Divinité de Jésus dans l'Évangile selon Saint-Luc

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gerardh
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Re: Divinité de Jésus dans l'Évangile selon Saint-Luc

Message non lu par gerardh » mer. 18 nov. 2020, 17:21

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Invité, vous écrivez :
La foi proclamée par l'Eglise catholique est largement héritée des travaux de plusieurs de ces Pères. Et cet héritage, à la lumière de notre siècle, peut soulever des remises en question sur certains aspects de la foi. Je pense particulièrement à la doctrine du péché originel qui divise aujourd'hui jusque dans les rangs ecclésiastiques. En atteste la position très tranchée du père Michel Salamolard qui prône la rupture, par exemple. Et qui n'est point seul.
Je m’étonne que l’on puisse remettre en cause certains aspects de la foi, à moins qu’ils n’aient été erronés au départ.

La question du péché originel est traitée très clairement en Romains 5 :12-21.
Pour ce qui concerne le sujet de ce fil, je suis moi-même forcé de constater que le Nouveau Testament ne présente pas une christologie unitaire. Nous sommes en présence de deux fois : l'une qui proclame la divinité pleine et entière de Jésus, l'autre non. La lecture globale de l'Évangile selon Saint-Luc et des Actes des Apôtres atteste de la réalité de cette deuxième perspective, selon moi. Difficile à accepter certes. On ne peut pas omettre non plus certains écrits de Saint-Paul, le commencement de la lettre aux Romains est sans appel, par exemple.
Je ne suis pas d’accord. La Bible est totalement cohérente puisqu’inspirée par Dieu. Mais certains livres traitent de thèmes qui peuvent ne pas être repris dans d’autres livres.
Si la proclamation de la foi trinitaire est une évidence par la formule baptismale en clôture de l'Évangile de Saint-Matthieu, elle est néanmoins absente des Actes des Apôtres qui forment pourtant le cœur de l'histoire de la naissance de l'Église. Or, nous voyons que les Apôtres et Paul baptisent au nom de Jésus-Christ. Faut-il y voir une tradition parallèle ? Aucune idée. Toujours est-il que la conception trinitaire, très largement développée chez Saint-Jean, s'est rapidement imposée dans l'Église et figure déjà dans le Didaché, l'un des plus anciens écrits chrétiens.
On pourrait recommander de baptiser à la fois au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et au nom du Seigneur Jésus. En effet, n’attachons de l’importance à la formule que dans la mesure où elle exprime la vérité. Or on peut penser que toute personne baptisée correctement est en réalité baptisée pour le Seigneur Jésus, et au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.
Alors, Jésus est-il Dieu ? Oui selon l'enseignement de l'Église. Mais à partir de mes lectures bibliques et de l'évidence de la coexistence de plusieurs traditions, je répondrai par une non-réponse : je ne sais pas. En tout cas, à ce stade.
Il est clair que l’expression « Dieu le Fils » n’est pas scripturaire. Mais elle tombe sous le sens. En tout cas il y a suffisamment de passages qui indiquent que Jésus est Dieu, pour que votre foi et votre conscience soient éclairées.

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Barbarus
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Re: Divinité de Jésus dans l'Évangile selon Saint-Luc

Message non lu par Invité » mer. 18 nov. 2020, 23:47

Bonsoir Cmoi,

Être catéchumène n'implique pas nécessairement se situer dans une phase de découverte de la foi chrétienne. Me concernant, il est plutôt la suite d'un cheminement entamé depuis près de dix ans au moyen de la Bible. Combien de Catholiques ai-je pu rencontrer, certains investis dans la vie de la paroisse, peu familiarisés avec l'Ecriture. En toute modestie, je suis dans l'approfondissement, pas dans la découverte. Oui, il est des catéchumènes qui ont longtemps cheminé avant de pousser la porte du presbytère. Car se faire baptiser sans trop savoir à quoi croire ne fait pas partie de mon état d'esprit.

