Bonjour François,
Le planning ment, ce n'est pas la première fois. Puisque vous le demandez, entrons dans la technique :
Chez la femme, le cycle est régulé par tout une série d'hormones. Pour faire simple :

les hormones pituitaires (ou hypophysaires) FSH et LH (avec un système de rétro-contrôle ordonné par une hormone appelée la GnRH)

les hormones ovariennes oestrogènes et progestérone
Voici de façon schématique ce qui se passe :

En début de cycle, les hormones sont à un niveau bas, les ovaires sont au repos.

L'hypophyse commence à produire la FSH, sous contrôle de la GnRH produite par l'hypothalamus. Lorsque la production de FSH atteint un premier seuil, les ovaires commencent à sécréter des oestrogènes. Plusieurs follicules, qui contiennent un ovule, commencent à mûrir et à croître.

La FSH continue à monter, et lorsqu'elle atteint un second seuil, appelé seuil intermédiaire, elle déclenche un rétro-contrôle qui active la maturation du follicule dominant, qui ira normalement jusqu'à l'ovulation. Immédiatement après, la sécrétion de FSH diminue, pour éviter les multiples ovulations (la nature est bien faite !).

le niveau d'oestrogène continue à monter, de sorte qu'à partir d'un certain seuil, il va enclencher un rétro-contrôle hyphophysaire, qui renvoie une poussée très brève et massive de l'hormone LH.

C'est cette poussée de LH qui va entraîner l'ovulation, en moyenne 17 heures après le pic de LH.

Après l'ovulation, les ovaires continuent à sécréter des oestrogènes et de la progestérone (sécrétion qui a commencé un peu avant l'ovulation), ce qui prépare le corps de la femme à recevoir éventuellement un nouvel embryon s'il y a fécondation.
La période féconde de la femme, schématiquement toujours car c'est parfois un peu plus compliqué en pratique, va du réveil des ovaires après le franchissement du premier seuil de FSH, jusqu'à 24 heures après l'ovulation (un ovule survit 24 heures maximum).
Comment fonctionne la pilule qui bloque l'ovulation par saturation en oestrogènes ? En donnant artificiellement des oestrogènes à la femme, le corps voit que des oestrogènes sont présents, et le système de rétro-contrôle fait cesser les production d'hormones hypophysaires. Du coup, les ovaires ne s'activent pas (pas besoin ! L'hormone est présente...), et il n'y a pas de franchissement intermédaire de FSH, pas de pic de LH, donc pas d'ovulation. C'est comme si la femme était constamment enceinte dans ce cas.
En cas de viol
en période féconde, cas qui fait l'objet de notre débat,
les ovaires sont déjà en activité, et on ne sait pas si le second seuil de FSH est franchi ou non. Donc saturer la femme en oestrogènes ne sert à rien, puisque la marche vers l'ovulation est déjà enclenchée. Administrer des oestrogènes à ce moment-là risque même d'accélérer les choses, puisque c'est le niveau élevé d'oestrogènes qui va activer le rétro-contrôle, qui lui-même ordonne le pic de LH qui déclenche l'ovulation...
Donc je maintiens : la pilule qui sature la femme en oestrogènes ne peut pas être prise en contraception d'urgence.
Alors, que fait cette pilule du lendemain ? Puisqu'elle ne peut pas bloquer le système qui s'est déjà mis en marche, elle va jouer sur une hormone dont on a peu parlé : la progestérone. C'est une hormone qui est sécrétée peu avant l'ovulation, et qui prépare l'utérus à recevoir l'éventuel embryon, en vascularisant la paroi utérine. Si l'on sature la femme en progestérone, on peut noter 2 effets principaux :

le corps voit un niveau élevé de progestérone, donc les ovaires vont se mettre en veilleuse (comme en fin de cycle juste avant les règles). Du coup, le développement de la cavité utérine et sa vascularisation cessent, et l'embryon arrive dans l'utérus qui ne peut le nider : il tombe.

le sursaut d'hormone ralentit le voyage de l'embryon entre la sortie de l'ovaire et l'utérus. Normalement, il met environ 8 jours pour s'implanter dans l'utérus. En saturant de progestérone, l'embryon mettra plus longtemps (les cils qui assurent le mouvement de l'embryon sont plus lents, ce qui fait que le voyage dure plus de 11 jours), et arrivera dans l'utérus après que la muqueuse se détachera. Même effet : l'embryon tombe, puisque l'utérus ne peut pas l'accueillir.
La pilule du lendemain est donc bien complètement abortive.
D'ailleurs, outre ces considérations cliniques, rappelons ce que l'Académie Pontificale pour la vie rappelait à ce sujet :
http://www.vatican.va/roman_curia/ponti ... po_fr.html
"C'est pourquoi, il résulte clairement que l'action "antinidatoire" de la pilule du lendemain n'est autre, en réalité, qu'un avortement réalisé à travers des moyens chimiques. Il n'est pas cohérent intellectuellement, ni justifiable scientifiquement, d'affirmer qu'il ne s'agit pas de la même chose.
D'ailleurs, il apparaît assez clairement que l'intention de ceux qui requient ou proposent l'utilisation de cette pilule est finalisée directement à l'interruption d'une éventuelle grossesse en cours, exactement comme dans le cas de l'avortement. La grossesse, en effet, commence à partir de la fécondation et non pas de l'implantation du blastocyste sur la paroi utérine, comme on tente au contraire de le présenter de façon implicite."
Donc je maintiens :

soit les évêques allemands ne savent pas de quoi ils parlent

soit il y a désinformation sur ce qu'ils ont voulu dire. Dans ce cas, quel a été le but du message initial non dévoyé ? Peut-être répondre de façon pastorale à une situation particulière en Allemagne dont on ne connaît pas les détails.
Bien à vous,