Quelques argumentaires historiques

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1er exemple simple

par MB » lun. 21 avr. 2008, 0:48

1re idée

"Le chistianisme est à l'origine de la chute de l'Empire romain".

A l'énonciation de cette phrase, ceux qui connaissent l'histoire doivent rigoler. Voilà des lustres que celle-ci n'appartient plus à l'histoire, mais à l'historiographie ; cette thèse est on ne peut plus démodée. Et à vrai dire aussi, ce genre d'idées, de grands commentaires brassant les époques, est assez étranger à la façon de faire de l'histoire aujourd'hui. Néanmoins, un certain nombre de gens semblent dire cela comme si c'était une évidence n'ayant pas besoin d'être démontrée.

Essayons quand même de démontrer en quoi cette idée est fausse.

1° Elle provient, à ma connaissance, de la fin de l'Antiquité elle-même : le sac de Rome, en 410, semblait apporter la preuve aux païens que, une fois les anciens dieux abandonnés, la Ville ne pourrait plus se défendre. Le plus simple est de renvoyer à Saint Augustin et à sa Cité de Dieu, où est faite - entre autres - la démonstration de l'ineptie de cette affirmation.
Mais du point de vue historique, on peut dire plusieurs choses :
- que Rome soit saccagée ne signifie pas que c'en est fait de l'Empire. C'est arrivé avec les Gaulois sept siècles avant, et cela n'a rien changé.
- l'expédition des Goths contre la Ville provient d'un enchaînement extrêmement complexe de faits de nature politique, dans lesquels entrent des rivalités de personnes, des jeux de pouvoir, des manoeuvres et des maladresses. Pour le dire simplement, il n'était pas du tout évident que ce sac dût réussir. Quelques mois plus tôt, l'Empire semblait avoir l'avantage sur le roi Alaric. Comme d'habitude, on a affaire à une grande interprétation de faits qui dépendent de circonstances tout à fait minimes.

Autre point à soulever : le rapport entre christianisme et chute de l'Empire a été fait par l'historien Gibbon, au 18ème siècle au Royaume-Uni ; thèse un peu ancienne, dûe à un penseur dont l'attitude était, disons, relativement réservée vis-à-vis du christianisme... Or rien, techniquement, n'explique en quoi les structures du pouvoir auraient été plus inefficaces en raison du fait chrétien lui-même.

2° Voici maintenant le point le plus important : l'Empire romain n'a pas disparu en 476. Il faut se rappeler que depuis 395, il en existait deux moitiés : une en Occident, une en Orient (capitale, Constantinople). Celle qui saute, c'est la moitié occidentale ; et encore je reviendrai dessus plus tard, car c'est plus compliqué.
Mais la moitié orientale, elle, subsiste pour encore plusieurs siècles : elle a été assez puissante pour repousser les envahisseurs vers l'Ouest. C'est le fameux Empire byzantin. Or non seulement il subsiste, mais c'est, du Vème siècle à la conquête musulmane, la première puissance mondiale. Je rappelle que Justinien a reconquis l'Italie et l'Afrique, reconstituant donc en partie le territoire ancien de l'Empire ; je rappelle aussi que l'empereur Héraclius, au terme d'une guerre très aventureuse, a réussi à battre en 628 le grand rival oriental, la Perse sassanide. Même malgré la conquête musulmane, il reste une puissance de premier plan ; je rappelle qu'au Xème siècle, Jean Tzimiskès a lancé une expédition qui ne s'est pas arrêtée bien loin de Jérusalem. Encore à l'époque des croisades, il faut compter avec lui.
Il se trouve aussi que cet empire est vraiment "romain" : c'est ainsi que les Byzantins s'appelaient eux-mêmes ("Romaioi") ; sa langue est le grec, qui est l'une des deux langues de l'Empire ; sa religion est le christianisme, comme avant 476 ; son droit, malgré quelques évolutions ultérieures, est fondé sur le droit romain. Il y a encore un Sénat romain en 1453. Sa culture est pleinement antique ; les penseurs byzantins parlent à la cour le grec de Platon, et les philosophes de l'Antiquité n'ont jamais été oubliés.
L'Empire romain subsiste donc en 476 : le fait ne souffre pas de contestation.

