par marcb » sam. 23 févr. 2008, 2:55
1) Selon vous, est-il possible que certaines connaissances portant sur le réel soient absolument définitives ? (j'entend par là : non qu'elles soient définitives de manière fortuite sans qu'on en ait conscience, mais qu'on puisse affirmer de manière absolue et définitive : "ça y est, nous venons d'atteindre la vérité absolue et définitive sur telle ou telle question").
Deux choses. Le "nous" est un vrai problème : tout le monde n'a pas la même connaissance des choses et ce qui est une évidence pour l'un pourra avoir l'air d'une absurdité pour l'autre. Il va donc falloir imaginer que nous parlons de manière abstraite, d'un "nous", d'une collectivité qui a réussi à s'entendre, le nous des experts, mettons... (mais c'est déjà difficile parfois dans les "sciences dures", je n'ose imaginer ce que cela donne(rait) en philosophie... qui a pourtant un discours sur le réel tout aussi légitime que les sciences dites dures). Bref. Pour répondre brièvement : oui. Dans ma propre spécialité, la déformation des matériaux, il y a des faits solidement établis dont il est difficile d'imaginer qu'ils seront jamais remis en cause. Idem dans certaines branches de la physique, il me semble. Il est là question de la matière. Maintenant, englobez-vous les questions qui ressortent d'autres domaines ? L'histoire, par exemple ? Peut-on connaître absolument certains faits historiques ? Ca doit plus ou mons dépendre de leur distance dans le temps, j'imagine... Il me semble, en fait, que votre question soulève toute l'épistémologie mine, de rien...
2) Si oui, quel critère permet-il, selon vous, de savoir avec certitude que l'on a atteint une connaissance définitive sur le réel ?
Il faudrait préciser davantage...
Pour ceux qui me répondraient par l'entremise de l'infaillibilité pontificale, de l'infaillibilité de l'Eglise ou encore de l'infaillibilité de la Parole du Christ, deux petites questions subsidiaires :
C'est alors qu'on se restreint aux domaines où s'exerce cette infaillibilité...
3) Quel critère (autre que la foi/conviction personnelle que l'on ne saurait discuter) permet-il, selon vous, de savoir avec certitude que les instances sus-nommées sont infaillibles ?
Une intervention divine - mais la foi en est une, qu'elle soit hésitante ou aveuglante. Le surnaturel n'est pas à notre portéeau même sens que la sociologie ou la physique.
4) Comment expliquez-vous qu'un message, fut-il d'origine divine, puisse s'exprimer à la perfection à travers un être imparfait ayant des auditeurs imparfaits ?
Tout dépend ce que l'on entend par "s'exprimer à la perfection". Qu'est-ce qui est parfait, ici bas ? Que je sache, le pape lui-même est un pauvre pécheur, de même que la plus humble des religieuses ou toute autres personne : d'un point de vue existentiel, niveau où la Vérité - le Christ - prend réellement corps, elle ne s'exprime jamais à la perfection. Si on se place à un niveau moins mystique, morale, philosophie, trouvez-vous que "tu ne tueras pas" - si on oublie la légitime défense - soit douteux d'un point de vue moral ? Ou bien une"vérité morale" absolument fiable ?
5) Si Dieu vous apparaissait et vous disait : "Marche sur les mains en chantant la danse des canards !", le feriez-vous même sans comprendre et même si vous trouviez cela insensé au fond de vous-même ? (ma question est sérieuse et sous une forme plus philosophique on pourrait la poser ainsi : "Qu'est-ce qui prime : (a) la conscience personnelle ou (b) l'obéissance au Magistère, à la Bible et la Tradition ?")
