Apocalypse (résumé de l'ouvrage de Corsini)

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Apocalypse (résumé de l'ouvrage de Corsini)

Message non lu par Cinci » mar. 13 avr. 2021, 14:46

Bonjour,

En 2016, dans des discussions touchant l'interprétation du dernier livre de la Bible, j' évoquais l'ouvrage d'un auteur, un professeur catholique italien, Eugénio Corsini. Je disais que son ouvrage était de loin le meilleur livre sur l'Apocalypse qu'il m'aura jamais été donné de lire. Et j'en ai consulté plusieurs. Je n'ai pas changé d'avis sur l'ouvrage non, croyez-moi.

Mais, aujourd'hui, je serai tombé, par hasard, sur un article assez développé d'un abbé italien et qui avait déjà fait l'effort de résumer, synthétiser ou expliquer pour nous. ce même ouvrage de Corsini méconnu. Il fait part également de ce qu'il pense du livre. Son article est bien fait.

Ça va comme suit :

«Eugenio Corsini est né en 1924. Après avoir étudié la littérature chrétienne avec Mgr Pellegrino et s’être diplômé, il poursuit ses études à Paris (Sorbonne, Ecole pratique des Hautes Etudes) et à Rome (Institut Biblique). Je l’ai eu un an (1976-77) comme professeur de littérature chrétienne antique à l’Université de Turin; il y a terminé sa carrière sur la chaire de littérature grecque. Que le lecteur ne s’y trompe pas: le fait d’avoir suivi ses cours, qui portaient justement à l’époque sur l’Apocalypse, ne m’a pas influencé au point de me pousser à suivre dès lors son exégèse. Le jeune étudiant de 17 ans que j’étais à l’époque n’y comprit goutte, tout simplement: il lui manquait la maturité, et aussi la prédisposition: car le Professeur Corsini n’était et n’est toujours pas un catholique “traditionnel” (contrairement à Mgr Spadafora) mais un “progressiste” comme son “maître” Pellegrino.

Lorsqu’en 1980 le fruit de ses études fut publié sous le titre Apocalisse prima e dopo (éd. SEI, I.Torino) avec une préface d’un autre “progressiste”, Mgr Rossano, j’achetai le livre, geste qui n’eut pas de suite car le livre resta sur une étagère de ma bibliothèque (ce livre a été traduit en français par les Editions du Seuil, Paris, en 1984, sous le titre L’Apocalypse maintenant, avec préface du non moins progressiste Xavier Léon Dufour).

Ces années-là je fréquentais le séminaire d’Ecône et le professeur d’Ecriture Sainte disait souvent “ne pas avoir la clef de l’Apocalypse”... Les séminaristes plaisantaient volontiers sur le refrain du bon Père, mais au fond il n’y avait pas lieu de le lui reprocher, puisque même le grand exégète que fut l’abbé Giuseppe Ricciotti confessait ouvertement son ignorance sur ce thème, lorsqu’il écrivait:
“on peut interpréter certains passages de ce livre mystérieux avec une précision et une certitude approximative; mais l’ensemble, et spécialement les références chronologiques, demeurent aussi obscures aujourd’hui que pour les Pères et les écrivains chrétiens anciens, qui en ont donné des interprétations différentes” in La Sacra Bibbia annotée de G. Ricciotti, Salani,
1940, p. 1761, éd. de 1976).
L’idée que je me faisais de l’Apocalypse était donc celle de la grande majorité des lecteurs: un écrit mystérieux et obscur sur l’Antéchrist et la fin du monde, dont ne me paraissaient clairs (parce qu’utilisés de façon adaptée par la Liturgie!), que quelques tableaux tout à fait isolés de l’ensemble du texte inspiré. Et ce, jusqu’au jour où je repris en main le livre de Corsini. A mesure que j’avançais dans la lecture, ma méfiance allait se dissipant tandis que, contemporainement, les verset du dernier livre de la Sainte Écriture se faisaient clairs et lumineux.

Finie la lecture, je me trouvai tout content: c’était la première fois de ma vie que je lisais un commentaire donnant de l’Apocalypse une
vision non seulement pleinement orthodoxe, mais aussi cohérente, homogène, unitaire, claire dans toutes ses parties strictement liées
entre elles par un unique critère interprétatif, une vision à la fois moderne et conforme, comme je l’ai dit, à la règle la plus exigeante
de la foi...

