par Théodore » lun. 03 oct. 2016, 13:04
A l'occasion de la réouverture de Saint-Etienne du Rouvray, j'aimerais exprimer publiquement mon opinion sur la mort du père Jacques Hamel et sur les procédures ecclésiales en cours à son sujet, et exhorter tout le monde au calme et au discernement sur cette affaire.
Tout d'abord, je trouve prématurée l'affirmation qui fait du père Hamel un martyr.
On rappelle ce qui fait un martyr : c'est un chrétien qui est mort en haine de la foi, et qui est resté fidèle au Maître et à ses commandements jusqu'au bout ; qui a préféré la mort à l'apostasie. Cela signifie que pour être un martyr il faut avoir fait le choix de persévérer, en sachant qu'on y laisserait peut-être (ou surement) la vie. C'est évidemment le cas des martyrs antiques, qui étaient suppliciés et tués s'ils ne sacrifiaient pas à l'empereur. C'est le cas, mais de façon moins évidente, de quelqu'un comme Oscar Romero, qui n'a cessé de défendre les plus pauvres au nom du Christ, face aux menaces répétées de mort, et qui y a laissé sa vie. Dans le cas de Romero, l'Eglise a mis trois décennies à discerner si c'était bien le cas, alors que c'était un ami personnel de Saint Jean-Paul II. Idem pour Thomas Beckett.
Dans le cas du père Hamel, ça n'est pas du tout évident. Nulles menaces n'avaient visées Saint-Etienne avant l'attaque ; et les assassins se sont visiblement (d'après ce que je sais de l'attaque) directement jetés sur lui pour l'égorger, sans même lui proposer l'apostasie. Quoiqu'il en soit c'est loin d'être aussi clair que les martyrs antiques, ou même que ce que vivent des prêtres du Moyen Orient depuis des décennies.
Je ne nie pas qu'il ait eu une mort admirable, mais ça ne suffit pas à en faire un martyr ; et je suis personnellement réticent à le désigner ainsi. Qu'il ne soit pas martyr n'empêche pas qu'il soit déclaré saint par un autre biais.
Je crois qu'on a donc été très rapide, chez les cathos, à "proclamer" le père Hamel martyr, avant même les premiers récits de l'attaque, simplement parce qu'il avait été tué au cours d'une messe, dans l'exercice de son ministère. Je crois que ça s'explique par la peur suite aux exactions de l'islamisme radical ici et ailleurs, et à une forme de fantasme spirituel et romantique sur le martyre à venir - les cathos sont quelque part tellement pressés que vienne la persécution où ils pourront témoigner de leur foi, et Saint-Etienne leur donne une occasion de s'écrier "voilà, ça commence enfin" ! Une telle attitude ne me paraît pas juste, d'autant que je suis convaincu que nous aurons bien assez tôt des martyrs évidents.
Nul ne peut donc dire, sinon à titre d'opinion, que le père Hamel est un martyr, avant que l'Eglise ait sérieusement discerné la chose et fait son travail dans la paix.
Et ça m'amène à la deuxième partie de ma critique : la pression médiatique terrible exercée sur l'Eglise, et qui semble visiblement lui faire perdre la prudence nécessaire dans ce genre de cas. Le fait que le pape ait dit "le père Hamel est un martyr" dans une homélie n'engage pas l'Eglise, ça ne l'engage qu'en tant que docteur privé. Le pape ne cache d'ailleurs pas son propre engagement personnel en faveur de la béatification rapide du père Hamel ; on a appris aujourd'hui que le dossier de béatification avait été dispensé (fait rare, hélas de plus en plus courant) du délai minimal de cinq ans entre la mort du sujet et l'ouverture du procès, par un simple rescrit (c'est-à-dire une déclaration orale retranscrite) du pape. C'est la troisième fois depuis l'instauration de cette possibilité par le droit ecclésial ; les deux précédents sont Saint Jean-Paul II et Sainte Teresa de Calcutta, dont la réputation de sainteté était déjà bien établie longtemps avant leur mort, ce qui n'est pas le cas du père Hamel. Dans une atmosphère où les esprit sont chauffés à blanc par le traumatisme de l'attaque, on peut y voir un manque de prudence, dont on aimerait qu'il ne soit pas diffusé et amplifié à l'Eglise universelle, qui n'a quoiqu'il en soit pas à être à la merci de la moindre déclaration émanant du Pontife Romain.
En conclusion, j'aimerais bien que tout le monde garde la tête froide, médite sur la question du martyre, et laisse l'Eglise, qui est une vieille dame, faire son travail dans la paix.
Je ne veux pas abaisser la mort du père Hamel ou le dénigrer. Je tiens juste à rappeler que la charité trouve sa joie dans la Vérité, et que le concept de martyr est bien trop précieux pour qu'on l'emploie et le manipule à la légère.
