par Olivier JC » jeu. 14 mars 2024, 12:31
Compagnon de Tobie a écrit : ↑jeu. 14 mars 2024, 3:59En revanche, oui, mes lectures de la bible et du catéchisme catholique ne m'ont pas convaincues de la réalité de la succession apostolique, tout au plus de sa beauté, de ses fruits historiques et de son utilité pastorale. Pardonnez-donc les termes de superstition et d'orgueil, ladite succession est pour moi l'objet d'un simple questionnement. Je suis plus qu'ouvert aux données objectives de la foi, cependant, mes incertitudes temporaires et qui ne seront sur terre jamais entièrement comblées ne me gênent pas, du moins je m'efforce, dans la prière en particulier, de ne pas les craindre.
Je peux sans peine comprendre que la seule lecture de la Bible et du Catéchisme de l'Eglise Catholique ne soient pas suffisants pour admettre la doctrine relative à la succession apostolique. La première n'est pas des plus explicites sur ce point, son objet n'étant comparable à une sorte de loi constitutionnelle, et le CEC étant un exposé de la doctrine catholique et non à proprement parler une explication de celle-ci.
Ce n'est pas ici le lieu, ce me semble, pour s'engager dans des échanges sur la véracité de la doctrine catholique de la succession apostolique, et je vous invite à ouvrir un fil dédié si vous souhaitez échanger sur le sujet. Je ne peux, à défaut, que vous redire ce que j'ai évoqué précédemment : la seule Bible n'est pas suffisante pour étudier correctement la doctrine chrétienne. Il est nécessaire d'avoir également une approche historique, en recherchant quelle a été la compréhension intellectuelle et existentielle qui a été celle de ceux qui sont les plus proches chronologiquement des faits. Il s'agit donc d'histoire proprement dite. Il s'agit également d'une histoire intellectuelle, avec les écrits des premiers chrétiens et de ceux qui sont appelés les Pères de l'Eglise.
S'appuyer uniquement sur la Bible, en partant au surplus dans le cadre de l'étude sur le présupposé faux que les évangiles auraient été rédigés en grec plusieurs décennies après les faits à partir de sources mythiques, ne vous conduira pas bien loin, et vous fera en tout cas passer à côté de bien des merveilles.
Compagnon de Tobie a écrit : ↑jeu. 14 mars 2024, 3:59Un point tout de même : "car c'est bien le Christ qui nous a aimé le premier". Jésus et Paul valorisant le célibat comme, sinon plus que le mariage, je ne parviens pas à voir dans cet "amour premier au masculin" le fondement des différences que vous développez. La prohibition de l'inconduite est un commandement explicite, oui. L'institution du mariage lui donne un cadre et une légitimité. En revanche, je ne vois ni où ni comment concevoir cette institution comme le fondement sacramental, anhistorique, figeant une fois pour toute des rôles tendancieusement hiérarchiques au sein de la conjugalité - oui sociologiquement hiérarchiques, ne nous racontons pas d'histoire. L'institution me semble au contraire être le lieu où déployer
l'ensemble de la volonté
réelle du programme rédempteur et de l'anticipation du règne. Donner sa vie pour son conjoint... j'espère ma femme capable d'en faire autant, et même pourquoi pas plus ! Je me sens bien le devoir de l'être en premier et, sans modestie vous le constatez, c'est un devoir auquel, Dieu merci, je n'ai jamais manqué. Toutefois, ayant trop entendu parler des chansons de geste et de leur postérité, le contenu et les illustrations figés (ou disons la symétrie unilatérale illusoirement dynamique) que vous donnez aux différences conjugales, aussi sources normatives ces strictes différences soient-elles en vérité, me semblent manquer de lucidité.
