par Philon » dim. 07 sept. 2008, 1:32
Bonsoir Hélène,
ces affirmations me paraissent bien peu nuancées, pour ne pas dire teintée d'une idéologie que j'ai déjà rencontrée lors de mon engagement (dans un pays étranger) y a plus d'une dizaine d'années dans une association d'aide aux victimes de pédophilie.
Je l'ai quittée pour les mêmes raisons que celles qui me poussent à lire ce document d'un oeil critique.
Les statistiques tout d'abord : il convient de définir ce qu'est une agression, une atteinte, etc. Une fille sur trois victime ? Mais que recouvrent les termes ?
Tout le monde ne porte pas plainte et ces cas ne concernent que les agressions visibles ou viols (qui sont effectivement le fait plutôt du sexe masculin) c'est-à-dire les violences visibles et qui font l'objet d'une répression.
En revanche, je ne pense pas que la pédophilie ou la propension incestueuse en soi soit uniquement le fait des hommes, au contraire. Il y a des séductions narcissiques ou sexuelles, des abus de confiance, des violations de l'intimité dont les mères se rendent coupables sans que cela aille devant la justice. Au contraire, la vague d'information qui a succédé aux affaires belges a merveilleusement épargné les mères, comme si le mal était dans la VIOLENCE masculine et non dans LE NON RESPECT DE LA DIFFERENCE GENERATIONNELLLE directement lié à l'affaiblissement de l'autorité paternelle.
Un grand psychanalyste a dit qu'il n'y a d'inceste que par rapport à la mère, c'est-à-dire que la tendance à "faire du même avec du même "( rappelons l'étymologie du mot "inceste" : qui n'a manqué de rien), à garder une intimité trop grande avec ses enfants est une tendance éminement féminine.
Le pédiatre Aldo Naouri recense dans son essai "Le couple et l'enfant" une quantité incroyable de cas de parents (des deux sexes) qui se sont livrés à des actes "louches" avec leurs enfants dans la foulée de ce qu'on appelait dans les années 70 la "libération sexuelle" et dont des intellectuels comme Cohn-Bendit, Gabriel Matzneff, René Schérer ou Tony Duvert se sont fait un temps les chantres.
Le psychiatre Paul-Claude Racamier a même forgé le terme d' "équivalent d'inceste "pour décrire ce qui, sans entrer dans une catégorie passible de prison, peut entretenir un climat trop intime, semer la confusion entre les générations et retenir l'enfant prisonnier du désir de la mère (confidences intimes, coucher dans le même lit, s'échanger des sous-vêtements....). En dénonçant la violence visible on croit évacuer le problème et l'on oublie la violence symbolique de certains actes en apparence anodins. A défaut dêtre encore des parents au plein sens du terme, nous devenons des brùleurs de pédophiles ou des accusateurs du sexe masculin.
Traditionnellement c'est le rôle du père que de séparer l'enfant de sa mère pour le mener à la vie d'adulte, à la sexualité d'un adulte. Cette fonction paternelle comprend l'énoncé de l'interdit de l'inceste : il est demandé à l'enfant de renoncer à une partie de ses désirs, de ne pas être un "roi".
Or c'est exactement ce qui dans nos société est de plus en plus remis en cause par toutes les pratiques et dans tous les domaines. Un pédophile, un pervers, c'est avant tout une personne qui n'a jamais rencontré cet interdit, c'est la caricature extrême, perverse et meurtrière d'une tendance générale.
Sans vouloir excuser des actes criminels, je trouverais judicieux de s'interroger sur l'évolution de nos sociétés qui rendent de plus en plus difficile cette rencontre de l'interdit. La pédophilie nous a confrontés pour la première fois dans les années 90 aux extrémités où peut mener l'évolution actuelle vers le "jouir sans entraves".