Ça n’est pas sans préoccupation que j’ai été témoin, ces dernières années, de l’emploi impropre fait de l’Apocalypse jusque dans les
rangs des opposants à Vatican II. Comme en tout temps de crise (et Dieu sait si nous y sommes!) on a cherché à voir dans les événements contemporains la réalisation des antiques et obscures prophéties: nos propres adversaires devenant immanquablement la Bête ou la Prostituée de Babylone, nos propres “idoles” devenant par contre les “deux Témoins”, sans parler de l’attente du retour imminent d’Enoch et d’Elie en personne. On est pris d’une terrible angoisse à voir de bons catholiques identifier l’Eglise et la Prostituée comme l’a fait un jour Luther, ou bien tomber dans le millénarisme judaïque en invoquant - à tort - l’Apocalypse, ou encore emboîter le pas aux Joachimites en annonçant la fin d’une Eglise corrompue et la naissance d’une nouvelle réalité spirituelle... Après avoir profité toutes ces années du livre de
Corsini auquel je dois d’avoir évité de me fourvoyer dans beaucoup de bévues, il m’a semblé que je me devais à mon tour, en toute justice, de le faire connaître à “notre” public.

Mon intention est de présenter le plus fidèlement possible la thèse de l’auteur, tout en laissant à chacun (en attendant un éventuel
jugement de l’Eglise) la tâche de se faire une opinion personnelle après une éventuelle lecture de l'oeuvre recensée.


La méthode interprétative

Dans l’introduction (pp. 11-89; pp. 15-63 éd. fr.) Corsini expose sa théorie et les principes exégétiques qui l’ont guidé. Pour ce qui est
de la première, voici comment elle est résumée à la p. 18 (pp. 23-24 fr.): l’Apocalypse, comme l’indique son nom signifie “révélation”, “est bien la description d’une venue, de la venue de Jésus-Christ: mais il ne s’agit pas de celle qui viendra à la fin des temps, mais de celle qui s’est réalisée au cours de toute l’histoire, depuis la création du monde, et qui a eu son point culminant dans le grand ‘événement’ (gr. kairós) de la venue historique de Jésus-Christ, surtout dans sa mort et sa résurrection”.

Pour parvenir à cette conclusion, C. part du principe, qui devrait être évident, de l’unité de l’œuvre: nous ne devons pas nous permettre d’interpréter l’Ap. comme si chacune de ses parties, chacun de ses symboles étaient indépendants l’un de l’autre; l’Apocalypse est un tout articulé en quatre septénaires (7 lettres, 7 sceaux, 7 trompettes, 7 coupes). Quel est le lien entre ces quatre septénaires? C. suit donc en cela la méthode “récapitulative”, “l’unique, avec l’eschatologique, qui puisse être considérée comme traditionnelle.

L’Apocalypse n’expose pas des événements futurs se suivant chronologiquement, mais offre en divers tableaux, qui souvent reprennent et développent les précédents, une vision prophétique de la lutte perpétuelle entre le Christ et Satan, avec la victoire du Royaume de Dieu militant et triomphant” (Spadafora); victoire, préciserait C., déjà essentiellement remportée et réalisée avec la mort et la résurrection de l’“Agneau debout et comme égorgé” (= le Christ mort et ressuscité) qui domine toute l’Apocalypse.

Reste le problème des symboles utilisés par l'auteur inspiré (que C. identifie, conformément à la tradition, avec Jean, Apôtre et Évangéliste). L’Apocalypse s’explique avec l’Apocalypse, soutient C., en ce sens que souvent à un endroit du livre est expliqué un
symbole qui se retrouvera ensuite autre part: au lecteur de se rappeler l’explication déjà donnée et de l’appliquer sans hésiter dans les
passages les plus obscurs. Une autre “clef” de l’Ap. est constituée par l’Ancien Testament. Il n’existe probablement aucun écrit néotestamentaire aussi lié à l’Ancien Testament que l’Ap. (raison pour laquelle elle a été rejetée par les gnostiques: cf. pp. 54-55, pp. 40-41 éd. fr.), Jean considérant pourtant l’A.T. comme un “type”, une figure du Nouveau. C’est sur la base de ces deux critères que C. expliquera
les symboles employés par Jean, symboles qui devaient être bien connus de ses lecteurs.

