par FMD » lun. 04 mai 2009, 19:29
Bonsoir Charles,
Il ne faut pas oublier que l'Iran constitue un empire. Les anciennes appellations de ce pays -Empire de Perse puis Empire d'Iran- témoignaient de cette réalité qui persiste jusqu'à nos jours. L'Azerbaïdjan iranien est ainsi un territoire turc sous domination iranienne, tandis que le Khuzestan est un territoire arabe sous domination iranienne, la région de Kermanshah un territoire kurde sous domination iranienne et j'en passe. Ceci n'a rien d’anecdotique si on se souvient de l'histoire récente de l'Iran. L'Azerbaïdjan iranien fut ainsi mis à feu et à sang par les révoltes turques consécutives à l'effondrement de l'Empire ottoman tandis que les Soviétiques, au nom de la "libération et de la réunification" de l'Azerbaïdjan, poussèrent leurs troupes jusqu'à Qazvin, à moins de 150 km de Téhéran, en 1947. De même, Saddam Hussein usa d'une rhétorique anti-colonialiste lors du déclenchement de la guerre contre l'Iran. Il s'agissait, selon lui, de "libérer" la province arabe du Khuzestan. La République islamique d'Iran fit preuve d'un comportement tout aussi impérialiste durant ce conflit puisqu'elle ambitionna d'occuper les villes de irakiennes de Nadjaf et Kerbala durant la seconde phase de cette guerre. Qui a enfin noté les bombardements de l'aviation iranienne en plein coeur du Kurdistan irakien, survenus la semaine dernière ?
Les ambitions impériales de l'Iran ne se bornent toutefois pas à son territoire actuel. L'Iran entend bien gouverner une fois encore les Arabes et instrumentalise pour cela l'ancienne arme de conquête de ces derniers, à savoir l’islam. C'est assez brillant, il faut le reconnaître. On pourra certes m'objecter que les Iraniens n'entretiennent effectivement pas de bases militaires dans les États arabes, ce qui est discutable dans le détail mais globalement vrai, il n'en demeure pas moins qu'ils disposent de puissants relais en Irak, en Syrie ou encore au Liban. La figure la plus populaire au sein du monde arabe, Hassan Nasrallah, n'est tout de même pas inconnue des Iraniens, c'est un euphémisme. L'Iran ne délaisse pas davantage sa frontière orientale. On oublie un peu vite que de larges parts de l'Afghanistan, du Turkménistan et de l'Ouzbékistan correspondent à l'antique province perse du Khorasan et que l'influence de l’Iran ne saurait donc être négligée dans le cadre du conflit afghan. Les millions d'immigrés afghans et pakistanais qui peuplent l'Iran constituent de surcroît un levier non négligeable dans la mesure où leur brusque renvoi pourrait provoquer de graves tensions chez ces pays voisins. L'Iran affiche également de nouvelles ambitions dans le Caucase. Au cours des six derniers mois, l'Iran et l'Arménie ont multiplié les projets communs : gazoduc (achevé), oléoduc, voie ferrée Sevan-Tabriz, raffinerie, centrales hydro-électriques mais aussi restauration d'églises et de mosquées. Cette coopération est d'ailleurs un beau démenti au "choc des civilisations".
On peut ainsi reconnaître la véritable nature des ambitions iraniennes sans pour autant les dénigrer. Je vois d'un oeil positif ces développements et j'espère que le rayonnement régional de l'Iran continuera de se renforcer au cours des années à venir. Je crois en revanche qu'il faut se garder de présenter Ahmadinejad comme un résistant à je ne sais quel ordre américano-sioniste. Il s'agit avant tout d'un homme politique en campagne, qui ne peut guère miser sur un bilan intérieur peu reluisant et qui tente donc de se relancer à l'aide de "coups" médiatiques sur les questions internationales.
Bonsoir Charles,
Il ne faut pas oublier que l'Iran constitue un empire. Les anciennes appellations de ce pays -Empire de Perse puis Empire d'Iran- témoignaient de cette réalité qui persiste jusqu'à nos jours. L'Azerbaïdjan iranien est ainsi un territoire turc sous domination iranienne, tandis que le Khuzestan est un territoire arabe sous domination iranienne, la région de Kermanshah un territoire kurde sous domination iranienne et j'en passe. Ceci n'a rien d’anecdotique si on se souvient de l'histoire récente de l'Iran. L'Azerbaïdjan iranien fut ainsi mis à feu et à sang par les révoltes turques consécutives à l'effondrement de l'Empire ottoman tandis que les Soviétiques, au nom de la "libération et de la réunification" de l'Azerbaïdjan, poussèrent leurs troupes jusqu'à Qazvin, à moins de 150 km de Téhéran, en 1947. De même, Saddam Hussein usa d'une rhétorique anti-colonialiste lors du déclenchement de la guerre contre l'Iran. Il s'agissait, selon lui, de "libérer" la province arabe du Khuzestan. La République islamique d'Iran fit preuve d'un comportement tout aussi impérialiste durant ce conflit puisqu'elle ambitionna d'occuper les villes de irakiennes de Nadjaf et Kerbala durant la seconde phase de cette guerre. Qui a enfin noté les bombardements de l'aviation iranienne en plein coeur du Kurdistan irakien, survenus la semaine dernière ?
Les ambitions impériales de l'Iran ne se bornent toutefois pas à son territoire actuel. L'Iran entend bien gouverner une fois encore les Arabes et instrumentalise pour cela l'ancienne arme de conquête de ces derniers, à savoir l’islam. C'est assez brillant, il faut le reconnaître. On pourra certes m'objecter que les Iraniens n'entretiennent effectivement pas de bases militaires dans les États arabes, ce qui est discutable dans le détail mais globalement vrai, il n'en demeure pas moins qu'ils disposent de puissants relais en Irak, en Syrie ou encore au Liban. La figure la plus populaire au sein du monde arabe, Hassan Nasrallah, n'est tout de même pas inconnue des Iraniens, c'est un euphémisme. L'Iran ne délaisse pas davantage sa frontière orientale. On oublie un peu vite que de larges parts de l'Afghanistan, du Turkménistan et de l'Ouzbékistan correspondent à l'antique province perse du Khorasan et que l'influence de l’Iran ne saurait donc être négligée dans le cadre du conflit afghan. Les millions d'immigrés afghans et pakistanais qui peuplent l'Iran constituent de surcroît un levier non négligeable dans la mesure où leur brusque renvoi pourrait provoquer de graves tensions chez ces pays voisins. L'Iran affiche également de nouvelles ambitions dans le Caucase. Au cours des six derniers mois, l'Iran et l'Arménie ont multiplié les projets communs : gazoduc (achevé), oléoduc, voie ferrée Sevan-Tabriz, raffinerie, centrales hydro-électriques mais aussi restauration d'églises et de mosquées. Cette coopération est d'ailleurs un beau démenti au "choc des civilisations".
On peut ainsi reconnaître la véritable nature des ambitions iraniennes sans pour autant les dénigrer. Je vois d'un oeil positif ces développements et j'espère que le rayonnement régional de l'Iran continuera de se renforcer au cours des années à venir. Je crois en revanche qu'il faut se garder de présenter Ahmadinejad comme un résistant à je ne sais quel ordre américano-sioniste. Il s'agit avant tout d'un homme politique en campagne, qui ne peut guère miser sur un bilan intérieur peu reluisant et qui tente donc de se relancer à l'aide de "coups" médiatiques sur les questions internationales.