par Pneumatis » ven. 20 févr. 2009, 15:06
Bonjour,
J'ai récemment écrit un petit texte sur mon blog sur le sujet, étant un tout petit peu concerné par la question... je vous le remets ici pour ceux que ça intéresse. C'est plus que d'actualité attendu qu'un congrès sur la question commence aujourd'hui au Vatican.
« Avant de te façonner dans le ventre maternel, je te connaissais ; avant même que tu sois sorti du sein, je t'ai consacré; comme prophète des nations, je t'ai établi. » (Jérémie 1, 10)
Seigneur,
Les 20 et 21 février prochains aura lieu, au Vatican, un congrès organisé par l'Académie Pontificale pour la Vie, dont le thème sera : Les nouvelles frontières de la génétique et le risque de l'eugénisme. Cette nouvelle m'a invité à une réflexion que je survole depuis déjà un moment et que j'avais envie de te confier ici par écrit.
Seigneur, Tu nous as confié, à mon épouse et moi-même, il y a un an, l'accueil et l'éducation de celui que nous appellons fils et qui est atteint d'une maladie génétique rare. Je voulais commencer par te remercier pour la grâce immense que Tu manifestes à travers les médecins et tous les acteurs du monde médical, qui ont pris en charge notre enfant depuis les premières inquiétudes de la grossesse jusqu'encore aujourd'hui. Sans eux, notre fils ne pourrait pas vivre aujourd'hui.
Maintenant je voudrai revenir sur quelque chose, au-delà du choc et de l'inquiétude concernant la santé de notre futur bébé et que notre faible foi laissa naitre dans les premiers temps de la grossesse ; quelque chose qui m'a profondément inquiété et choqué justement. La maladie fut diagnostiquée seulement après la naissance, ce qui, compte-tenu de sa rareté, est déjà une chance incroyable. Cependant, le retard de croissance intra-utérin était déjà un très mauvais signe et les médecins que nous avons vu nous ont plusieurs fois bien fait comprendre que nous pourrions, si nous le souhaitions, avoir recours à une I.M.G. : interruption médicale de grossesse.
Ici je m'arrête sur l'aspect personnel de l'histoire pour entrer dans le vif du sujet.
La loi française condamne très clairement l'eugénisme, c'est-à-dire toute pratique visant à privilégier la vie d'individus aux dépend d'autres individus, par une intervention délibérée et selon des critères choisis. C'est clairement une démarche que mit en oeuvre le régime nazi, en commençant par éliminer les personnes handicapées, puis les homosexuels et finalement les juifs. Le tout allant, de fil en aiguille, vers une conception toujours plus fine de ce que serait une espèce humaine "supérieure" ou "pure" dans ses caractéristiques génétiques. Voici précisément ce qu'en dit la loi française :
Article L 214-1 : Le fait de mettre en œuvre une pratique eugénique tendant à l’organisation de la sélection des personnes est puni de trente ans de réclusion criminelle et de 7 500 000 euros d’amende
Article L 214-2 : Le fait de procéder à une intervention ayant pour but de faire naître un enfant génétiquement identique à une autre personne vivante ou décédée est puni de trente ans de réclusion criminelle et de 7 500 000 euros d'amende.
Article L 214-3 : Les infractions prévues par les articles 214-1 et 214-2 sont punies de la réclusion criminelle à perpétuité et de 7 500 000 Euros d'amende lorsqu'elles sont commises en bande organisée.
Article L 214-4 : La participation à un groupement formé ou à une entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de l'un des crimes définis par les articles 214-1 et 214-2 est punie de la réclusion criminelle à perpétuité et de 7 500 000 Euros d'amende.
Ici c'est particulièrement l'article L 214-1 qui m'intéresse. Il m'intéresse au regard de la législation sur l'I.M.G.. En effet, la même loi française indique ceci :
Article L 2213-1 : L'interruption volontaire d'une grossesse peut, à toute époque, être pratiquée si deux médecins membres d'une équipe pluridisciplinaire attestent, après que cette équipe a rendu son avis consultatif, soit que la poursuite de la grossesse met en péril grave la santé de la femme, soit qu'il existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic.