Je vous rejoins totalement sur le fait que la foi n'est pas de scruter les Ecritures mais la rencontre avec Jésus et Dieu par le moyen de l'Ecriture. Une rencontre qui transforme nos vies et nous donne de vivre une relation vivante avec Dieu et les hommes. C'est là ma principale difficulté car, plus que dans une foi vivante, je suis dans une foi intellectuelle. Beaucoup plus intéressé par réaliser un travail d'exégèse, de décortiquer la Bible pour trouver les réponses à mes questions que de le faire par la prière. Et c'est ainsi que les questions surgissent, les doutes se multiplient et que la foi régresse. Car je pense pouvoir dire que, paradoxalement, plus ma connaissance de l'Ecriture grandit, plus ma foi vacille. Il m'est en effet beaucoup plus difficile d'adhérer aujourd'hui à l'enseignement "officiel" qu'au début de mon parcours.

Je me méfie de la charité et autres chemins chrétiens que vous prônez car par ma petite expérience, ce ne sont pas les plus pratiquants les plus chrétiens dans leur relation aux autres. Combien de non-croyants (ou indifférents dirons-nous) font preuve d'une charité et de valeurs beaucoup plus inspirée de l'exemple du Christ, sans même le savoir. Sûrement cette loi naturelle dont parle Saint Paul.

Je crois qu'à la finale, chacun fait en fonction de ses besoins spirituels. Certains ont besoin de beaucoup prier, d'autres peu. Certains vivent leur foi en ouvrant tout leur coeur, d'autres en l'intellectualisant. Oui, tout le monde n'a pas le même "degré" de foi ni la même manière de la vivre. Mais certains vont aussi être assidus à la prière et à la messe dominicale en oubliant les autres ou aimant beaucoup trop leur argent... Ça existe et c'est loin d'être marginal.

Dans ma grande rationalité, vous me parlez du dogme de l'Immaculée Conception pour convaincre que l'Eglise s'est construite sous la conduite de l'Esprit-Saint. Ce à quoi j'objecte que la lumière de la raison, conjuguée à un minimum de connaissance de théologie biblique permet de l'atteindre. ll est pleinement accessible à travers le récit de l'Annonciation de chez Saint Luc. La foi catholique ne repose selon moi pas sur des révélations mais sur l'Ecriture et ses interprétations. Elle n'invente rien, elle fait parler l'Ecriture si je puis dire. Les auteurs sacrés, inspirés par l'Esprit-Saint, ont couché leurs récits sur papier, l'Eglise par ses Pères les ont interprétés. Vous voyez l'action de l'Esprit-Saint dans ce processus d'interprétation, j'y vois un travail de réflexion.

Que les choses soient dites par ailleurs: je ne rejette pas l'Evangile selon Saint Jean, ni même n'érige les synoptiques au-dessus. Je vous rejoins totalement sur le fait que la foi chrétienne ne peut être définie qu'à partir de l'ensemble des Ecritures. Ce n'est pas en accordant la primauté à un Évangile qu'on arriverait à raisonner en vérité, ni à partir de quelques versets pris isolément. Cela n'a absolument aucun sens ! Si je définissais ma foi que par rapport à Saint-Luc, je serais un crétin (et non un chrétien ;)) !

Je constate juste une nouvelle fois, qu'à ce stade de ma réflexion, les Évangiles de Luc et Marc ne nous présentent objectivement pas le Fils de Dieu comme étant Dieu le Fils, contrairement au quatrième Évangile où le Fils de Dieu est Dieu le Fils. A partir de ce constat, ma foi très (trop) intellectuelle en est évidemment ébranlée et en quête de réponses. Mais ce sera à moi de les trouver.

Je suis en tout cas admiratif que des Catholiques connaissant bien les Ecritures et ayant à l'Esprit ce que le catéchumène que je suis est capable de constater, parviennent à professer de tout leur coeur la foi trinitaire. J'espère que j'y reviendrai une fois mes doutes dissipés car elle est quand même plus belle !

cmoi
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Re: Divinité de Jésus dans l'Évangile selon Saint-Luc

Message non lu par cmoi » jeu. 19 nov. 2020, 6:12

Je me réjouis de voir le dialogue se poursuivre entre nous, qui chaque fois me permet de mieux vous connaître.
Ne croyez pas que je vous « attaque » par plaisir, il y a plein de choses dans vos propos que je pourrai louer, dès le départ, mais je ne crois pas que ce soit ce que vous cherchez et cela n’aurait pas d’intérêt.

