Conditions de la Miséricorde

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JeremyTheBoos
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Conditions de la Miséricorde

Message non lu par JeremyTheBoos » jeu. 09 mai 2024, 16:32

Bonjour,

Quel est l'enseignement de l'Eglise pré concile Vatican 2 sur la Miséricorde Divine.

En lisant l'Evangile, j'ai l'impression que celle ci est toujours soumise à conditions et non gratuite.

Je me trompe ?

Merci de votre aide.

Altior
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Re: Conditions de la Miséricorde

Message non lu par Altior » dim. 12 mai 2024, 1:53

Bonjour, The Boss !
JeremyTheBoos a écrit :
jeu. 09 mai 2024, 16:32
Quel est l'enseignement de l'Eglise pré concile Vatican 2 sur la Miséricorde Divine.

En lisant l'Evangile, j'ai l'impression que celle ci est toujours soumise à conditions et non gratuite.
L'Église a toujours cru et professé la miséricorde de Dieu. Sa miséricorde est l'un de ses attributs fondamentaux, tout comme son omniprésence, son intelligence, sa justice. Nous voyons bien cela dans la liturgie, où les mots "miserere mei", "miserere nobis" ou leur équivalent "Kyrie, eleison !" sont souvent répétés.

Gratuite ou pas ? Cela dépend de ce que vous comprenez exactement par "miséricorde". Les aides ponctuelles et temporaires de Dieu, qu'on appelle "grâces actuelles" sont gratuites. Chrétiens ou païens, justes ou pécheurs, baptisés ou apostats, tous peuvent recevoir et reçoivent ces aides de Dieu. Ces aides sont gratuites, dans le sens qu'elles précèdent leur résultat. Je désire aller demain à la Messe avant que je me mette en route. Je sens un impulse de donner une aumône avant que je mette la main dans la poche. Pourtant, notons bien que, même si ces dons de Dieu se manifestent à tous, elle ne se manifestent pas à la même quantité à tous. L'être humain (tout comme l'être angélique) est libre, dans le sens qu'il est une existence qui a, de par sa nature, la capabilité de s'opposer à Dieu. Nous sommes libres de refuser ces dons gratuits. Qu'est-ce qui se passe si nous refusons ces grâces actuelles ? Qu'est-ce qui se passe si demain je n'ai pas envie d'aller à la Messe, si je tourne le dos à ce sale mendiant, si je ne veux pas jeûner, si je n'aide pas ce confrère en détresse ? Eh bien, l'Esprit Saint n'est pas comme moi. Moi, si quelqu'un me refuse un don gratuit, celui-là est mon ennemi pour tout le reste de sa vie. Dieu n'est pas comme ça et on voit sous cet aspect aussi sa grande miséricorde. Un jour il me donnera encore une grâce actuelle, comme s'il me demanderait : "Allons, pas même maintenant tu ne veux pas ?" Néanmoins, il le fera de plus en plus rarement, au fur et à mesure que je le refuse. Par contre, qu'est-ce qui va se passer si je suis l'Esprit Saint dans Sa démarche ? Je vais recevoir encore des grâces, en abondance au fur et à mesure de mon ouverture à Lui. Lors de la Passion de Notre Seigneur, quand il montait sur le Calvaire, il est tombé sous le faix de sa Croix. Alors, les soldats romains, voyant qu'il ne peut plus avancer, somment un passant de prendre la croix sur ses épaules pour aider Jésus à monter. Il s'appelait Simon. Cet infortuné n'était pas un croyant (du moins le Livre n'en parle pas jusqu'à ce moment). Simplement il était de passage par là, il revenait de son travail, probablement il était fatigué. Un simple quelqu'un, un gens lambda, de la cohue présente sur les lieux, mais voilà : ces maudits soldats le réquisitionnent, la poisse tombe sur lui. Quelle fut la suite ? Selon la Tradition, ce Simon a reçu le baptême. Ses fils sont devenus des membres proéminents de la communauté chrétienne.

Si on a vu que les grâces actuelles, c'est à dire les aides que Dieu nous donne pour avancer vers lui sont gratuites, quid de la Grâce Sanctifiante ? Finalement, c'est quoi cette Grâce Sanctifiante ? C'est, pour l'âme, ce que l'air est pour le corps. C'est la restauration de l'homme dans son état originel. Bien évidement, c'est toujours un don de Dieu, cette fois un don à intention définitive (chose qui ne veut pas dire qu'on ne peut pas la perdre pendant que nous sommes pèlerins sur cette terre). Mais ce don immense, est-il gratuit ? Eh bien, cela dépend de ce qu'on comprend exactement par "gratuit". Pour l'obtenir et (surtout !) pour qu'il soit définitif il y a des conditions à remplir, il y a des cases à cocher. La Foi et les Sacrements sont indispensables. Puis, pour que la Grace Sanctifiante reste en nous, il faut obéir aux commandements de Dieu. Même baptisés et même croyant en Dieu Créateur et en la jolie histoire de Jésus Christ, si nous menons notre vie comme si Dieu n'existait pas nous perdrons ce don. Un péché mortel est un truc qui nous empêche de vivre. L'air est un don de la nature pour lequel on ne paye rien, mais ce don devient inutile si nous ne voulons pas respirer. Cela dit : gratuit ou pas ? Gratuit, si on a en vue la valeur infinie de ce don par rapport à ce qu'il nous est demandé pour l'obtenir. Si ma banque me fait un cadeau d'un million d'euro sous condition que j'investisse dix euro, j'ose affirmer que ma banque me fait un don gratuit. Mais vous savez une chose ? Moi, je ne mets pas mon espérance en la miséricorde de ma banque. Je la mets en la miséricorde de Dieu.

Un dernier mot, pour le cas ou votre question sur l'Église d'avant Vatican-2 se réfère non pas à la notion théologique de miséricorde divine, mais à la Fête de la Miséricorde Divine. Cette fête date de bien après ce Concile et elle est en rapport avec une religieuse polonaise du début du XX-ème siècle, appelée Faustina Kovalska, qui aurait eu des visions, y compris une dans laquelle Jésus se montre tenant sa main au niveau du coeur d'où deux rayons, l'un rouge, l'autre jaune émergent vers le sol. Dans ces visions, Jésus lui aurait commandé de peindre l'image qu'elle a vue et de transmettre son désir qu'une fête soit instituée. En googlant "Misericorde Divine" vous verrez cette image, elle est bien connue dans la nouvelle iconographie. Avant le Concile, dans les années '50, le Saint Office a analysé le dossier de ces apparitions et a manifesté son opposition. Pourtant, la cause de cette candidate à la sainteté a trouvé, plus tard, dans les années '60; un appui chez un évêque polonais qui s'appelait Karol Vojtyla. Devenu pape Jean-Paul II, cet ancien évêque de Cracovie a annulé l'opposition, puis a béatifié, ensuite canonisé soeur Faustina Kovalska et a institué le Fête de la Miséricorde Divine le Dimanche d'après Pâques. Jusqu'alors, ce Dimanche était appelé (et est encore appelé de nos jours par les tradis) Dimanche in albis ( = en blanc), en rapport avec une coutume concernant le vêtement blanc des nouveaux baptisés, ou bien Dimanche de Quasimodo, d'après les premiers mots de l'Introït (=rubrique de la Messe, elle-même disparue, à ce que je sache, du nouveau Missel). Pour les catholiques de rite byzantin, ce Dimanche s'appelle Dimanche de Thomas.

En espérant que ça clarifie,
A.
Dernière modification par Altior le dim. 12 mai 2024, 8:00, modifié 4 fois.

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