Lorsque l'interruption de grossesse est envisagée au motif que la poursuite de la grossesse met en péril grave la santé de la femme, l'équipe pluridisciplinaire chargée d'examiner la demande de la femme comprend au moins trois personnes qui sont un médecin qualifié en gynécologie-obstétrique, un médecin choisi par la femme et une personne qualifiée tenue au secret professionnel qui peut être un assistant social ou un psychologue. Les deux médecins précités doivent exercer leur activité dans un établissement de santé.
Lorsque l'interruption de grossesse est envisagée au motif qu'il existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic, l'équipe pluridisciplinaire chargée d'examiner la demande de la femme est celle d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal. Lorsque l'équipe du centre précité se réunit, un médecin choisi par la femme peut, à la demande de celle-ci, être associé à la concertation.
Dans les deux cas, préalablement à la réunion de l'équipe pluridisciplinaire compétente, la femme concernée ou le couple peut, à sa demande, être entendu par tout ou partie des membres de ladite équipe.
Attendu que (les détails nous ayant été précisés à maintes reprises dans le cas qui nous concerne) le cas d'un enfant susceptible d'être atteint d'un handicap mental ou physique constitue une raison suffisante à l'application de cette loi, quel que soit le moment de la grossesse, et même jusqu'au dernier jour, nous avons ici un cas flagrant de législation eugéniste, au moins dans son application. Ce n'est pas une simple interprétation de la loi, c'est du vécu personnel : si nous devions avoir un autre enfant, il nous est alors fortement recommandé un diagnostic pré-natal du syndrome, et en cas de mauvais résultat, de pratiquer une I.M.G.. Nous n'y sommes pas obligés, mais on nous "rassure" en disant que nous pourrions décider jusqu'au dernier moment d'interrompre cette grossesse.
Comment comprendre cette loi ? On pourrait rappeler que dans la loi française, la "personne humaine" n'est acquise qu'à compter de la naissance. Mais dans ce cas pourquoi interdire cette fois l'interruption volontaire de grossesse au-delà des 12 S.A. (soit 10 semaines de grossesse environ) ? Evidemment permettre l'I.V.G. à n'importe quel moment de la grossesse pourrait permettre aux futurs parents d'y avoir recours pour des motifs particulièrement immoraux. Ainsi, les échographistes nous ont indiqués par exemple qu'ils n'avaient pas le droit de révéler le sexe du foetus avant les 12 S.A. légales de l'I.V.G., afin de ne pas risquer les I.V.G. motivées par une déception quant au sexe de l'enfant à naitre. L'histoire a déjà vu ces nombreux cas de parents voulant absolument un garçon et allant jusqu'à tuer leur enfant à la naissance si c'est une fille, ou pratiquer des avortements illégaux et plus ou moins barbares en cours de grossesse.
Bref, l'Etat français légifère autant qu'il s'insurge contre les pratiques eugéniques, mais dans certains cas il se rend lui-même complice et coupable de ce qu'il condamne par ailleurs.
Dr Jacques Milliez, chef du service de Gynécologie-Obstétrique de l’hôpital St Antoine à Paris, Le Nouvel Observateur Hors Série n°37, 1999 :
« Notre métier, c’est la vie ; l’interrompre est douloureux, mais c’est aussi notre responsabilité de décider si l’intérêt probable du fœetus destiné à une vie impossible est de ne pas vivre. On appelle ça une interruption médicale de grossesse, mais c’est de l’eugénisme. »
J'en parle ici plutôt sereinement, mais la vérité c'est que j'ai honte d'appartenir à une société qui cautionne ce système. Je ne veux même pas ici débattre de l'avortement en général, contre lequel j'aurai bien d'autres arguments. J'ai juste honte de ce que suppose cette incohérence, dans la loi, de sous-entendus douteux. Autant l'avortement en général peut venir d'une profonde erreur anthropologique, mais là le cas est encore bien pire, car il dévoile un modèle social parfaitement immoral.
Je ne sais si les personnes handicapées sont moins désirées parce qu'elles sont plus coûteuses a priori pour la société, ou juste parce qu'elles vont dans un sens opposé à la survie de l'espèce, ou encore parce qu'elles font tâche dans la belle norme sociale. Tout ce que je sais c'est que j'ai deux enfants et que, selon nos lois, l'un d'eux a potentiellement moins le droit de vivre que l'autre. J'ai mal de ressentir cela, et je t'implore Seigneur d'inspirer dans le coeur de chaque futur parent, surtout ceux qui doutent ou souffrent le plus à l'idée d'avoir un enfant, la confiance dans le fait que Tu es toujours là et que la grâce surpasse toutes les difficultés.