a) Dieu ferait-il une telle chose ? si Dieu est celui qui donne sens, il y a peu de chance qu'Il nous envoie vers l'absurde. Eventuellement vers des choses obscures dont le sens s'éclairera plus tard, et qu'il faut alors vivre dans la foi, mais marcher sur les mains pour le "show" pur, l'idée me paraît logiquement insoutenable. Ensuite, je ferais une petite observation : la pensée chrétienne considère que Dieu nous aime, qu'Il nous a créé par amour, pour vivre de sa vie même ("Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne dieu") - et tout prend donc sens, se déroule suivant la logique de l'amour. Dieu ne saurait "vouloir" que ce qui permet notre croissance, notre accomplissement, notre libération la plus profonde. Et dans le même temps, Dieu est en nous-même, plus intime à nous-même que nous ne le sommes, si l'on en croit Augustin ou Zundel. Quel sens a alors la question de Dieu nous demandant de marcher sur les mains ? A mon sens, on voit là le "risque" (attention aux guillemets

) d'un questionnement qui ne part pas du bon point de départ et finit par devenir absurde, un peu comme demander "et si 1+1 valait 3, que deviendrait la physique" ? Mais je dis ça en chrétien, j'en suis bien conscient, pas en personne extérieure au système, of course.
b) Pour le primat de la conscience personnelle ou du magistère, c'est une question un peu subtile, mais en dernière analyse, c'est la conscience. Thomas d'Aquin avait déjà répondu à cela. Il me semble qu'il prend l'exemple du baptème - pas moins - pour dire que poser un acte avec la certitude profonde - pas l'impression, pas le caprice : on se place bien au niveau de la conscience, du "coeur" au sens biblique - la certitude profonde, donc, de commettre un acte mauvais... ce serait pécher. Il vaudrait mieux alors ne pas se faire baptiser. Primat de la conscience, indiscutablement. Pas du caprice, ceci-dit. La conscience, le coeur, doivent être éclairés par la raison(loi naturelle, notamment)/la révélation/le magistère etc. selon où on en est - on ne saurait demander à une personne athée de vivre en accord complet avec les enseignements de l'Eglise : c'est une contradiction dans les termes...
[quote]1) Selon vous, est-il possible que certaines connaissances portant sur le réel soient absolument définitives ? (j'entend par là : non qu'elles soient définitives de manière fortuite sans qu'on en ait conscience, mais qu'on puisse affirmer de manière absolue et définitive : "ça y est, nous venons d'atteindre la vérité absolue et définitive sur telle ou telle question").[/quote]
Deux choses. Le "nous" est un vrai problème : tout le monde n'a pas la même connaissance des choses et ce qui est une évidence pour l'un pourra avoir l'air d'une absurdité pour l'autre. Il va donc falloir imaginer que nous parlons de manière abstraite, d'un "nous", d'une collectivité qui a réussi à s'entendre, le nous des experts, mettons... (mais c'est déjà difficile parfois dans les "sciences dures", je n'ose imaginer ce que cela donne(rait) en philosophie... qui a pourtant un discours sur le réel tout aussi légitime que les sciences dites dures). Bref. Pour répondre brièvement : oui. Dans ma propre spécialité, la déformation des matériaux, il y a des faits solidement établis dont il est difficile d'imaginer qu'ils seront jamais remis en cause. Idem dans certaines branches de la physique, il me semble. Il est là question de la matière. Maintenant, englobez-vous les questions qui ressortent d'autres domaines ? L'histoire, par exemple ? Peut-on connaître absolument certains faits historiques ? Ca doit plus ou mons dépendre de leur distance dans le temps, j'imagine... Il me semble, en fait, que votre question soulève toute l'épistémologie mine, de rien...
[quote]2) Si oui, quel critère permet-il, selon vous, de savoir avec certitude que l'on a atteint une connaissance définitive sur le réel ?[/quote]
Il faudrait préciser davantage...
[quote]Pour ceux qui me répondraient par l'entremise de l'infaillibilité pontificale, de l'infaillibilité de l'Eglise ou encore de l'infaillibilité de la Parole du Christ, deux petites questions subsidiaires :[/quote]
C'est alors qu'on se restreint aux domaines où s'exerce cette infaillibilité...
