La côte d'Adam

« Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. » (Lc 24.45)
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Xavi
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Re: La côte d'Adam

Message non lu par Xavi » mar. 23 mars 2021, 14:46

Cher Altior,

Les questions en cause sont très difficiles. Évitons donc de nous éloigner du sujet qui concerne le récit de la côte d’Adam que Gerardh interprète de manière extrêmement littérale.

Conformément à l’enseignement de l’Église, il me semble que le récit que nous en donne la Genèse doit être accueilli comme un récit imagé de la réalité historique concrète qui a existé et non comme un récit littéral donnant une description physique d’un événement terrestre biologique qui indiquerait que le corps de la première femme ne serait pas issu d’une longue évolution biologique comme tous les corps des vivants terrestres mais d’un miracle physique par lequel un os extrait d’un homme mâle créé sans femelle aurait été façonné en un instant en corps humain adulte féminin, sans enfance, et sans père ni mère biologiques.

Ceci concerne tant le récit de la Genèse que les enseignements qu’en tire St Paul dans ses épîtres et que Gerardh me semble comprendre erronément sur une base principalement biologique pour en tirer des règles universelles.

N’oublions pas, comme l’observait Saint Jean-Paul II dans une lettre du 29 juin 1995 que« Le Livre de la Genèse parle de la création de manière synthétique et dans un langage poétique et symbolique » et que « Nous avons malheureusement hérité d'une histoire de très forts conditionnements qui, en tout temps et en tout lieu, ont rendu difficile le chemin de la femme, fait méconnaître sa dignité, dénaturer ses prérogatives, l'ont souvent marginalisée et même réduite en esclavage ».
http://www.vatican.va/content/john-paul ... women.html

Altior a écrit :
lun. 22 mars 2021, 23:37
À mon avis et selon ce que je vois le vrai écart n'est pas entre les protestants et les catholiques, mais entre les catholiques modernistes et les catholiques traditionalistes. Ce que dit Gerard (du moins sur ce fil) est beaucoup plus proche de la foi qui m'a été transmise que ce que vous affirmez. Vraiment, vous ne vous rendez pas compte que, pour faire court, vous ne croyez plus dans l'inerrance de la Bible ?
En quoi devrais-je m’en rendre compte, alors que je crois en cette inerrance, du seul fait que je ne partage pas l’interprétation que défend Gerardh d’un point de vue protestant ?

L’inerrance de la Bible est une conviction profonde et solide de l’Église. Comme vous et Gerardh, je n’en doute pas. La Parole de Dieu est vraie et parfaitement sûre. Mais, il n’y a pas d’inerrance des interprétations humaines.

Au contraire, l’errance des humains dans leur compréhension de la Bible est infinie. L’interprétation authentique ne peut être cherchée, pour un catholique, que dans la communion de la foi de l’Église telle que le Christ l’a fondée. Pour un catholique, la Parole de Dieu ne peut être interprétée que dans une fidélité à la foi de l’Église, corps du Christ.

Le modernisme, le traditionalisme ou le protestantisme sont des mots qui peuvent être très caricaturaux. Mais, ils se rejoignent parfois lorsque, par une interprétation particulière de la Bible ou de la Tradition, les uns ou les autres prétendent interpréter le trésor de la foi en contradiction avec l’enseignement officiel du Magistère de l’Église.

Donc, ici, il est certes possible que certains protestants fondamentalistes partagent une même opinion concernant les femmes dans l’Église ou la compréhension du récit de la Genèse que certains catholiques traditionalistes, mais ce qui importe ce ne sont pas les opinions personnelles mais ce que l’Église nous enseigne comme garante d’une interprétation authentique de la Parole de Dieu qui ne peut jamais être séparée de la Tradition de la Foi.

Pour comprendre cet enseignement, il faut croire en l’Église fondée par le Christ et en l’assistance de l’Esprit Saint dont elle ne cesse jamais de bénéficier.

L’important n’est pas notre opinion personnelle mais une volonté partagée d’essayer de mieux comprendre la foi de l’Église et sa signification authentique sans enfermer notre compréhension personnelle dans une tour d’ivoire.

Ici, en ce qui concerne la côte d’Adam, essayons de méditer ensemble comment le récit imagé en cause peut être compris en harmonie et en cohérence avec la foi de l’Église, celle des Pères anciens mais aussi des enseignements officiels des papes de notre époque.

De même, en ce qui concerne les enseignements de St Paul concernant les femmes, essayons de la même manière d’en méditer ensemble ce qu’ils signifient aujourd’hui sans retenir nécessairement une interprétation littérale biologique qui ne se fonde pas sur l’enseignement de l’Église.

L’obligation de tenir compte du contexte historique de chaque texte biblique n’est pas du modernisme, c’est une nécessité pour ne pas donner à une interprétation particulière une valeur supérieure à ce que nous recevons de la Tradition vivante de l’Église selon l’enseignement actuel du Magistère et dans le prolongement de l’enseignement des plus anciens.

Dans ce fil, votre réaction est tellement générale qu’elle ne permet pas de comprendre en quoi vous vous sentez proche du message de Gérardh. N’hésitez pas à préciser votre pensée, mais n’oubliez jamais de le faire dans une recherche en harmonie avec la foi de l’Église.

