par Charles » ven. 19 oct. 2007, 13:53
Bonjour,
Il paraît que la situation est bien pire que ce que vous dîtes. Une de mes amies, orthophoniste, suit des enfants qui ont été retirés à leurs parents parce qu'ils les battaient - les enfants battaient les parents. J'ai vu aussi dans un grand magasin un enfants se jeter sur sa mère et lui arracher son sac parce qu'elle avait refusé de lui acheter quelque chose. Je parle d'enfants de moins de dix ans.
Il y a aussi la mode des "enfants hyperactifs" et de "l'hyperactivité". Je pense que c'est une pathologie plus symptomatique de l'état de notre société, c'est-à-dire des adultes, que de réels troubles pathologiques chez les enfants.
Les enfants ont besoin de se sentir en sécurité, de sentir que les adultes sont forts et peuvent les protéger. Ils testent les adultes dans ce sens et les poussent parfois jusqu'à ce que les adultes montrent leur force (ce qui montre le désespoir de l'enfant). Mais comme les adultes se laissent dominer, les enfants se sentent vulnérables, ils paniquent : s'ils doivent compter sur eux-mêmes pour se protéger dans le monde, ils savent qu'ils n'y arriveront pas, ils deviennent violents. Le laxisme et la démission de l'autorité chez les adultes génèrent des angoisses énormes chez les enfants. Quand un enfant croit qu'il risque d'être abandonné, physiquement, on connaît tous ses réactions, de même dans le cas d'un divorce : toute possibilité d'abandon et tout ce qui s'en approche déstabilise et angoisse l'enfant. Le déni d'éducation et la capitulation de l'autorité parentale sont un abandon. J'ai enseigné dans des petites classes de collège avec des enfants dits "difficiles" : ni la séduction, ni l'explication ne sont admises par ces enfants - ils veulent, ils attendent désespérément la présence d'un adulte, l'autorité. Ils se savent faibles et ils ont besoin de protection, de sécurité. Il est injuste et même dégueulasse de les leur refuser.
J'ai vu des enfants qui commençaient par me tester en début d'année, d'entrée, radicalement, devenir comme des agneaux et heureux comme tout de voir qu'il y avait un adulte dans la classe. Pour tout ce qui était discipline, je ne donnais ni explications, ni ne cherchais à rien obtenir par la séduction, ni par la force : j'étais le maître, eux les élèves, et il n'y avait rien à dire de plus. Les premières semaines étaient austères, sévères, cassantes et dans la suite, cela devenait plus cordial. L'inverse étant impossible : on peut toujours détendre l'atmosphère mais on ne peut pas récupérer une classe qui n'a pas expérimenté d'entrée que le maître est l'autorité. Et on a passé des moments délicieux ensemble.
Il n'y a rien d'autre que l'autorité qui puisse fonder l'autorité. L'autorité n'a pas à se justifier par des explications ; la séduction, elle, est une vente où les enfants comprennent tout de suite qu'ils peuvent faire monter indéfiniment les prix ; et l'emploi de la force est un aveu de faiblesse et de défaite. Donc pas de justifications, pas de séductions et pas d'élévation de la voix. Par contre, d'entrée, affirmer son état adulte, c'est-à-dire un mélange de distance-différence et de présence. J'ai toujours fait la classe en costume-cravate, rasé de près, je les vouvoyais, ils attendaient debout que je leur demandent de s'asseoir, etc. Mais j'étais disponible, souriant, attentif, chaleureux, dès que la période de rentrée était passée et que le "la" avait été donné. Je me souviens d'un gamin qui m'avait demandé le premier jour quel serait le barême pour les punitions et les colles, il l'a demandé assez crânement, comme un défi (il était vraiment très drôle), et avec une certaine vanité de se montrer à la classe comme un dur. Je lui ai répondu, jouant la surprise, qu'une telle chose n'existait pas et n'avait aucun sens, que je ne voyais pas pourquoi je donnerai des punitions vu qu'on ne faisait jamais rien avec moi qui méritât une punition. Enfin, j'avais trouvé une formulation percutante, et assez bien fait croire que cette possibilité était pour moi absolument inenvisageable, que l'idée qu'un élève déviât d'un centimètre de la ligne que je donnais était inconcevable et que cela n'arrivait jamais. C'était le premier jour, il s'est levé en prenant la classe à témoin pour me tendre un piège et s'est rassis tout piteux et encore plus étonné du résultat de sa tentative que je n'avais feint la surprise. C'était vraiment très drôle. D'ailleurs je devais souvent me forcer à ne pas rire, tellement des gamins de cet âge là peuvent être drôles et créatifs quand ils font ou préparent des bêtises.
