Après plusieurs jours d’introspection, j’ai compris que la haine que j’éprouvais envers ma tante et mes cousins était en réalité mal dirigée. Je ne leur en voulais pas tant pour leur silence dû à leurs convictions religieuses, mais plutôt parce qu’ils m’avaient, sans le vouloir, privé d’un bonheur auquel j’étais attaché grâce à eux.
Quand j’étais enfant, ma famille n’avait pas beaucoup de moyens, et chaque été passé chez eux était une véritable libération. Une belle et grande maison pleine de choses à découvrir, un cousin avec qui partir à la pêche et faire les 400 coups… C’est cela que j’ai perdu. Et sans m’en rendre compte, j’ai fait un amalgame entre cette perte et la haine que j’éprouvais pour la Watchtower.
Quand le Seigneur m’a permis de voir cela, j’ai ressenti de la honte. Mais en même temps, toute ma rancœur envers eux s’est envolée. Aujourd’hui, je leur suis même reconnaissant pour tout ce qu’ils m’ont offert.
Les jours suivants, j’ai dû m’attaquer à ma haine envers la Watchtower. Et cela a été épuisant.
Si je partage mon expérience, c’est parce que je me dis qu’elle pourra peut-être aider d’autres anciens Témoins de Jéhovah.
Lorsqu’on est TJ, on construit jour après jour une identité extrêmement forte. On ne se définit qu’à travers cela. On donne beaucoup, poussé par la crainte de déplaire à Dieu, mais aussi par amour – un sentiment étrange, mêlé de devoir et d’absolu.
Cette communauté, très fermée, renforce cette identité et le discours est très bien rodé pour vous inciter à faire de votre mieux.
Puis vient, pour certains, l’excommunication.
Et là, c’est la descente aux enfers. On ne perd pas cette identité : elle se transforme. On devient un TJ exclu, et on continue à se définir uniquement à travers cela.
Pendant 20 ans, j’ai vécu à travers cette identité d’ex-TJ. Prisonnier d’une cage invisible.
Et la haine grandit.
Dans mon cas, les racines profondes de cette identité étaient trois peurs ancrées en moi :
- La peur de mourir.
- La peur de l’échec.
- La peur de ne pas être aimé.
J’ai construit mon identité à travers ces peurs enfantines.
Mais depuis que j’ai appris à les nommer, elles s’effacent peu à peu.
Et avec elles, la haine disparaît. Car je ne suis plus un ex-TJ.
Je ne suis rien.
Et c’est merveilleux.
N’être rien, c’est le plus beau cadeau de Dieu.
Quand on est rien, on est un enfant, rempli de son amour.
Et tout ce qu’on veut, c’est jouer et aimer, le cœur rempli d’une joie inconcevable.
Cela reste un travail quotidien, et pour l’instant, je n’atteins cet état qu’après une longue nuit de veille.
Marie, c’est le cœur qui doit être rassuré, celle qui cherche l’auberge qui l’accueillera.
Joseph, lui, veille sur l’enfant à naître : il représente notre esprit rationnel.
Et l’enfant qui vient au monde, c’est la joie et l’amour retrouvés de l’enfance.
Je t’aime Seigneur, merci pour ta fidélité et ta patience infinie !

