S. Weil sur l'Infaillibilité (concile de Florence)

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S. Weil sur l'Infaillibilité (concile de Florence)

Message non lu par Cinci » sam. 07 juil. 2012, 6:36

Lecture :

Sur la question de l'infaillibilité, Simone Weil s'est prononcée en terme très simple dans sa lettre au père Couturier :


  • «L'Église ne semble pas être infaillible; car en fait elle évolue. Au Moyen Âge, la parole «Hors de l'Église, point de salut» était prise au sens littéral par le magistère général de l'Église. Du moins les documents semblent bien l'indiquer. Et aujourd'hui on la comprend au sens de l'Église invisible.»

Dans les mêmes pages, Simone Weil ajoute d'autres exemples pour bien démontrer son point. Elle a particulièrement raison sur ce dogme qui faisait l'objet de sa plus profonde répulsion :«Hors de l'Église, point de salut». Il est tout à fait évident que l'interprétation actuelle de l'axiome ne peut être réconciliée avec celle du concile de Florence. Il suffit de lire le décret de ce concile pour s'en rendre compte :

  • "(L’Eglise) croit fermement, professe et prêche qu’aucun de ceux qui se trouvent en dehors de l’Eglise catholique, non seulement païens, mais encore juifs ou hérétiques et schismatiques ne peuvent devenir participants à la vie éternelle, mais iront "dans le feu éternel qui est préparé par le diable et ses anges " (Mt 25,41), à moins qu’avant la fin de leur vie, ils ne lui aient été agrégés"; elle professe aussi que l'unité du corps de l'Église a un tel pouvoir que les sacrements de l'Église n'ont d'utilité en vue du salut que pour ceux qui demeurent en elle, pour eux seuls jeûnes, aumônes et tous les autres devoirs de la piété et exercices de la milice chrétienne enfantent les récompenses éternelles, et que personne ne peut être sauvé, si grandes soient ses aumônes, même s'il verse son sang pour le nom du Christ, s'il n'est pas demeuré dans le sein et dans l'unité de l'Église catholique.»

    Eugène IV, Concile de Florence, Décret pour les Jacobites, 1442.
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Voyez plutôt :
  • "II est nécessaire de tenir ensemble ces deux vérités, à savoir la possibilité réelle du salut dans le Christ pour tous les hommes et la nécessité de l’Eglise pour le salut (§9). L’universalité du salut ne signifie pas qu’il n’est accordé qu’à ceux qui croient au Christ explicitement (§10)".

    Jean-Paul II, "Redemptoris Missio", 1990. [dans la ligne de Mystici Corporis de 1943]


Ma question : Quel est le statut actuel du décret de Florence ? Comment vous comprenez l'affaire en lien avec ce que l'Église en dirait ? annulation ? évolution ? autre chose ?

Théophile
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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par Théophile » sam. 07 juil. 2012, 23:19

Attention de souligner la phrase jusqu'au bout. Car le mot "explicitement" est essentiel dans la réponse, me semble-t-il. D'ailleurs, la contradiction avec le propos du concile de Florence est flagrante si on supprime ce mot, mais l'est beaucoup moins si on en tient compte.

Je me réjouis comme vous d'avoir quelques lumières sur votre question.

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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par Cinci » dim. 08 juil. 2012, 2:18

Théophile,

Merci pour l'intérêt. Oui, j'avais laissé de côté le mot explicitement mais comme pour le faire ressortir davantage en ne le soulignant pas. Le contraste est bien marqué de cette façon, je trouvais. À Florence l'on aurait peut-être souligné pour vrai comme j'aurai fait, mais alors moi, comme juste pour illustrer (sourire).

Alors si quelqu'un avait un avis sur cette matière, ce décret du concile de Florence...

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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par Cinci » dim. 08 juil. 2012, 3:19

  • «... à ce sujet je ne puis m'empêcher de penser au cas pathétique du jésuite américain Leonard Feeney. On n'accorda pas à ce religieux la sépulture ecclésiastique parce qu'il acceptait le sens obvie du décret du concile de Florence et estimait, d'un autre côté, ne pouvoir acceter le décret du Saint-Office prononcé contre lui à la fin des année 40. Il n'y a peut-être pas de situation plus symptomatique que celle-là pour exprimer le malaise ecclésiologique que Simone Weil dénonçait.