Ainsi, les “êtres vivants” de Jean (Ap. 4) sont les Chérubins d’Ezéchiel (Ez. 1); le Dragon de l’Ap. 12 est le Serpent tentateur de la
Genèse; les chevaux aux couleurs variées renvoient à Zacharie (chap. 1 et 6); le Vieillard (Yahweh) renvoie à Daniel (chap. 7) et le livre mangé à Ezéchiel (ch. 3). La signification des symboles vétéro-testamentaires repris par Jean reste la même, sauf modifications insérées explicitement par Jean lui-même pour faire comprendre au lecteur le nouveau message apporté par le Nouveau Testament (cf. pp. 49-53; 36-39 fr.).

D’autre part, un même symbole de base (qui devra être interprété à la lumière de l’Ancien Testament) pourra exprimer des choses différentes selon l’autre symbole auquel il est joint, tout en conservant cependant son sens fondamental: ainsi, la “femme” du chap. XII
sera “prostituée” (autrement dit femme infidèle) au chap. XVIII ou “l’épouse, la femme de l’Agneau” (c’est-à-dire la femme fidèle)
au chap. XXI. Même chose pour le symbole du “livre” (la révélation), parfois scellé, parfois ouvert, et dans les mains d’un ange ou dans celles de l’Agneau. Quant aux anges, omniprésents dans l’Ap., parfois clairement, parfois symbolisés par les “étoiles” (cf. Ap. 1, 20), ils signifient, pour C., l’économie de l’Ancien Testament supplantée par celle du Nouveau.

Intuition fondamentale que cette dernière, d’ailleurs très claire dans les écrits de saint Paul: la loi ancienne, Dieu nous l’a donnée par l’intermédiaire des anges, la Nouvelle nous a été donnée directement par le Fils infiniment supérieur aux anges (pp. 69-71; 49-51 fr.)! Le même critère doit être adopté pour les symboles numéraux si importants dans l’Ap. (pp. 62-65; 46-47), et seuls les Témoins de Jéhovah vont jusqu’à les prendre dans leur sens littéral: ici aussi, la signification que nous révèle l’A.T. doit être conservée et scrupuleusement appliquée dans toutes les visions de l’Ap. [pour les curieux: 3 indique Dieu, 4 la terre, 6 l’homme, 7 la plénitude, 10, 20, etc., indiquent un chiffre indéfini, les numéros pairs indiquant généralement l’imperfection, les impairs la perfection...].

Pour certains l’interprétation de C. représentera une déception: je parle de ceux qui se sont efforcés de lire dans l’Ap. non pas la pensée de l’Apôtre que Jésus aimait et le message qu’il voulait transmettre aux premiers chrétiens, mais leurs propres préoccupations relatives à des temps et des époques postérieurs.

Grâce au commentaire de C. on découvre, au contraire, une remarquable harmonie entre l’Ap., les autres écrits de saint Jean, les lettres de saint Paul et les Evangiles synoptiques. Dans l’Ap. et le IVème Evangile, saint Jean dirait substantiellement la même chose, quoique dans des
“genres littéraires” différents: l’Ap. même est une manifestation claire de la divinité du Christ, du Logos, comme l’appelle le IVème Evangile. Même harmonie entre saint Paul et saint Jean, pour ce qui est de combattre l’angélologie gnosticisante des judaïsants (cf. les Epîtres aux Hébreux, aux Ephésiens, aux Colossiens). Et si l’on adopte l’exégèse de Spadafora à propos des deux Epîtres aux Thessaloniciens, la concordance est parfaite non seulement avec les dernières, mais aussi avec les premières Epîtres de saint Paul (celles aux Thessaloniciens, justement), où, pas plus que dans l’Ap., il n’y aurait trace de parousie eschatologique (c’est-à-dire d’un retour imminent du Christ avec la fin du monde). C., se basant sur les Epîtres aux Thessaloniciens, pense que saint Paul espéra effectivement, dans un premier temps, le
prochain retour du Christ. Spadafora, lui, interprète ces textes avec une clef complètement différente: la “venue” du Christ annoncée serait celle réalisée plus tard avec la destruction du Temple en l’an 70, qui blessa à mort le premier et perpétuel persécuteur du Christianisme, le Judaïsme.