J’ai envie de vous demander, car vous l’avez évoqué : quelles sont donc vos questions ?
Envie de vous dire : cessez toute comparaison, cela vous nuit et à vous seul. Il vous a sans doute été plus donné qu’à d’autres, donc il vous en est demandé plus. D’autres ont sans doute aussi reçu plus que vous, mais dans d’autres domaines.

Je vais refuser (ou plutôt dépasser, sans rejeter) votre distinction entre foi vivante et intellectuelle, et poserai plutôt que la vôtre concerne le premier commandement touchant Dieu, tandis qu’il est un premier commandement équivalent et qui touche le prochain. Ce n’est pas que des mots : « quand deux sont ensemble en mon Nom, je suis au milieu d’eux ». Il y a une transmission de la grâce qui s’opère, là, que vous excluez et c’est très dommageable. Si chacun a une façon personnelle de vivre sa foi en fonction de ses talents, il n’empêche que la foi est un tout qui est le même pour tous. Non, il n’y a pas que l’écriture, il y a aussi une foi vivante et pour vous aussi. Sans quoi vous n’auriez pas de questions…, sans quoi vos lectures les résoudraient...

Je vais aussi refuser ce que vous dites des pratiquants, car si, ce sont eux les plus chrétiens. Mas pas ceux qui correspondent à la définition mondaine qu’on en a faite et dont vous vous faites l’écho. Ceux-là sont ceux qui vivent selon les apparences, comme l’évoquent les évangiles. Il faut les dépasser. La vraie pratique, c’est autre chose, et je suis sûr que vous me comprendrez er serez d’accord avec moi. C’est important de repartir avec les bonnes définitions, et non celles que le péché et l’hypocrisie ont posées et instituées.

Je maintiens donc que vous êtes dans une phase de découverte, certes pas à l’égard de l’écriture, et que même vous n’imaginez pas ce que vous avez à découvrir. Oubliez les « demi-chrétiens »….

Concernant l’Immaculée Conception, je suis preneur et j’attends votre démonstration « rationnelle », nous allons inverser les rôles, car pour ma part, non, cela n’est pas une interprétation logique exclusive de l’annonciation, et je me fais fort de vous contrer…

Du coup cela nous reconduit aux divisions. Vous avez-vous-même reconnu, c’est à votre crédit, que d’après Jean, oui, Jésus est bien Dieu le fils, sans aucune équivoque. Donc vous devez comprendre que ceux qui le nient ne puissent appartenir à l’Eglise. Et reconnaitre que ce n’est pas une question de « pensée personnelle » : quand un texte dit quelque chose, en refuser le sens ne relève pas de la pensée, mais d’une non adhésion qui relève de la foi – ou de son absence.
La prière consiste à demander à Dieu de nous la donner ou nous l’accroître, car certaines choses dépassent nos capacités. Ne pas y recourir et « attendre que cela vienne » selon le degré de désir et la chaleur de nos intentions, constitue une sorte de demande aussi ou d’acte de foi, mais il ne faudra pas vous plaindre si cela met plus de temps !

En langage « naturel », nous dirions qu’il s’agit d’une tournure d‘esprit, un peu comme ces tableaux où l’on peut voir 2 choses très différentes, jamais les 2 à la fois, selon le regard et malgré soi - sauf quand on les connaît et qu’on en recherche une : à force, on la voit.
Il y a donc une différence entre des avis différents, et des avis déviants qui décident de ne pas croire ce qui est offert. Certes, le texte est le même, mais ils ne font plus de la théologie et dans ce cas, il est normal de les exclure (hérésie, etc.) Si cela peut se manifester par des raisonnements, au départ, ce n’est pas une question de raison.
Même un roman, chacun le lit en fonction de son expérience et comprend des choses différentes, alors encore plus un essai philosophique, encore plus la parole de Dieu. Et cette diversité est une richesse, pourvu de la croire et de la prendre dans sa vérité. Cela dépasse la question des différents niveaux de lecture, littéral, symbolique, spirituel, etc.

