Enfant de 3 ans décédé : la question du mal et de Dieu

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Zarus
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Re: Enfant de 3 ans décédé : la question du mal et de Dieu

Message non lu par Zarus »

Johnny a écrit :
zelie a écrit : Mais placez vous un instant dans un mode de pensée dont la logique princeps est de sauver et de glorifier les âmes d'abord, le reste étant placé après cette priorité...
Effectivement, cette priorité est inconcevable pour le non-croyant, qui bloque alors sur le problème du mal, ce qui l'empêche de croire.

La question est comment briser ce cercle infernal.

Le problème est qu'un tel déplacement de valeur se retrouve aussi dans bien d'idéologies lobomotisantes et extrémistes, j'y vois un déni de la réalité personnellement qui peut justifier n'importe quelle systéme aussi cruel soit-il...ce qui à d'ailleurs été le cas par le passé avec le christianisme, tolérant le systéme féodal et transformant des descendants d'esclavagistes du monde romain et de guerriers barbares en seigneurs de droit divin.
Pour le fait que la mort de cet enfant ne soit pas forcément "inutile", pourquoi pas, mais je trouve ça douteux de dire qu'il finalement ça vaut mieux pour lui et qu'il n'aurait jamais rien pu produire de sa vie quelque chose d'équivalent. (sinon quelquepart, on ne fait que renverser le probléme en faisant de nous, pauvres survivants ni pauvres ni défavorisés comme perdants au final*)


*Je trouve ça absurde de dire que ceux qui souffrent plus sont favorisés à jamais par aprés, cela fait d'eux les véritables privilégiés dans l'existence puisqu'on choisit pas de crever en Afrique ou d'être "riche".
"With my eternal life, I will see the world through to its end. Until everyone who won't like me is gone."
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zelie
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Re: Enfant de 3 ans décédé : la question du mal et de Dieu

Message non lu par zelie »

Johnny a écrit : ce qui l'empêche de croire.
La question est comment briser ce cercle infernal.
Bonjour Johnny et joyeuses fêtes,

pour répondre à une question de l'ordre du principe à adopter ou rejeter, il faut affiner son questionnement jusqu'à l'user; et là où il se dilue, ou on s'aperçoit que quelque chose d'affectif bloque ce que la tête aimerait bien débloquer.
Il est certain qu'en matière de foi, que vous soyez curieux ou non, ouvert ou pas, personne ne pourra vous convaincre sinon Dieu et vous-même. Il y a dans la croyance, dans la foi, à un moment, un abaissement, un lâcher-prise qui s'opère; on le croit de soi et puis beaucoup plus tard on s'aperçoit aussi que dans ce lâcher-prise, à notre pas à correspondu un pas du Père. La foi est rencontre.
Vous comprenez bien que ce n'est pas nous avec des mots qui vont réaliser la rencontre, on ne pourra qu'essayer maladroitement de vous en donner envie, ou quelque chose comme ça.

Si ce type de questionnement ou de chemin vous intéresse, questionnez-vous vous-même; qu'est-ce qui bloque au fond? Qu'est-ce que cela convoque en vous qui refuse d'aller plus loin?
Ne vous forcez pas, ni à croire, ni à ne pas croire; soyez à votre écoute réellement, respectez votre liberté, et agissez qu'en vous sentant libre. Et si croire ou pas pour vous est le débat de toute une vie, respectez cette part de vous qui a besoin de tout ce temps et de toutes ces questions pour construire son positionnement. Notre Père du Ciel lui aussi est infiniment patient, et lui aussi attendra que tout soit prêt en vous pour vous rencontrer un jour.