Par contre, dans l’interprétation des Evangiles synoptiques en ce qui concerne le “discours eschatologique” de Jésus, il existe une concordance substantielle entre C. et Spadafora: ce n’est pas la fin du monde que Jésus annonce, mais la fin d’un monde: celui du Judaïsme,
du Temple, de Jérusalem, profanés par les excès qu’y commettront les zélotes durant le siège de Jérusalem (pour Spadafora) et, plus
encore, par la condamnation à mort de Jésus que prononceront les princes des prêtres dans le Temple même (pour C., pp. 71-72;
51-56 fr.). Il y aurait là aussi une concordance admirable entre Evangiles et Apocalypse.»

(à suivre)

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Re: Apocalypse (résumé de l'ouvrage de Corsini)

Message non lu par nicolas-p » mar. 13 avr. 2021, 21:15

Merci!
Vivement la suite même si cela interpelle...

Cinci
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Re: Apocalypse (résumé de l'ouvrage de Corsini)

Message non lu par Cinci » mer. 14 avr. 2021, 13:16

Bonjour nicolas-p !

C'est moi qui vous remercie pour l'intérêt.

Je suis content d'avoir trouvé cet article sans l'avoir cherché. Il présente tellement bien ce livre qui fut pour moi une véritable révélation. Une révélation sur la révélation (sourire). Ce fut un tel soulagement pour moi de trouver ce livre, qui venait enfin rendre lisible et limpide ce fameux texte de Jean qui, comme pour tellement de gens, moi comme d'autres, autrement, m'aura toujours semblé obscur, éclaté et plutôt insaisissable. Comme il le dirait sans son article, on croirait voir d'abord qu'une sorte de trifouillis impossible à démêler à l'exception de quelques éclats par-ci par-là.

Mais c'est que, après avoir lu Corsini, devient sans sel plutôt la multitude de tout ce que l'on trouve habituellement sur Internet, dans les médias ou ailleurs, je parle de ces projections absolument fantaisistes sur le texte. Lorsque chacun croirait bien y trouver annoncé depuis 2000 ans ses propres petites obsessions du moment précisément. Que ce soit Napoléon comme ceci, le pape untel, l'Invasion de l'Irak, la création de l'État israélien, la crise sanitaire ou la guerre nucléaire. Miroir aux alouettes ! De façon magnifiquement salubre, Corsini montre très bien que le livre de Jean n'a rien à voir fondamentalement avec ces interprétations personnelles assimilables à des sujets s'amusant à réaliser le test de Rorschach cf. dire ce que devrait nous suggérer le dessin de grains de thé déposés aléatoirement au fond de la tasse. Non, le texte de Jean est pas mal plus intéressant que cela. Puis organiquement lié avec tout le reste de la Bible surtout ! On voit pourquoi il mérite bien sa place dans le canon des livres.

Je vais poursuivre la retransmission avec plaisir.

:)

Cinci
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Re: Apocalypse (résumé de l'ouvrage de Corsini)

Message non lu par Cinci » mer. 14 avr. 2021, 14:50

La “trame” de l’Apocalypse

De quoi parle donc l’Ap., si elle ne parle pas derniers temps? Elle est, nous l’avons vu, une explication de toute la révélation sur Jésus-Christ, depuis la création jusqu’à la fondation de l’Église. Dans cette “histoire sacrée”, ou “histoire du salut”, ce qui fixe l’attention de Jean est la révolte et la chute des anges, le péché d’Adam et la chute de l’humanité, les conséquences du péché originel: peste, famine, guerre, péché, mort temporelle et spirituelle.

Mais Dieu n’abandonne pas l’humanité, lui offrant une nouvelle fois le salut. L’Ap. a une vision positive de l’Ancien Testament, mais elle en souligne aussi le caractère imparfait, limité, tout orienté vers la plénitude du salut en Jésus-Christ, plénitude qui n’est plus réservée à quelques-uns, mais à tous.