Je veux te prier aussi Seigneur pour toutes les personnes qui, sans prendre la mesure de l'erreur qui les conduit à la faute, ont pratiqué cet acte meurtrier. J'implore pour eux ta miséricorde car notre société véhicule beaucoup de faux prétextes justifiant cette forme d'eugénisme. On nous dit par exemple que nos enfants préfèreraient ne pas exister que de vivre une vie de souffrance ou d'exclusion. Mais c'est pire que tout ! Toute vie est difficile, et ce n'est pas l'exclu qui est à condamner, mais bien ceux qui excluent. Il faut guérir la société de cette bétise qui isole les personnes différentes, au lieu de la purger de toute différence.
Pour finir, Seigneur, je voudrai te rendre grâce et te rendre témoignage pour notre enfant. Son visage d'ange, son sourire et sa fragilité font que son existence renferme plus de sens que toute vie que j'ai cotoyé jusqu'ici. Cela fait de lui quelqu'un de plus Homme que toute personne que je connais. Son existence a déjà du sens avant même qu'il ait eu à poser un premier acte.
Plus encore, sa vie se nourrie pleinement de l'amour qu'on lui donne et de notre désir de le voir vivre et grandir, sa vulnérabilité donne une nouvelle dimension à notre rôle de parents, sa différence éveille tant de questions sur la nature humaine et sur la grâce, ... sa vie, par le fait même que la société proclame une condamnation à mort sur le nouveau-né, à l'image de pharaon pour Moïse ou de Hérode pour Jésus (sans pousser plus loin l'amalgame), fait sens dans la conscience des personnes qui acceptent de l'accueillir et de l'aimer. Il est porteur de sens, et inspirateur d'amour. Je te rends grâce Seigneur, car comme Tu nous l'as dit : avant même le sein maternel, Tu l'as consacré et comme prophète des nations Tu l'as établi.
Amen.
Bonjour,
J'ai récemment écrit un petit texte sur mon blog sur le sujet, étant un tout petit peu concerné par la question... je vous le remets ici pour ceux que ça intéresse. C'est plus que d'actualité attendu qu'un congrès sur la question commence aujourd'hui au Vatican.
[quote][i] « Avant de te façonner dans le ventre maternel, je te connaissais ; avant même que tu sois sorti du sein, je t'ai consacré; comme prophète des nations, je t'ai établi. »[/i] (Jérémie 1, 10)[/quote]
Seigneur,
Les 20 et 21 février prochains aura lieu, au Vatican, un congrès organisé par l'Académie Pontificale pour la Vie, dont le thème sera : Les nouvelles frontières de la génétique et le risque de l'eugénisme. Cette nouvelle m'a invité à une réflexion que je survole depuis déjà un moment et que j'avais envie de te confier ici par écrit.
Seigneur, Tu nous as confié, à mon épouse et moi-même, il y a un an, l'accueil et l'éducation de celui que nous appellons fils et qui est atteint d'une maladie génétique rare. Je voulais commencer par te remercier pour la grâce immense que Tu manifestes à travers les médecins et tous les acteurs du monde médical, qui ont pris en charge notre enfant depuis les premières inquiétudes de la grossesse jusqu'encore aujourd'hui. Sans eux, notre fils ne pourrait pas vivre aujourd'hui.
Maintenant je voudrai revenir sur quelque chose, au-delà du choc et de l'inquiétude concernant la santé de notre futur bébé et que notre faible foi laissa naitre dans les premiers temps de la grossesse ; quelque chose qui m'a profondément inquiété et choqué justement. La maladie fut diagnostiquée seulement après la naissance, ce qui, compte-tenu de sa rareté, est déjà une chance incroyable. Cependant, le retard de croissance intra-utérin était déjà un très mauvais signe et les médecins que nous avons vu nous ont plusieurs fois bien fait comprendre que nous pourrions, si nous le souhaitions, avoir recours à une I.M.G. : interruption médicale de grossesse.
Ici je m'arrête sur l'aspect personnel de l'histoire pour entrer dans le vif du sujet.