Pour en revenir au sujet de départ enfin (je me calque sur votre message), il serait bon que vous déterminiez quels attributs sont pour vous réservés à Dieu. Car je vois mal comment vous pourriez nier que dans Luc, à différentes occasions, Jésus s’en est attribué un certain nombre et donc je suppose que vous considérez qu’ils ne relèvent pas d’une exclusivité divine. J’ai pensé qu’un tour d’horizon de votre « position » était plus profitable que de creuser ce point spécifique, mais puisque c’était votre désir de départ, si vous souhaitez qu’on s’y consacre maintenant exclusivement et en attendant de poursuivre autrement d’autres sujets, nous pouvons le faire…
Cela fait déjà pas mal de sujets : celui-là, celui sur l’Immaculée Conception, celui sur l’égalité des 2 « premiers » commandements ex-æquo, celui de la vraie pratique chrétienne (« en esprit et en vérité »), celui de vos questions, et j’en oublie sûrement…
Lesquels vous sont prioritaires ? A vous d’en décider.

Mais par pitié, si vous ouvrez un fil dédié à l'un ou l'autre de ces sujets, ne le faites pas dans "le christianisme pour les nuls", j'ai horreur de cette impression de censure et je dois "prendre sur moi" à chaque fois ...

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Re: Divinité de Jésus dans l'Évangile selon Saint-Luc

Message non lu par mpijery » jeu. 19 nov. 2020, 8:52

Pour moi c'est évident: Jesus-Christ est le Fils unique de Dieu. Pourquoi ne pourrait-il pas être considéré comme Dieu? Il ne l'a pas créé comme nous ou les anges.

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Re: Divinité de Jésus dans l'Évangile selon Saint-Luc

Message non lu par Altior » jeu. 19 nov. 2020, 13:39

Invité a écrit :
mer. 18 nov. 2020, 23:47

Je constate juste une nouvelle fois, qu'à ce stade de ma réflexion, les Évangiles de Luc et Marc ne nous présentent objectivement pas le Fils de Dieu comme étant Dieu le Fils,
Donc, Jésus Christ est le Fils de Dieu.
au quatrième Évangile où le Fils de Dieu est Dieu le Fils.
Donc, Jésus Christ est Dieu le Fils.

Invité, j'ai l'impression que votre difficulté n'est pas tant d'ordre théologique, mais plutôt d'ordre logique. Notons A et B deux sources de confiance.
Soit:
A affirme la proposition p1 et ne nie pas la proposition p2.
B affirme la proposition p2 et ne nie pas la proposition p1.

Alors p1 et p2 sont vraies.

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Re: Divinité de Jésus dans l'Évangile selon Saint-Luc

Message non lu par Trinité » jeu. 19 nov. 2020, 14:02

Que serait Jésus s'il n'était pas le fils de Dieu ou Dieu le fils...(pour moi,c'est la même chose...) ?
Un homme venu sur terre, dispensé un beau message d'Amour... !
Mais voilà ! Il est ressuscité , et sa divinité devient incontournable... ;)

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Xavi
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Re: Divinité de Jésus dans l'Évangile selon Saint-Luc

Message non lu par Xavi » dim. 27 déc. 2020, 14:32

Bonjour Invité,

Désolé que vous ayez dû reposer plusieurs fois votre question initiale sans avoir l’impression d’être compris.

Personnellement, je n’avais guère suivi ce fil.

Invité a écrit :
dim. 08 nov. 2020, 20:12
Il ne me semble malheureusement pas que l'Évangile de Saint-Luc et les Actes des Apôtres enseignent que le Fils de Dieu soit Dieu le Fils, contrairement à Saint-Jean et certaines lettres de Paul. J'ai lu cet Évangile pendant des années sans rien remettre en question mais très récemment, à ma grande tristesse, c'est la position à laquelle je suis parvenu.
Il me semble pourtant que vous avez raison. St Luc est encore loin d’affirmer clairement la divinité de cet homme qu’avait été Jésus de Nazareth, comme le feront St Paul et St Jean.

