Que peut-on comprendre de Moïse dans l'histoire des Pharaons transférés au Caire ?

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Xavi
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Que peut-on comprendre de Moïse dans l'histoire des Pharaons transférés au Caire ?

Message non lu par Xavi » lun. 05 avr. 2021, 18:22

Impossible de détailler ici toutes les hypothèses et controverses suscitées par les liens historiques qui ont pu exister entre les récits bibliques concernant Moïse et les pharaons historiques, ni les innombrables incertitudes concernant tant les dates exactes de ces pharaons que la date de la sortie d’Égypte.

Le spectaculaire déplacement de 22 momies, dont celles de la reine-pharaon Hatchepsout, du pharaon Thoutmosis III et du pharaon Amenhotep II, évoque les liens que ces souverains d’Égypte ont pu avoir avec Moïse et, peut-être, avec le mystère de sa sépulture restée inconnue (Dt 34, 6).

Les images de ce transfert du 3 avril 2021 sont hollywoodiennes ! :
https://www.youtube.com/watch?v=lKzlYNTrz74

Quelle mise à l’honneur et quelle revanche cependant pour la reine-pharaon Hatchepsout, possible mère adoptive de Moïse, dont le corps fut rejeté sans sarcophage et à même le sol dans un obscur tombeau très probablement par son neveu et successeur Thoutmosis III pour asseoir sa succession. Le corps de cette reine-pharaon fut d'abord retrouvé comme simple momie anonyme en 1903 puis identifié seulement en 2007.

Les déplacements de corps constatés durant l’antiquité égyptienne confirment qu’il était de tradition que l’héritier du trône assure sa légitimité de successeur en procédant aux funérailles de son prédécesseur, au besoin en les recommençant.

Ainsi, Hatchepsout (née vers 1508 ACN et décédée vers 1457 ACN), veuve de son propre frère Thoutmosis II (décédé vers 1479 ACN et qui est mort sans fils légitime car son seul fils Thoutmosis III était issu d’une concubine ou épouse secondaire nommée Iset), a prétendu hériter du trône en sa qualité de fille de Thoutmosis Ier (décédé vers 1493 ACN) pour lequel elle a construit un nouveau tombeau.

Pour y parvenir, il lui a fallu rejeter la loi salique réservant le trône aux mâles, non seulement pour assurer sa propre royauté pharaonique mais aussi celle de son unique enfant qui était une fille nommée Néférouré, par priorité sur l'enfant Thoutmosis III que son mari avait eu d'une autre femme.

Hélas, cette jeune fille est décédée jeune et les dernières analyses de la dépouille d’Hatchepsout indiquent qu’elle est elle-même morte à l’âge de 50 ans d’un cancer des os.

À son décès, Thoutmosis III s’est emparé du trône occupé par sa belle-mère et a écarté sa dépouille de la mortuaire des pharaons, malgré la salle qu’elle avait préparée à cet effet tant pour elle-même que pour son père Thoutmosis Ier.

Du point de vue biblique, on peut observer plusieurs concordances possibles.

On peut envisager l’hypothèse que l’exode s’est produit 480 ans (cf. 1 R 6, 1) avant l’achèvement du temple de Salomon en 947 avant Jésus-Christ, soit vers 1427 ACN. Ce serait le pharaon Thoutmosis III qui aurait poursuivi Moïse et les Hébreux jusqu'à la mer rouge.

Mais, la chronologie des pharaons reste incertaine et, à cette époque approximative, il s’agissait peut-être de son successeur Amenhotep II.

Si on retient aussi l’hypothèse que, pour le récit particulier de la vie de Moïse (comme pour les récits de la Genèse concernant Abraham, Isaac et Jacob), c’est encore le mode sumérien de calcul des années en vigueur à Ur, ville d’origine d’Abraham, qui est utilisé, soit des années de six mois, Moïse avait 40 ans (80 années sumériennes) au moment de l’exode en 1427 ACN et il avait 60 ans (120 années sumériennes) à sa mort survenue en 1407 ACN, alors que « sa vue n’avait pas baissé, sa vitalité n’avait pas diminué » (Dt 34, 7).

Lorsque Moïse naît en 1467, Hatchepsout a 41 ans et est pharaon d’Égypte depuis la mort de son mari pharaon Thoutmosis II en 1479.

En rejetant la loi salique réservant la succession aux descendants mâles, Hatchepsout, qui ne pouvait prétendre au trône en sa qualité de veuve, était héritière en sa qualité de fille du pharaon précédent Thoutmosis Ier et assurait en outre le trône à sa fille Néférouré, par priorité sur Thoutmosis III, issu d’une concubine (ou épouse secondaire) et Hatchepsout était en situation de rivalité avec ce jeune Thoutmosis III dont elle était la belle-mère et la régente.

Est-ce sa fille Néférouré qui aurait recueilli l’enfant Moïse à qui un nom royal a été donné en le nommant « Mosis » (comme les pharaons Thoutmosis Ier et II, grand-père et père de la petite Néférouré) (cf. Ex 2, 1-10) ?

Compte tenu des partisans de la loi salique, Hatchepsout avait un intérêt à adopter un tel descendant mâle pour assurer sa succession.

Mais, Néférouré mourra jeune et Hatchepsout mourra en 1457 ACN. Dans ces conditions, c’est Thoutmosis III qui devient Pharaon. Mais, en tant que fils adoptif de Hatchepsout, Moïse gardait un statut de prince royal et de possible rival.

Pour assurer sa légitimité et écarter les droits du fils adoptif de Hatchepsout, Thoutmosis III a dû nier la loi salique invoquée par Hatchepsout et donc sa légitimité pour pouvoir se prévaloir du fait qu'il était le seul héritier mâle des pharaons Thoutmosis Ier et II. Il aurait, dès lors, éloigné la dépouille de Hatchepsout de la mortuaire des pharaons.

À la mort de Thoutmosis III, son fils Amenhotep II (dont la dépouille a aussi été transférée cette semaine) est devenu pharaon.

Sa légitimité a pu être contestée par Moïse ou par certains de ses partisans.

Aussi, à la mort de Moïse, le Pharaon, qui ne tenait sa légitimité qu’en sa qualité de descendant masculin de Thoutmosis III et selon la loi salique qu’Hatchepsout avait écartée, avait un intérêt à éviter qu’un successeur de Moïse se lève en organisant ses funérailles et en lui assurant une sépulture puisqu’il s’agissait de la modalité par laquelle un héritier reprenait le pouvoir d’un pharaon égyptien.

De manière mystérieuse, le livre du Deutéronome a été achevé par un autre que Moïse par un récit qui raconte sa mort près du Mont Nebo à l’est du Jourdain et son inhumation en face de Beth-Péor, mais avec l’indication que « personne ne sait où se trouve son tombeau » (Dt 34, 6).

Pourquoi ?

La dépouille de Moïse aurait-elle été transportée en Égypte en sa qualité de prince royal pour y être inhumée dans le tombeau de sa famille adoptive ? Amenhotep II pouvait y avoir un intérêt pour éviter qu’un successeur de ce prince royal ne s’empare de son pouvoir en organisant ses funérailles selon la tradition égyptienne.

Mais, dans ce cas, il était impossible pour les Hébreux d’aller honorer cette dépouille chez leurs ennemis païens et idolâtres. Cela ne pouvait subsister dans la mémoire du peuple élu.

Ce n’est qu’une hypothèse, mais je la partage volontiers pour les amateurs d’histoire au moment où l’actualité évoque les pharaons de cette époque.

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