par Amfortas » dim. 12 déc. 2010, 21:15
locki a écrit :
Plus sérieusement, vous avez gobé le sophisme de "la volonté générale" ?
Effectivement on retrouve « la volonté générale » chez Jean-Jacques Rousseau et l’on peut vraiment parler de pure construction intellectuelle ou fiction.
En fait tous ces théoriciens précurseurs de la révolution ont tout de suite vu le côté injustifiable de la démocratie qui peut se résumer ainsi : les volontés individuelles ne s’additionnent pas, en droit il n’est donc pas possible d’additionner des voix et encore moins d’en dégager une préférence ou tendance majoritaire, c’est d’ailleurs ce qu’a démontré le mathématicien Condorcet dans une preuve fameuse connue sous le nom de « paradoxe de Condorcet » : ce que montre Condorcet c’est qu’un processus de décision démocratique parfaitement en règle peut déboucher sur des résultats contraires aux préférences de la majorité, d’où le terme de paradoxe.
Et je prends le pari qu’en France il n’y a pas un seul homme politique qui soit capable de répondre au paradoxe de Condorcet (à supposer qu’il le connaisse) et qui soit donc capable de justifier rationnellement sa position démocratique et de justifier ses tournures de langage telles que « Ce qu’ont exprimé les Français c’est... », en l’absence de justification rationnelle tout ceci n’est que du baratin démagogique, une façon commode de faire passer ses désirs pour ceux des Français, et s’ils s’essayaient à la rationalité ils deviendraient antidémocrates.
Il y avait aussi le philosophe Hegel qui disait que de toute façon une fois que l’électeur a compris que sa voix était noyée parmi des millions d’autres, il s’abstenait de voter.
Tout ceci au XVIIIème était donc connu et était plutôt gênant pour nos apprentis révolutionnaires, parce que si vous voulez renverser un régime mais que vous n’êtes pas capable de justifier rationnellement le nouveau régime que vous voulez instaurer, eh bien vous passez pour un fou.
Alors la parade qu’a trouvé Rousseau, parade quelque peu mathématicienne, c’est de dire : si nous additionnons les voix ce n’est pas pour les compter, c’est pour calculer la résultante d’une somme vectorielle, et cette résultante n’est la volonté de personne c’est la volonté générale d’une substance que l’on appelle le peuple. Par exemple : nous sommes deux, je tire la corde dans un sens avec la même force que vous vous la tirez dans le sens opposé, et donc la résultante des forces est nulle et la corde ne bouge pas, on pourrait dire 50% de volontés tirent à droite et 50% tirent à gauche, eh bien Rousseau dirait dans ce cas « la volonté du peuple c’est de ne pas bouger, de rester au centre »
Evidemment qu’il s’agit d’une fiction, car plutôt que d’interpréter cette situation comme une situation désordonnée où ni vous ni moi n’arrivons à nous entendre et paralysons la société formée de nos 2 personnes, Rousseau fait émerger une 3ème personne, le peuple, qui n’est ni vous, ni moi et auquel il attribue la volonté de ne rien faire, volonté qui n’est ni ma volonté, ni la vôtre...
C’est de l’idolâtrie : plutôt que de nous entendre en bonne intelligence pour essayer d’avancer ensemble, c’est à dire de régler nos deux volontés suivant la raison qui nous est commune, on nous demande de croire en la volonté d’une idole dont nos deux volontés ne seraient que les composantes vectorielles, et qui en l’occurrence aurait décidé de ne rien faire.
Alors que le peuple suivant la conception platonicienne, et suivant la doctrine catholique est tout autre que l’idole démocratique : le peuple est un ensemble ordonné où les puissances inférieures sont assujetties aux puissances supérieures, non pas dans un but d’exploitation, mais au contraire pour le bien commun, car le bien commun c’est d’avoir la tête à la place de la tête et les pieds à la place des pieds, et non les pieds à la place de la tête et la tête à la place des pieds, et souvenons nous que le mal c’est le désordre, comme par exemple lorsque les puissances inférieures de l’âme comme les passions commandent aux puissances supérieures de l’âme comme la raison, alors que normalement, sainement, c’est l’inverse.