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Re: La côte d'Adam

Message non lu par gerardh » mar. 23 mars 2021, 19:36

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Il est clair que de nombreux passages de la Bible ne sont pas à prendre au sens littéral, quand bien même il pourraient être plus proches de la réalité que nous ne pourrions le penser.

Or ces passages sont aussi, et peut-être surtout, à prendre dans un sens spirituel et/ou symbolique et/ou allégorique et/ou eschatologique.

Nous en voyons un exemple flagrant entre la relation femme /mari, imitant la relation Christ / Eglise dans Ephésiens 5.

Je vais maintenant me pencher davantage sur le cœur du sujet à savoir Adam et Eve (mais là aussi, par extension, le Christ et l'Eglise).

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Re: La côte d'Adam

Message non lu par gerardh » mar. 23 mars 2021, 23:08

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Quelques pensées sur Adam et Eve.

A partir de Genèse 2 :18, nous assistons au premier acte de l'administration d'Adam : attribuer des noms aux êtres vivants. Ceux-ci sont là pour servir l'homme, mais quel que soit leur degré d'intelligence, aucun ne correspond à ses facultés supérieures, ni non plus aux exigences de ses affections. Or la solitude ne convenait pas pour l'homme; il lui fallait quelqu'un pour partager ses pensées, jouir avec lui des dons divins, et rendre grâces avec lui à Celui qui les avait accordés. L'amour de Dieu comprend ce besoin et y répond en donnant à l'homme une femme, aide intelligente et douée d'affections comme lui. En même temps nous avons là le mystère de l'Église, épouse d'un Christ entré dans le sommeil de la mort et qu'Il reçoit maintenant de la main de Dieu pour la nourrir et la chérir (Éph. 5:29…). «Ce mystère est grand» s’écrie l’apôtre : «nous sommes membres de son corps, de sa chair et de ses os».

Pour faire les animaux, Dieu ne dit qu’une parole et ils sortirent tout vivants de la terre ou des eaux, mais quant à l’homme, Dieu forma d’abord son corps de la poussière de la terre. Ce n’était alors qu’un corps sans vie ; mais Dieu souffla dans ses narines le souffle de vie, son propre souffle. C’est ainsi que l’homme devint vivant, créé à l’image de Dieu. Le corps, qui est tiré de la poussière, peut donc mourir, être détruit, retourner en poussière ; mais le souffle de vie, qui est l’âme, retourne à Dieu qui l’a donné (Eccl. 12:9).

Nous arrivons à la révélation de ce moment unique de la formation de l’homme, non pas seulement comme chef de ceux qui peuplent la terre (1:26), mais en vue d’une relation vivante avec Celui qui a tout fait et tout créé. C’est ici, et non pas dans le chapitre précédent, que nous apprenons les particularités de la constitution de l’homme. «Et l’Éternel Dieu forma l’Homme [ha-Adam] de la poussière du sol, et souffla dans ses narines une respiration de vie ; et l’Homme devint une âme vivante». C’est à ceci que se réfère l’apôtre dans sa sublime comparaison entre le premier homme et le Second en 1 Cor. 15:49, que tout croyant devrait bien peser et s’approprier. Ici, il s’agit simplement du premier homme, mais ce qui est dit est grand : la poussière du sol pour l’homme extérieur ; et le souffle de l’Éternel Dieu pour animer l’homme intérieur. Ce n’était certes pas la vie éternelle, mais néanmoins une âme immortelle. L’insufflation en direct du Créateur est la base de son immortalité. Les autres animaux des eaux ou de la terre sont appelés «âmes vivantes», à juste titre ; mais seul l’homme est issu de l’insufflation de Dieu.

Les autres animaux quand ils ont été faits, ont respiré une respiration de vie ; mais l’homme a été formé extérieurement comme fait le potier avec l’argile, et il n’a pas respiré tant que Dieu ne lui eut pas donné, directement et spécifiquement, sa propre respiration. C’est pourquoi, il est le seul sur la terre à être devenu une âme vivante, le corps étant mortel, ce qui n’est jamais dit de l’âme (ce qui est dit implique tout le contraire). C’est pourquoi, de tous les êtres terrestres, l’homme est le seul à avoir une responsabilité devant Dieu. Nous nous tournons maintenant vers nos premiers parents sur la conscience desquels Lui a agi, Lui qui les aimait et a eu pitié d’eux, malgré leur faute inexcusable à chacun.

La parole adressée à Adam déchu est la suivante : « maudit est le sol à cause de toi ; tu en mangeras en travaillant péniblement tous les jours de ta vie. Et il te fera germer des épines et des ronces, et tu mangeras l’herbe des champs. À la sueur de ton visage tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes au sol, car c’est de lui que tu as été pris ; car tu es poussière et tu retourneras à la poussière ».

Adam regarda alors au-dessus des justes sanctions du péché, et ne se confia pas dans sa propre force, sa sagesse ou sa vertu ; il ne parla pas d’une descendance qu’il aurait pour regagner le paradis perdu, mais ayant foi dans l’offre que Dieu faisait en grâce d’une Semence de la femme souffrante, mais triomphante, il saisit l’occasion de l’appeler Vie, parce qu’elle était la mère de tous les vivants.

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