de vie commune, sans exclusive d’autres relations éventuelles.
C’est même ouvertement enseigné par ceux qui considèrent que la relation sexuelle suppose seulement le consentement des partenaires, mais non un quelconque engagement au-delà de l’acte lui-même.
Concrètement, le plus beau cadeau que chaque fiancé peut faire à son futur conjoint c’est de lui permettre, malgré les vents contraires de notre époque, de vivre l’union sexuelle dans une cohérence parfaite du don total des corps avec le don total des personnes qui, pour des catholiques, n’est réalisé pleinement que par le mariage sacramentel.
Le plus beau des cadeaux entre époux, c’est une union sexuelle qui réalise et scelle comme un ciment l’ «
alliance matrimoniale, par laquelle un homme et une femme constituent entre eux une communauté de toute la vie » (CEC 1601).
Sans un don aussi total des personnes dans un mariage, une union sexuelle hors mariage n’est pas ce ciment de l’alliance des personnes et chacun des partenaires en cause prive l’autre de ce signe concret puissant qu’il peut offrir dans le mariage : celui d’une union totale des corps qui signifie une union totale des personnes.
Pratiquée hors mariage, l’union sexuelle cesse d’avoir cette spécificité qui va nourrir la fidélité et la confiance durant toute la vie conjugale. Dans le mariage, chacun donne son corps à l’autre comme un signe du don total de sa personne.
Voilà ce qu’en dit le Catéchisme de l’Église :
«
Le couple conjugal forme " une intime communauté de vie et d’amour fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur. Elle est établie sur l’alliance des conjoints, c’est-à-dire sur leur consentement personnel et irrévocable " (GS 48, § 1). Tous deux se donnent définitivement et totalement l’un à l’autre. Ils ne sont plus deux, mais forment désormais une seule chair. L’alliance contractée librement par les époux leur impose l’obligation de la maintenir une et indissoluble (cf. CIC, can. 1056). " Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer " (Mc 10, 9 ; cf. Mt 19, 1-12 ; 1 Co 7, 10-11). » (CEC, n° 2364)
«
Les fiancés sont appelés à vivre la chasteté dans la continence. Ils verront dans cette mise à l’épreuve une découverte du respect mutuel, un apprentissage de la fidélité et de l’espérance de se recevoir l’un et l’autre de Dieu. Ils réserveront au temps du mariage les manifestations de tendresse spécifiques de l’amour conjugal. Ils s’aideront mutuellement à grandir dans la chasteté. » (CEC, n° 2350)