Prodigal a écrit :
Spinoza écrit ceci : "la Foi, nous le répétons, n'exige pas tant la vérité que la piété et elle n'est pieuse et productrice de salut qu'à proportion de l'obéissance". Traduisons un peu brutalement : la foi, c'est pour les imbéciles, et c'est adapté à leurs faibles capacités. L'élite des philosophes, pour se faire comprendre du vulgaire, peut parler le langage de la foi, mais en se souvenant bien qu'il n'est pas question de vérité.
Je suis pas sûr qu’il y ait une opposition entre vérité et piété, on dirait une complémentarité. Seulement, une tendance se dessine qu’on trouvera en plus fort avec Kant et Hegel : la primauté de la philo sur la religion et la théologie, une hérésie qui entraine la théologie à être la servante de la philo plutôt que l’inverse.
Mais je le reconnais, l'autre interprétation subsiste, d'un Spinoza pieux cherchant à concilier piété et raison, mais même si on admet cela, la conciliation est purement sentimentale, la foi n'ayant rien à voir avec la vérité et la raison.
Pas si clair à mon avis.
Et donc, pour revenir à notre sujet, voici avec Spinoza un spécimen d'athée très intéressant, qui affirme en effet l'existence de Dieu, mais d'un Dieu qui n'est pas celui de la foi
On ne peut utiliser le langage ainsi, qui était celui de la rhétorique des théologiens contenporains qui L’accusaient. On peut pas être athée en ayant un Dieu différent de celui de la foi, on est simplement irréligieux de telle religion particulière.
Toutefois, faire de Dieu la substance unique, impersonnelle, qui n'est pas le créateur du monde mais le monde lui-même, n'est-ce pas cela, être athée?
Seulement si on précise « le monde empirique » ou « matériel » (Dieu c’est la matière, ou le tout de la matière etc). Le Dieu spinoziste est transcendant par l’infini puisque le monde empirique n’est constitué que par 2 de ses attributs parmi une infinité
Fernand Poisson a écrit :Spinoza n'est pas athée mais il ne croit certainement pas en un Dieu personnel (encore moins créateur du monde).
Je suis pas sûr, sauf pour la création au sens Xtien. Mais il parle de cause première, alors c’est franchement pas si loin. De même, les choses non divines n’ont pas L’existence incluse dans leur essence.
Pour le Dieu personnel : Dieu a une infinité d’attributs, le monde empirique est constitué de 2 : la matière et L’esprit (Spinoza est cartésien sur ce point). Dieu englobe le monde tout en le dépassant par l’infini, il est donc difficile de penser que étant esprit infini, il ne soit pas une personne, bien que d’un type différent, sans libre arbitre (n.b. le Dieu Xtien ne délibère pas non plus, son libre arbitre est d’un type différent du nôtre).
De plus, la nature de Spinoza n’est pas le monde empirique mais tout ce qui existe. Or le Dieu Xtien fait aussi partie de tout ce qui existe. Si on prend nature en ce sens élargi, Dieu est une partie de la nature, comme chez Spinoza, la nuance étant que pour nous les 2 parties sont séparées quant à la substance.
Il faut lire le Traité théologico-politique en entier pour comprendre que dans la "profession de foi" citée par ChristianK les termes sont totalement détournés du sens reçu dans un contexte religieux classique.
« Totalement » me semble exagéré. Voir Victor Brochard p.ex. :
https://forum-religion.org/viewtopic.ph ... 0#p1461070
https://www.forum-religion.org/viewtopic.php?t=69150
J'ai plutôt l'impression que la plupart des athées sérieux sont des empiristes sceptiques qui se rattachent plus à Diderot ou à Hume (s'il fallait les rattacher à des philosophes) qu'à Spinoza (malgré une fascination récurrente pour ce dernier).
C’est pourquoi ils sont bien plus agnostique qu’athées. [/quote]
Après oui si vous cherchez un athéisme "métaphysiquement fondé" (mais qu'est-ce que cela veut dire au juste ?),
Ça veut dire qui prouve l’inexistence de Dieu (Sartre, peut-être le seul), ou qui avancent des fondements pour une croyance à l’inexistence (Sponville, Dawkins)
Mais une position peut être défendable sans être métaphysiquement fondée, dans la mesure où on peut être sceptique sur la possibilité et la pertinence de la métaphysique de façon générale.
Absolument mais c’est plus de l’athéisme, c’est seulement de L’agnosticisme (sceptique, justement)
en les fondant sur des raisons épistémiques (comme le rasoir d'Occam, précisément).
Lequel ne peut pas être athée, justement , mais seulement agnostique. Toute la confusion vient du prof Anthony Flew (passé au théisme par la suite) et sa notion d’athéisme négatif, ou faible : ne pas croire en Dieu. Ce qui est un jeu de mots. Car celui qui ne croit pas en Dieu ET qui aussi ne croit pas que Dieu n’existe pas (ni P ni non P), ne peut être qu’agnostique. Et on fait passer l’agnosticisme pour un athéisme. Mais c’est sophistique, car celui qui se borne à ne pas croire que Dieu n’existe pas (sans croire qu’il existe pour l’instant, ou en restant silencieux là-dessus) devra être dit théiste (faible) pour la parité logique. Donc il faudra être théiste à moins d’avoir des preuves ou fondements d’inexistence.
Il reste que dans une discussion rationnelle, idéalement, on s'en tient à l'examen des arguments (supposés probants par eux-mêmes) et on ne fait pas de suppositions sur les motivations psychologiques de son interlocuteur.
Exactement, toute l’attitude généalogique (Nietzsche, Foucault en plus profond) est de tendance sophistique si on la prend comme philo première, une philo relativiste et présocratique (les sophistes). Sa place n’est que critique et secondaire, pour examiner l’influence des passions (sens large; situation de classe, inconscient, masculinisme, féminisme etc) sur la raison. Mais réduire la raison elle-même aux passions (Nietzsche : peur de la vie) est une absurdité qui s’auto-réfute de soi-même