De la loi ancienne, Jean souligne le caractère de témoignage en faveur de Jésus, témoignage donné justement par la Loi et par les Prophètes (les deux Témoins qui dans l’Évangile sont représentés par Moïse et Elie aux côtés de Jésus dans la transfiguration). Mais les Prophètes sont aussi témoins de Jésus par le sang du martyre, puisqu’ils ont été tués par ces juifs “charnels”, tout comme le sera le Messie. Ces derniers n’attendent du Messie qu’un royaume terrestre; loin d’enseigner le millénarisme, l’Ap. le combat, rappelant que le “règne millénaire” du Messie est essentiellement spirituel. La mort et la résurrection du Christ constituent la victoire définitive sur la mort, Satan et le péché: le règne de Dieu, c’est l’Église, l’épouse immaculée de l’Agneau, le nouvel Israël, qui dès lors et pour toujours dorénavant opère le salut des baptisés, tandis que s'est effectuée l'horrible transformation de la synagogue déicide en la prostituée de Babylone. Tel est en résumé, pour C., le thème de l’Apocalypse. Apocalypse, Judaïsme et Christianisme: l’Église, Nouvel Israël.


A la lecture du bref résumé que nous venons de faire, le lecteur aura remarqué la vision négative de Jean au regard du Judaïsme qui a refusé le Christ.

Ce point, continuellement souligné par Corsini, ne peut pas ne pas soulever de discussion; il n’a pas échappé non plus à l’auteur de la préface de l’édition française (1), Léon-Xavier Dufour:
Léon-Xavier Dufour

“ le lecteur pourrait, au premier abord, être surpris par la dureté de certaines déclarations sur Israël, par exemple quand Corsini ne craint pas de voir dans la ‘Bête de la terre’ Israël qui s’est livré au pouvoir politique et a ainsi dévié de son orientation spirituelle primordiale. Il sera tenté d’accuser d’‘antisémitisme’ un auteur qui voit dans la Prostituée la Synagogue, et dans Babylone la Jérusalem terrestre. Mais ce serait injustice. Comme Corsini le montre avec insistance dans son ouvrage, l’Apocalypse non seulement n’est d’aucune manière un pamphlet contre le Judaïsme, mais elle expose magnifiquement en quoi consiste l’Israël spirituel (...) l’Israël de l’Ancien Testament. L’on y retrouve dans un autre langage, ce que dit le IVème Évangile: ce dernier affirme que ‘le salut vient des Juifs’ et à la fois, il désigne par ‘les Juifs’ ceux qui rejettent Jésus” (p. 12).
En somme il suffit de s’entendre sur les termes “judaïsme” et “juifs”. Et l’Ap. signale précisément l’équivoque possible, par ces paroles de Jésus à l’Ange de l’Église de Smyrne: “je connais (...) les blasphèmes de ceux qui se disent Juifs et ne le sont pas, mais bien une synagogue de Satan” (Ap. 2, 9; cf. aussi 3, 9). Il y a donc un vrai judaïsme que l'Ap. adopte, et un faux qu'elle rejette radicalement.

. “Aucun écrit du Nouveau Testament n’affirme la continuité vitale entre le judaïsme et le christianisme avec autant de force et de conviction que l’Ap... Dans la vision de Patmos (...) Jésus-Christ apparaît à Jean au milieu de sept chandeliers d’or (cfr. 1, 13) et peu après il se définit lui-même comme ‘Celui qui... marche parmi les sept chandeliers d’or’ (cfr. 2, 1). Le sens de cette vision est clair: Jésus-Christ vient du judaïsme. (...) Quand Il nie aux Juifs le droit de continuer à s’appeler ainsi, Il sous-entend que ce nom appartient maintenant aux chrétiens,
devenus les vrais héritiers du judaïsme spirituel qui, selon Jean, avait été gardé et transmis par les saints et les prophètes, c’est-à-dire par
les anciens ‘témoins’. (...) C’est dans la nouvelle communauté ecclésiale, que vit et se continue le judaïsme spirituel: les sept chandeliers,
comme l’annonce solennellement Jésus-Christ à Jean, sont devenus les sept églises (cfr. 1, 20)” 20)” (Corsini , pp. 57-58; 42-43 fr.).


L'Église en tant que "Nouvel Israël”, vérité de foi rejetée de nos jours comme “théorie de la substitution” [de l’Église à Israël] est donc l’objet de l’Ap.: “dire que les chandeliers ‘sont les sept églises’, c’est dire qu’avec la venue de Jésus-Christ et l’achèvement de son œuvre messianique, le judaïsme s’est transformé pour devenir les ‘sept églises’, c’est-à-dire la totalité de l’Église. Tel est le sommet de la ‘révélation de Jésus-Christ’, l’accomplissement du ‘mystère’, le sens de tout le livre de l’Apocalypse” (p. 141; p. 92 fr.).