On doit donc éviter de se limiter à la violence sexuelle évidente et cesser de stigmatiser des cas extrêmes pour prendre en compte les violences douces que sont les séductions maternelles ainsi que le pouvoir énorme dont profitent les femmes depuis 40 ans (décision de maternité, autorité parentale, divorces facilités, etc...) et qui ne peut aller que dans le sens d'une toute-puissance infantile et maternelle. Le père est congédié.
Les affaires belges ont eu cet effet d'amener les gens à stigmatiser les cas les plus extrêmes ou à les ranger dans la catégorie des "fous" ( =ils n'ont rien à voir avec nous, les "normaux") mais on ne s'est pas posé de questions sur l'évolution générale de notre rapport à l'enfant depuis les quatre dernières décennies : suspicion de l'autorité, infantilisme des parents, démocratisation de la famille, confusion entre générations, toute-puissance de la symbolique maternelle, "libération" sexuelle qui pousse les adultes par exemple à infliger aux gosses des informations sur la sexualité( exposition Titeuf, par exemple), de peur qu'ils en manquent, entretenant par là une confusion des rôles.
C'est cela à mon avis qu'il convient d'interroger.
Jean-Claude Guillebaud évoque dans "la tyrannie du plaisir" la permissivité des années 70 suivie du retour de bâton des annéees 90. Trop de permissivité d'un côté, hystéries sécuritaires et juridiques de l'autre, nous avons perdu la capacité d'"arrangements "pacifiés, de règles intériorisées par l'éducation, la vertu du silence et une attitude saine vis-à-vis de la sexualité humaine.
Punir des malfaiteurs, oui. Mais le danger est d'organiser des "chasses aux sorcières", de suspecter chaque parent d'être un "Dutroux" potentiel ce qui revient à jeter encore plus de discrédit sur la fonction parentale déjà bien malmenée.
Contrairement à l'idéologie admise comme allant de soi dans cette association où j'étais bénévole,
je ne pense pas que le féminisme ait amélioré la condition des enfants ou contribué à lever un tabou concernant la pédophilie. Je pense au contraire que les actes de nature incestuelle ou incestueuse (et là tous les degrés sont possibles, du bain "en famille" aux viols) se sont multipliés avec l'affaiblissement de la fonction paternelle dont le féminisme, en chargeant l'homme de tous les méfaits, a été l'un des vecteurs.
En ce qui concerne les victimes, j'ai observé un phénomène qui m'a fait froid dans le dos : la stigmatisation en miroir des victimes. Si le malfaiteur est considéré come un monstre, la victime, elle, se voit classée parmi les pauvres choses cassées, détruites ( "kaputte Frau", disait-on là où j'étais) et, pardonnez-moi cette expression, PASSIBLES de thérapie.
L'idéal d'épanouissement actuel a peut-être permis une prise en charge des victimes et une écoute plus lucide de leurs récits ( il est vrai que la psychanalyse a longtemps envisagé l'inceste comme un fantasme et jamais comme un fait réel).
Il a eut cependant cet effet pervers de faire des victimes des personnes inadéquates aux normes modernes du dynamisme et du bien-être et de les charger d'un long programme péétabli de "travail des blessures" qui n'était peut-être pas complètement adapté ni même nécéssaire ( tant il est vrai que l'âme humaine dispose de ressources très variées), ni très discret.
C'est alors la volonté des victimes à suivre ce programme qui va être jugée, on va la soupeser, la passer aux cribles des critères du développement personnel, focaliser sur les capacités à "surmonter", à "résoudre", comme si une telle expérience était un problème qui se "gère", qui se "résoud", comme si ces atteintes à l'ordre humain symbolique se résumaient à une affaire privée de "responsabilité "personnelle, comme si toute interrogation allant au delà de l'égo était superflue.
Trop de zèle thérapeutique d'un côté, ce qui est typique de nos sociétés où rien ne manque, où la souffrance est presque pénalisée, où chacun se voit chargé d'un hypothétique "devoir de bonheur", stigmatisation du masculin de l'autre, aveuglement quant à l'évolution générale de nos sociétés, ce sont à mon avis les écueils à éviter dans ce domaine.