    Il y a quelque temps le jésuite américain Francis A. Sullivan publiait un beau livre consacré à la question de savoir s'il y a ou non ''un salut hors de l'Église''. Il voulait, dans une étude précise, retracer l'histoire de la réponse catholique à cette question. Il est remarquable que ce livre commence et se termine par le récit de l'histoire pathétique du père Feeney.» (André Naud, p.92)

    cf. Francis A. Sullivan, s.j., Salvation Outside the Church ? Tracing the History of the Catholic Response, New-Jersey, Paulist Press, 1992, 224 p.

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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par Cinci » dim. 08 juil. 2012, 3:29

Je réalise que j'avais oublié de mentionner ma source, laquelle se distingue par ce lettrage en bleu.

Source : André Naud, Les dogmes et le respect de l'intelligence. Un plaidoyer inspiré par Simone Weil, Fides, 2002, 148 p.

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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par Anaisunivers » dim. 08 juil. 2012, 18:42

Bonjour,

D'abord, je pense qu'il faudrait remettre cette phrase dans son contexte.
Il y a un bon article pour cela : http://christus-web.com/hors-eglise-point-de-salut/

Là où Simone Weil se trompe, c'est que l'on évolue dans le sens où la Tradition en découvre toujours plus au sujet de Dieu, elle reste néanmoins infaillible.
Pour le Concile de Florence, les non-catholiques vont en enfer. Pourtant, il y a quelques exceptions : si la personne meurt sans baptême, donc sans être de l'Eglise visible-invisible, mais qu'elle en a le désir, elle peut prétendre accéder au salut. Pour ceux qui ne sont pas baptisés, car ils n'ont pas connu le Christ de leur vivant, ils peuvent accéder au paradis, par des voies que Dieu seul connait. En effet, le salut est voulu pour tous les hommes, mais seule l’Église peut offrir le sacrement du salut - comme le rappelle Jean-Paul II. Mais c'est Dieu qui décide au final.
Est-ce contradictoire ? Le Concile, à l'image de Cyprien de Catharge, montre que ceux qui quittent l’Église (hérétiques et schismatiques) ou la rejettent (Juifs), renient le salut offert par le Christ, grâce aux sacrements dispensés par l’Église.

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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par Cinci » dim. 08 juil. 2012, 19:45

Merci. Je veux continuer d'y réfléchir. Puis aussi avec ce que vous m'amenez, Anaïsunivers. Je ne viens pas déposer une Simone Weil par-ici pour en faire un magistère contradictoire. Faut en être conscient. Mais sa réflexion de personne moderne peut en rejoindre beaucoup, et alors il est toujours intéressant de savoir quelle sorte de réponse l'Église pourrait lui faire.

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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par Cinci » dim. 08 juil. 2012, 21:13

Elle écrivait dans sa Lettre à un religieux, au père Couturier en fait :
  • «... l'Église ne semble pas être infaillible, car en fait elle évolue. Au Moyen Âge, la parole «Hors de l'Église, point de salut» était prise au sens littéral par le magistère général de l'Église. Du moins, les documents semblent bien l'indiquer. Et aujourd'hui on la comprend au sens de l'Église invisible.»
  • Source : Simone Weil, Lettre à un religieux, Paris, Gallimard, 1951, p. 50
Elle rajoutait :

  • «... la croyance qu'un homme peut être sauvé ''hors de l'Église visible'' exige qu'on pense à nouveau tous les éléments de la foi, sous peine d'incohérence complète. Car tout l'édifice est construit autour de l'affirmation contraire [cf. hors de l'Église visible, nul n'est sauvé] que presque personne aujourd'hui ne soutiendrait (1).

    On a pas encore voulu reconnaître cette nécéssité de la révision. On s'en tire par des artifices misérables. On masque les dislocations avec des ersatz de soudures, des fautes de logique criante.»

    [...]

    «... tout se passe comme si avec le temps on avait regardé non plus Jésus, mais l'Église comme étant Dieu incarné ici-bas. La métaphore du «Corps mystique» sert de pont entre les deux conceptions. Mais il y a une petite différence : c'est que le Christ était parfait, au lieu que l'Église est souillée de quantité de crimes.

    La conception thomiste de la foi implique un totalitarisme aussi étouffant ou davantage que celui de Hitler. Car si l'esprit adhère complètement à tout ce que l'Église a reconnu comme étant de foi stricte, mais encore à tout ce qu'elle reconnaitra jamais comme tel, l'intelligence doit être baîllonnée et réduite à des tâches serviles.