[quote]3) Quel critère (autre que la foi/conviction personnelle que l'on ne saurait discuter) permet-il, selon vous, de savoir avec certitude que les instances sus-nommées sont infaillibles ?[/quote]
Une intervention divine - mais la foi en est une, qu'elle soit hésitante ou aveuglante. Le surnaturel n'est pas à notre portéeau même sens que la sociologie ou la physique.
[quote]4) Comment expliquez-vous qu'un message, fut-il d'origine divine, puisse s'exprimer à la perfection à travers un être imparfait ayant des auditeurs imparfaits ?[/quote]
Tout dépend ce que l'on entend par "s'exprimer à la perfection". Qu'est-ce qui est parfait, ici bas ? Que je sache, le pape lui-même est un pauvre pécheur, de même que la plus humble des religieuses ou toute autres personne : d'un point de vue existentiel, niveau où la Vérité - le Christ - prend réellement corps, elle ne s'exprime jamais à la perfection. Si on se place à un niveau moins mystique, morale, philosophie, trouvez-vous que "tu ne tueras pas" - si on oublie la légitime défense - soit douteux d'un point de vue moral ? Ou bien une"vérité morale" absolument fiable ?
[quote]5) Si Dieu vous apparaissait et vous disait : "Marche sur les mains en chantant la danse des canards !", le feriez-vous même sans comprendre et même si vous trouviez cela insensé au fond de vous-même ? (ma question est sérieuse et sous une forme plus philosophique on pourrait la poser ainsi : "Qu'est-ce qui prime : (a) la conscience personnelle ou (b) l'obéissance au Magistère, à la Bible et la Tradition ?")[/quote]
a) Dieu ferait-il une telle chose ? si Dieu est celui qui donne sens, il y a peu de chance qu'Il nous envoie vers l'absurde. Eventuellement vers des choses obscures dont le sens s'éclairera plus tard, et qu'il faut alors vivre dans la foi, mais marcher sur les mains pour le "show" pur, l'idée me paraît logiquement insoutenable. Ensuite, je ferais une petite observation : la pensée chrétienne considère que Dieu nous aime, qu'Il nous a créé par amour, pour vivre de sa vie même ("Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne dieu") - et tout prend donc sens, se déroule suivant la logique de l'amour. Dieu ne saurait "vouloir" que ce qui permet notre croissance, notre accomplissement, notre libération la plus profonde. Et dans le même temps, Dieu est en nous-même, plus intime à nous-même que nous ne le sommes, si l'on en croit Augustin ou Zundel. Quel sens a alors la question de Dieu nous demandant de marcher sur les mains ? A mon sens, on voit là le "risque" (attention aux guillemets ;) ) d'un questionnement qui ne part pas du bon point de départ et finit par devenir absurde, un peu comme demander "et si 1+1 valait 3, que deviendrait la physique" ? Mais je dis ça en chrétien, j'en suis bien conscient, pas en personne extérieure au système, of course.
b) Pour le primat de la conscience personnelle ou du magistère, c'est une question un peu subtile, mais en dernière analyse, c'est la conscience. Thomas d'Aquin avait déjà répondu à cela. Il me semble qu'il prend l'exemple du baptème - pas moins - pour dire que poser un acte avec la certitude profonde - pas l'impression, pas le caprice : on se place bien au niveau de la conscience, du "coeur" au sens biblique - la certitude profonde, donc, de commettre un acte mauvais... ce serait pécher. Il vaudrait mieux alors ne pas se faire baptiser. Primat de la conscience, indiscutablement. Pas du caprice, ceci-dit. La conscience, le coeur, doivent être éclairés par la raison(loi naturelle, notamment)/la révélation/le magistère etc. selon où on en est - on ne saurait demander à une personne athée de vivre en accord complet avec les enseignements de l'Eglise : c'est une contradiction dans les termes...