Si je reprend la phrase du début :
- «La repentance, des évêques français notamment, consistait à regretter le silence de trop nombreux pasteurs de l'Eglise à l'égard de la Shoah pendant la guerre.» (Petit Matthieu)
pour penser ensuite :
- «... en 1942, quand les rafles et la déportation commencent : sur 85 évêques français, 42 émettent une protestation officielle (Jean Sévilla)».
Je commence à me demander ce que pèse objectivement cette histoire de repentance. Car l'on ne peut pas dire que l'Église catholique serait resté silencieuse finalement, pas plus en France qu'ailleurs. Le problème dans tout cela : c'est cette notion de silence aussi, concept élastique et vague à souhait. Le mot est comme bien fait pour servir à accuser, mais sans qu'il puisse être jamais possible non plus de pouvoir se défendre efficacement à son encontre dans l'opinion.
Dans le cas qui occupe, on se demanderait bien par quelle magie le clergé français aurait dû resté silencieux (avec la connotation de complicité criminelle à la clé) jusqu'en 1945 et à propos d'une notion d'extermination carrément, du génocide,
si l'on peut voir déjà que les évêques peuvent s'alarmer en 1942, mais alors rien qu'envers la notion d'arrestation de personnes sur une base raciale pour commencer; juste l'idée de déportation sans très bien savoir quelles seraient les conditions de vie à l'autre bout, sans avoir une perception claire de l'horrible dans sa véritable dimension qui ne sera connue qu'après la fin de la guerre.
EN FAIT
Il serait déjà plus judicieux se demander pourquoi le clergé aurait réagit ''plus mollement'' aux édits de 1940 à Vichy portant sur le statut des Juifs. Mais on aurait déjà notre réponse, considérant ce qui est dit à propos d'une nécéssité de se défendre d'une certaine influence juive, soit comme l'idée véhiculée dans les années 1920-1930. Mais pour cela il faut changer de registre, quitter le domaine de la criminalité monstrueuse pour celui d'une certaine ségrégation que l'époque au
rait pu admettre. De fait, avant la 2e Guerre mais de nombreux pays restreignaient les droits des Juifs dans une certaine mesure, un peu à l'instar de ce que les catholiques devaient subir eux-même en Angleterre d'ailleurs (le détail qui n'est pas dit souvent).
Tout au plus pourrait-on reprocher à des membres du clergé d'avoir pu être en faveur de mesures ségrégationnistes dans le temps. Sauf, faire ce genre de procès en revient à faire le procès aussi de la société civile, le procès d'une époque. En admettant que la chose puisse se faire, il y aurait une nouvelle injustice crée en voulant se borner qu'à accuser des religieux catholiques
a contrario de tous les autres : patrons de compagnie, banquiers, intellectuels laïcs de tout poil, ministres et politiciens, journalistes, socialistes, recteurs d'université, etc.
Je me demande ce que pèse objectivement cette affaire de repentance en réalité, tenant compte par exemple que même Pie-XI pouvait admettre un certain souci de protection.
Comment pourrait-on exiger
a posteriori qu'un père abbé du temps puisse se repentir lui-même d'un souci ayant pu être bien présent chez lui, jadis, mais alors un souci que même le pape aurait pu partager ?
On comprend qu'il serait inadmissible qu'un prêtre de l'époque ait pu donner dans le
racialisme cf.
étant d'accord avec les nazis et contre le magistère catholique. La repentance pourrait être valable pour un cas de figure semblable, sauf que le phénomène visé devient tout de même marginal. Le grand mouvement de repentance semble disproportionné par rapport au nombre de religieux catholiques pouvant être réellement mis en cause relativement à une complicité avec l'idée de destruction des Israélites. Ce n'est pas sûr que cette histoire de repentance ne vienne pas aider plutôt à brouiller les pistes plus qu'autre chose.
Sans excuser le gouvernement de Vichy (chose que je ne fais vraiment pas), il devient possible de comprendre le comportement de ces grands ecclésiastiques plutôt traditionnels, et ce, sans devoir les démoniser à mon avis, même quand ils auraient pu être des suppôts de Vichy dans sa première mouture pré-1942.