    La métaphore de «voile» ou de «reflet» appliquée par les mystiques à la foi leur permet de sortir de cet étouffoir. Ils acceptent l'enseignement de l'Église, non pas comme étant la vérité, mais comme étant quelque chose derrière quoi l'on trouve la vérité. Cela est très loin de la foi définie par le catéchisme de Trente. Tout se passe comme si, sous la même dénomination de christianisme et à l'intérieur de la même organisation sociale, il y avait deux religions distinctes, celle des mystiques et l'autre.

    [...]

    D'après la phrase de saint Jean, l'Église n'a jamais eu le droit d'excommunier quiconque croyait vraiment que le Christ était le Fils de Dieu descendu ici-bas en chair. La définition de saint Paul est plus large encore «Croire que Dieu existe et rétribue ceux qui le cherchent». Cette conception non plus n'a rien de commun avec celles de saint Thomas ou du concile de Trente. Il y a même contradiction. Car comment oser affirmer que parmi les hérétiques il ne s'en est jamais trouvé aucun qui cherchât Dieu ?»

    pp. 44-46


Remarque : il s'agissait de réflexions d'ordre privé avec sa lettre et non d'un document qu'elle aurait dû préparer en vue d'une publication. On dira encore : puis alors qu'elle s'estimait toujours en recherche naturellement, ne pensant pas détenir elle-même le fin mot ultime sur la question.

___

(1) Le pape Pie-XII a spécifiquement veillé à faire sanctionner le père Feeney en 1949, pour l'excommunier et de ce que ce dernier ne voulait absolument pas démordre de l'idée suivante : impossible d'être sauvé soi-même si se trouvant hors de l'Église visible (privé du baptême, des sacrements, etc).

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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par Raistlin » lun. 09 juil. 2012, 12:14

Cinci a écrit :Ma question : Quel est le statut actuel du décret de Florence ? Comment vous comprenez l'affaire en lien avec ce que l'Église en dirait ? annulation ? évolution ? autre chose ?
Plutôt un approfondissement...

L'incorporation à l'Église est nécessaire au Salut car l'Église est le corps mystique du Christ. En étant membre de l'Église, en vivant des sacrements, nous sommes comme greffés à la vigne véritable. Néanmoins, et le décret du Concile de Florence le laisse entrevoir, il existe une possibilité de Salut pour les non catholiques : celle d'être incorporés à l'Église avant la mort. Mais comment ? Dieu seul le sait. Nous savons seulement qu'aux hommes de bonne volonté, il sera donné une chance de Salut. Est-ce à l'"heure de la mort" (entre la mort clinique et la séparation définitive de l'âme et du corps) que Dieu proposera le Salut aux non catholiques de bonne volonté ? C'est une possibilité.

Bien à vous,
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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par spk » lun. 09 juil. 2012, 14:24

Juste un détail, qui il me semble a son importance, que tout le monde connaît sans doute mais que personne n'a encore signalé.
Pour l'Eglise catholique, seul le pape est infaillible, sous conditions bien entendu. Ceci ne saurait valoir pour un concile, quel qu'il soit et quelle que soit l'autorité dont il est revêtu.

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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par Raistlin » lun. 09 juil. 2012, 14:39

spk a écrit :Juste un détail, qui il me semble a son importance, que tout le monde connaît sans doute mais que personne n'a encore signalé.
Pour l'Eglise catholique, seul le pape est infaillible, sous conditions bien entendu. Ceci ne saurait valoir pour un concile, quel qu'il soit et quelle que soit l'autorité dont il est revêtu.
Un concile en bonne et due forme se fait nécessairement sous l'égide du Pape. Après, savoir ce qui relève exactement du charisme d'infaillibilité est toujours délicat. Néanmoins, il me semble que l'affirmation selon laquelle il faut être incorporé à l'Église pour être sauvé est parfaitement catholique.

Même dans l'hypothèse où Dieu proposerait le Salut à l'heure de la mort à des non catholiques, et que ceux-ci accepteraient, ils seraient immédiatement incorporés à l'Église.

Cordialement,
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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par Théophile » lun. 09 juil. 2012, 14:47

Pourtant l'Eglise se dit aussi infaillible, à la suite du Christ, selon le Catéchisme.
http://www.portstnicolas.org/La-questio ... ilite.html
[+] Texte masqué
La question de l’infaillibilité
Chapitre 19 du Guide de Lecture, proposé à la fin du Catéchisme de l’Eglise catholique (pp.815-817), dans son édition française de 1998 :

L’infaillibilité : un titre, un privilège ou une assurance... ? C’est sûrement l’une des notions les plus incomprises et les plus brouillées dans l’opinion de beaucoup. Qu’ajoute donc à la dignité du pape et à son autorité morale le fait qu’il soit reconnu infaillible par ses fidèles ?