Comme tous les textes de la Bible, ils sont écrits par des hommes, selon leurs pensées humaines dans le contexte qui était le leur, ce qui n’empêche pas de les croire inspirés et d’y comprendre, par une relecture de l'Église, un sens et une révélation bien au-delà de ce que l’auteur humain de chaque écrit biblique pouvait considérer.

Est-ce « malheureusement » ou une « grande tristesse » qu’il en est ainsi ? Pourquoi penser cela ? Il me semble que c’est, au contraire, heureusement qu’en tout, nous pouvons croire que Dieu vient rejoindre l’humain tel qu’il est, quelle que soit son époque, son contexte et les faiblesses, voire les égarements des connaissances.

La circonstance que bien des aspects de la révélation ne se sont précisés et éclaircis qu’au rythme des possibilités humaines des générations qui se sont succédées, me semble cohérent avec ce qui a toujours été depuis la Création.

Dieu ne s’impose pas d’emblée en pleine lumière ni par l’intermédiaire d’humains qui auraient tout bien compris. Il nous accompagne sur notre route.

Nous avançons tous dans un certain brouillard ou, comme le dit St Paul, en ne voyant qu’à travers un voile.

Mais, je n’irais pas jusqu’à attribuer à St Luc ou à St Pierre une « distinction nette » que nous ne pouvons imaginer que parce qu’aujourd’hui, l’Église a pu développer de multiples précisions en 2.000 ans.

Invité a écrit :
dim. 08 nov. 2020, 20:12
Les Actes nous enseignent en effet que Dieu a ressuscité Jésus, Dieu l'a élevé, Dieu l'a fait asseoir à sa droite, Dieu lui a remis le règne sur toutes choses en l'établissant Seigneur, Dieu lui a remis l'Esprit-Saint qu'il envoie ensuite aux apôtres. Étienne lui-même contemple Dieu et Jésus siégeant à sa droite. Nous avons Dieu, nous avons l'homme Jésus.
Oui, vous pouvez le voir comme cela.

Il a fallu un fameux cheminement depuis la question posée par Jésus : « Pour vous, qui suis-je ? ».

Rien ne vous oblige à attribuer aux apôtres, aux premiers évangélistes ou aux premiers chrétiens, une foi déjà intellectuellement claire en la divinité éternelle de Jésus et en la Trinité avant l’époque de St Paul et l’évangile de St Jean.

La résurrection du Christ et le don de l’Esprit Saint le jour de la Pentecôte ne sont pas des événements magiques qui auraient soudainement fait surgir une compréhension théologique parfaite d’un seul coup, un peu comme certains imaginent la création physique d’Adam d’un seul coup.

Les apôtres étaient des humains avec les pensées et les conceptions théologiques de leur époque. Jésus de Nazareth, tous les miracles de sa vie, sa résurrection et le don de l’Esprit Saint ont bouleversé les apôtres avec des éclairs de lumière (comme le cri de Pierre : « Tu es le fils du Dieu vivant »), mais, hier comme aujourd’hui, l’Esprit Saint ne détruit pas la compréhension intellectuelle des humains mais se révèle à travers elle et avec elle. À son rythme humain.

Invité a écrit :
dim. 08 nov. 2020, 20:12
Ainsi, le terme Seigneur, s'il peut traduire un caractère divin, est employé chez Saint-Luc dans une dimension purement royale
Pourquoi toujours ces mots radicaux comme, ici, « purement » ? Il me semble que la réalité est plus nuancée comme le montre précisément l’emploi du terme « Seigneur » en ce qu’il peut « traduire un caractère divin ». Une dimension royale, certes, mais aussi l’expression floue d’une ambiguïté qui signifie l’intuition d’un « plus » encore impossible à préciser.

