par Atrahasis » sam. 12 févr. 2011, 22:04
merci j'ai fait un commentaire de ce texte; si vous voulez:
« la fondation de l’ Hôpital de Saint-Malo » est un extrait du Pouillé historique (État et dénombrement de tous les bénéfices qui étaient situés dans une étendue de pays déterminée ) de l’archevêché de Rennes (XIXe siècle). Et c’est dans cet historique qu’apparaît la décision épiscopale de l’évêque Geoffroy.c’est une source normative du clergé, visant à encadrer les modalités de mise en œuvre de cette fondation ; officielle, il est donc intéressant de comprendre quel rôle elle a pu jouer.
La Bretagne, au XIIIe siècle, est encore indépendante du domaine royal français tandis que Saint-Malo balance habilement entre les autorités anglaise , française et Bretatone. Elle est composée de quatre évêchés : le diocèse de Rennes, le diocèse de Vannes, le diocèse de Dol et le diocèse de Saint-Malo.
Geoffroi de Pontual issu de la famille des seigneurs de Pontual, transigea, en 1231, pour les dîmes de la paroisse de Broons.. Le 10 avril 1240, Geoffroi de Pontual institue la Confrérie Saint-Jean-Baptiste dans le chœur de la Cathédrale de Saint-Malo. En 1236 il serait rentré en Bretagne où il confirma les donations faites à l'Abbaye de Saint-Aubin-des-Bois. En 1252, il est à l'origine de la création de l'hôpital de la maison-dieu qui alors était près la chapelle Saint-Thomas au lieu-dit la "Licorne". Il fit également doter la Cathédrale d'un chœur dans le style gothique normand.
Le Pouillé de Rennes précise qu'en 1252, Geoffroy, évêque de Saint-Malo, et le Chapitre de cette ville fondèrent un hôpital près de la chapelle Saint-Thomas, qui fut affecté au service spirituel des malades (nota : cette chapelle, dédiée à saint Thomas de Cantorbéry, ne devait pas être bien ancienne à cette époque, puisque son saint patron ne fut canonisé qu'en 1173). Ils construisirent cette « Maison-Dieu » en faveur des malades pauvres, des infirmes, des étrangers et des femmes en couches.
Quel est l’apport de ce texte dans la compréhension du rapport entre le temporel et le spirituel dans l’essor urbain médiéval ?
La maison Dieu de Saint-Malo est une fondation chrétienne pour les déshérités (I)devant composer avec le principe de réalité (II) et au centre de luttes diverses (III)
I) une fondation chrétienne pour les déshérités…
1/une fondation chrétienne
- ligne 1 « humble Pasteur de l’ Église» ligne 3 « au service de Jésus-Christ »ligne 18 « ce chanoine y célébrera la messe chaque jour… » Etc.
- à nuancer cependant : « du prieur du lieu et de deux bourgeois spécialement choisis à cet effet. »dernière ligne.
2/pour les déshérités
- ligne 3 « à l’usage des pauvres… » Ligne 6 « dans un but de charité » ligne 7 « pour les besoins des pauvres, des étrangers, des infirmes et des femmes en couches (…) Des secours nécessaires aux malades »
II)… et bien dans le siècle…
1/la dimension pécuniaire
- Des apports en nature : ligne 12 «dix mines de froment » ligne 18« cinq mines de seigle et d’avoine par moitié… »
- Des apports monétaires : « « toutes les dimes que nous avons reçues et que nous donnons… » Ligne 8
2/la dimension pratique
-Financement tributaire de la foire de Dinan
- «… Pour l’entretien de ses chaussures de ses habits »
III) mais une fondation inscrite dans une lutte.
1/des velléités d’indépendance
- l’importance du champ lexical : « librement et tranquillement »« sans le consentement » « nous entendons que » «… De tout son pouvoir des droits de l’église paroissiale » etc.