Dans un style clair et serein, le CEC apporte les explications en mesure de donner une idée juste de l’infaillibilité du pape. D’abord, en rappelant la fragilité de l’homme dans la recherche et la possession de la vérité. Puis en montrant que l’infaillibilité appartient d’abord à Dieu, à son Fils Jésus-Christ venu rendre témoignage à la vérité (Jn 18,37), à l’Esprit qui conduit à la vérité tout entière (Jn 16,13). Son infaillibilité, le Christ a voulu la partager à son église pour tout ce qui concerne la connaissance des vérités contenues dans la Parole de Dieu qu’elle a mission de transmettre. L’infaillibilité de l’église vient avant celle du pape. C’est pour le service de la Parole que le pape, assisté de l’Esprit-Saint, est déclaré infaillible. Encore que l’exercice de son magistère et son expression infaillible soient liés à des conditions que le CEC ne manque pas de préciser.

Dieu est source de vérité

L’homme en quête de vérité, malgré son désir et son ouverture (33), demeure souvent impuissant et fragile dans le seul déploiement de son intel ligence pour connaître ce qui le dépasse (37).
Ainsi l’homme a-t-il besoin d’une révélation pour accéder, selon un texte du concile Vatican I « à des vérités morales et religieuses qui, de soi, ne sont pas inaccessibles à la raison, mais qui, dans l’état actuel du genre humain, puissent être connues de tous sans difficulté, avec une ferme certitude et sans mélange d’erreur » (38).
La perfection infinie qui appartient au mystère de Dieu (41) ne saurait se comprendre sans l’attribut de vérité qui est son être même (215,2465). C’est parce que Dieu est véridique (ibid.), qu’Il ne peut ni se tromper ni nous tromper, que le croyant donne foi à sa Parole (156). C’est donc en Dieu qu’il faut considé rer la source de toute infaillibilité.
Cette infaillibilité divine s’est reflétée dans le Fils (217, 241). « Il est venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité » ( n 18,37). Sa doctrine n’est pas de Lui, mais de Celui qui l’a envoyé (Jn 7,16) [voir 427,2471].
L’Esprit-Saint, Esprit de vérité Un 14,17) a reçu mission de conduire les disciples du Christ à la « vérité tout entière » (Jn 16, 13) [voir 91, 2466]. Il est présent à l’église, tout particulièrement pour assister les pasteurs dans leur minis tère de transmission et d’enseignement de la Parole (857,862).
L’église est dotée de l’infaillibilité

L’église, Corps du Christ dont Il est la Tête, est infaillible, parce que le Christ a voulu lui partager (889) ce qui est moins un privilège qu’une assurance d’indéfectibilité dans la transmission de la foi (890).
L’Esprit-Saint assiste l’église dans la totalité de ses membres pour que, fidèle à garder le « dépôt de la foi » (84), elle soit « témoin de son Dieu qui est et qui veut la vérité » (2464). Il assiste les pasteurs, « maîtres de la foi » (1558), dans l’exercice de la fonction prophétique qui s’identifie à la mission du magistère (94, 875). Il assiste également les fidèles pour qu’ils gardent l’intégrité de la foi qu’ils ont reçue en donnant leur adhésion à la Parole qui leur a été transmise (91, 889).
Parce que la foi est d’abord connaissance de la vérité du mystère révélé, elle a besoin de s’exprimer dans les mots qui la traduisent (40,89). C’est la raison des dogmes définis par le magistère des pasteurs unis au pape (77,88). Les dogmes sont des formules de la foi issues de la Tradition de l’église (78), mémoire vivante de la Révélation divine (ibid). Ils sont le gage de l’assistance de l’Esprit-Saint et de l’infaillibilité de l’église (890).
L’infaillibilité personnelle du pape

