Liberté religieuse contre tolérance religieuse
Il faut ici distinguer entre liberté religieuse et tolérance religieuse. La liberté religieuse est cette doctrine qui affirme que tout homme a le droit de professer et de pratiquer la religion que bon lui semble, en accord avec la voix de sa conscience. La tolérance religieuse est cette doctrine qui affirme qu’une société civile peut moralement tolérer en son sein, si une raison suffisante le justifie, le mal que représente le fait qu’un certain nombre de ses citoyens professent et pratiquent de fausses religions (autrement dit des religions non-catholiques). Une raison suffisante de tolérer un mal si grand serait la nécessité d’éviter un plus grand mal, la guerre civile par exemple.
Le terme même de tolérance implique un mal, et par conséquent nous ne parlons pas d’un droit à professer de fausses religions, puisque tout droit est fondé en Dieu. Il est inconcevable que Dieu concède à quelque chose le droit d’être faux: le droit, par exemple, de dire que Sa Mère Immaculée est une courtisane, ou que le Christ est adultère.
L’Eglise a toujours reconnu la prudence de la tolérance en certaines circonstances, et la situation des Etats-Unis est assurément
l’une de ces circonstances.
Le Pape Léon XIII enseigne:
Bien que l’Église prononce le jugement que différents cultes ne peuvent pas demeurer sur le même plan d’égalité avec la vraie religion, elle ne condamne pas cependant ces chefs d’État qui, en vue de procurer un plus grand bien ou d’éviter un mal, tolèrent en pratique la coexistence de différents cultes
Le territoire des Etats-Unis couvrant une vaste étendue et incluant des myriades de religions, il est permis à son gouvernement de tolérer, par prudence, de nombreuses religions.
Mais la tolérance religieuse ne dispense pas un gouvernement de l’obligation de professer la seule vraie Foi, de reconnaître le Christ comme le seul vrai Dieu et l’Église Catholique Romaine comme Sa seule véritable Église.
C’est là que réside l’erreur-clé des tenants du culte de la liberté.
Ce n’est pas qu’ils prônent la prudence de la tolérance religieuse pour éviter une guerre civile, ils prônent plutôt l’indifférence même du gouvernement à toute religion, comme si l’indifférence était l’une des grandes vertus de la Constitution. Ils exaltent le droit de tout homme à ouvrir la bouche pour dire tout ce qui lui plaît, à écrire tout ce qui lui plaît (ou en faire un film), à croire et à pratiquer la religion qui lui plaît quelle qu’elle soit.
Tel est, selon les champions du culte de la liberté, le droit qui doit régir la société. Sous les régimes monarchiques, lorsque l’Église catholique était reconnue comme l’unique vraie religion, les êtres humains étaient “opprimés”.
La liberté: une fin en soi
Comme je l’ai déjà dit, l’Église catholique n’a jamais été ennemie de la liberté, bien au contraire, elle fut un défenseur acharné de la doctrine du libre arbitre contre un grand nombre de ceux qui la dénie.
Elle n’a jamais favorisé non plus ni les tyrans ni les régimes oppressifs. Saint Louis, Roi de France, à l’apogée du Moyen-Age “oppressif”, fut
même admonesté par un pape parce qu’il châtiait trop sévèrement les blasphémateurs. Là où l’Église et les partisans du culte de
la liberté sont en désaccord, c’est lorsque l’Église enseigne que la liberté humaine est «un moyen pour aboutir à une fin» tandis que
les champions du culte de la liberté voient la liberté humaine comme un fin en soi.
L’Eglise enseigne que la liberté ou le libre arbitre est une faculté dont l’objet est de choisir les bons moyens pour arriver à une fin prédéterminée.
Pour nous la fin est déjà fixée: c’est le bien universel qui n’est autre que Dieu. Le moyen qui tend à cette fin est l’observance de la loi de Dieu: la loi éternelle, la loi naturelle, les Dix Commandements, les lois du Christ, la loi morale, les lois de l’Église. C’est la fonction de notre libre arbitre, telle qu’elle est voulue par Dieu, de choisir librement d’obéir à ces lois de telle sorte que nous atteignions la fin qui nous est
assignée.
. Lorsque je dis “choisir librement”, je ne veux pas dire qu’il est pour nous facultatif de choisir de leur obéir ou pas. Je veux dire que nous sommes censés les choisir par libre élection, et non par simple mécanisme ou instinct, comme le font d’autres créatures en suivant la loi établie par Dieu.
Dieu l’a ainsi établi, car l’amour que Lui porte une créature Lui procure plus de gloire qu’une simple obéissance mécanique ou instinctive à sa loi, comme celle des rochers ou des animaux.
