Le Sacrifice - Me tendrez-vous la main? :)

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vanessa
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Le Sacrifice - Me tendrez-vous la main? :)

Message non lu par vanessa »

Bonjour à tous!
Je me permets de vous faire subir ma question :P car j'ai grand besoin d'une information que je n'ai trouvé nulle part ailleurs...
Voici mon problème: je suis en fac de lettres (non non ce n'est pas là le problème!!!) et je vais passer un oral portant sur "le sacrifice" dans le Soulier de satin de Claudel, auteur catholique. J'ai pu découvrir au travers de mes lectures qu'il existe plusieurs sacrifices chrétiens: d'expiation, d'oblation et d'action de grâce. Le problème est que maman ne m'a jamais inscrite au catéchisme... alors je ne sais pas à quoi chacun correspond.
Est-ce qu'il serait possible que vous m'éclaireriez?
Je vous remercie d'avance
Vanessa
vanessa
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Message non lu par vanessa »

Petit P.S: j'espère n'avoir heurté personne avec mes clins d'oeil qui se voulaient humoristiques... l'habitude de jouer sur les mots qui me vient de mon cursus universitaire je suppose. Si c'est le cas, je m'en excuse sincèrement! :oops:
vanessa
Charles
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Message non lu par Charles »

Bonjour Vanessa,

il faut absolument que tu lises "Le soulier de satin de Paul Claudel" de Hans-Urs von Balthasar aux éditions Ad Solem.

C'est la plus belle étude littéraire que je connaisse. En moins de cent pages, Balthasar nous découvre le centre de gravité du soulier de satin et le met en perspective avec l'histoire littéraire européenne, l'essence du christianisme et les grande options philosophiques de l'humanité.

Tous les sens du sacrifice chrétien se ramènent à l'oblation (c'est-à-dire la fécondité jaillisant de la liberté) et c'est précisément le coeur du soulier de satin, Prouhèze devenant une étoile pour Rodrigue qui devient l'aide cuisinier du Carmel.

Balthasar dit que le christianisme est le choix de l'éros métaphysique poussé à son extrême, Le soulier de satin ne parle de rien d'autre.
Dernière modification par Charles le lun. 06 févr. 2006, 14:14, modifié 1 fois.
vanessa
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Je vous remercie!

Message non lu par vanessa »

Merci beaucoup de cette information qui me sera vraiment utile, d'autant plus que dans mes recherches antérieures je n'avais pas rencontré cette source...
Je vous remercie sincèrement pour votre aide
vanessa
wanderer
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Message non lu par wanderer »

Pour revenir à votre question de départ, toutes les expressions que vous citez désigne la sainte messe, même si la formule "sacrifice d'oblation" me semble douteuse. On parle plutôt d'oblation du sacrifice je crois.

Pour vous éclairer, il peut être utile de lire l'introduction du missel:
Ainsi, dans le nouveau Missel, la règle de prière (lex orandi orandi) de l’Église correspond à sa constante règle de foi (lex credendi credendi), ), qui enseigne que, sauf la manière d’offrir qui est différente, il y a identité entre le sacrifice de la Croix et son renouvellement sacramentel à la Messe, que le Christ Seigneur a institué lors de la dernière Cène et a ordonné à ses Apôtres de faire en mémoire de lui, et qu’ainsi la Messe est à la fois sacrifice de louange, d’action de grâce, de propitiation et de satisfaction.
Ou le catéchisme de saint Pie X
« Pour quelles fins offre-t-on le sacrifice de la sainte Messe ?
On offre à Dieu le sacrifice de la sainte Messe pour quatre fins :
1 pour lui rendre l’honneur qui lui est dû, et à ce point de vue le sacrifice est latreutique;
2 pour le remercier de ses bienfaits, et à ce point de vue le sacrifice est eucharistique;
3 pour l’apaiser, lui donner la satisfaction due pour nos péchés, soulager les âmes du purgatoire, et à ce point de vue le sacrifice est propitiatoire;
4 pour obtenir toutes les grâces qui nous sont nécessaires, et à ce point de vue le sacrifice est impétratoire. »
Cordialement,

Wanderer

:)
vanessa
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encore merci!

Message non lu par vanessa »

merci de tout coeur, si avec tout ça mon travail n'est pas complet!!!
cordialement
vanessa
Charles
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Message non lu par Charles »

Vanessa,

si tu lis le livre de Balthasar, je serais curieux d'avoir ton avis, ainsi que sur la pièce de Claudel.

