Hello Sofia,
Bien sûr, vous vous rendez compte qu'il n'y a pas de réponse toute faite à votre question ? Le Mal est un mystère dont nous pouvons tenter de lever le voile mais dont nous saurons pleinement les raisons lorsque Dieu nous éclairera, au Ciel.
Cela étant dit, ça ne nous empêche pas d'essayer de comprendre. Rappelons d'abord la phrase de Paul Claudel :
"Dieu n'est pas venu supprimer la souffrance, il n'est pas venu l'expliquer, mais il est venu la remplir de sa présence".
N'oublions jamais que le Christ n'est pas mort sur la croix pour nous expliquer la souffrance mais pour nous sauver.
L'essentiel du problème du Mal tourne autour du péché originel. La doctrine catholique nous enseigne que l'Homme ne fut pas créé tel qu'il est actuellement. Adam et Eve, avant le péché originel, étaient en harmonie avec Dieu, la nature, eux-mêmes, ce qui signifie notamment que leurs "pulsions" étaient ordonnées : pas de luxure, pas de colère, pas de violence, pas d'envie démesurée, etc. En outre, ils étaient impassibles (aucune souffrance) et ne pouvaient mourir.
Le péché originel a brisé cette harmonie. Par leur péché, ils ont été livrés à la mort et à la souffrance, ainsi qu'aux comportements désordonnés. Le récit de la Genèse dépeint très bien cette situation. Bien entendu, ce péché originel s'est transmis à leurs descendants un peu comme une tare génétique d'ordre spirituel. Même chez les baptisés, si la faute n'est plus, les séquelles demeurent.
Si l'Homme est alors fragile face aux forces de la nature, c'est entièrement à cause de ce péché originel.
Pourtant, trois questions demeurent :

Pourquoi Dieu a-t-il laissé ce péché être commis, sachant les immenses conséquences que cela aurait ?

Pourquoi n'intervient-il pas pour empêcher les Hommes de commettre le mal, notamment lorsque la vie d'innocents est en jeu ?

Pourquoi Dieu n'intervient-il pas pour empêcher les catastrophes naturelles ?
Les deuxième et troisième questions peuvent avoir une réponse assez évidente : Dieu n'est pas un garde du corps. L'Homme est dans cet état par sa propre faute. Pourtant, Dieu a pris sur Lui de sauver Sa créature qu'Il aurait pu, en toute justice, abandonner à son sort. Il a même livré Son Fils Unique pour nous. Jésus - le Verbe fait chair - a souffert les injures, l'humiliation, les blessures et la mort pour nous sauver. Donc oui, des atrocités ont lieu. Mais pour celui qui met sa foi en Dieu son sauveur, la souffrance et la mort n'auront pas le dernier mot : elles sont déjà vaincues par la croix du Christ.
La première question me semble en revanche plus compliquée. J'avoue y réfléchir de temps en temps et ne pas comprendre. La première chose qui me vient à l'esprit, c'est que c'était peut-être inévitable en ce sens que Dieu, en voulant créer l'Homme tel qu'Il le voulait, ne pouvait empêcher sa créature de pécher sans se contredire (par exemple en supprimant la liberté qu'Il voulait pour sa créature). N'aurait-Il alors pas du créer ? Non car cela aurait été s'incliner devant sa créature ce qui est indigne de Dieu. Il valait donc mieux que Dieu créât, quitte à ce que le péché entre dans le monde, pour ensuite intervenir et sauver sa création.
Cependant, cette explication peut ne pas être tout à fait satisfaisante car il existe dans la théologie catholique la notion de
grâce efficace. C'est-à-dire que Dieu aurait peut-être pu faire la grâce à Adam et Eve, sans jamais nier leur liberté, de ne pas pécher. Mais c'est une notion qui n'est pas très claire pour moi, et pas acceptée par tous les théologiens, mais elle est assez traditionnelle.
D'autres pistes sont possibles sur le pourquoi du péché originel. Dieu a permis au Mal d'entrer dans le monde car Il savait qu'Il en tirerait un plus grand bien. Lequel ? Peut-être celui de nous élever à une gloire encore plus grande qu'Adam et Eve par la mort et la Résurrection de son Christ. Peut-être celui de manifester son infinie Miséricorde en laissant sa créature chuter et en la relevant ensuite.
Pour en revenir à votre question : pourquoi Dieu n'a-t-Il pas répondu aux prières de ces gens ? Hé bien, je dirais que Dieu ne les a pas abandonnés. J'espère qu'Il les a pris dans sa Lumière et qu'Il les a sauvés. Que cette ultime épreuve a servi de martyr et qu'ils ont pu accéder directement à la vision béatifique.
J'aimerais finir sur une petite note sur la souffrance. Beaucoup de saints ont expérimenté dans le mystère salvifique de la souffrance. Je sais que c'est idée qui semble inacceptable pour notre époque mais le constat est là : le Christ a souffert pour nous sauver, beaucoup de saints (tous ?) ont souffert par leur union intime au Christ. Saint Paul dit bien qu'il complète dans sa chair ce qui manque aux souffrances du Christ. (Colossiens 1, 24)
Il semble que la souffrance et les épreuves ont un rôle à jouer dans le mystère du salut. Ca ne veut pas dire qu'il faille rechercher la souffrance - ce qui est contraire à la foi catholique - mais il faut être conscient que les épreuves ont un rôle à jouer. Et sachons nous rappeler que même dans l'épreuve, Dieu n'est jamais loin de nous et qu'Il nous soutient.
Bien à vous,