Le tableau que dresse St Luc, et que vous résumez, est déjà impressionnant :
Invité a écrit :
dim. 08 nov. 2020, 20:12
Selon ma compréhension de la théologie de Saint-Luc, Jésus est le Christ (le Sauveur annoncé) et le Seigneur (le Roi qui règne sur Israël et l'univers)…

Dieu a établi Jésus Seigneur et lui a donné de régner, l'élevant au dessus de tout ce qui peut exister. Tout lui est soumis par la volonté de Dieu, son Père. Ainsi s'accomplit pleinement la prophétie de Daniel concernant le Fils de l'homme (appellation que Jésus reprend volontiers à son compte), cet homme qui reçoit de Dieu le règne et la gloire.

Ceci étant dit, le Fils de Dieu ne devient pas Seigneur par la résurrection, il l'est déjà dès sa naissance. Ainsi l'annonce de l'ange aux bergers qui peuvent annoncer la bonne nouvelle de la naissance du Christ, du Seigneur. Pas encore entré dans sa gloire certes, mais Seigneur dans une condition de serviteur (il n'est pas venu pour être servi mais servir nous dit-il).

Le Fils de Dieu qui a tout reçu du Père (Dieu) peut donc pardonner les péchés, chasser les démons qui lui sont soumis (et le reconnaissent comme Fils de Dieu), enseigner avec autorité, contrôler les éléments naturels, etc.
C’est déjà énorme !

Faut-il, pour autant ajouter une négation, à un moment où St Luc peut encore être rempli de questions et de perplexité ?
Invité a écrit :
dim. 08 nov. 2020, 20:12
Non comme Dieu mais comme son Fils.
Ici, il me semble que vous allez plus loin que le texte et que la réalité connue. N’est-il pas plus juste et plus probable que, dans la réalité historique, le mystère et la perplexité étaient tels qu’il serait artificiel de prétendre que St Luc ou d’autres auraient réfléchi longuement dans leur chambre pour conclure intellectuellement « Non comme Dieu ».

Cela peut être confortable à penser, mais n’est-il pas, au moins, aussi vraisemblable et même probable que les apôtres étaient trop profondément bouleversés par les faits vécus pour pouvoir éclaircir une aussi « incroyable » réalité que celle qui sera révélée plus clairement par St Paul et St Jean ?

Pourquoi penser qu’il faut un cheminement pendant des siècles pour des mystères de la foi comme la Trinité, l’Immaculée Conception, l’Assomption et même la création de l’humanité, mais qu’un tel cheminement n’aurait pas été nécessaire pour St Luc en ce qui concerne la divinité du Christ ?

C’était loin d’être évident !

Invité a écrit :
mar. 10 nov. 2020, 12:13
Kerygme a écrit :
mar. 10 nov. 2020, 11:11
Parce que contrairement aux prophètes qui invoquent, qui en appellent à la puissance divine pour effectuer des miracles (Moise par son bâton, Elie qui revivifie laborieusement le fils de la veuve ...), Jésus dispose de l'autorité et de la puissance pour les faire par lui-même.
Lors de la tempête il ordonne aux éléments, à Lazare il ordonne de se lever et de sortir ... Les miracles sont la prérogative de Dieu, si Jésus dispose de cette puissance par lui-même voilà qui plaide encore en faveur de sa divinité puisque les miracles sont la prérogative de Dieu.

La puissance et l'autorité ont été remises par le Père à son Fils. En conséquence, il a le pouvoir de réaliser des miracles sans devoir invoquer la puissance divine.

Parce que Dieu donne au Fils l'Esprit sans commune mesure, Jésus peut réaliser des œuvres. C'est donc le Père qui rend le Fils participant à sa divinité et non le Fils qui agit en sa propre qualité comme s'il était Dieu par essence. C'est en tout cas la conclusion que je retire de l'Évangile selon Saint-Luc et des Actes.
On peut certes penser, comme l’écrit Kerygme, qu’en ce qui concerne les miracles, « Jésus dispose de l'autorité et de la puissance pour les faire par lui-même. ». Mais, il me semble qu'en réalité, il n'a pas voulu choisir sa propre puissance divine et « agir par lui-même » , mais a, au contraire, choisi de tout vivre comme un homme, y compris la mort. Jésus n’est pas Dieu déguisé en homme. Il est vraiment un homme, avec toutes les limites d’un homme comme nous, en tout semblable sauf le péché.

