par Virgile » ven. 10 avr. 2009, 5:53
Bonjour,
coeurderoy a écrit :Oui, si les mots ont encore un sens, il faut reconnaître que ne plus accepter les articles du
Credo revient tout simplement à l'in-credu-lité !

le sens des mots, c'est justement tout le problème.
Il faut bien reconnaître que certains catholiques en sont venus à vivre leur foi non pas selon des conditions définies par un cadre doctrinal ou spirituel précis (pour ne pas parler d'une rencontre personnelle avec le Christ), mais en référence à une culture – celle de notre temps, où cette foi a été rendue factice.
J'observe, avec un certain amusement, qu'il y a donc des catholiques dont la "foi" se tient dans une distanciation presque complète de la foi authentique. La raison en est sans doute que ces catholiques ont été élevés dans une société de masse – la nôtre, dite aussi "de consommation", qui ne peut fonctionner normalement qu'en produisant un nivellement insidieux (mais parfois déclaré : notre cher système éducatif français... ) du sentiment et de l'expression, et dans laquelle toute forme de supériorité spirituelle est non pas supprimée, mais peu à peu " gommée", "effacée" et finalement "récusée".
Dans une telle société, l'individu – qui n'est plus vraiment une personne, se trouve déchargé de sa responsabilité vis-à-vis des autres, de son environnement, de la nature. Il est aussi déchargé de toute responsabilité vis-à-vis du langage, de la parole (de la Parole), du verbe et du Verbe. Les catholiques dont nous observons sous forme chiffrée les convictions, ou plus exactement leur absence, sont des individus qui ont été déchargés de leur autonomie morale – et en conséquence de leur responsabilité morale.
Leur foi sera donc vécue dans l'irresponsabilité, et avant tout dans l'absence de tout sentiment du péché, à travers un "montage" vide fait de valeurs imposées et anonymes. Ce que le sondage exprime en chiffres correspond exactement à ce que le bavardage journalistico-médiatique annonce et publie : un assemblage fluctuant d'images et de mots dépourvu de toute signification réelle. Ce sondage n'a pas, en fait, de signification dans l'ordre de la réalité. Il ne veut rien dire.
Plongés dans un perpétuel "bruit de fond" qui finit par rendre impossible toute recherche et toute vérification, ces catholiques en sont venus sincèrement à croire que les mots n'ont pas de signification déterminée, et qu'il y va de leur "liberté" de choisir parmi une pluralité de sens possible ce qui convient le mieux à exprimer ce qu'est, pour eux, "la foi". Et les questions du sondage, préparées à leur intention et à la nôtre, sont une aide précieuse pour cet amusement gratuit et sans risques.
Dans le cours incessant des banalités, des rumeurs, des nouvelles, ces gens ne racontent pas vraiment "n'importe-quoi" : ils racontent "rien". Ils ne font que reproduire le verbiage d'une pseudo-communication qui ne veut plus comprendre le sens des mots. Ce sondage n'a pas non plus de pertinence dans l'ordre de la rationalité. On ne peut rien en conclure de vrai. Il ne veut rien dire et il ne dit rien.
Dans l'esprit de ces catholiques, littéralement "perdus" dans le labyrinthe des "communications" devenues aujourd'hui virtuelles et instantanées, s'est oblitéré jusqu'au sens même de ce qu'est la "communion des saints" ou plus simplement même la "communauté des fidèles". Le mot "Eglise" lui-même a perdu toute signification réelle. On peut en donner n'importe qu'elle définition. Il est en conséquence "indéterminé".
Et il n'est par suite exclusif de rien : on peut être dans l'Eglise et ne croire en rien, le dire ouvertement lundi à 8 heures, puis demander à 9 heures un enterrement religieux pour sa grand-mère non-pratiquante et être ensuite mardi matin parrain au baptème d'un neveu né dans une famille d'athées militants. C'est ce que le sondage voudrait nous montrer. C'est ce qu'il voudrait nous faire croire.
Il ne peut y parvenir.
Non pas parce que nous savons qu'on ne peut vraiment pas être catholique et nier en même temps la résurrection, et en ajoutant par dessus le marché qu'après la mort il n'y rien, que du néant.
Il ne peut y parvenir parce que nous savons que dire de pareilles choses ne porte pas à conséquence... le sondage ne nous donne aucun nom et ne nous montre aucun visage. Il ne nous fait entendre que l'irresponsabilité anonyme d'un langage insignifiant qui se prête au grand jeu des questions (un « quiz », comme on dit maintenant) : "quelles sont vos opinions politiques", "quelle lessive lave plus blanc", "quelle bière est la meilleure", etc.
Le sondage est un jeu où celui qui perd, c'est celui qui le prend au sérieux...
D'où la réaction amusée de ceux qui ont gardé le maximum de bon sens.
A ce compte-là, en effet, ce cher Harald est automatiquement "catholicisé", le facétieux Nig "traditionalisé", l'amateur de musique d'orgue Petit-Matthieu "ultramontanisé" (un orgue c'est réactionnaire), et moi-même "intégrisé" (j'aime bien le latin, alors...), sans parler de tous les autres, qui nous lisent probablement, et qui se découvrent soudain plus "catholiques" qu'ils ne le croyaient.
Oh ! grand miracle de la modernité... où les seuls vrais méchants sont ceux qui refusent de s'amuser avec les mots.
Amicalement.