Bonsoir Hélène,
ces affirmations me paraissent bien peu nuancées, pour ne pas dire teintée d'une idéologie que j'ai déjà rencontrée lors de mon engagement (dans un pays étranger) y a plus d'une dizaine d'années dans une association d'aide aux victimes de pédophilie.
Je l'ai quittée pour les mêmes raisons que celles qui me poussent à lire ce document d'un oeil critique.
Les statistiques tout d'abord : il convient de définir ce qu'est une agression, une atteinte, etc. Une fille sur trois victime ? Mais que recouvrent les termes ?
Tout le monde ne porte pas plainte et ces cas ne concernent que les agressions visibles ou viols (qui sont effectivement le fait plutôt du sexe masculin) c'est-à-dire les violences visibles et qui font l'objet d'une répression.
En revanche, je ne pense pas que la pédophilie ou la propension incestueuse en soi soit uniquement le fait des hommes, au contraire. Il y a des séductions narcissiques ou sexuelles, des abus de confiance, des violations de l'intimité dont les mères se rendent coupables sans que cela aille devant la justice. Au contraire, la vague d'information qui a succédé aux affaires belges a merveilleusement épargné les mères, comme si le mal était dans la VIOLENCE masculine et non dans LE NON RESPECT DE LA DIFFERENCE GENERATIONNELLLE directement lié à l'affaiblissement de l'autorité paternelle.
Un grand psychanalyste a dit qu'il n'y a d'inceste que par rapport à la mère, c'est-à-dire que la tendance à "faire du même avec du même "( rappelons l'étymologie du mot "inceste" : qui n'a manqué de rien), à garder une intimité trop grande avec ses enfants est une tendance éminement féminine.
Le pédiatre Aldo Naouri recense dans son essai "Le couple et l'enfant" une quantité incroyable de cas de parents (des deux sexes) qui se sont livrés à des actes "louches" avec leurs enfants dans la foulée de ce qu'on appelait dans les années 70 la "libération sexuelle" et dont des intellectuels comme Cohn-Bendit, Gabriel Matzneff, René Schérer ou Tony Duvert se sont fait un temps les chantres.
Le psychiatre Paul-Claude Racamier a même forgé le terme d' "équivalent d'inceste "pour décrire ce qui, sans entrer dans une catégorie passible de prison, peut entretenir un climat trop intime, semer la confusion entre les générations et retenir l'enfant prisonnier du désir de la mère (confidences intimes, coucher dans le même lit, s'échanger des sous-vêtements....). En dénonçant la violence visible on croit évacuer le problème et l'on oublie la violence symbolique de certains actes en apparence anodins. A défaut dêtre encore des parents au plein sens du terme, nous devenons des brùleurs de pédophiles ou des accusateurs du sexe masculin.
Traditionnellement c'est le rôle du père que de séparer l'enfant de sa mère pour le mener à la vie d'adulte, à la sexualité d'un adulte. Cette fonction paternelle comprend l'énoncé de l'interdit de l'inceste : il est demandé à l'enfant de renoncer à une partie de ses désirs, de ne pas être un "roi".
Or c'est exactement ce qui dans nos société est de plus en plus remis en cause par toutes les pratiques et dans tous les domaines. Un pédophile, un pervers, c'est avant tout une personne qui n'a jamais rencontré cet interdit, c'est la caricature extrême, perverse et meurtrière d'une tendance générale.
Sans vouloir excuser des actes criminels, je trouverais judicieux de s'interroger sur l'évolution de nos sociétés qui rendent de plus en plus difficile cette rencontre de l'interdit. La pédophilie nous a confrontés pour la première fois dans les années 90 aux extrémités où peut mener l'évolution actuelle vers le "jouir sans entraves".