[quote="locki"]
Plus sérieusement, vous avez gobé le sophisme de "la volonté générale" ?
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Effectivement on retrouve « la volonté générale » chez Jean-Jacques Rousseau et l’on peut vraiment parler de pure construction intellectuelle ou fiction.
En fait tous ces théoriciens précurseurs de la révolution ont tout de suite vu le côté injustifiable de la démocratie qui peut se résumer ainsi : les volontés individuelles ne s’additionnent pas, en droit il n’est donc pas possible d’additionner des voix et encore moins d’en dégager une préférence ou tendance majoritaire, c’est d’ailleurs ce qu’a démontré le mathématicien Condorcet dans une preuve fameuse connue sous le nom de « paradoxe de Condorcet » : ce que montre Condorcet c’est qu’un processus de décision démocratique parfaitement en règle peut déboucher sur des résultats contraires aux préférences de la majorité, d’où le terme de paradoxe.
Et je prends le pari qu’en France il n’y a pas un seul homme politique qui soit capable de répondre au paradoxe de Condorcet (à supposer qu’il le connaisse) et qui soit donc capable de justifier rationnellement sa position démocratique et de justifier ses tournures de langage telles que « Ce qu’ont exprimé les Français c’est... », en l’absence de justification rationnelle tout ceci n’est que du baratin démagogique, une façon commode de faire passer ses désirs pour ceux des Français, et s’ils s’essayaient à la rationalité ils deviendraient antidémocrates.
Il y avait aussi le philosophe Hegel qui disait que de toute façon une fois que l’électeur a compris que sa voix était noyée parmi des millions d’autres, il s’abstenait de voter.
Tout ceci au XVIIIème était donc connu et était plutôt gênant pour nos apprentis révolutionnaires, parce que si vous voulez renverser un régime mais que vous n’êtes pas capable de justifier rationnellement le nouveau régime que vous voulez instaurer, eh bien vous passez pour un fou.
Alors la parade qu’a trouvé Rousseau, parade quelque peu mathématicienne, c’est de dire : si nous additionnons les voix ce n’est pas pour les compter, c’est pour calculer la résultante d’une somme vectorielle, et cette résultante n’est la volonté de personne c’est la volonté générale d’une substance que l’on appelle le peuple. Par exemple : nous sommes deux, je tire la corde dans un sens avec la même force que vous vous la tirez dans le sens opposé, et donc la résultante des forces est nulle et la corde ne bouge pas, on pourrait dire 50% de volontés tirent à droite et 50% tirent à gauche, eh bien Rousseau dirait dans ce cas « la volonté du peuple c’est de ne pas bouger, de rester au centre »
Evidemment qu’il s’agit d’une fiction, car plutôt que d’interpréter cette situation comme une situation désordonnée où ni vous ni moi n’arrivons à nous entendre et paralysons la société formée de nos 2 personnes, Rousseau fait émerger une 3ème personne, le peuple, qui n’est ni vous, ni moi et auquel il attribue la volonté de ne rien faire, volonté qui n’est ni ma volonté, ni la vôtre...
C’est de l’idolâtrie : plutôt que de nous entendre en bonne intelligence pour essayer d’avancer ensemble, c’est à dire de régler nos deux volontés suivant la raison qui nous est commune, on nous demande de croire en la volonté d’une idole dont nos deux volontés ne seraient que les composantes vectorielles, et qui en l’occurrence aurait décidé de ne rien faire.
Alors que le peuple suivant la conception platonicienne, et suivant la doctrine catholique est tout autre que l’idole démocratique : le peuple est un ensemble ordonné où les puissances inférieures sont assujetties aux puissances supérieures, non pas dans un but d’exploitation, mais au contraire pour le bien commun, car le bien commun c’est d’avoir la tête à la place de la tête et les pieds à la place des pieds, et non les pieds à la place de la tête et la tête à la place des pieds, et souvenons nous que le mal c’est le désordre, comme par exemple lorsque les puissances inférieures de l’âme comme les passions commandent aux puissances supérieures de l’âme comme la raison, alors que normalement, sainement, c’est l’inverse.