Rose-Marie a écrit :Bonjour,
Je ne sais pas comment aborder le sujet sans choquer.
Pour faire très bref, j'ai 21 ans et aussi loin que je m'en souvienne j'ai toujours été attirée par les pratiques SM, je rentre dans la catégorie dite du sadomasochisme doux, ce n'est pas d'une extrême violence mais le principe est bien là: tous mes fantasmes sexuels tournent autour de la domination, de la régression.. C'est un schéma parfaitement construit, il y a une forme unique de SM qui m'attire, je pourrais décrire exactement les scénarios par exemple.
J'ai essayé de lutter contre cette attirance mais c'est impossible à refouler, j'y pense tous les jours, j'en rêve presque toutes les nuits depuis que j'ai 17 ans. C'est en grande partie ma faute parce que j'ai alimenté cela par des films, des lectures fréquentes, des photos aussi. Je me suis beaucoup renseignée sur la pratique de façon générale, j'envisageais de l'assumer et de vivre pleinement cette sorte d'érotisme mais je sais par avance et d'expérience que je ne peux pas assumer quelque chose que Dieu réprouve. Vulgairement, on pourrait résumer en disant que je peux pécher et je le fais souvent( masturbation, lectures, films) mais dans une certaine limite à savoir que je ne pratique pas.
J'aimerais votre avis sur le point suivant: est-ce que le plus saint serait d'en parler? Je n'ai jamais, jamais abordé ce sujet. A chaque fois que je me confesse et à chaque fois j'occulte la cause des péchés que j'accuse pourtant le quart d'entre eux est lié à cela. Du coup, le problème n'est traité qu'en surface.
J'essaie de purifier mes pensées en priant, notamment avec l'adoration, la méditation, la Messe fréquente bien sur mais cela ne fait pas disparaître les pulsions. Même les neuvaines à Saint-Joseph n'en sont venu à bout. Je désespère un peu. A chaque Messe je prends des résolutions, je prie pour être libérée de cette épine mais.....
Dans les milieux tradi, tout ce qui tourne autour de la pureté, de la sexualité est délicat à aborder. J'ai peur que cela finisse par une énième pénitence qui ne change rien. Je ne veux pas me canaliser par la peur, mais réussir à reprendre le contrôle de mes pensées, de mes désirs en les maîtrisant de façon éclairée et déculpabiliser.
Je suis dans un état d'aliénation, d'esclavage parce que je le veuille ou non, cela me poursuit jusque dans mes rêves. Je préférerais rêver du Seigneur sincèrement.
Qu'en pensez-vous mis à part que c'est une honte, écoeurant pour une catholique ?
Merci

Bonjour!
J'ai également ce fantasme depuis toujours, à ceci près qu'il n'est pas situé exclusivement sur la zone sexuelle mais est carrément la composante principale de ma façon de fonctionner. Ça a commencé, je crois, à l'âge de 7 ans où j'imaginais pendant des heures un scénario en rapport avec mon ventre. Ce qui est particulier, c'est qu'à l'époque je vivais aussi un enfer avec ce ventre (infections urinaires à répétitions, angoisses au niveau de l'excrétion, sur-sensibilité de l'abdomen en général et de la vessie en particulier en position couchée). Pire, si je touchais à ce ventre pour simuler la situation fantasmée, je le payais cash ensuite par une aggravation des symptômes. Je crois que deux phénomènes étaient en cause, aussi contradictoires que complémentaires: le fantasme devait être une sorte d'érotisation de l'horreur que je sentais régulièrement dans mon ventre mais surtout de la peur de me faire punir parce que j'aurais excrété à un moment ou un endroit inapproprié, et en même temps un désir de rejouer les choses d'une façon où j'aurais pu le supporter.
Par la suite, le fantasme s'est complexifié et touchait principalement la sphère cérébrale. J'imaginais pendant des heures de multiples scénarios où j'étais la victime: prise d'otage, agression, accident, viol. A noter que j'étais capable également de jouir du retournement du fantasme, c'est-à-dire prendre un certain plaisir à imagine voir quelqu'un terrassé, en me projetant dans son vécu. Un élément important était qu'il y avait toujours dans mon imaginaire une phase de régression/ de consolation dans mes scénarios. Ainsi, après avoir été atrocement violentée, il y avait toujours quelqu'un pour me consoler et, à contrario, je jouissais de pouvoir consoler quelqu'un qui avait vécu un truc horrible. Actuellement, quand je joue ce fantasme dans la réalité, je n'ai pas besoin d'avoir une consolation. Il me suffit juste de l'imaginer.
Comme je le disais, ce fantasme est "global" et ne concerne pas que la sphère sexuelle. Et naturellement, ça m'a amenée à rechercher toujours les situations extrêmes, avec de multiples variantes, voire carrément les prises de risque avérées. Cela dit, même si je suis toujours totalement baignée dans cet univers, j'avance et suis maintenant apte à poser des limites qui vont dans le sens du respect de moi-même. Ainsi, je suis devenue au moins capable de fermer la porte à toute cause de mutilation du corps ou de douleurs provoquées outrancières. Au niveau strictement cérébral, je tends à rechercher une position à priori plus équilibrée, plus égalitaire et moins projective, en somme, plus saine dans le rapport à autrui. En même temps, je me suis rendue compte que ce fantasme me permettait de réguler ma terreur de l'autre (d'être envahie par l'autre) donc rien n'est simple.
Actuellement, je n'en suis absolument pas au stade de renoncer à mes tendances et mes pratiques, je ne le veux même pas, ce ne serait pas vivable, ça participe à mon équilibre (certes précaire, mais équilibre quand même). Mais je sais qu'il y a une forme de barrière à la vie dans ce dans quoi je suis. Donc, je me contente d'espérer ardemment qu'un jour je trouverai un intérêt supérieur à quelque chose qui va beaucoup plus dans le sens de la vie. En attendant, j'essaye d'être la plus douce et humaine avec moi-même et autrui, pour m'entraîner. Je finirai bien par trouver la voie non?
Pour compléter mon témoignage, j'ai cessé d'être catholique le jour où j'ai perdu ma virginité physique et me suis considérée comme excommuniée (je ne communie plus). Mais je garde beaucoup d'intérêt pour la spiritualité transmise par l'Eglise (celle que je considère la plus proche de ce à quoi j'aspire). En même temps, j'ai des blessures avec cette Eglise, la forme du message est très souvent venu aggraver mon vécu psychique et corporel (du moins, c'est comme ça que je le percevais). Pour me protéger, j'ai pris la liberté de considérer que Jésus était juste un homme normal, dont le père humain n'est pas connu, et qui a raconté des paraboles y compris à son sujet. Ce qui ne change rien au message mais me permet une distance nécessaire. Parce que j'ai également peur de me faire envahir par les religieux et comme ma relation à L'Eglise catholique a toujours été du genre passionné, je me méfie.
Ceci pour dire que c'est juste un témoignage qui n'appelle aucun conseil, mais si ça peut aider des gens à y voir plus clair, alors c'est bien.
Merci de m'avoir lue,
Théo d'Or
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