On doit donc éviter de se limiter à la violence sexuelle évidente et cesser de stigmatiser des cas extrêmes pour prendre en compte les violences douces que sont les séductions maternelles ainsi que le pouvoir énorme dont profitent les femmes depuis 40 ans (décision de maternité, autorité parentale, divorces facilités, etc...) et qui ne peut aller que dans le sens d'une toute-puissance infantile et maternelle. Le père est congédié.
Les affaires belges ont eu cet effet d'amener les gens à stigmatiser les cas les plus extrêmes ou à les ranger dans la catégorie des "fous" ( =ils n'ont rien à voir avec nous, les "normaux") mais on ne s'est pas posé de questions sur l'évolution générale de notre rapport à l'enfant depuis les quatre dernières décennies : suspicion de l'autorité, infantilisme des parents, démocratisation de la famille, confusion entre générations, toute-puissance de la symbolique maternelle, "libération" sexuelle qui pousse les adultes par exemple à infliger aux gosses des informations sur la sexualité( exposition Titeuf, par exemple), de peur qu'ils en manquent, entretenant par là une confusion des rôles.
C'est cela à mon avis qu'il convient d'interroger.
Jean-Claude Guillebaud évoque dans "la tyrannie du plaisir" la permissivité des années 70 suivie du retour de bâton des annéees 90. Trop de permissivité d'un côté, hystéries sécuritaires et juridiques de l'autre, nous avons perdu la capacité d'"arrangements "pacifiés, de règles intériorisées par l'éducation, la vertu du silence et une attitude saine vis-à-vis de la sexualité humaine.
Punir des malfaiteurs, oui. Mais le danger est d'organiser des "chasses aux sorcières", de suspecter chaque parent d'être un "Dutroux" potentiel ce qui revient à jeter encore plus de discrédit sur la fonction parentale déjà bien malmenée.
Contrairement à l'idéologie admise comme allant de soi dans cette association où j'étais bénévole,
je ne pense pas que le féminisme ait amélioré la condition des enfants ou contribué à lever un tabou concernant la pédophilie. Je pense au contraire que les actes de nature incestuelle ou incestueuse (et là tous les degrés sont possibles, du bain "en famille" aux viols) se sont multipliés avec l'affaiblissement de la fonction paternelle dont le féminisme, en chargeant l'homme de tous les méfaits, a été l'un des vecteurs.
En ce qui concerne les victimes, j'ai observé un phénomène qui m'a fait froid dans le dos : la stigmatisation en miroir des victimes. Si le malfaiteur est considéré come un monstre, la victime, elle, se voit classée parmi les pauvres choses cassées, détruites ( "kaputte Frau", disait-on là où j'étais) et, pardonnez-moi cette expression, PASSIBLES de thérapie.
L'idéal d'épanouissement actuel a peut-être permis une prise en charge des victimes et une écoute plus lucide de leurs récits ( il est vrai que la psychanalyse a longtemps envisagé l'inceste comme un fantasme et jamais comme un fait réel).
Il a eut cependant cet effet pervers de faire des victimes des personnes inadéquates aux normes modernes du dynamisme et du bien-être et de les charger d'un long programme péétabli de "travail des blessures" qui n'était peut-être pas complètement adapté ni même nécéssaire ( tant il est vrai que l'âme humaine dispose de ressources très variées), ni très discret.
C'est alors la volonté des victimes à suivre ce programme qui va être jugée, on va la soupeser, la passer aux cribles des critères du développement personnel, focaliser sur les capacités à "surmonter", à "résoudre", comme si une telle expérience était un problème qui se "gère", qui se "résoud", comme si ces atteintes à l'ordre humain symbolique se résumaient à une affaire privée de "responsabilité "personnelle, comme si toute interrogation allant au delà de l'égo était superflue.
Trop de zèle thérapeutique d'un côté, ce qui est typique de nos sociétés où rien ne manque, où la souffrance est presque pénalisée, où chacun se voit chargé d'un hypothétique "devoir de bonheur", stigmatisation du masculin de l'autre, aveuglement quant à l'évolution générale de nos sociétés, ce sont à mon avis les écueils à éviter dans ce domaine.