Comment annoncer que Jésus-Christ est vrai Dieu et vrai homme, par une incarnation survenue à un endroit et à un moment bien précis de l’histoire, pour sauver les hommes que nous sommes à d’autres endroits et à d’autres moments tout aussi précis de l’histoire, si nous nous accrochons à une idée de la création de l’humanité totalement abstraite d’une réalité historique similaire ?
Comment annoncer la réalité historique de la résurrection qui franchit les limites de notre réalité terrestre si nous ne sommes pas capables d’annoncer que Dieu a franchit ces mêmes limites, en sens inverse, pour nous créer dans la même réalité historique ?
Pour déchiffrer l’essentiel de l’annonce de l’Evangile par rapport à ce que nous sommes et à ce que nous sommes appelés à devenir, il est urgent de défendre la foi en la création dans le temps et dans l’histoire.
Il faut être à l’écoute des faits que la science met en évidence.
Ce que le Pape nous en dit, à propos des Evangiles, résonne de manière particulièrement forte par rapport à la création et encourage une compréhension renouvelée.
Le pape Benoît XVI, dans Jésus de Nazareth, t. II, p. 234-235 a écrit :les faits…, dans un premier temps incompréhensibles, ont conduit à une compréhension nouvelle de l’Ecriture.
La concordance que nous trouvons ainsi entre fait et parole … est constitutive pour la foi chrétienne elle-même. Sans elle on ne peut pas comprendre le développement de l’Eglise, dont le message a reçu et reçoit toujours sa crédibilité et son importance historique justement de cet entrelacement de sens et d’histoire ; là où cette connexion est coupée, la structure de base de la foi chrétienne elle-même se dissout.
Hélas, le silence d’un grand nombre de croyants sur la vérité historique de la création de l’homme est souvent lourd, terriblement lourd du désintérêt qu’il exprime.Le pape Benoît XVI, dans Jésus de Nazareth, t. II, p. 221-222 a écrit : Nous pouvons dire également que rendre témoignage à la vérité signifie : en partant de Dieu, de la Raison créatrice, rendre la création déchiffrable et sa vérité accessible d’une manière telle qu’elle puisse constituer la mesure et le critère d’orientation dans le monde de l’homme…
Disons même tranquillement : la non rédemption du monde consiste, précisément, dans le fait que la création n’est pas déchiffrable, que la vérité n’est pas reconnaissable.
…
En hommes modernes, nous serions tentés à ce point de dire : « La création est devenue indéchiffrable pour nous, grâces aux sciences »… C’est vrai, nous percevons le langage de Dieu dans la grandiose mathématique de la création qu’il nous est possible aujourd’hui de lire dans le code génétique de l’homme. Mais malheureusement pas le langage tout entier. La vérité fonctionnelle sur l’homme est devenue visible. Mais la vérité sur lui-même – sur ce qu’il est, d’où il vient, pour quel but il existe, en quoi consiste le bien et le mal –, cette vérité-là, malheureusement, ne peut pas être lue de cette manière. Avec la connaissance croissante de la vérité fonctionnelle, semble plutôt aller de pair un aveuglement croissant pour la « vérité » elle-même – pour la question de savoir ce qu’est notre véritable identité et ce qu’est notre fin véritable
Les progrès de la science semblent avoir terrorisé la pensée chrétienne sur la création, dans les méandres d’un affrontement entre des lectures littérales qui ne peuvent résister aux justes contradictions de l’exégèse et la science et des lectures symboliques désincarnées qui ont vidé la vérité de la création de sa réalité historique.
Cet affrontement est vain et ne fait qu’opposer des lectures contraires à l’enseignement du Magistère sur la manière d’interpréter les Ecritures et sur les vérités de la foi, ce qui détourne de la foi authentique. La foi de l’Eglise ne sépare pas la vérité de la création telle qu’elle est dans toutes ses dimensions. Elle a une parole vraie, sans contradiction, sur la réalité spirituelle de la création autant que sur sa réalité historique, scientifique et rationnelle.
Prions pour que le Saint Père, les évêques et tous les croyants de notre temps trouvent les mots adaptés à la culture et aux connaissances contemporaines pour continuer à annoncer, de manière actualisée, l’enseignement de l’Eglise sur la création face aux courants de pensée de notre époque qui ébranlent la foi d’un si grand nombre.
Merci d’avance à chaque lecteur qui acceptera de s’unir à cette prière.
