par VexillumRegis » jeu. 23 sept. 2004, 15:01
MB a écrit :Désolé, mais c'est faux. Le pouvoir en place à Versailles a toujours été la cible de différents lobbies, qui parfois n'avaient pas la même forme que les nôtres, mais parfois leur ressemblaient étrangement. Je cite quelques exemples : la compagnie des Indes ; le monopole muscial de Lulli ; les drapiers opposés au commerce d'indiennes ; le groupe des phliosophes, ou leurs adversaires ; etc, etc. Au contraire, je pense même que le lobbying était plus intense : la monarchie avait la faculté d'accorder des monopoles, des facilités, des privilèges (au sens large du terme), à des individus ou groupes déterminés. Aussi était-il nécessaire d'être bien en vue dans ses couloirs.
Cela est vrai : autour de tout pouvoir politique gravitent des groupes de pression, plus ou moins influents, qui tentent de faire valoir leurs intérêts. En monarchie comme en république.
Cependant, si les faits sont les mêmes, ni les circonstances ni les résultats ne le sont. Car le monarque, qui ne tient son pouvoir que de lui-même, par droit héréditaire, a par conséquent tous les moyens en main pour résister à ces lobbies : c'est lui qui décide en dernier ressort. En république, c'est très différent. Le pouvoir démocratique naît des élections ; or pour gagner ces joutes électorales, il faut de l'argent, des moyens de propagande, etc... Et ce sont bien sûr les lobbies qui fournissent ces moyens de se faire élire, si bien que par l'intermédiaire du processus électoral, ce sont les groupes de pression qui sont véritablement à l'origine du pouvoir démocratique : d'où, bien sûr, leur influence écrasante au sein de l'Etat.
On voit donc que si les lobbies existent aussi en monarchie, et peuvent même y être plus nombreux et plus actifs qu'en république, ils n'y peuvent cependant jamais avoir (sauf dans le cas d'un souverain faible) une influence et un puissance comparables à celles qu'ils peuvent acquérir en république.
On dit "absolue", car le Prince est censé être, conformément au droit romain de l'époque impériale, délié des lois ("princeps a legibus solutus") ; en fait, ça n'a jamais été le cas, le roi était ceint de toutes parts par des obligations morales ou légales, des lois supérieures à lui, qui l'empêchaient de faire tout ce qu'il voulait.
Je crois qu'en la matière il est nécessaire de distinguer entre les lois naturelles, les lois morales, auxquelles le Prince
doit se conformer (mais rien ne l'y peut engager en dehors de lui), et les lois positives qu'il édicte en vertu de sa puissance législative.
Dans les deux cas, Bossuet écrivait : "
Les rois sont donc soumis comme les autres à l'équité des lois [ce qu'il qualifie de
puissance directive] (...)
mais ils ne sont pas soumis aux peines des lois [ce qu'il qualifie de
puissance coactive]".
A cela il convient de mentionner ce qu'on appelait les lois fondamentales de Royaumes, lois constitutives que le souverain ne pouvait toucher, et qui se résument à cinq principes : l'inaliénabilité de la couronne, l'exclusion des fille, l'exclusion des mâles descendant par les filles, primogéniture masculine et exclusion des hérétiques.
Les rois ne touchèrent jamais à ces lois fondamentales, à l'exception de Louis XIV, qui dans un édit de juillet 1714 ordonna que ces bâtards légitimés succéderaient à la couronne en cas de disparition des descendants mâles issus de Saint Louis. Mais cet édit fut cassé par le parlement de Paris en 1717.
Bien à vous,
- VR -
[quote="MB"]Désolé, mais c'est faux. Le pouvoir en place à Versailles a toujours été la cible de différents lobbies, qui parfois n'avaient pas la même forme que les nôtres, mais parfois leur ressemblaient étrangement. Je cite quelques exemples : la compagnie des Indes ; le monopole muscial de Lulli ; les drapiers opposés au commerce d'indiennes ; le groupe des phliosophes, ou leurs adversaires ; etc, etc. Au contraire, je pense même que le lobbying était plus intense : la monarchie avait la faculté d'accorder des monopoles, des facilités, des privilèges (au sens large du terme), à des individus ou groupes déterminés. Aussi était-il nécessaire d'être bien en vue dans ses couloirs. [/quote]
Cela est vrai : autour de tout pouvoir politique gravitent des groupes de pression, plus ou moins influents, qui tentent de faire valoir leurs intérêts. En monarchie comme en république.
Cependant, si les faits sont les mêmes, ni les circonstances ni les résultats ne le sont. Car le monarque, qui ne tient son pouvoir que de lui-même, par droit héréditaire, a par conséquent tous les moyens en main pour résister à ces lobbies : c'est lui qui décide en dernier ressort. En république, c'est très différent. Le pouvoir démocratique naît des élections ; or pour gagner ces joutes électorales, il faut de l'argent, des moyens de propagande, etc... Et ce sont bien sûr les lobbies qui fournissent ces moyens de se faire élire, si bien que par l'intermédiaire du processus électoral, ce sont les groupes de pression qui sont véritablement à l'origine du pouvoir démocratique : d'où, bien sûr, leur influence écrasante au sein de l'Etat.
On voit donc que si les lobbies existent aussi en monarchie, et peuvent même y être plus nombreux et plus actifs qu'en république, ils n'y peuvent cependant jamais avoir (sauf dans le cas d'un souverain faible) une influence et un puissance comparables à celles qu'ils peuvent acquérir en république.
[quote]On dit "absolue", car le Prince est censé être, conformément au droit romain de l'époque impériale, délié des lois ("princeps a legibus [b]solutus[/b]") ; en fait, ça n'a jamais été le cas, le roi était ceint de toutes parts par des obligations morales ou légales, des lois supérieures à lui, qui l'empêchaient de faire tout ce qu'il voulait.[/quote]
Je crois qu'en la matière il est nécessaire de distinguer entre les lois naturelles, les lois morales, auxquelles le Prince [b]doit[/b] se conformer (mais rien ne l'y peut engager en dehors de lui), et les lois positives qu'il édicte en vertu de sa puissance législative.
Dans les deux cas, Bossuet écrivait : "[i]Les rois sont donc soumis comme les autres à l'équité des lois [/i][ce qu'il qualifie de [b]puissance directive[/b]] (...) [i]mais ils ne sont pas soumis aux peines des lois [/i][ce qu'il qualifie de [b]puissance coactive[/b]]".
A cela il convient de mentionner ce qu'on appelait les lois fondamentales de Royaumes, lois constitutives que le souverain ne pouvait toucher, et qui se résument à cinq principes : l'inaliénabilité de la couronne, l'exclusion des fille, l'exclusion des mâles descendant par les filles, primogéniture masculine et exclusion des hérétiques.
Les rois ne touchèrent jamais à ces lois fondamentales, à l'exception de Louis XIV, qui dans un édit de juillet 1714 ordonna que ces bâtards légitimés succéderaient à la couronne en cas de disparition des descendants mâles issus de Saint Louis. Mais cet édit fut cassé par le parlement de Paris en 1717.
Bien à vous,
- VR -