2/le rôle du Vatican
-Le 26 juin 1234, le Pape Grégoire IX écrivait à l'Evêque d'Orléans afin de faire loger en les Monastères de la province de Rouen l'Evêque et le Chapitre de Saint-Malo, car Geoffroi de Pontual devait, cette année là, s'exiler en Normandie à la suite des actions de Pierre 1er Mauclerc de Dreux qui occupait militairement la ville de Saint-Malo et pillait ses églises
- le concile du Latran II donne la dîme aux évêques d’où l’importance de la dîme dans ce texte.
3/on perçoit aussi, à travers ce texte, les prémices d’une lutte entre le spirituel et le temporel : la dernière ligne : « et de deux bourgeois spécialement choisis à cet effet »
La création de ce genre d’établissement est foncièrement ancrée dans une vision charitable et chrétienne. Pour autant, elle n’est pas obligatoirement neutre. Elle peut s’inscrire, comme ici à Saint-Malo, dans des enjeux de luttes d’influences notamment entre les pouvoirs dits spirituels et temporels dans lesquelles le Vatican a aussi son mot à dire.
Plus tard, en 1565, les habitants voulurent gouverner eux-mêmes leur Hôtel-Dieu et obtinrent un arrêt du Parlement confiant l'administration temporelle à deux bourgeois nommés par la Communauté de ville, et laissant l'administration spirituelle seulement au chanoine prieur. Ce chanoine, appelé prieur de Saint-Thomas, dut rendre ses comptes tous les trois mois en présence de l'évêque, du doyen du Chapitre et de deux bourgeois ; ce qui montre que la lutte est décrite ici n’est qu’à ses débuts. « L'Hôtel-Dieu demeura à Saint-Thomas pendant quatre cent cinquante-quatre ans. A la fin du XVIème siècle, on le trouva insuffisant, malgré de nombreux accroissements apportés en 1576 et les années suivantes » (M. Michel, Monographie de l'Hôtel-Dieu de Saint-Malo, 28)
bien à vous
merci j'ai fait un commentaire de ce texte; si vous voulez:
« la fondation de l’ Hôpital de Saint-Malo » est un extrait du Pouillé historique (État et dénombrement de tous les bénéfices qui étaient situés dans une étendue de pays déterminée ) de l’archevêché de Rennes (XIXe siècle). Et c’est dans cet historique qu’apparaît la décision épiscopale de l’évêque Geoffroy.c’est une source normative du clergé, visant à encadrer les modalités de mise en œuvre de cette fondation ; officielle, il est donc intéressant de comprendre quel rôle elle a pu jouer.
La Bretagne, au XIIIe siècle, est encore indépendante du domaine royal français tandis que Saint-Malo balance habilement entre les autorités anglaise , française et Bretatone. Elle est composée de quatre évêchés : le diocèse de Rennes, le diocèse de Vannes, le diocèse de Dol et le diocèse de Saint-Malo.
Geoffroi de Pontual issu de la famille des seigneurs de Pontual, transigea, en 1231, pour les dîmes de la paroisse de Broons.. Le 10 avril 1240, Geoffroi de Pontual institue la Confrérie Saint-Jean-Baptiste dans le chœur de la Cathédrale de Saint-Malo. En 1236 il serait rentré en Bretagne où il confirma les donations faites à l'Abbaye de Saint-Aubin-des-Bois. En 1252, il est à l'origine de la création de l'hôpital de la maison-dieu qui alors était près la chapelle Saint-Thomas au lieu-dit la "Licorne". Il fit également doter la Cathédrale d'un chœur dans le style gothique normand.
Le Pouillé de Rennes précise qu'en 1252, Geoffroy, évêque de Saint-Malo, et le Chapitre de cette ville fondèrent un hôpital près de la chapelle Saint-Thomas, qui fut affecté au service spirituel des malades (nota : cette chapelle, dédiée à saint Thomas de Cantorbéry, ne devait pas être bien ancienne à cette époque, puisque son saint patron ne fut canonisé qu'en 1173). Ils construisirent cette « Maison-Dieu » en faveur des malades pauvres, des infirmes, des étrangers et des femmes en couches.