A l'occasion de la réouverture de Saint-Etienne du Rouvray, j'aimerais exprimer publiquement mon opinion sur la mort du père Jacques Hamel et sur les procédures ecclésiales en cours à son sujet, et exhorter tout le monde au calme et au discernement sur cette affaire.
Tout d'abord, je trouve prématurée l'affirmation qui fait du père Hamel un martyr.
On rappelle ce qui fait un martyr : c'est un chrétien qui est mort en haine de la foi, et qui est resté fidèle au Maître et à ses commandements jusqu'au bout ; qui a préféré la mort à l'apostasie. Cela signifie que pour être un martyr il faut avoir fait le choix de persévérer, en sachant qu'on y laisserait peut-être (ou surement) la vie. C'est évidemment le cas des martyrs antiques, qui étaient suppliciés et tués s'ils ne sacrifiaient pas à l'empereur. C'est le cas, mais de façon moins évidente, de quelqu'un comme Oscar Romero, qui n'a cessé de défendre les plus pauvres au nom du Christ, face aux menaces répétées de mort, et qui y a laissé sa vie. Dans le cas de Romero, l'Eglise a mis trois décennies à discerner si c'était bien le cas, alors que c'était un ami personnel de Saint Jean-Paul II. Idem pour Thomas Beckett.
Dans le cas du père Hamel, ça n'est pas du tout évident. Nulles menaces n'avaient visées Saint-Etienne avant l'attaque ; et les assassins se sont visiblement (d'après ce que je sais de l'attaque) directement jetés sur lui pour l'égorger, sans même lui proposer l'apostasie. Quoiqu'il en soit c'est loin d'être aussi clair que les martyrs antiques, ou même que ce que vivent des prêtres du Moyen Orient depuis des décennies.
Je ne nie pas qu'il ait eu une mort admirable, mais ça ne suffit pas à en faire un martyr ; et je suis personnellement réticent à le désigner ainsi. Qu'il ne soit pas martyr n'empêche pas qu'il soit déclaré saint par un autre biais.
Je crois qu'on a donc été très rapide, chez les cathos, à "proclamer" le père Hamel martyr, avant même les premiers récits de l'attaque, simplement parce qu'il avait été tué au cours d'une messe, dans l'exercice de son ministère. Je crois que ça s'explique par la peur suite aux exactions de l'islamisme radical ici et ailleurs, et à une forme de fantasme spirituel et romantique sur le martyre à venir - les cathos sont quelque part tellement pressés que vienne la persécution où ils pourront témoigner de leur foi, et Saint-Etienne leur donne une occasion de s'écrier "voilà, ça commence enfin" ! Une telle attitude ne me paraît pas juste, d'autant que je suis convaincu que nous aurons bien assez tôt des martyrs évidents.
Nul ne peut donc dire, sinon à titre d'opinion, que le père Hamel est un martyr, avant que l'Eglise ait sérieusement discerné la chose et fait son travail dans la paix.
Et ça m'amène à la deuxième partie de ma critique : la pression médiatique terrible exercée sur l'Eglise, et qui semble visiblement lui faire perdre la prudence nécessaire dans ce genre de cas. Le fait que le pape ait dit "le père Hamel est un martyr" dans une homélie n'engage pas l'Eglise, ça ne l'engage qu'en tant que docteur privé. Le pape ne cache d'ailleurs pas son propre engagement personnel en faveur de la béatification rapide du père Hamel ; on a appris aujourd'hui que le dossier de béatification avait été dispensé (fait rare, hélas de plus en plus courant) du délai minimal de cinq ans entre la mort du sujet et l'ouverture du procès, par un simple rescrit (c'est-à-dire une déclaration orale retranscrite) du pape. C'est la troisième fois depuis l'instauration de cette possibilité par le droit ecclésial ; les deux précédents sont Saint Jean-Paul II et Sainte Teresa de Calcutta, dont la réputation de sainteté était déjà bien établie longtemps avant leur mort, ce qui n'est pas le cas du père Hamel. Dans une atmosphère où les esprit sont chauffés à blanc par le traumatisme de l'attaque, on peut y voir un manque de prudence, dont on aimerait qu'il ne soit pas diffusé et amplifié à l'Eglise universelle, qui n'a quoiqu'il en soit pas à être à la merci de la moindre déclaration émanant du Pontife Romain.
En conclusion, j'aimerais bien que tout le monde garde la tête froide, médite sur la question du martyre, et laisse l'Eglise, qui est une vieille dame, faire son travail dans la paix.
Je ne veux pas abaisser la mort du père Hamel ou le dénigrer. Je tiens juste à rappeler que la charité trouve sa joie dans la Vérité, et que le concept de martyr est bien trop précieux pour qu'on l'emploie et le manipule à la légère.