Pour en revenir au fond de votre question, le devenir des âmes après la mort et la logique adoptée au Ciel, ça va être un sujet un peu vaste.
Pour faire court, pour un croyant, ce n'est pas un problème, vu que notre religion est construite sur quelques lignes fortes (la résurrection du Christ, la rédemption, le royaume de Dieu, etc...) qui tournent autour du dogme que l'âme ne meurt pas avec le corps mais continue sa vie dans un au-delà sujet à mystère.
Donc qu'il y ait une vie après la mort, pour nous, c'est tout à fait crédible et logique; et que dans ce royaume qu'on appelle le Paradis, il y ait de l'ordre et de la logique, même si ce sont des logiques qui nous échappent, ça va de soi, il est bien évident qu'on ne croit pas au désordre.
Oui, je vois bien le non-croyant achopper sur ces deux notions.
Mais à part vous conseiller, si vous êtes un cérébral, de lire beaucoup la Bible, les Evangiles, et les vies des saints, pour vous imprégnez de leur façon de voir les choses et d'un autre coté de travailler en vous pour apprendre, par la prière, à vous ouvrir à un autre angle de vue sur les choses qui vous entourent, je ne saurais vous forcer en aucune manière à adopter une façon d'analyser qui ne vous correspond pas.
Que puis-je vous dire d'autre pour vous amener à réfléchir autour de vos positions?
Que j'ai été un jour comme vous? Non-croyante pétrie de bonnes intentions, de bonnes valeurs, mais tout me poussait à ridiculiser les crédules qui croyaient au paradis, et le jour suivant j'étais autre. Je ne savais rien, sinon que Dieu existait et que Marie allait m'amener bien plus loin que je ne le soupçonnais.
Une conversion ça n'a rien ni de si difficile, ni de si facile; j'ai mordue la poussière de mon orgueil, et il a fallu que je fasse amende honorable de tout ce que j'avais piétiné. Mais tout ça, ça vient un peu tout seul. C'était même pas un effort, c'était un soulagement, celui de restaurer aux yeux de tous ce qui était le plus authentique en moi. J'ai pris par la figure des années d'humiliations publiques, et toutes sortes de choses pénibles.
Et pourtant je ne regrette rien.
Et je crois. Je crois en un truc que je conçois bien que pour un non-croyant ce soit carrément de la folie douce. Et à par respecter infiniment votre position de non-croyant parce que pour moi elle est chemin, et que tout chemin est incroyablement beau et passionnant, je ne saurais en rien forcer votre main, même si votre message témoigne un peu d'une sorte de questionnement pressant, de quelque chose qui vous travaille. Ce qui bout en vous à feu doux est peut-être le fil par lequel Dieu va vous attirer à lui, qu'en sait-on?
Prenez patience.
Ne cherchez pas à croire à tout prix, ni à ne pas croire à tout prix.
Ecoutez-vous, vous, tout seul.
Et si vous le pouvez ou le sentez, parlez avec ces êtres saints qui ponctuent silencieusement le monde dans les monastères; ils sont souvent de passionnantes petites étoiles sur les chemins de la nuit.

Bonne route belle âme qui cherche tant...
Zélie
L’intégrisme est un refuge pour la misère parce qu’il offre un sursaut d’espérance à ceux qui n’ont rien.
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Kerniou
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Re: Enfant de 3 ans décédé : la question du mal et de Dieu

Message non lu par Kerniou »

La durée de la vie sur terre n'est pas la même pour nous tous, c'est aussi le cas pour les fleurs, les animaux, c'est ainsi.
En disant cela je ne réponds à aucune question, je constate. En tant qu'hommes, nous avons à prendre en compte ces constatations et à vivre avec elles.
La mort d'un enfant est humainement injuste. Malgré le sentiment d'injustice et la peine immense, on peut se dire que la vie de son enfant si courte soit-elle, fut riche et belle. Dieu nous rappelle à Lui à l'heure qu'Il a choisie pour nous.
Ainsi, malgré son jeune âge on peut avoir fini de vivre sur terre et continuer à vivre dans l'Eternité.
La mort n'est pas une punition c'est une étape vers une autre vie.
Dieu n'a-t-il pas laissé son fils unique mourir sur la croix ? Etait-ce par manque d'amour ?
Dieu donne leur sens à la vie et à la mort. Ce qui n'empêche pas la mort de nous être cruelle à vivre et douloureuse à accepter.
Ainsi en est-il, inexorablement, de notre condition humaine. Que l'on ne croie ou que l'on ne croie pas en Dieu, nous avons à affronter notre vulnérabilité avec son absurdité ou sa grandeur, à mener notre vie entre le néant et le sublime.
" Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu , car Dieu est Amour " I Jean 4,7.
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Re: Enfant de 3 ans décédé : la question du mal et de Dieu

Message non lu par Cinci »

La question du mal serait suffisante pour mettre en échec la cause de Dieu chez n'importe qui, je pense. Le mal c'est le mal. Il n'y a rien à comprendre. Le mal c'est ce qui est absurde justement.