Quel est l’apport de ce texte dans la compréhension du rapport entre le temporel et le spirituel dans l’essor urbain médiéval ?
La maison Dieu de Saint-Malo est une fondation chrétienne pour les déshérités (I)devant composer avec le principe de réalité (II) et au centre de luttes diverses (III)
I) une fondation chrétienne pour les déshérités…
1/une fondation chrétienne
- ligne 1 « humble Pasteur de l’ Église» ligne 3 « au service de Jésus-Christ »ligne 18 « ce chanoine y célébrera la messe chaque jour… » Etc.
- à nuancer cependant : « du prieur du lieu et de deux bourgeois spécialement choisis à cet effet. »dernière ligne.
2/pour les déshérités
- ligne 3 « à l’usage des pauvres… » Ligne 6 « dans un but de charité » ligne 7 « pour les besoins des pauvres, des étrangers, des infirmes et des femmes en couches (…) Des secours nécessaires aux malades »
II)… et bien dans le siècle…
1/la dimension pécuniaire
- Des apports en nature : ligne 12 «dix mines de froment » ligne 18« cinq mines de seigle et d’avoine par moitié… »
- Des apports monétaires : « « toutes les dimes que nous avons reçues et que nous donnons… » Ligne 8
2/la dimension pratique
-Financement tributaire de la foire de Dinan
- «… Pour l’entretien de ses chaussures de ses habits »
III) mais une fondation inscrite dans une lutte.
1/des velléités d’indépendance
- l’importance du champ lexical : « librement et tranquillement »« sans le consentement » « nous entendons que » «… De tout son pouvoir des droits de l’église paroissiale » etc.
2/le rôle du Vatican
-Le 26 juin 1234, le Pape Grégoire IX écrivait à l'Evêque d'Orléans afin de faire loger en les Monastères de la province de Rouen l'Evêque et le Chapitre de Saint-Malo, car Geoffroi de Pontual devait, cette année là, s'exiler en Normandie à la suite des actions de Pierre 1er Mauclerc de Dreux qui occupait militairement la ville de Saint-Malo et pillait ses églises
- le concile du Latran II donne la dîme aux évêques d’où l’importance de la dîme dans ce texte.
3/on perçoit aussi, à travers ce texte, les prémices d’une lutte entre le spirituel et le temporel : la dernière ligne : « et de deux bourgeois spécialement choisis à cet effet »
La création de ce genre d’établissement est foncièrement ancrée dans une vision charitable et chrétienne. Pour autant, elle n’est pas obligatoirement neutre. Elle peut s’inscrire, comme ici à Saint-Malo, dans des enjeux de luttes d’influences notamment entre les pouvoirs dits spirituels et temporels dans lesquelles le Vatican a aussi son mot à dire.
Plus tard, en 1565, les habitants voulurent gouverner eux-mêmes leur Hôtel-Dieu et obtinrent un arrêt du Parlement confiant l'administration temporelle à deux bourgeois nommés par la Communauté de ville, et laissant l'administration spirituelle seulement au chanoine prieur. Ce chanoine, appelé prieur de Saint-Thomas, dut rendre ses comptes tous les trois mois en présence de l'évêque, du doyen du Chapitre et de deux bourgeois ; ce qui montre que la lutte est décrite ici n’est qu’à ses débuts. « L'Hôtel-Dieu demeura à Saint-Thomas pendant quatre cent cinquante-quatre ans. A la fin du XVIème siècle, on le trouva insuffisant, malgré de nombreux accroissements apportés en 1576 et les années suivantes » (M. Michel, Monographie de l'Hôtel-Dieu de Saint-Malo, 28)
bien à vous