Charles
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Message non lu par Charles »

Dans Le soulier de satin, le sacrifice est d'oblation - oblation signifiant "don". Il s'agit du don par lequel Prouhèze et Rodrigue offrent à Dieu leur désir - éros métaphysique - pour que Dieu le transforme en cette "vive flamme d'amour" selon saint Jean de la Croix. La brûlure du désir qui les dévore reste une brûlure mais qui désormais les nourrit parce qu'elle devient la porte d'entrée de Dieu dans leur être. Les métaphores chrétiennes de la blessure sont des métaphores de la grâce : la brûlure et la blessure par flèche sont des ouvertures, la plaie est une porte ouverte dans la nature créée par laquelle le Dieu incréé entre en nous. Il faut que la Surnature fasse violence à la nature pour se donner à elle (voir Grégoire de Nysse dans son commentaire du Cantique des cantiques).

La brûlure du désir cesse d'être consumation de l'égo et devient ouverture à l'autre. C'est l'égo ou la mondanité qui est sacrifiée, la captation devenant don mutuel et ouvert aux dimensions de Dieu, c'est-à-dire de l'illimité. L'absolu du désir cesse d'être un obstacle à son propre assouvissement (le désir dans sa violence totale s'interdisant d'être assouvi par tout autre que l'absolu) mais se convertit en possibilité de rencontre avec Dieu et d'assouvissement indéfini.

"Si le grain de blé ne meurt pas il reste seul, mais s'il meurt il donne beaucoup de fruit" dit le Christ, le sacrifice de Prouhèze et Rodrigue est précisémment un passage par cette mort là.

La radicalité de l'oeuvre de Claudel est que les personnages ne renoncent pas à leur désir absolu. Leur désir est plutôt transfiguré, ils sacrifient quelque chose d'eux-mêmes et par ce sacrfifice la flamme destructrice et mortelle devient flamme d'amour vivante.
Charles
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Message non lu par Charles »

Et Prouhèze a une soeur dans la littérature française, hors de l'oeuvre de Claudel, mais je ne dis pas où...
vanessa
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Le soulier de satin -suite!

Message non lu par vanessa »

Je suis vraiment ravie de votre aide qui me sera précieuse, j'en suis sûre: Je suis d'ores et déjà éclairée sur certains points qui jusque là me semblaient franchement énigmatiques!
Pour ce qui est du livre de Balthasar, je ne l'ai toujours pas trouvé, mais je persévère!
Enfin, en ce qui concerne ma vision (bien plus littéraire que théologique cependant) du Soulier de Satin, je pourrais vous la faire partager dès que mon étude sera terminée. Dans tous les cas, merci à vous de votre implication!
Vanessa
P.S: Pour ce qui est de la "petite soeur" de Prouhèze, je crois que je sèche un peu :P . Ceci dit la dimension sacrificielle du personnage de Prouhèze se retrouve quelque peu, mais en inversé, dans celui de Noémie du Baiser au Lépreux de Mauriac: elle doit "faire oblation" (ça se dit??? :oops: ) de sa chair, à un mari repoussant qu'elle n'aime pas.
FMD
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Re: Le soulier de satin -suite!

Message non lu par FMD »

[align=justify]Bonsoir Vanessa,
vanessa a écrit : Pour ce qui est du livre de Balthasar, je ne l'ai toujours pas trouvé, mais je persévère!
Je pense que ce lien vous sera utile: http://www.ad-solem.com/catalo/catalogu ... oir&voir=7. ;-)

PaX
Franck[/align]
Charles
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Re: Le soulier de satin -suite!

Message non lu par Charles »

vanessa a écrit :Ceci dit la dimension sacrificielle du personnage de Prouhèze se retrouve quelque peu, mais en inversé, dans celui de Noémie du Baiser au Lépreux de Mauriac: elle doit "faire oblation" (ça se dit??? :oops: ) de sa chair, à un mari repoussant qu'elle n'aime pas.
Si tu penses à Don Camille, Prouhèze pourrait se sacrifier pour lui mais elle ne le fait pas. Paradoxalement, ses années passées avec lui sont plus de purification que de sacrifice. Le sacrifice, pour elle, est exclusivement une question entre elle, Rodrigue et Dieu. Même chose pour Rodrigue, c'est entre lui, Prouhèze et Dieu.
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