par menochios » sam. 05 sept. 2020, 3:21
Comme chacun d'entre nous, je suis devenu ces derniers temps un éminent virologue/épidémiologue de comptoir.
A écouter les medecins, vient come la sensation étrange qu'ils parlent de séquences, comme de mots que l'on aligne. Certains ont un sens, d'autres non. Et ils utilisent un support, une phrase, sur laquelle ils greffent leur séquence.
C'est à dire qu'au delà des techniques qu'ils utilisent, leur représentation mentale est celle d'une suite de séquences de caractères. Peut être que nous travaillons désormais avec des notions d'épigénétique, mais nous ne sommes pas encore sorties de la représentation GATTACA des gènes. Un texte immense et très complexe, comme un code de loi ou à un immense programme informatique.
On joue beaucoup pour les gênes avec cette métaphore de l'informatique. Il me suffit de changer une instruction et alors l'expression du gêne changera. Nouvelle protéine. Nouvelle fonction C'est mal connaitre le fonctionnement des programmes informatiques. Il faudrait imaginer ce qu'est notre corps. Un assemblage de programmes évoluant depuis des millions d'années en interaction. Un programme génétique élaboré à partir de formes de vie antérieures, influencées par tous les périls auxquels elle a survécu, patch d'urgence après patch d'urgence. Un petit lien :
http://www.edu.upmc.fr/sdv/masselot_050 ... nomes.html
C'est à celà que certains veulent toucher ? Si c'est un code, il est dégueulasse. Dans la réalité, à des programmes semblables, on ne touche pas. Soit on refait tout, soit on ne touche à rien. Les bricoleurs s'en mordent toujours les doigts. Passons, je ne voudrais pas pousser trop loin la métaphore. Comme toutes nos représentations de la réalité lorsqu'on les développe trop longtemps, elles finissent par perdre tout lien avec le réel. Et pour tous ceux qui n'ont pas les mains dans le cambouis du monde, ce qui est cru devient plus important que ce qui est. Notre code génétique, cet espace inconnu où on voudrait encore rajouter des morceaux contrôlés. Parmi ceux là, combien auront des effets inconnus ? On suppose que telle protéine du placenta vient d'un virus. On suppose que notre génome serait pour 8% d'origine virale. On suppose beaucoup. Voilà qu'on nous parle de transhumanisme, comme si quelqu'un contrôlait quelque chose.
On pourrait, sur le ton de la farce ironiser sur l'immense talent qu'à eu Bill Gates pour créer des programmes instables et complexes en pillant des ressources créées par d'autres. La pensée médiévale voulait que les petites choses rejoignent les grandes. Disons que la pensée moderne m'inciterait à croire qu'un homme ne fait jamais de sa vie que la même chose, sans cesse répétée. Aux portes de l'hiver, voilà Bill Gates qui voudrait ajouter sa patte à ce qui doit lui sembler le Graal des codes, le programme génétique de l'être humain. Celà il l'a déjà fait. Reprendre l'oeuvre d'un autre, sans la comprendre, et rajouter au dessus des choses séduisantes et instables. On voudrait que ce soit un projet, ce n'est qu'une illusion soigneusement marquetée. Si ce rêve ne rapporte pas assez, ils lâcheront cette ombre pour d'autres proies.
Mais si nous ne savons pas quel sera l'effet de ces injections de protéines, nous pouvons prévoir comment nous gererons cette connaissance. En fait, ce sont les différents rapports que nous pouvons entretenir à un même texte qui nous ramène par des chemins détournés au texte des Evangiles.
Car ils ne sont pas beaucoup les textes qui ont échappé à cette malédiction qui les conduit à l'abandon pour embolie graisseuse. Quel code de loi durerait plus d'un siècle sans crouler sous ses propres amendements ?
La foi catholique, comme une formation qui apprend un rapport au monde et une démarche devant la création et la connaissance.
C'est à dire accepter que le texte des Evangiles a été assemblé par des rédacteurs inconnus. Il est une oeuvre composite, que l'on préserve au mieux. Ainsi les débats sur tel ou tel mot, les recherches qui embarquent le contexte historique et les découvertes archéologiques. On peut approcher les Evangiles par l'analyse de texte ou par l'archéologie. On peut y agréger la psychologie ou la politique. En fait, les Evangiles sont pour moi le point nodal de la connaissance humaine. La mesure de toutes choses que l'on puisse comprendre. Etudier les Evangiles, c'est faire l'expérience de la limite de la connaissance humaine. Mais ne pas renoncer pourtant à s'élever.
Ainsi de ce que pourrait être une approche catholique de la compréhension du génome, pour comprendre et protéger, sans nier l'évolution et le passage du temps. Mais en acceptant les limites de notre compréhension, et en agissant a minima, comme la main tremblante.
C'est, je crois, Guillaume Bude, qui parlait de l'intelligence comme d'un moyen de s'élever, comme en cercle et par perpetuel digressions, comme un oiseau cherchant ses courants ascendants, vers Dieu.
C'est pour moi une pensée extraordinairement réconfortante, et exigeante.