Au titre de la primauté qu’il exerce dans l’église (881-882), l’évêque de Rome, successeur de Pierre, jouit personnellement de l’indéfectibilité dans l’exercice de son magistère (891).
Ce qu’il faut comprendre, c’est que cette infaillibilité du pape ne doit être comprise ni comme le privilège d’être assuré contre la tentation et le péché, ni comme le gage d’une supériorité surhumaine, ni moins encore comme un droit à tout dire et à décider de tout.
Son infaillibilité, le pape l’exerce dans des conditions précises. L’objet se limite au champ de la foi et des moeurs (891,2035). Il y faut aussi le respect des forrnes : il s’agit de déclaration solennelle et publique, destinée à l’église tout entière (ibid.), ce que l’on désigne par l’expression ex cathedra. C’est dire que l’exercice de l’infaillibilité pontificale est peu fréquent. Depuis la définition du concile Vatican I qui l’a promulguée, le pape n’en a usé que pour l’Assomption de la Vierge (966).
Le pape peut ne pas être seul à proclamer une définition dogrnatique. Les évêques rassemblés en concile oecuménique - c’est-à-dire réunis comme représentants de l’église universelle - ont aussi autorité infaillible pour définir une vérité de la foi (891). Mais ils ne peuvent le faire qu’en union et avec l’assentiment du pape. Ce fut le cas au concile Vatican I qui justement a proclamé l’infaillibilité personnelle de l’évêque de Rome.
Le magistère ordinaire

Il convient de distinguer le magistère solennel, dit extraordinaire, du magistère pontifical ou épiscopal qui s’exerce sous des formes plus ordinaires de dédarations ou d’exhortations destinées, en raison de certaines circonstances, au Peuple de Dieu. Il s’agit alors pour les pasteurs de tenir la responsabilité d’ensei gnement des fidèles pour affermir et éduquer leur foi (892).
C’est en particulier sur le plan de la morale et de la conduite de vie conforme à l’évangile que s’exerce ce magistère ordinaire (2032-2034).
C’est également sur le plan très concret de la loi naturelle (2036) et des problèmes de justice (2246,2420) et de morale familiale et sexuelle (2351 s.) que l’opinion critique est souvent tentée de contester le magistère. Le chrétien est renvoyé à sa conscience assistée de l’Esprit-Saint, pour accueillir et donner son assentiment filial (2040) à un enseignement qui n’a d’autre fin que de transmettre les appels et les obligations morales qui découlent du baptême (2039).
Loin de considérer le charisme de l’infaillibilité comme une sorte de faveur attachée à la fonction du pape et des évêques, ilfaut le voir comme la caution donnée par le Seigneur à ceux qu’il a appelés pour le service de son église. Ainsi en témoigne la belle prière de l’ordination épiscopale citée par le CEC (1587) : « Seigneur, remplis du don du Saint-Esprit celui que Tu as daigné élever au degré du sacerdoce afin qu’il soit digne de se tenir sans reproche devant ton autel, d’annoncer l’évangile de ton Royaume et d’accomplir le ministère de ta parole en vérité. »

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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par spk » lun. 09 juil. 2012, 15:00

L'auteur de ce texte n'est manifestement pas infaillible.
Je suppose que ce qu'il a essayé laborieusement de dire, c'est qu'il ne faut pas voir l'infaillibilité pontificale comme un charisme personnel qui relèverait de la magie, mais comme une conséquence de l'attachement du Christ à son Eglise, celui-ci fondant celle-là.
Il ne s'ensuit en rien que les conciles soient infaillibles. C'est pourquoi notre auteur peut affirmer que le dogme de l'Assomption est le seul cas où un pape s'est exprimé dans les conditions engageant l'infaillibilité depuis la promulgation de ce dogme.

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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par François-Xavier » lun. 09 juil. 2012, 15:08