Mais, me dira-t-on, la partie occidentale a bel et bien disparu. Là encore, les choses sont plus compliquées.
D'abord, la chistianisation de l'empire n'est pas responsable du fait même de l'arrivée des populations germaniques ; les choses n'ont tout simplement rien à voir. Il y a tout simplement des gens qui viennent en masse, et le pouvoir de l'empereur n'est pas assez puissant pour les contenir. La chose est déjà arrivée dans le passé : il s'en est fallu de très peu, au IIIème siècle, que l'Empire ne volât en éclats. Ou je rappelle encore, bien avant, l'invasion, vers 100 avant J.-C., des Cimbres et des Teutons qui ont battu plusieurs armées romaines ; là encore, il s'en est fallu de peu pour la République.
Ensuite, à l'exception de la Bretagne, les structures de l'empire ne disparaissent pas. En quelque sorte, il y a une fiction juridique qui veut que l'empereur (basé à Constantinople) gouverne par délégation aux rois barbares. Clovis, en 508, reçoit ainsi le titre de consul ; les rois wisigoths, en Espagne, font appliquer les lois romaines, d'abord aux seuls "Romains", ensuite à toute la population. Théodoric, en Italie, se comporte comme une sorte d'administrateur d'un royaume à la population essentiellement romaine. De nombreuses cités ont gardé leurs institutions (je crois avoir lu quelque part que Naples avait encore son Sénat au IXème siècle). Au début du VIème siècle, les routes sont toujours entretenues, la Poste impériale (les messagers du pouvoir) est toujours en parfait état de fonctionnement, et le centre mondial du commerce reste toujours la Méditerranée ; il y a, dans toutes les villes de Gaule, des colonies de "Syriens" ; le pélérinage en Terre sainte, depuis la Gaule ou l'Espagne, est une pratique courante. La circulation en Méditerranée continue donc comme avant. Si donc dans les formes, les royaumes barbares ont supplanté le territoire des empereurs, en pratique peu de choses ont changé.

3° Alors pourquoi tous les changements ultérieurs ? Plusieurs choses jouent :
- le fait le plus important (une découverte récente de l'historiographie, qui apparaît de plus en plus incontestable) : une gigantesque vague d'épidémies, probablement la peste noire, à partir du règne de Justinien (VIème siècle), tout autour de la Méditerranée. Il semble que cet événement soit arrivé en plusieurs fois, tout au long du siècle mais aussi au cours du siècle suivant, et avec le même impact qu'aura la Peste de 1348. Cela explique beaucoup de choses : désorganisation des structures sociales et politiques, fragilisation des pouvoirs et des économies. Il semble aussi que certaines régions aient été plus touchées que d'autres (l'Espagne ou l'Italie), ce qui expliquerait en partie la facilité des conquêtes arabes ou lombardes.
- le déplacement progressif vers le Nord des centres du commerce et de l'économie. Apparemment, au VIIème siècle, les grands centres du Nord de la Gaule (= le coeur du royaume des Francs) ne se fournissent plus via le trafic méditerranéen, mais via le commerce de la mer du Nord.
- la conquête arabo-musulmane, mais là, je connais moins le sujet.

On a donc affaire à des changements considérables, dont le moins que l'on puisse dire est qu'ils n'ont absolument rien à voir avec le fait du chistianisme.

Je reviendrai plus tard sur d'autres points.
MB

Re: Quelques argumentaires historiques

par monachorum » ven. 18 avr. 2008, 12:16

Parmis les bruits qui ont fait fureur chez les athées et les bouffeurs de curés à été l'idée que l'Eglise à reconnu extrèmement tardivement l'idée que les femmes puissent possèder une âme. C'ette pseudo-vérité qui à eu la peau dure, se confronte avec la réalité historique qui dit qu'en réalité l’église reconnaît une âme aux femmes depuis la plus haute antiquité. Mais... l'idée remarquer à eu son heure de gloire et les femmes ont eu "chaud" parce que si ma mémoire est bonne, il s'en est fallu de peu au cours du concile de trente que l'église passe à côté de cette trouvaille. A moins que ce soit également un ragot et qu'il faille remonter à plus ancien "le deuxième concile régional de macon" (585) par exemple ou grace à une question posée d'un évêque qui réfléchissait à haute voix sur le sens du concept "homo" à finalement permis d'élaborer cette vérité, les femmes n'ont pas d'âme. Mais cela est-il aussi un rumeur ? Il y a eu plusieurs éléments qui ont par ignorance conditionné certains à douter que l'Eglise puisse reconnaitre finalement la même "qualité" aux hommes qu'aux femmes.

Quelques argumentaires historiques

par MB » jeu. 17 avr. 2008, 21:53

Bonjour à tous

Je me permets ici - après une longue absence - de lancer un nouveau fil. L'idée est d'examiner ici un certain nombre de vérités ou de pseudo-vérités lancées sur le christianisme dans l'histoire. On peut imaginer de déplacer ce fil dans la section "apologétique". Je vais lancer quelques questions dans les jours qui vont suivre, en essayant d'apporter des réponses à celles que je connais un peu.

A bientôt
MB

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