par Charles » sam. 07 janv. 2012, 9:57
Un certain nombre de techniques de chasse apparaissent de façon récurrente dans la Bible et sont utilisées comme métaphores d’une certaine expérience sociale.
Il y a d’abord les pièges - fosses, filets, collets :
Psaumes 9, 15.
Les païens ont croulé dans la fosse qu'ils ont faite, au filet qu'ils ont tendu, leur pied s'est pris.
Psaumes 57, 6
Ils tendaient un filet sous mes pas, mon âme était courbée; ils creusaient devant moi une fosse, ils sont tombés dedans.
Psaumes 140, 5.
qui tendent un filet sous mes pieds, insolents qui m'ont caché une fosse et des collets, m'ont posé des pièges au passage.
Job 18, 8-18
Car ses pieds le jettent dans un filet et il avance parmi les rets. Un collet le saisit au talon et le piège se referme sur lui. Le collet pour le prendre est caché en terre, une fosse l'attend sur le sentier. De toutes parts des terreurs l'épouvantent et elles le suivent pas à pas. En pleine vigueur, il est affamé, le malheur se tient à ses côtés. Le mal dévore sa peau, le Premier-né de la Mort ronge ses membres. On l'arrache à l'abri de sa tente et tu le traîneras chez le roi des frayeurs. Tu peux habiter la tente qui n'est plus la sienne, et l'on répand du soufre sur son bercail. En bas ses racines se dessèchent, en haut se flétrit sa ramure. Son souvenir disparaît du pays, son nom s'efface dans la contrée. Poussé de la lumière aux ténèbres, il se voit banni de la terre.
Ensuite il y a l’affût, la chasse où l’on attend que le gibier passe à portée :
Psaumes 10, 7-19
Fraude et violence lui emplissent la bouche, sous sa langue peine et méfait ; il est assis à l'affût dans les roseaux, sous les couverts, il massacre l'innocent. Des yeux, il épie le misérable, à l'affût, bien couvert, comme un lion dans son fourré, à l'affût pour ravir le malheureux, il ravit le malheureux en le traînant dans son filet. Il épie, s'accroupit, se tapit, le misérable tombe en son pouvoir ; il dit en son cœur : « Dieu oublie, il se couvre la face pour ne pas voir jusqu'à la fin. »
Et la chasse à courre où l’on poursuit (du latin persequi qui a donné persécuter) la proie avec une meute jusqu’à ce qu’elle soit encerclée :
Psaume 86, 14
une bande de forcenés pourchasse mon âme, point de place pour toi devant eux.
Psaume 59, 15-16
Ils reviennent au soir, ils grognent comme un chien, ils rôdent par la ville ; les voici en chasse pour manger, tant qu'ils n'ont pas leur soûl, ils grondent.
Psaume 17, 11-12
Ils marchent contre moi, maintenant ils m'encerclent, ils ont l'œil sur moi pour me terrasser.
Leur apparence est d'un lion impatient d'arracher
Psaumes 10, 7-19
Ils se rient de ma chute, ils s'attroupent, ils s'attroupent contre moi ; des étrangers, sans que je le sache, déchirent sans répit ; si je tombe, ils m'encerclent, ils grincent des dents contre moi. Seigneur, combien de temps verras-tu cela ? Soustrais mon âme à leurs ravages, aux lionceaux mon unique. Je rendrai grâce dans la grande assemblée, dans un peuple nombreux je te louerai. Que ne puissent rire de moi ceux qui m'en veulent à tort, ni se faire des clins d'œil ceux qui me haïssent sans cause ! (19)
Psaume 22, 13-21
Des taureaux nombreux me cernent, de fortes bêtes de Bashân m'encerclent ; contre moi bâille leur gueule, lions lacérant et rugissant. Comme l'eau je m'écoule et tous mes os se disloquent; mon cœur est pareil à la cire, il fond au milieu de mes viscères ; mon palais est sec comme un tesson, et ma langue collée à ma mâchoire. Tu me couches dans la poussière de la mort. Des chiens nombreux me cernent, une bande de vauriens m'entoure ; comme pour déchiqueter mes mains et mes pieds. Je peux compter tous mes os, les gens me voient, ils me regardent ; ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement. Mais toi, Yahvé, ne sois pas loin, ô ma force, vite à mon aide ; délivre de l'épée mon âme, de la patte du chien, mon unique ; sauve-moi de la gueule du lion, de la corne du taureau, ma pauvre âme.
Jérémie 12, 7-9
J'ai abandonné ma maison, quitté mon héritage ; ce que je chérissais, je l'ai livré aux mains de ses ennemis. Mon héritage s'est comporté envers moi comme un lion de la brousse, il a poussé contre moi ses rugissements, aussi l'ai-je pris en aversion. Mon héritage serait-il un rapace bigarré, que les rapaces l'encerclent de toutes parts ? Allez ! Rassemblez toutes les bêtes sauvages, faites-les venir à la curée !
La traque, l’hallali (l’encerclement) et la curée sont décrits de façon très parlante. La curée où l’on équarrit la proie, on lui arrache la peau pour la livrer à la meute et on se partage les morceaux… sa vie, sa maison, son vêtement…
Dans toutes ces scènes, c’est le point de vue de la proie qui est rapporté par le texte biblique, et que cela soit dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament :
Job 19, 23-26
Pourquoi vous acharner sur moi comme Dieu lui-même, sans vous rassasier de ma chair ? Oh ! je voudrais qu'on écrive mes paroles, qu'elles soient gravées en une inscription, avec un ciseau de fer et du plomb, sculptées dans le roc pour toujours ! Je sais, moi, que mon Défenseur est vivant, que lui, le dernier, se lèvera sur la poussière. Une fois qu'ils m'auront arraché cette peau qui est mienne, hors de ma chair, je verrai Dieu.