La lettre à Laodicée, condamnation et réprobation du judaïsme

Le premier des quatre septénaires est celui des lettres adressées aux sept Églises d'Asie Mineure. Il s’agit pour certains de véritables lettres, réellement adressées respectivement aux communautés primitives: C. n’exclue pas lui non plus cette possibilité. Pour d’autres ce sont des lettres fictives.

Quoiqu’il en soit, il ne s’agit pas de la prophétie des sept époques futures de l’Église, mais bien de sept périodes de l’histoire de
l’humanité, depuis la chute d’Adam jusqu’au rejet du Messie de la part des Juifs. Ce rejet est le sujet de la dernière et terrible lettre,
adressée à Laodicée: “elle exprime le jugement de condamnation contre le judaïsme qui, dans son aveuglement et son obstination,
n’a pas reconnu en Jésus-Christ le Messie annoncé par les Écritures. Il est reproché en effet à la communauté de n’être ‘ni froide ni
chaude’ mais ‘tiède’ (cfr 3, 15-16): ce qui ne peut pas être interprété, à la moderne, comme une allusion à un manque de ferveur spirituelle; c’est tout simplement la définition du légalisme judaïque, où l’honneur est rendu à Dieu des lèvres et non du cœur, par des signes extérieurs et non en esprit et en vérité. (...) L’Avertissement ne sera d’ailleurs pas écouté. Quand, pour instruire et édifier indirectement ses fidèles de Laodicée, Jean met par écrit les paroles du Christ au peuple juif, la menace divine contre ce dernier (‘Je vais te vomir de ma bouche’: cfr 3, 16) s’est déjà réalisée: les Juifs ont déjà été condamnés et répudiés pour leur orgueil, leur obstination, leur aveuglement. Alors que tout leur manquait de ce qui était indispensable à leur salut, ils se vantaient de tout posséder: ‘Je suis riche, j’ai atteint le sommet de la richesse, je n’ai besoin de rien’ (3, 17). Telles sont, à peu de choses près, les paroles que Jean mettra à la bouche de Babylone avant sa ruine (cfr 18, 7).


Comme nous l’avons déjà répété plusieurs fois, dans la destruction de Babylone ce n’est pas une prophétie sur la fin matérielle de Rome que nous croyons découvrir, mais une allégorie de la fin spirituelle du judaïsme: la Jérusalem terrestre disparaît pour faire place à la Jérusalem céleste.

Telle est la thèse centrale du livre que Jean reprend et développe à travers la série des quatre grands cycles septénaires des lettres, des sceaux, des trompettes et des coupes, qui tous se terminent par une allusion à une interruption, à une fin. C’est dans ce sens qu’il convient de lire aussi la septième lettre, qui est une conclusion dramatique ayant comporté le jugement et la répudiation de ceux qui continuent à s’appeler Juifs mais ne le sont plus (cfr 2, 9; 3,9) : (pp. 157-159; pp. 101-103 fr.).

Le septième sceau

Au septénaire des lettres succède celui des sceaux. Les quatre premiers symbolisent pour C. la chute de l’homme, les trois derniers l’intervention salvatrice de Dieu. Le livre est la révélation qui donne la vie; les sceaux sont le péché, ils ferment à l’homme cette vie divine. Seul l’Agneau égorgé (mort) et debout (ressuscité) peut ouvrir les sceaux, parce que l’histoire du salut est toute dans le sacrement (mystère) du Christ. Jean (Ap. 5) se réfère à la vision de Daniel sur le Messie (Dn. VII), mais il introduit la figure de l’Agneau pour souligner la nature du règne messianique: “le symbole de l’Agneau (...) ne laisse aucun doute sur le moyen par lequel ce Messie obtiendra la victoire sur ses ennemis: il sera tué par eux, égorgé. Mais il vaincra la mort par la résurrection...” (p. 202; p. 128 fr.).

Dans le septénaire des sceaux, l’Ap. introduit le lecteur à la vision de la liturgie céleste (pour comprendre cette dernière il faut avoir
présentes à l’esprit les cérémonies de la liturgie terrestre dans le temple de Jérusalem).