C'est pourquoi vouloir récupérer la mort d'un enfant pour nous la changer en une occasion de bien pour celui-ci ou celui-là (ex : pour le chauffard) pourrait correspondre à une sorte de souhait de faire disparaître le mal, pour l'occulter, le balayer sous le tapis. L'entreprise peut paraître gentille assurément, mais elle a quand même le défaut de vouloir masquer une certaine qualité du mal, celle-ci se déclinant en terme de non-sens, de vide, de contradiction, etc. Aussi, affirmer que la mort d'un enfant de trois ans en soi devrait servir le bien, c'est comme soutenir qu'il n'y aurait pas de mal dans le monde à la vérité. On en reviendrait au problème de la position du docteur Pangloss dans le roman de Voltaire («Tout est au mieux !»; «Tout est dans l'ordre des choses»).


Pour Job

Ma lecture consiste à trouver le personnage de Job en réaction contre le mal, en rupture, indigné littéralement. Il est proprement absurde que le mal puisse le frapper comme on le voit. La présence du mal lui ferait croire facilement qu'il aurait affaire à un Dieu sadique, prenant plaisir à l'écraser, à le bafouer, à le tourmenter. Seulement, sa conscience ne peut se résoudre à admettre que tel pourrait être le visage de Dieu. Alors il aimerait appeler «Dieu à témoigner contre Dieu». Il espère plutôt que Dieu (le vrai) puisse témoigner pour casser cette image (fausse) de Dieu maléfique qui l'horrifie. En somme, Job refuse le mal, refuse d'accepter que Dieu puisse y avoir part, refuse de se faire complice tacitement de ce mal.

En contrepartie, les entreprises «rationnalisantes» des amis de Job consistaient à récupérer le mal (tentant de l'expliquer), pour y attribuer la paternité des punitions à Dieu lui-même («Job méritait ce qui lui arrive, etc.») et pour faire même une faute supplémentaire chez Job dans le simple fait de s'indigner du mal perçu, d'oser questionner l'un l'autre.

Les amis de Job ont ce tort de leur côté qui consiste à prendre son parti du mal existant, d'y véhiculer ainsi un visage mensonger de Dieu, un visage de grand Lustucru.
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Eric de Carcassonne
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Re: Enfant de 3 ans décédé : la question du mal et de Dieu

Message non lu par Eric de Carcassonne »