Que nous soyions capables de nous tromper en ne choisissant pas les bons moyens pour arriver à notre fin, est donc un défaut de la liberté. La liberté ne peut pas être alors définie comme l’aptitude à choisir entre le bien et le mal, car, si telle était sa définition, nous devrions dire que Dieu n’est pas libre, puisqu’Il ne peut choisir le mal.
Les partisans du culte de la liberté ont une toute autre idée de la liberté.
A Dieu, ils ont substitué la liberté humaine. La fin de l’homme, pour eux, consiste à être libre. Peu importe ce qu’il fait du moment qu’il le fait
librement et sans contrainte. La “liberté de choix” est la plus grande qualité de l’être humain, issue de sa dignité même en tant
que personne humaine, et doit être préservée coûte que coûte.
Aussi la liberté n’est-elle plus une faculté de choisir des moyens pour arriver à une fin, mais une fin en soi.
Le Culte de la liberté - cause de l’effondrement moral.
Les seules contraintes que les champions du culte de la liberté imposent à leur déesse liberté résident dans le fait d’empêcher les
gens d’assassiner ou de voler, du moins pour le moment. Je dis bien “du moins pour le moment” car nous avons déjà légalisé le meurtre en légalisant l’avortement.
En effet, au nom de la liberté de choix, nous avons assisté à la dissolution, l’une après l’autre, de contraintes imposées par des lois en vigueur il y a cinquante ans aux Etats-Unis ou dans d’autres pays. En 1920 par exemple, un pharmacien pouvait être arrêté pour vente
de moyens ou de médicaments contraceptifs. A l’heure actuelle il risque l’emprisonnement s’il n’en vend pas, et ces produits démoniaques ont leur place dans les annonces publicitaires télévisées entre les cornflakes et les détergents, ils sont exposés en premier plan
dans les drugstores à côté de l’aspirine et du shampoing, de telle sorte que les adolescents peuvent entrer et se servir d’un geste vif, sur
le champ et sans aucune gêne.
Au nom de la liberté, il est plus facile à de futures mères d’entrer dans les cliniques abortoires pour tuer leur enfant que d’aller
chez le coiffeur.
A ma connaissance, on serait arrivé, aux dernières nouvelles, à quelque chose comme vingt-cinq millions d’avortements. Dans ce pays quatre mille bébés sont assassinés chaque jour. Je le répète, il y a cinquante ans, ces mères auraient été arrêtées et poursuivies en justice, et les
avorteurs avec elles.
Il n’est pas jusqu’au divorce pour lequel, en ce pays pourtant protestant, il n’ait fallu donner les preuves d’une “raison suffisante”. Il y a cinquante ans le divorce, bien que légal, était considéré comme quelque chose de scandaleux, même parmi les protestants. Pour les catholiques il n’existait même pas.
Aujourd’hui ce n’est plus une faute.
Il y a cinquante ans, vous pouviez être arrêté pour comportement homosexuel ou parce que vous portiez les vêtements du sexe opposé.
Tout récemment à San Francisco est passé un décret interdisant la discrimination contre les travestis. Autrement dit, si le vice-président de
votre compagnie décide de porter une robe, des hauts talons, de se mettre du rouge à lèvres et du parfum, vous n’y pouvez rien faire. Je me demande si le franc-maçon Patrick Henri avait tout cela en tête lorsqu’il déclarait: “Donnezmoi la liberté ou donnez-moi la mort!”
La raison pour laquelle ces contraintes étaient en place, il y a une cinquantaine d’années, est que la population, naturellement conservatrice, insistait d’une façon illogique sur ces contraintes. Je dis “illogique”, car, une fois que vous avez posé le principe du culte de la liberté, il n’y a plus rien pour arrêter la liberté de choix pour quoique ce soit.
Si on allègue la loi naturelle contre les avorteurs, les homosexuels, les divorcés, ceux qui pratiquent le contrôle des naissances, on vous répond tout simplement: “Nous ne croyons pas à la loi naturelle”.
A cela, les tenants du culte de la liberté ne peuvent rien répondre puisqu’en vertu du principe de liberté de conscience et de liberté
d’expression, les gens ont le droit civil de rejeter la loi naturelle. Civilement, ils ont le droit de professer l’athéisme, de dire que
Notre-Dame était une courtisane, que Notre Seigneur était un fornicateur, que les enfants peuvent être tués dans le ventre de leur mère,
que l’homosexualité vaut autant que l’hétérosexualité, que peu importe la façon dont vous vous habillez, en homme ou en femme comme cela vous dit ce jour-là.
Quelle loi les partisans du culte de la liberté peuvent-ils alléguer contre ces gens dès lors que depuis deux cents ans l’évangile de la liberté de conscience, de la liberté de religion, d’expression et de la presse, n’a cessé d’être prêché partout, présentant ces libertés comme ce qu’il y a de plus élevé et de plus ennoblissant en matière de qualité de vie humaine?