Comme chacun d'entre nous, je suis devenu ces derniers temps un éminent virologue/épidémiologue de comptoir.
A écouter les medecins, vient come la sensation étrange qu'ils parlent de séquences, comme de mots que l'on aligne. Certains ont un sens, d'autres non. Et ils utilisent un support, une phrase, sur laquelle ils greffent leur séquence.
C'est à dire qu'au delà des techniques qu'ils utilisent, leur représentation mentale est celle d'une suite de séquences de caractères. Peut être que nous travaillons désormais avec des notions d'épigénétique, mais nous ne sommes pas encore sorties de la représentation GATTACA des gènes. Un texte immense et très complexe, comme un code de loi ou à un immense programme informatique.
On joue beaucoup pour les gênes avec cette métaphore de l'informatique. Il me suffit de changer une instruction et alors l'expression du gêne changera. Nouvelle protéine. Nouvelle fonction C'est mal connaitre le fonctionnement des programmes informatiques. Il faudrait imaginer ce qu'est notre corps. Un assemblage de programmes évoluant depuis des millions d'années en interaction. Un programme génétique élaboré à partir de formes de vie antérieures, influencées par tous les périls auxquels elle a survécu, patch d'urgence après patch d'urgence. Un petit lien : http://www.edu.upmc.fr/sdv/masselot_05001/introduction/genomes.html
C'est à celà que certains veulent toucher ? Si c'est un code, il est dégueulasse. Dans la réalité, à des programmes semblables, on ne touche pas. Soit on refait tout, soit on ne touche à rien. Les bricoleurs s'en mordent toujours les doigts. Passons, je ne voudrais pas pousser trop loin la métaphore. Comme toutes nos représentations de la réalité lorsqu'on les développe trop longtemps, elles finissent par perdre tout lien avec le réel. Et pour tous ceux qui n'ont pas les mains dans le cambouis du monde, ce qui est cru devient plus important que ce qui est. Notre code génétique, cet espace inconnu où on voudrait encore rajouter des morceaux contrôlés. Parmi ceux là, combien auront des effets inconnus ? On suppose que telle protéine du placenta vient d'un virus. On suppose que notre génome serait pour 8% d'origine virale. On suppose beaucoup. Voilà qu'on nous parle de transhumanisme, comme si quelqu'un contrôlait quelque chose.
On pourrait, sur le ton de la farce ironiser sur l'immense talent qu'à eu Bill Gates pour créer des programmes instables et complexes en pillant des ressources créées par d'autres. La pensée médiévale voulait que les petites choses rejoignent les grandes. Disons que la pensée moderne m'inciterait à croire qu'un homme ne fait jamais de sa vie que la même chose, sans cesse répétée. Aux portes de l'hiver, voilà Bill Gates qui voudrait ajouter sa patte à ce qui doit lui sembler le Graal des codes, le programme génétique de l'être humain. Celà il l'a déjà fait. Reprendre l'oeuvre d'un autre, sans la comprendre, et rajouter au dessus des choses séduisantes et instables. On voudrait que ce soit un projet, ce n'est qu'une illusion soigneusement marquetée. Si ce rêve ne rapporte pas assez, ils lâcheront cette ombre pour d'autres proies.
Mais si nous ne savons pas quel sera l'effet de ces injections de protéines, nous pouvons prévoir comment nous gererons cette connaissance. En fait, ce sont les différents rapports que nous pouvons entretenir à un même texte qui nous ramène par des chemins détournés au texte des Evangiles.
Car ils ne sont pas beaucoup les textes qui ont échappé à cette malédiction qui les conduit à l'abandon pour embolie graisseuse. Quel code de loi durerait plus d'un siècle sans crouler sous ses propres amendements ?
La foi catholique, comme une formation qui apprend un rapport au monde et une démarche devant la création et la connaissance.
C'est à dire accepter que le texte des Evangiles a été assemblé par des rédacteurs inconnus. Il est une oeuvre composite, que l'on préserve au mieux. Ainsi les débats sur tel ou tel mot, les recherches qui embarquent le contexte historique et les découvertes archéologiques. On peut approcher les Evangiles par l'analyse de texte ou par l'archéologie. On peut y agréger la psychologie ou la politique. En fait, les Evangiles sont pour moi le point nodal de la connaissance humaine. La mesure de toutes choses que l'on puisse comprendre. Etudier les Evangiles, c'est faire l'expérience de la limite de la connaissance humaine. Mais ne pas renoncer pourtant à s'élever.
Ainsi de ce que pourrait être une approche catholique de la compréhension du génome, pour comprendre et protéger, sans nier l'évolution et le passage du temps. Mais en acceptant les limites de notre compréhension, et en agissant a minima, comme la main tremblante.
C'est, je crois, Guillaume Bude, qui parlait de l'intelligence comme d'un moyen de s'élever, comme en cercle et par perpetuel digressions, comme un oiseau cherchant ses courants ascendants, vers Dieu.
C'est pour moi une pensée extraordinairement réconfortante, et exigeante.