françois67 a écrit :J'aurais bien aimé présenter ce post à un intervenant sur un autre fil qui était cathare, et qui croyait en le dualisme: c'est à dire qu'il y a en gros deux Dieux, l'Un du Bien, l'autre du Mal, ce dernier contrôlant ce monde, et notamment le fait que le Mal existe.
Désolé de vous contredire, le dualisme cathare ne reconnait qu'un seul Dieu, car Dieu étant parfait et absolu dans le Bien, il ne saurait être confondu avec le créateur de ce monde imparfait et mauvais.
Pour faire simple, le créateur de ce monde s'est fait passer pour Dieu auprès des hommes en abusant d'un pouvoir qui, s'il est supérieur à leur entendement, est sans commune mesure avec celui de Dieu.
françois67 a écrit :En gros, d'après cette théorie, l'homme ne saurait être responsable de ses actes, car ce monde corrompu le contrôle contre sa volonté même. Il prétend que s'il n'y avait qu'Un Dieu bon, il ne pourrait laisser le mal se faire.
Désolé que vous ayez si mal compris le catharisme. Il ne faut pas comprendre responsable de son comportement et responsable de sa situation en ce monde ou, pire encore, responsable du Mal en ce monde.
Chacun de nous est responsable de son comportement vis-à-vis de sa conception morale tout d'abord, et vis-à-vis des règles de l'espace où il agit. Le poivrot qui conduit ivre et tue une autre personne est donc responsable de son comportement.
L'homme n'est pour autant pas libre de ses choix car il est conditionné par l'incarnation où il se trouve en cette vie mondaine, par la culture qui lui est inculquée et par l'importance de l'engourdissement de sa part mondaine causé par l'incarnation.
françois67 a écrit :Pourquoi Dieu a-t'il alors laissé ses enfants bien-aimés être enclins au Mal, il pourrait le chasser à jamais en un clin d'oeil: il est Tout-Puissant. Certains L'accusent d'être responsable et complice par son inaction: et pourtant: si le baccalauréat était dépourvu de toute difficulté, l'avoir vaudrait-il quelquechose? NON. Quel mérite à vivre saintement si c'est uniquement dû au fait de ne rien pouvoir faire d'autre?
Mais Dieu a laissé l'homme capable et libre, à la croisée des chemins, soit de choisir de suivre le chemin large qui mène à la perdition, soit celui escarpé et difficile, pour qu'il puisse s'élever par son propre mérite au-dessus de la corruption. C'est un message très fort, humaniste.
Dieu n'est pas vicieux ou manipulateur. Dieu est en nous comme nous sommes en Lui. Quel père se permettrait de mettre ses enfants en situation périlleuse sans leur apprendre comment éviter le danger ? Leur donnerait-il cette information en se cachant et en suscitant plusieurs messagers ou plusieurs messages différents ? Non, un père aimant protégerait ses enfants du danger autant qu'il peut le faire et leur donnerait clairement les moyens de limiter les risques. Si le créateur de ce monde est Dieu tout puissant, ce monde serait parfait et l'homme y serait dans l'Amour absolu.
Mais cela n'est pas et il faut se demander comment une créature issue d'un créateur parfait dans le Bien, qui ne connaît rien au Mal puisqu'il n'existe pas encore pourrait choisir de trahir son créateur et développerait des sentiments imparfaits comme l'envie pour se retourner contre son créateur tout amour ? L'apparition du Mal est contredite par les données initiales du problème, sauf à accepter l'idée que si Dieu est parfait dans le Bien parce qu'il dispose de l'Être, il peut exister une entité dépourvue d'Être et donc incapable de concevoir le Bien.

Mais, ce n'est pas la question qui était posée, me semble-t-il.
Comment un enfant peut-il mourir dans de telles circonstances alors que son meurtrier lui survit ?

Effectivement, posée ainsi sur la base que Dieu maîtrise le système, l'hypothèse est révoltante.
Mais si l'on comprend deux choses importantes, elle peut devenir plus cohérente.
Ce monde ne dépend pas de Dieu qui ne peut y agir contre le Mal car le Bien n'a pas de mal à opposer au Mal.
Dieu n'agit donc pas contre le Mal en ce monde ce qui explique ce qui s'y passe.
Mais Dieu est tout puissant dans le Bien. Il agit donc sur la part de Bien prisonnière en ce monde : notre esprit (certains emploie le terme d'âme).
C'est le corps de cet enfant qui est mort à cause de l'incompétence du démiurge qui se fait passer pour Dieu mais qui ne peut contrôler le bon fonctionnement de sa création. Son esprit ne meurt pas car il est consubstantiel à son créateur dont il est une émanation éternelle.
Par contre, tant que cet esprit reste engoncé dans sa prison de chair (les tuniques d'oubli chères à Roland Poupin), il demeure incapable de s'échapper de cet enfer afin de rejoindre la création divine à laquelle il fut arraché lors de la chute des anges. Il est donc réintégré dans un corps naissant afin de demeurer prisonnier en ce monde. Et ainsi de suite jusqu'au moment où il quittera définitivement cette création malfaisante.
Cet enfant, mais aussi ce poivrot, auront un jour l'occasion de s'éveiller à cette cohérence et ils pourront entamer leur cheminement en vue d'aider leur esprit à s'émanciper suffisamment de sa prison pour s'enfuir à la mort de ce dernier corps et retrouver la seule création digne de ce nom.
En attendant, toute mon empathie aux personnes concernées par ce drame, y compris le poivrot et son probable remord.
Comment un être créé à l'image de Dieu, donc ignorant du Mal, pourrait-il préférer le Mal qu'il ne connaît pas au Bien qui est son fond naturel ? Si Dieu est innocent du Mal, ses créatures le sont tout autant et il faut admettre une autre origine au Mal. (Jean de Lugio - Liber de duobus principiis - XIIIe siècle)
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