Jésus lui-même rappelle que, s’il fait des miracles, ce n’est jamais par sa propre autorité mais parce que le Père l’exauce toujours. Il ne me semble pas juste d’écrire que le Fils « agit en sa propre qualité ».

Jésus n’est pas un homme différent de nous avec de supers pouvoirs divins qui expliqueraient certains de ses actes indépendamment de son humanité. Certes, en tant que Dieu de toute éternité, tout était possible au Christ, mais le Christ a fait un autre choix, celui de se faire pleinement homme et de tout vivre comme tout homme. C’est toujours en priant le Père, par le Père et avec le Père, qu’il a agi en tous temps et pour chacune de ses actions.

Jésus nous a montré ainsi tout ce qu’un humain en communion avec le Père peut réaliser. Il nous révèle que si nous avions la foi comme un grain de sénevé, nous pourrions déplacer des montagnes et donc faire des miracles comme il en a fait. Il nous montre ce qu’était le premier Adam et ce qu’il pouvait réaliser sans le péché, sans sa séparation de l’amour de Dieu.

Invité a écrit :
mar. 10 nov. 2020, 12:13
Dieu révèle à Pierre que Jésus est Christ et Fils de Dieu. La profession de foi de Pierre, validée par Jésus ne consiste pas à affirmer "tu es Dieu le Fils", nuance…
Le chapitre 5 de l'Évangile de Saint-Jean déclare : "il disait que Dieu était son propre Père, et il se faisait ainsi l’égal de Dieu". L'égal ne signifie pas nécessairement qu'il l'était.
Certes, mais la foi catholique ne prétend pas que la vérité se trouve dans les textes « seuls ». Ils s’éclairent les uns par les autres. Ils se complètent les uns par les autres et par tout ce que l’Esprit inspire à l’Église.

L’Évangile de St Luc et le livre complémentaire des Actes des Apôtres du même auteur n’y échappent pas. Ils ne démontrent pas la divinité du Christ à eux seuls.

Si c’est cela la question, il me semble qu’elle se limite à une réflexion sur l’état personnel de la foi d’un auteur humain d’un texte biblique. Elle est celle d’un homme pécheur avec ses limites et ses faiblesses. Mais, c’est à travers et par elle que Dieu s’exprime.

Cependant, une fois encore, ici comme pour les livres de l’Ancien Testament, il y toujours une relecture chrétienne par et dans l’Église.

Invité a écrit :
mar. 10 nov. 2020, 12:13
La figure du Fils de Dieu a une dimension divine ainsi que je le souligne ci-dessus dans la mesure où le Père rend le Fils participant à sa divinité et que le Fils partage le mystère de la connaissance de Dieu.
Peut-être bien que St Luc ne pensait pas clairement davantage au moment où il a écrit son évangile ou les Actes des Apôtres, mais ce germe de foi ne s’est pas arrêté là.

Bien au contraire, l’Évangile de St Luc comme les Actes des Apôtres nous rendent un témoignage authentique de la découverte progressive de la réalité inouïe de l’incarnation. Dieu s’est fait homme. Vrai Dieu et vrai homme. Pleinement et indivisiblement.

Oui, comme au moment de la création d’Adam et Ève, par son incarnation, Dieu a uni l’incréé et le créé, l’éternel immortel et le mortel, et, se faisant homme Lui-même, il nous montre l’infinie dignité de ce que nous sommes puisque s’il est capable de partager notre vie d’humain et a pu dépasser la limite physique de la mort, c’est aussi une révélation que nous pouvons partager sa vie éternelle et franchir également la mort.

Et c’est ici le point essentiel pour notre foi.
Invité a écrit :
ven. 13 nov. 2020, 23:51
je persiste sur le fait qu'à travers ma compréhension du récit de l'évangéliste, à ce stade de ma réflexion, Fils de Dieu et Seigneur ne signifient pas Dieu le Fils ou, dit plus simplement, être Dieu. Jésus est "divinisé" par le Père et non en vertu d'une nature divine inhérente à sa personne.