La loi française condamne très clairement l'eugénisme, c'est-à-dire toute pratique visant à privilégier la vie d'individus aux dépend d'autres individus, par une intervention délibérée et selon des critères choisis. C'est clairement une démarche que mit en oeuvre le régime nazi, en commençant par éliminer les personnes handicapées, puis les homosexuels et finalement les juifs. Le tout allant, de fil en aiguille, vers une conception toujours plus fine de ce que serait une espèce humaine "supérieure" ou "pure" dans ses caractéristiques génétiques. Voici précisément ce qu'en dit la loi française :
[quote]Article L 214-1 : Le fait de mettre en œuvre une pratique eugénique tendant à l’organisation de la sélection des personnes est puni de trente ans de réclusion criminelle et de 7 500 000 euros d’amende
Article L 214-2 : Le fait de procéder à une intervention ayant pour but de faire naître un enfant génétiquement identique à une autre personne vivante ou décédée est puni de trente ans de réclusion criminelle et de 7 500 000 euros d'amende.
Article L 214-3 : Les infractions prévues par les articles 214-1 et 214-2 sont punies de la réclusion criminelle à perpétuité et de 7 500 000 Euros d'amende lorsqu'elles sont commises en bande organisée.
Article L 214-4 : La participation à un groupement formé ou à une entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, de l'un des crimes définis par les articles 214-1 et 214-2 est punie de la réclusion criminelle à perpétuité et de 7 500 000 Euros d'amende.
[/quote]
Ici c'est particulièrement l'article L 214-1 qui m'intéresse. Il m'intéresse au regard de la législation sur l'I.M.G.. En effet, la même loi française indique ceci :
[quote]Article L 2213-1 : L'interruption volontaire d'une grossesse peut, à toute époque, être pratiquée si deux médecins membres d'une équipe pluridisciplinaire attestent, après que cette équipe a rendu son avis consultatif, soit que la poursuite de la grossesse met en péril grave la santé de la femme, soit qu'il existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic.
Lorsque l'interruption de grossesse est envisagée au motif que la poursuite de la grossesse met en péril grave la santé de la femme, l'équipe pluridisciplinaire chargée d'examiner la demande de la femme comprend au moins trois personnes qui sont un médecin qualifié en gynécologie-obstétrique, un médecin choisi par la femme et une personne qualifiée tenue au secret professionnel qui peut être un assistant social ou un psychologue. Les deux médecins précités doivent exercer leur activité dans un établissement de santé.
Lorsque l'interruption de grossesse est envisagée au motif qu'il existe une forte probabilité que l'enfant à naître soit atteint d'une affection d'une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic, l'équipe pluridisciplinaire chargée d'examiner la demande de la femme est celle d'un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal. Lorsque l'équipe du centre précité se réunit, un médecin choisi par la femme peut, à la demande de celle-ci, être associé à la concertation.
Dans les deux cas, préalablement à la réunion de l'équipe pluridisciplinaire compétente, la femme concernée ou le couple peut, à sa demande, être entendu par tout ou partie des membres de ladite équipe.
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Attendu que (les détails nous ayant été précisés à maintes reprises dans le cas qui nous concerne) le cas d'un enfant susceptible d'être atteint d'un handicap mental ou physique constitue une raison suffisante à l'application de cette loi, quel que soit le moment de la grossesse, et même jusqu'au dernier jour, nous avons ici un cas flagrant de législation eugéniste, au moins dans son application. Ce n'est pas une simple interprétation de la loi, c'est du vécu personnel : si nous devions avoir un autre enfant, il nous est alors fortement recommandé un diagnostic pré-natal du syndrome, et en cas de mauvais résultat, de pratiquer une I.M.G.. Nous n'y sommes pas obligés, mais on nous "rassure" en disant que nous pourrions décider jusqu'au dernier moment d'interrompre cette grossesse.