Virgile.
Bonjour,
[quote="coeurderoy"]Oui, si les mots ont encore un sens, il faut reconnaître que ne plus accepter les articles du [b]Credo[/b] revient tout simplement à l'in-credu-lité ! :sonne:[/quote]
le sens des mots, c'est justement tout le problème.
Il faut bien reconnaître que certains catholiques en sont venus à vivre leur foi non pas selon des conditions définies par un cadre doctrinal ou spirituel précis (pour ne pas parler d'une rencontre personnelle avec le Christ), mais en référence à une culture – celle de notre temps, où cette foi a été rendue factice.
J'observe, avec un certain amusement, qu'il y a donc des catholiques dont la "foi" se tient dans une distanciation presque complète de la foi authentique. La raison en est sans doute que ces catholiques ont été élevés dans une société de masse – la nôtre, dite aussi "de consommation", qui ne peut fonctionner normalement qu'en produisant un nivellement insidieux (mais parfois déclaré : notre cher système éducatif français... ) du sentiment et de l'expression, et dans laquelle toute forme de supériorité spirituelle est non pas supprimée, mais peu à peu " gommée", "effacée" et finalement "récusée".
Dans une telle société, l'individu – qui n'est plus vraiment une personne, se trouve déchargé de sa responsabilité vis-à-vis des autres, de son environnement, de la nature. Il est aussi déchargé de toute responsabilité vis-à-vis du langage, de la parole (de la Parole), du verbe et du Verbe. Les catholiques dont nous observons sous forme chiffrée les convictions, ou plus exactement leur absence, sont des individus qui ont été déchargés de leur autonomie morale – et en conséquence de leur responsabilité morale.
Leur foi sera donc vécue dans l'irresponsabilité, et avant tout dans l'absence de tout sentiment du péché, à travers un "montage" vide fait de valeurs imposées et anonymes. Ce que le sondage exprime en chiffres correspond exactement à ce que le bavardage journalistico-médiatique annonce et publie : un assemblage fluctuant d'images et de mots dépourvu de toute signification réelle. Ce sondage n'a pas, en fait, de signification dans l'ordre de la réalité. Il ne veut rien dire.
Plongés dans un perpétuel "bruit de fond" qui finit par rendre impossible toute recherche et toute vérification, ces catholiques en sont venus sincèrement à croire que les mots n'ont pas de signification déterminée, et qu'il y va de leur "liberté" de choisir parmi une pluralité de sens possible ce qui convient le mieux à exprimer ce qu'est, pour eux, "la foi". Et les questions du sondage, préparées à leur intention et à la nôtre, sont une aide précieuse pour cet amusement gratuit et sans risques.
Dans le cours incessant des banalités, des rumeurs, des nouvelles, ces gens ne racontent pas vraiment "n'importe-quoi" : ils racontent "rien". Ils ne font que reproduire le verbiage d'une pseudo-communication qui ne veut plus comprendre le sens des mots. Ce sondage n'a pas non plus de pertinence dans l'ordre de la rationalité. On ne peut rien en conclure de vrai. Il ne veut rien dire et il ne dit rien.
Dans l'esprit de ces catholiques, littéralement "perdus" dans le labyrinthe des "communications" devenues aujourd'hui virtuelles et instantanées, s'est oblitéré jusqu'au sens même de ce qu'est la "communion des saints" ou plus simplement même la "communauté des fidèles". Le mot "Eglise" lui-même a perdu toute signification réelle. On peut en donner n'importe qu'elle définition. Il est en conséquence "indéterminé".
Et il n'est par suite exclusif de rien : on peut être dans l'Eglise et ne croire en rien, le dire ouvertement lundi à 8 heures, puis demander à 9 heures un enterrement religieux pour sa grand-mère non-pratiquante et être ensuite mardi matin parrain au baptème d'un neveu né dans une famille d'athées militants. C'est ce que le sondage voudrait nous montrer. C'est ce qu'il voudrait nous faire croire.
Il ne peut y parvenir.
Non pas parce que nous savons qu'on ne peut vraiment pas être catholique et nier en même temps la résurrection, et en ajoutant par dessus le marché qu'après la mort il n'y rien, que du néant.
Il ne peut y parvenir parce que nous savons que dire de pareilles choses ne porte pas à conséquence... le sondage ne nous donne aucun nom et ne nous montre aucun visage. Il ne nous fait entendre que l'irresponsabilité anonyme d'un langage insignifiant qui se prête au grand jeu des questions (un « quiz », comme on dit maintenant) : "quelles sont vos opinions politiques", "quelle lessive lave plus blanc", "quelle bière est la meilleure", etc.
Le sondage est un jeu où celui qui perd, c'est celui qui le prend au sérieux...
D'où la réaction amusée de ceux qui ont gardé le maximum de bon sens.
A ce compte-là, en effet, ce cher Harald est automatiquement "catholicisé", le facétieux Nig "traditionalisé", l'amateur de musique d'orgue Petit-Matthieu "ultramontanisé" (un orgue c'est réactionnaire), et moi-même "intégrisé" (j'aime bien le latin, alors...), sans parler de tous les autres, qui nous lisent probablement, et qui se découvrent soudain plus "catholiques" qu'ils ne le croyaient.
Oh ! grand miracle de la modernité... où les seuls vrais méchants sont ceux qui refusent de s'amuser avec les mots.
Amicalement.
Virgile.