Je crois qu'il faut distinguer deux choses. Il y a premièrement les
rôles que vous évoquez. Au risque de subir ici quelques foudres, je suis particulièrement en phase avec l'approche qui fut celle de Simone de Beauvoir dans
Le Deuxième Sexe. Pour résumer sa thèse, elle estime que les rôles masculins et féminins pouvant être constatés dans une société donnée sont des constructions culturelles exprimant la différence entre l'homme et la femme. C'est-à-dire que sa thèse est de considérer qu'il y a bien une différence réelle entre un homme et une femme, mais que cette différence réelle ne conditionne pas les rôles qui, dans telle ou telle société, expriment cette différence. En d'autres termes, Madame aux fourneaux avec les enfants et Monsieur à l'usine ou au bureau, ce sont des rôles exprimant une différence réelle et ne pouvant donc par principe être considérée comme illégitime. Mais ce ne sont pas des rôles
nécessaires en ce sens que cette différence entre l'homme et la femme peut s'exprimer différemment. Mais, et c'est à mon sens ce qui est le plus intéressant dans la thèse de Simone de Beauvoir, cette différence ne peut pas ne pas d'exprimer, d'une manière ou d'une autre, précisément parce qu'elle est réelle.
Il y a ensuite cette différence proprement dite. Il m'apparaît que la seule différence réelle, concrète et indépassable entre l'homme et la femme, c'est que seule la femme peut être mère. L'homme ne le peut pas, c'est une impossibilité biologique. C'est dans l'utérus de la femme que se développe un nouvel être humain. L'homme n'en a pas. C'est au sein de la femme que peut se nourrir un bébé. L'homme ne produit pas de lait.
C'est donc ce qui est fondamental : c'est la femme qui donne la vie et la soutient dans ses premiers instants. L'homme n'a, pour sa part, rien qui lui soit propre. En un sens, la femme est un homme avec quelque chose de plus, la maternité.
Comment situer l'enseignement de S. Paul dans ce cadre ? Si j'admets sans difficulté que mon interprétation puisse être discutable, il me semble difficile de nier que l'Apôtre fait bien une différence entre l'homme et la femme en posant une correspondance avec la relation existante entre le Christ et l'Eglise, et il ne saurait être considéré sérieusement que la relation Christ -> Eglise soit équivalent ou identique à la relation Eglise -> Christ.
Toujours est-il que cette différence ressortant du discours de l'Apôtre me semble nécessairement devoir être rattachée à ce qui apparaît être comme la seule différence réelle et concrète entre l'homme et la femme, à savoir la maternité.
Mais je suis preneur de tout avis divergent ou de toute autre lecture
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[quote="Compagnon de Tobie" post_id=464208 time=1710381563 user_id=18457]En revanche, oui, mes lectures de la bible et du catéchisme catholique ne m'ont pas convaincues de la réalité de la succession apostolique, tout au plus de sa beauté, de ses fruits historiques et de son utilité pastorale. Pardonnez-donc les termes de superstition et d'orgueil, ladite succession est pour moi l'objet d'un simple questionnement. Je suis plus qu'ouvert aux données objectives de la foi, cependant, mes incertitudes temporaires et qui ne seront sur terre jamais entièrement comblées ne me gênent pas, du moins je m'efforce, dans la prière en particulier, de ne pas les craindre.[/quote]
Je peux sans peine comprendre que la seule lecture de la Bible et du Catéchisme de l'Eglise Catholique ne soient pas suffisants pour admettre la doctrine relative à la succession apostolique. La première n'est pas des plus explicites sur ce point, son objet n'étant comparable à une sorte de loi constitutionnelle, et le CEC étant un exposé de la doctrine catholique et non à proprement parler une explication de celle-ci.
Ce n'est pas ici le lieu, ce me semble, pour s'engager dans des échanges sur la véracité de la doctrine catholique de la succession apostolique, et je vous invite à ouvrir un fil dédié si vous souhaitez échanger sur le sujet. Je ne peux, à défaut, que vous redire ce que j'ai évoqué précédemment : la seule Bible n'est pas suffisante pour étudier correctement la doctrine chrétienne. Il est nécessaire d'avoir également une approche historique, en recherchant quelle a été la compréhension intellectuelle et existentielle qui a été celle de ceux qui sont les plus proches chronologiquement des faits. Il s'agit donc d'histoire proprement dite. Il s'agit également d'une histoire intellectuelle, avec les écrits des premiers chrétiens et de ceux qui sont appelés les Pères de l'Eglise.
S'appuyer uniquement sur la Bible, en partant au surplus dans le cadre de l'étude sur le présupposé faux que les évangiles auraient été rédigés en grec plusieurs décennies après les faits à partir de sources mythiques, ne vous conduira pas bien loin, et vous fera en tout cas passer à côté de bien des merveilles.
