Trancher et bousculer

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Re: Trancher et bousculer

par Anne » sam. 12 sept. 2009, 3:08

etienne lorant a écrit : pour commencer, j'ai pris mon repas de midi avec ma soeur - et nous nous sommes bien compris.
:clap: :clap: :clap:

Trancher et bousculer

par etienne lorant » ven. 11 sept. 2009, 17:41

Le désespéré va bientôt être libéré, il ne mourra pas dans la basse-fosse, il ne manquera plus de pain. (Isaïe 51:14)

J'ai écrit au cours de la journée d'hier que je suis décidé de "tout bousculer". Mon bref passage (trois jours) en clinique m'a en quelque sorte rappelé à "l'urgence" de me convertir - ce que je croyais avoir fait, mais rien ne sera fait jusqu'à la dernière seconde. Et donc, je me suis mis à balayer: pour commencer, j'ai pris mon repas de midi avec ma soeur - et nous nous sommes bien compris. Ensuite, en boutique, j'ai annulé les reprises de lots jusqu'au 21 septembre, car il ne me sert plus à rien d'accumuler du stock - encore douze caisse de livres de poche à trier chez moi: et le bouquin en format de poche, quel que soit l'auteur, ne se vend plus qu'un euro la pièce. Le fait de rompre avec l'acquisition (qui constitue la partie la plus intéressante du métier) m'oblige à me recentrer sur des questions plus essentielles. Car même lorsque l'on croit s'être dépouillé, détaché, cependant les quelques liens qui nous retiennent dans le monde (autrefois, on disait : "dans le siècle") ne font que serrer plus fort.

Dans la soirée d'hier, j'ai lu, dans le regard de mon voisin, José, soixante ans: la peur ! La peur de tout: le coût de l'électricité, du gaz, et la grippe, et les banques, etc. La propriétaire de la maison où il loge lui a confié qu'elle allait revendre trois immeubles. Du coup, il est venu me trouver tout paniqué : "et si j'étais dans le lot ?" Or, il est tout à fait clair que cette femme ne lui jouera jamais ce mauvais coup: ne l'avait-elle pas, en mars, pratiquement obligé d'accepter un jeune chiot en remplacement de son vieux chien, perdu en janvier ? Et ce dîner, en compagnie d'autres locataires, en juillet ? Et puis, quoi, enfin, tu as un bail, non ? Il est reparti... toujours déprimé, mais un peu soulagé.

Cependant, ce petit échange, entre deux portes, comme je rentrais de clinique, m'aura fait du bien. Parce que j'ai pu répondre, parce que j'ai trouvé les mots qui rassurent - et beaucoup plus encore: parce que je suis sorti de moi-même. Il faut rechercher ces grâces-là: de s'oublier soi-même dans le service d'autrui. "La chair ne sert de rien, les paroles que je vous ai dites sont esprit et vie". Le désespéré dont parle Isaïe, c'est celui qui n'a pas encore saisi que vraiment, d'ores-et-déjà, dès maintenant, il faut laisser "la chair" de côté. Il faut choisir et trancher entre la chair et l'esprit. Hâtons-nous car c'est la chair qui est chaîne, poids, liens trop lourd, tandis que l'esprit est déjà libre. Là-dessus, je le sais bien: celui qui a des oreilles, il entend !

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