Dans le sixième sceau Jean voit les 144.000 marqués (= sauvés) sous la loi ancienne: tous les juifs ne se sont pas sauvés, mais seulement ceux qui appartenaient au “judaïsme spirituel” (cf. p. 234). Ce n’est que dans le Nouveau Testament qu’on a le salut définitivement ouvert à une foule immense issue de tout peuple, de toute langue et de toute tribu, grâce à la mort du Christ.

Le silence qui se fait dans le Ciel à l’ouverture du septième sceau indique la cessation du culte judaïque (les Évangiles synoptiques expriment le même concept en racontant la lacération du voile du Temple à la mort du Christ: Mt. 27, 51; Mc 15, 38; Luc 23, 45) et l’attente du nouveau culte qui commence avec la résurrection du Christ. Quant à l’Ancien culte, il est profané par l’Abomination de la désolation prédite par Daniel: c’est en effet la mort du Christ “due à l’instigation des princes des prêtres juifs, qui aurait profané définitivement le Temple, provoquant la fin du culte judaïque (p. 238; p. 145 fr.).

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Re: Apocalypse (résumé de l'ouvrage de Corsini)

Message non lu par nicolas-p » jeu. 15 avr. 2021, 8:42

Merci encore.
Difficile de savoir qui a raison.

L'apocalypse reste assez mystérieux mélangeant faits et allégories.

Il présente probablement des faits passés mais peut-être aussi présents et futurs, sans que personne ne puisse vraiment l'affirmer.

Cinci
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Re: Apocalypse (résumé de l'ouvrage de Corsini)

Message non lu par Cinci » jeu. 15 avr. 2021, 20:38

(pour continuer )

Les sept trompettes

Le septénaire des trompettes rappelle lui aussi l’Ancienne Alliance (les trompettes font référence aux anges et à l’Alliance du Sinaï).
L’Ap. présente quatre “trompettes” qui se rapportent à la chute des anges et trois “calamités” avec leurs trois “trompettes” correspondantes, qui transportent la scène sur la terre, avec la chute de l’homme et ses conséquences; la dernière trompette symbolise, par ailleurs, la mort du Christ. Les deux Témoins font ici leur apparition; ce ne sont pas Enoch et Elie attendus pour la fin du monde, mais Moïse et Elie, autrement dit la Loi et les Prophètes, qui rendent témoignage à Jésus (cf. Jn 5, 31; 8, 54) dans l’Ecriture Sainte comme dans l’épisode évangélique de la Transfiguration.

Ceci pour le rôle positif de l'Ancien Testament : car la Loi, après la venue du Christ n’est plus salvatrice, mais mortifère. Jean reprend la fameuse vision dans laquelle Ezéchiel mange le livre (l’A.T.) et la modifie: l’amertume provoquée dans les viscères par la manducation du livre “est synonyme de mort spirituelle” (p. 278). Après la venue du Christ, le culte hébreu est lui aussi désormais réprouvé. L’Ange qui jette le feu de l’encensoir sur la terre (Ap. 8, 5) symbolise, par son geste “la fin du culte judaïque que les premiers chrétiens ont associée à la mort du Christ” (p. 255; p. 154 fr.), ainsi que “l’expulsion de Satan et des siens hors du Ciel” (p. 256), qui sera décrite dans les quatre premières trompettes.

Par ailleurs la septième trompette, qui comporte l’ouverture du Temple [Le voile qui se fend en deux], la fin du culte judaïque et de la médiation angélique... fait encore référence à la mort du Christ.

Le septénaire des coupes: les deux bête

Le symbole de la coupe évoque encore plus explicitement le sacrifice du Christ. Ce septénaire comporte des scènes fameuses: la Femme et le Dragon au chap. XII, la Bête de la terre et celle de la mer au chap. XIII, la Prostituée de Babylone et sa destruction (chap. XII-XIX), la bataille d’Harmaguédon, si chère aux Témoins de Jéhovah, etc.