[quote="Compagnon de Tobie" post_id=464208 time=1710381563 user_id=18457]Un point tout de même : "car c'est bien le Christ qui nous a aimé le premier". Jésus et Paul valorisant le célibat comme, sinon plus que le mariage, je ne parviens pas à voir dans cet "amour premier au masculin" le fondement des différences que vous développez. La prohibition de l'inconduite est un commandement explicite, oui. L'institution du mariage lui donne un cadre et une légitimité. En revanche, je ne vois ni où ni comment concevoir cette institution comme le fondement sacramental, anhistorique, figeant une fois pour toute des rôles tendancieusement hiérarchiques au sein de la conjugalité - oui sociologiquement hiérarchiques, ne nous racontons pas d'histoire. L'institution me semble au contraire être le lieu où déployer [u]l'ensemble[/u] de la volonté [i]réelle[/i] du programme rédempteur et de l'anticipation du règne. Donner sa vie pour son conjoint... j'espère ma femme capable d'en faire autant, et même pourquoi pas plus ! Je me sens bien le devoir de l'être en premier et, sans modestie vous le constatez, c'est un devoir auquel, Dieu merci, je n'ai jamais manqué. Toutefois, ayant trop entendu parler des chansons de geste et de leur postérité, le contenu et les illustrations figés (ou disons la symétrie unilatérale illusoirement dynamique) que vous donnez aux différences conjugales, aussi sources normatives ces strictes différences soient-elles en vérité, me semblent manquer de lucidité.[/quote]
Je crois qu'il faut distinguer deux choses. Il y a premièrement les [i]rôles[/i] que vous évoquez. Au risque de subir ici quelques foudres, je suis particulièrement en phase avec l'approche qui fut celle de Simone de Beauvoir dans [i]Le Deuxième Sexe[/i]. Pour résumer sa thèse, elle estime que les rôles masculins et féminins pouvant être constatés dans une société donnée sont des constructions culturelles exprimant la différence entre l'homme et la femme. C'est-à-dire que sa thèse est de considérer qu'il y a bien une différence réelle entre un homme et une femme, mais que cette différence réelle ne conditionne pas les rôles qui, dans telle ou telle société, expriment cette différence. En d'autres termes, Madame aux fourneaux avec les enfants et Monsieur à l'usine ou au bureau, ce sont des rôles exprimant une différence réelle et ne pouvant donc par principe être considérée comme illégitime. Mais ce ne sont pas des rôles [u]nécessaires[/u] en ce sens que cette différence entre l'homme et la femme peut s'exprimer différemment. Mais, et c'est à mon sens ce qui est le plus intéressant dans la thèse de Simone de Beauvoir, cette différence ne peut pas ne pas d'exprimer, d'une manière ou d'une autre, précisément parce qu'elle est réelle.
Il y a ensuite cette différence proprement dite. Il m'apparaît que la seule différence réelle, concrète et indépassable entre l'homme et la femme, c'est que seule la femme peut être mère. L'homme ne le peut pas, c'est une impossibilité biologique. C'est dans l'utérus de la femme que se développe un nouvel être humain. L'homme n'en a pas. C'est au sein de la femme que peut se nourrir un bébé. L'homme ne produit pas de lait.
C'est donc ce qui est fondamental : c'est la femme qui donne la vie et la soutient dans ses premiers instants. L'homme n'a, pour sa part, rien qui lui soit propre. En un sens, la femme est un homme avec quelque chose de plus, la maternité.
Comment situer l'enseignement de S. Paul dans ce cadre ? Si j'admets sans difficulté que mon interprétation puisse être discutable, il me semble difficile de nier que l'Apôtre fait bien une différence entre l'homme et la femme en posant une correspondance avec la relation existante entre le Christ et l'Eglise, et il ne saurait être considéré sérieusement que la relation Christ -> Eglise soit équivalent ou identique à la relation Eglise -> Christ.
Toujours est-il que cette différence ressortant du discours de l'Apôtre me semble nécessairement devoir être rattachée à ce qui apparaît être comme la seule différence réelle et concrète entre l'homme et la femme, à savoir la maternité.
Mais je suis preneur de tout avis divergent ou de toute autre lecture :-D
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