Sur la question du salut des non chrétiens, il faut, c'est certain, bien réfléchir : parce que la question n'est pas simple. Premièrement, le Conclie de Constnace est dur dans sa formulaiton à cause du contexte : il s'agit de mettre fin à la séparation d'avec les orientaux. Et ça n'a pas marché....
Ensuite, l'ensemble de la question est tout à fait en lien avec la question du baptême, du salut des non baptisés, de la remise en cause par la théologie récente de l'hypothèse de S. Thomas d'Aquin sur les limbes, de la question du devenir de toute personne dans le mystère de la mort.
Les théologiens, spécialement les ecclesiologues continuent de s'étriper sur ce sujet précis, qui est il est vrai fondamental surtout en ce qui concerne les relations avec les autres religions. Le gros point difficile concerne Lumen Gentium 16, les "préparations évangéliques", les "semences de verbe" :
LG16 a écrit :Enfin, pour ceux qui n’ont pas encore reçu l’Évangile, sous des formes diverses, eux aussi sont ordonnés au Peuple de Dieu [Cf. Saint Thomas, Somme théologique III, q. 8, a. 3, ad 1.] et, en premier lieu, ce peuple qui reçut les alliances et les promesses, et dont le Christ est issu selon la chair (cf. Rm 9, 4-5), peuple très aimé du point de vue de l’élection, à cause des Pères, car Dieu ne regrette rien de ses dons ni de son appel (cf. Rm 11, 28-29). Mais le dessein de salut enveloppe également ceux qui reconnaissent le Créateur, en tout premier lieu les musulmans qui, professant avoir la foi d’Abraham, [le texte ne dit pas : ils ont la foi d’Abraham] adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux,futur juge des hommes au dernier jour. Et même des autres, qui cherchent encore dans les ombres et sous des images un Dieu qu’ils ignorent, de ceux-là mêmes Dieu n’est pas loin, puisque c’est lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses (cf. Ac 17, 25-28), et puisqu’il veut, comme Sauveur, amener tous les hommes au salut (cf. 1 Tm 2, 4).
En effet, ceux qui, sans qu’il y ait de leur faute, ignorent l’Évangile du Christ et son Église, mais cherchent pourtant Dieu d’un cœur sincère et s’efforcent, sous l’influence de sa grâce, d’agir de façon à accomplir sa volonté telle que leur conscience la leur révèle et la leur dicte, eux aussi peuvent arriver au salut éternel [peuvent arriver ne signifie certainement pas arrivent à coup sûr] [Cf. Lettre de la Sacrée Congrégation du Saint-Office à l’archevêque de Boston. : Denz. 3869-72.]. À ceux-là mêmes qui, sans faute de leur part, ne sont pas encore parvenus à une connaissance expresse de Dieu, mais travaillent, non sans la grâce divine, [la grâce divine qui n’est pas enfermée dans son exercice à l’intérieur des frontières de l’Eglise visible] à avoir une vie droite, la divine Providence ne refuse pas les secours nécessaires à leur salut. En effet, tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l’Église le considère comme une préparation évangélique [Cf. Eusèbe de Césarée, Praeparatio Evangelica, 1, 1 : PG 21, 28 AB.] et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie.
Bien souvent, malheureusement, les hommes, trompés par le démon, se sont égarés dans leurs raisonnements, [Ce qui pourrait être une préparation évangélique est cependant « bien souvent » une cause de chute et de malheur. Le texte d’origine dit même « saepius » c'est-à-dire en fait « le plus souvent »] ils ont délaissé le vrai Dieu pour des êtres de mensonge, servi la créature au lieu du Créateur (cf. Rm 1, 21.25) 21.25) ou bien, vivant et mourant sans Dieu dans ce monde, ils sont exposés aux extrémités du désespoir. C’est pourquoi l’Église, soucieuse de la gloire de Dieu et du salut de tous ces hommes, se souvenant du commandement du Seigneur : « Prêchez l’Évangile à toutes créatures» (Mc 16, 16), met tout son soin à encourager et soutenir les missions. [A aucun moment on en voit donc l’Eglise dans Vatican II décourager les missions vers les non chrétiens]
... et ses (mauvaises interprétations) à laquelle n'échappe pas le Catéchisme de l'Eglise Catholique lui même dans sa première édition :
CEC-1992 a écrit :“1281 : Ceux qui subissent la mort à cause de la foi, les catéchumènes et tous les hommes qui, sous l’impulsion de la grâce, sans connaître l’Église, cherchent sincèrement Dieu et s’efforcent d’accomplir sa volonté, sont sauvés, même s’ils n’ont pas reçu le Baptême (cf. LG 16)”.
Énoncé qui est faux en lui même ! Il a été corrigé dans les versions suivantes...

Si on se concentre bien sur le sujet, cela peut faire une belle discussion de laquelle pourra sortir de beaux fruits sur le forum.

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Re: Une remarque de Simone Weil

Message non lu par spk » lun. 09 juil. 2012, 16:44

La question est intéressante, certainement. Mais c'est qu'elle en implique d'autres. Au premier rang, bien sûr, que signifie être sauvé? S'agit-il d'avoir son billet pour la vie éternelle? Ou bien cette image relève-t-elle de la superstition, et faut-il entendre le salut comme un état de l'âme relevant de la sainteté, ou à tout le moins suffisamment bon pour que la miséricorde divine et sa justice soient conciliables?
En d'autres termes, le salut est-il arbitraire, en lui-même comme en ses moyens, (mais nul n'ayant le droit de critiquer l'arbitraire divin, il nous faut nous plier à cet arbitraire), ou bien faut-il considérer qu'il est nécessairement juste, même si cette justice nous échappe?
J'avoue que je suis curieux de savoir quelle idée les catholiques d'aujourd'hui se font du salut.

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