Comme d’habitude, pour C., Jean commence le septénaire par l’exposition de la chute des anges (lutte dans le Ciel entre Saint Michel et le Dragon) et de l’homme (représentée par la Femme qui du Ciel se retrouve dans le désert, sur la terre, poursuivie par le Dragon). Entre autres conséquences du mal, saint Jean entrevoit la corruption des pouvoirs politique et religieux, pouvoirs pourtant bons en soi (p. 333 svt; p. 192 svt fr.) mais désormais pervertis, figurés par les deux Bêtes qui aident le Dragon.


[la corruption du pouvoir politique]

La Bête de la mer, reprise de Daniel (7, 2 svt), figure la corruption du pouvoir politique, autrement dit l’Etat lorsqu’il prétend prendre la place de Dieu. Elle n’incarne pas nécessairement l’empire romain: “certes, l’attitude de Jean vis-à vis-de l’empire romain n’est plus celle
de Paul [qui dans la seconde épître aux Thessaloniciens y voyait “l’obstacle” à l’homme d’iniquité, autrement dit au judaïsme], et n’en partage pas les illusions. Mais elle n’est pas non plus [l'attitude de Jean]marquée de cette fureur subversive aveugle et fanatique qu’ont voulu y voir beaucoup (p. 333). Quand saint Jean écrivait l’Ap., “la persécution n’était encore ni généralisée ni systématique et surtout n’était pas encore considérée par les chrétiens comme œuvre exclusive du pouvoir impérial, mais plutôt comme le résultat d’un courant satanique favorisé par la collusion entre pouvoir politique et judaïsme au détriment des disciples du Christ”; elle reproduisait en cela le modèle de la passion où, Pilate, malgré sa réticence, servit de bras séculier à la synagogue (pp. 345-346; supprimé dans le fr.).


Par contre la Bête de la terre décrite par Jean comme corruption du pouvoir religieux n’a aucun précédent vétérotestamentaire direct. Certains commentateurs y ont vu la description du culte idolâtrique païen (cfr. pp. 355 svt; pp. 202 svt fr.), mais C. repousse cette hypothèse. Les caractéristiques de ce monstre sont en effet “la duplicité et l’ambiguïté” (p. 358), car “elle avait deux cornes semblables à celles de l’Agneau et parlait comme le dragon” (Ap. 13, 11): la figure de cette Bête de la terre [pharisiens, docteurs de la Loi, etc.; Juifs charnels] sera reprise avec le faux prophète (chap. 16, 19 et 20) et la prostituée (chap. 17 svt).

Quant à la Bête de la mer, pour Corsini, elle n’est autre que le Judaïsme corrompu [Hérode, Hanne le grand prêtre, grandes familles riches], ce judaïsme qui a mis à mort tous les Justes, les Saints et les Prophètes (cf. Mt. 23, 29 svt; Actes 7, 51 svt) et finalement le Messie même, en se servant du pouvoir politique: “la violence brutale et aveugle du pouvoir politique est manœuvrée et conseillée par une force qui se cache derrière son ombre” (p. 360; p. 204 fr.), à l’occasion par exemple du procès et de la condamnation du Christ et des premiers martyrs.

[le Judaïsme]

Le Judaïsme, réalité bonne en soi au point d’avoir la même nature que l’Agneau divin (tous les deux sont représentés par le symbole de l’agneau), s’est mondanisé: “il croit être encore judaïsme, c’est-à-dire témoin et héritier de la promesse divine, mais il ne l’est plus, il est même devenu ‘synagogue de Satan’ (cfr 2, 9; 3, 9), ‘Sodome et Egypte’ et (cfr 11, 8), ‘il parle [c’est-à-dire agit] comme le dragon’ (cfr 13, p. 363; p. 206).

Cinci
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Re: Apocalypse (résumé de l'ouvrage de Corsini)

Message non lu par Cinci » jeu. 15 avr. 2021, 20:49

nicolas-p,,

Faites le test !

Par exemple, allez "juste" lire la description de la septième trompette directement dans le livre de l'Apocalypse, et puis comparer avec ce que l'auteur raconte. Vous allez être pris de «saisissement».

Vous allez redécouvrir le livre de l'Apocalypse, comme si c'était bien la première fois de votre vie que vous auriez jamais pu le lire. Vous allez être bouleversé par sa beauté. Une puissance évocatrice re-mar-qua-ble. Au lieu de vous trouver devant un embrouillamini semblant sortir de la forge d'un écrivains schizophrénique, vous allez retrouver une poésie magnifique pour parler de choses relativement simples.

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