Bonjour,
Il paraît que la situation est bien pire que ce que vous dîtes. Une de mes amies, orthophoniste, suit des enfants qui ont été retirés à leurs parents parce qu'ils les battaient - les enfants battaient les parents. J'ai vu aussi dans un grand magasin un enfants se jeter sur sa mère et lui arracher son sac parce qu'elle avait refusé de lui acheter quelque chose. Je parle d'enfants de moins de dix ans.
Il y a aussi la mode des "enfants hyperactifs" et de "l'hyperactivité". Je pense que c'est une pathologie plus symptomatique de l'état de notre société, c'est-à-dire des adultes, que de réels troubles pathologiques chez les enfants.
Les enfants ont besoin de se sentir en sécurité, de sentir que les adultes sont forts et peuvent les protéger. Ils testent les adultes dans ce sens et les poussent parfois jusqu'à ce que les adultes montrent leur force (ce qui montre le désespoir de l'enfant). Mais comme les adultes se laissent dominer, les enfants se sentent vulnérables, ils paniquent : s'ils doivent compter sur eux-mêmes pour se protéger dans le monde, ils savent qu'ils n'y arriveront pas, ils deviennent violents. Le laxisme et la démission de l'autorité chez les adultes génèrent des angoisses énormes chez les enfants. Quand un enfant croit qu'il risque d'être abandonné, physiquement, on connaît tous ses réactions, de même dans le cas d'un divorce : toute possibilité d'abandon et tout ce qui s'en approche déstabilise et angoisse l'enfant. Le déni d'éducation et la capitulation de l'autorité parentale sont un abandon. J'ai enseigné dans des petites classes de collège avec des enfants dits "difficiles" : ni la séduction, ni l'explication ne sont admises par ces enfants - ils veulent, ils attendent désespérément la présence d'un adulte, l'autorité. Ils se savent faibles et ils ont besoin de protection, de sécurité. Il est injuste et même dégueulasse de les leur refuser.
J'ai vu des enfants qui commençaient par me tester en début d'année, d'entrée, radicalement, devenir comme des agneaux et heureux comme tout de voir qu'il y avait un adulte dans la classe. Pour tout ce qui était discipline, je ne donnais ni explications, ni ne cherchais à rien obtenir par la séduction, ni par la force : j'étais le maître, eux les élèves, et il n'y avait rien à dire de plus. Les premières semaines étaient austères, sévères, cassantes et dans la suite, cela devenait plus cordial. L'inverse étant impossible : on peut toujours détendre l'atmosphère mais on ne peut pas récupérer une classe qui n'a pas expérimenté d'entrée que le maître est l'autorité. Et on a passé des moments délicieux ensemble.
Il n'y a rien d'autre que l'autorité qui puisse fonder l'autorité. L'autorité n'a pas à se justifier par des explications ; la séduction, elle, est une vente où les enfants comprennent tout de suite qu'ils peuvent faire monter indéfiniment les prix ; et l'emploi de la force est un aveu de faiblesse et de défaite. Donc pas de justifications, pas de séductions et pas d'élévation de la voix. Par contre, d'entrée, affirmer son état adulte, c'est-à-dire un mélange de distance-différence et de présence. J'ai toujours fait la classe en costume-cravate, rasé de près, je les vouvoyais, ils attendaient debout que je leur demandent de s'asseoir, etc. Mais j'étais disponible, souriant, attentif, chaleureux, dès que la période de rentrée était passée et que le "la" avait été donné. Je me souviens d'un gamin qui m'avait demandé le premier jour quel serait le barême pour les punitions et les colles, il l'a demandé assez crânement, comme un défi (il était vraiment très drôle), et avec une certaine vanité de se montrer à la classe comme un dur. Je lui ai répondu, jouant la surprise, qu'une telle chose n'existait pas et n'avait aucun sens, que je ne voyais pas pourquoi je donnerai des punitions vu qu'on ne faisait jamais rien avec moi qui méritât une punition. Enfin, j'avais trouvé une formulation percutante, et assez bien fait croire que cette possibilité était pour moi absolument inenvisageable, que l'idée qu'un élève déviât d'un centimètre de la ligne que je donnais était inconcevable et que cela n'arrivait jamais. C'était le premier jour, il s'est levé en prenant la classe à témoin pour me tendre un piège et s'est rassis tout piteux et encore plus étonné du résultat de sa tentative que je n'avais feint la surprise. C'était vraiment très drôle. D'ailleurs je devais souvent me forcer à ne pas rire, tellement des gamins de cet âge là peuvent être drôles et créatifs quand ils font ou préparent des bêtises.