Comment comprendre cette loi ? On pourrait rappeler que dans la loi française, la "personne humaine" n'est acquise qu'à compter de la naissance. Mais dans ce cas pourquoi interdire cette fois l'interruption volontaire de grossesse au-delà des 12 S.A. (soit 10 semaines de grossesse environ) ? Evidemment permettre l'I.V.G. à n'importe quel moment de la grossesse pourrait permettre aux futurs parents d'y avoir recours pour des motifs particulièrement immoraux. Ainsi, les échographistes nous ont indiqués par exemple qu'ils n'avaient pas le droit de révéler le sexe du foetus avant les 12 S.A. légales de l'I.V.G., afin de ne pas risquer les I.V.G. motivées par une déception quant au sexe de l'enfant à naitre. L'histoire a déjà vu ces nombreux cas de parents voulant absolument un garçon et allant jusqu'à tuer leur enfant à la naissance si c'est une fille, ou pratiquer des avortements illégaux et plus ou moins barbares en cours de grossesse.
Bref, l'Etat français légifère autant qu'il s'insurge contre les pratiques eugéniques, mais dans certains cas il se rend lui-même complice et coupable de ce qu'il condamne par ailleurs.
[quote]Dr Jacques Milliez, chef du service de Gynécologie-Obstétrique de l’hôpital St Antoine à Paris, Le Nouvel Observateur Hors Série n°37, 1999 :
« Notre métier, c’est la vie ; l’interrompre est douloureux, mais c’est aussi notre responsabilité de décider si l’intérêt probable du fœetus destiné à une vie impossible est de ne pas vivre. On appelle ça une interruption médicale de grossesse, mais c’est de l’eugénisme. »
[/quote]
J'en parle ici plutôt sereinement, mais la vérité c'est que j'ai honte d'appartenir à une société qui cautionne ce système. Je ne veux même pas ici débattre de l'avortement en général, contre lequel j'aurai bien d'autres arguments. J'ai juste honte de ce que suppose cette incohérence, dans la loi, de sous-entendus douteux. Autant l'avortement en général peut venir d'une profonde erreur anthropologique, mais là le cas est encore bien pire, car il dévoile un modèle social parfaitement immoral.
Je ne sais si les personnes handicapées sont moins désirées parce qu'elles sont plus coûteuses a priori pour la société, ou juste parce qu'elles vont dans un sens opposé à la survie de l'espèce, ou encore parce qu'elles font tâche dans la belle norme sociale. Tout ce que je sais c'est que j'ai deux enfants et que, selon nos lois, l'un d'eux a potentiellement moins le droit de vivre que l'autre. J'ai mal de ressentir cela, et je t'implore Seigneur d'inspirer dans le coeur de chaque futur parent, surtout ceux qui doutent ou souffrent le plus à l'idée d'avoir un enfant, la confiance dans le fait que Tu es toujours là et que la grâce surpasse toutes les difficultés.
Je veux te prier aussi Seigneur pour toutes les personnes qui, sans prendre la mesure de l'erreur qui les conduit à la faute, ont pratiqué cet acte meurtrier. J'implore pour eux ta miséricorde car notre société véhicule beaucoup de faux prétextes justifiant cette forme d'eugénisme. On nous dit par exemple que nos enfants préfèreraient ne pas exister que de vivre une vie de souffrance ou d'exclusion. Mais c'est pire que tout ! Toute vie est difficile, et ce n'est pas l'exclu qui est à condamner, mais bien ceux qui excluent. Il faut guérir la société de cette bétise qui isole les personnes différentes, au lieu de la purger de toute différence.
Pour finir, Seigneur, je voudrai te rendre grâce et te rendre témoignage pour notre enfant. Son visage d'ange, son sourire et sa fragilité font que son existence renferme plus de sens que toute vie que j'ai cotoyé jusqu'ici. Cela fait de lui quelqu'un de plus Homme que toute personne que je connais. Son existence a déjà du sens avant même qu'il ait eu à poser un premier acte.
Plus encore, sa vie se nourrie pleinement de l'amour qu'on lui donne et de notre désir de le voir vivre et grandir, sa vulnérabilité donne une nouvelle dimension à notre rôle de parents, sa différence éveille tant de questions sur la nature humaine et sur la grâce, ... sa vie, par le fait même que la société proclame une condamnation à mort sur le nouveau-né, à l'image de pharaon pour Moïse ou de Hérode pour Jésus (sans pousser plus loin l'amalgame), fait sens dans la conscience des personnes qui acceptent de l'accueillir et de l'aimer. Il est porteur de sens, et inspirateur d'amour. Je te rends grâce Seigneur, car comme Tu nous l'as dit : avant même le sein maternel, Tu l'as consacré et comme prophète des nations Tu l'as établi.
Amen.