Nous retrouvons bien le Père, le Fils et le Saint-Esprit mais non dans la même conception trinitaire professée par l'Eglise (et développée essentiellement à partir de Saint-Jean). Ici, et toujours selon ma compréhension :
Le Père (Dieu), le Fils de Dieu (Jésus, "divinisé" par Dieu, son Père), l'Esprit-Saint (Esprit de Dieu, qui procède de Dieu et que Dieu peut partager, Jésus en tant que Fils de Dieu l'ayant reçu en plénitude).
Vous exprimez ici une conclusion pour votre pensée actuelle.

Mais, vous savez certainement que la foi catholique c’est d’abord la conviction que le Christ incarné est ressuscité et est toujours vivant avec un corps bien concret rassemblé par Pierre et ses successeurs de sorte qu’un catholique peut comprendre qu’il n’est pas suffisant de s’arrêter à ses propres pensées et que la révélation ne se comprend pas et ne s’interprète pas « seul » (c’était déjà la tentation dans le jardin d’Eden), mais que tout texte biblique ne se comprend bien qu’en communion avec l’Église, corps du Christ, en laquelle Dieu se révèle.

Dans cette communion, le Christ se révèle pleinement comme étant le Fils éternel de Dieu, vrai Dieu et vrai homme. Dieu n’a pas divinisé un homme de Nazareth. C’est Lui-même qui s’est fait homme. Il est bien Dieu le Fils, Emmanuel, Dieu avec nous.

Invité a écrit :
mar. 17 nov. 2020, 22:11
la foi a été définie par des hommes à partir de leur interprétation des Écritures. Si les auteurs ont pu être inspirés par l'Esprit-Saint, la définition de la foi tient pour moi d'un processus de réflexion. Il n'est en ce sens guère étonnant qu'il ait fallu attendre le quatrième siècle pour voir émerger le credo, à l'issue de plusieurs centaines d'années de controverses. La foi s'est enrichie, a été mûrie, elle n'a pas été proclamée de la même manière dès les origines où l'Église catholique n'existait pas. Nous avions déjà des Églises avec leurs difficultés comme nous le voyons dans le Nouveau Testament. Si la résurrection du Christ est le socle commun, la théologie, la doctrine du salut, la compréhension de Dieu ou de Jésus a été l'objet de multiples débats dès les premiers siècles.

Il me paraît difficile de contester également le fait que les pères de l'Eglise étaient eux-mêmes influencés par l'environnement culturel dans lequel ils étaient enracinés et de leur époque. Leur interprétation est liée à leur manière de penser. Il en résulte une diversité en matière de théologie et de christologie, nous ne sommes aucunement dans une vision unifiée…

La foi proclamée par l'Eglise catholique est largement héritée des travaux de plusieurs de ces pères.
Tout cela est exact.

L’Évangile n’est pas une réalité abstraite plaquée artificiellement dans l’histoire. C’est une bonne nouvelle qui se vit et se découvre en Église avec des progrès au cœur d’obscurités.

Invité a écrit :
mer. 18 nov. 2020, 23:47
Les auteurs sacrés, inspirés par l'Esprit-Saint, ont couché leurs récits sur papier, l'Eglise par ses Pères les ont interprétés. Vous voyez l'action de l'Esprit-Saint dans ce processus d'interprétation, j'y vois un travail de réflexion.
Vous comprenez bien la différence essentielle et le point décisif où il vous appartient de croire ou non.

Si vous n’êtes pas convaincu que c’est bien l’Esprit Saint, personne hélas ne pourra vous aider utilement.

Mais, comme vous l’écrit Kérygme, dans l’un de ses messages, vous risquez de « baguenauder à l’envie », de vous noyer dans les innombrables interprétations individuelles possibles. N’en doutez pas, l’imagination de l’intelligence humaine et de ses capacités critiques est sans bornes.

Sans le corps du Christ qu’est Son Église et la foi que nous pouvons avoir dans l'authenticité de son enseignement, il est clair que nous serions perdus dans un océan de pensées diverses et contradictoires des innombrables individus que nous sommes.

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