Actes 7, 52-59
Lequel des prophètes vos pères n'ont-ils point persécuté ? Ils ont tué ceux qui prédisaient la venue du Juste, celui-là même que maintenant vous venez de trahir et d'assassiner, vous qui avez reçu la Loi par le ministère des anges et ne l'avez pas observée. » A ces mots, leurs cœurs frémissaient de rage, et ils grinçaient des dents contre Étienne. Tout rempli de l'Esprit Saint, il fixa son regard vers le ciel ; il vit alors la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. « Ah ! dit-il, je vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu. » Jetant alors de grands cris, ils se bouchèrent les oreilles et, comme un seul homme, se précipitèrent sur lui, le poussèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d'un jeune homme appelé Saul. Et tandis qu'on le lapidait, Étienne faisait cette invocation : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. »
Le point de vue de la proie jusqu’à la mise à mort. Le Christ lui-même fut une telle proie, et à plusieurs reprises :
Jean 10, 39
Ils cherchaient donc de nouveau à le saisir, mais il leur échappa des mains.
Matthieu 26, 55
A ce moment-là Jésus dit aux foules : « Suis-je un brigand, que vous vous soyez mis en campagne avec des glaives et des bâtons pour me saisir ?
Actes 9, 4-5
Tombant à terre, il entendit une voix qui lui disait : « Saoul, Saoul, pourquoi me persécutes-tu ? »
- « Qui es-tu, Seigneur ? » demanda-t-il. Et lui : « Je suis Jésus que tu persécutes.
L’histoire de Saint Eustache développe ce thème de l’identité entre le Christ et la proie des meutes de chasse à courre :
« Eustache s'appelait d'abord Placide. C'était le commandant des soldats de l’empereur Trajan. Bien que adonné au culte des idoles, il pratiquait avec grande assiduité les oeuvres de miséricorde. Il avait une épouse idolâtre et miséricordieuse comme lui; il en eut deux fils qu'il éleva selon son rang, avec une magnificence extraordinaire; comme il se faisait un devoir de s'adonner aux oeuvres de miséricorde, il mérita d'être dirigé dans la voie de la vérité. Un jour en effet qu'il se livrait à la chasse, il rencontra un troupeau de cerfs, au milieu desquels il en remarqua un plus beau et plus grand que les autres, qui se détacha pour gagner une forêt plus vaste. Tandis que les autres militaires courent après les cerfs, Placide poursuit celui-ci de tous ses efforts et s'attache à le prendre. Comme il le suivait avec acharnement, le cerf parvient enfin à gravir la cime d'un rocher ; Placide s'approche et songe aux moyens de ne pas le manquer ; or, pendant qu'il considère, le cerf avec attention, il voit au milieu de ses bois la figure de la Sainte Croix plus resplendissante que les rayons du soleil, et l’image de Jésus-Christ, qui lui adresse ces paroles par la bouche du cerf, comme autrefois parla l’ânesse de Balaam : « Placide, pourquoi me persécutes-tu ? C'est par bonté pour toi que je t'apparais sur cet animal. Je suis le Christ que tu honores sans le savoir : tes aumônes ont monté devant moi, et voilà pourquoi je suis venu ; c'est pour te chasser moi-même par le moyen de ce cerf que tu courais. » D'autres auteurs disent pourtant que ce fut l’image qui lui apparut entre les bois dit cerf qui proféra ces paroles. En entendant cela, Placide, grandement saisi, tomba de son cheval ; revenu à lui après une heure, il se releva et dit : « Faites-moi comprendre ce que vous me dites et alors je croirai en vous. » Jésus-Christ lui dit : « Placide, je suis le Christ qui ai créé le ciel et la terre, qui ai fait jaillir, la lumière et l’ai séparée des ténèbres; j'ai réglé le temps, les jours et les années ; j'ai formé l’homme du limon de la terre; pour sauver le genre humain, je suis apparu ici-bas avec un corps, et après avoir été crucifié et enseveli, je suis ressuscité le troisième jour. » A ces mots, Placide tomba de nouveau sur terre et dit : « Je crois, Seigneur, que c'est vous qui avez tout fait, et que vous ramenez ceux qui s'égarent. » Alors le Seigneur lui dit : « Si tu crois, va, trouver l’évêque de la ville, et fais-toi baptiser. » (Jacques de Voragine, Légende dorée)
L’identification du cerf avec le Christ et de Placide avec Saint Paul est tout à fait manifeste.Il y a des rôles endossés à travers les âges, celui du Christ, de Job et d’Etienne, qui est celui de la proie, et celui des meutes, des foules persécutrices, de Saint Paul, de Saint Eustache et de Saint Hubert qui découvrent toute l’horreur de la persécution qu’ils font subir à leurs proies.
Car les métaphores de la chasse sont utilisées pour dire la haine, violence et l’horreur des rapports entre les foules et leurs victimes.
Dans la littérature païenne elle-même, la possibilité de prendre le point de vue de la proie est considérée avec le mythe de Diane et Actéon :
« Il fut changé en cerf, et ses chiens de son sang s'abreuvèrent; mais il n'était point coupable : le hasard seul le perdit. Une erreur pouvait-elle donc le rendre criminel ?
Le Cithéron était couvert du sang et du carnage des hôtes des forêts. Déjà le soleil, également éloigné de l'orient et de l'occident, rétrécissait les ombres, lorsque le jeune Actéon rassemble les Thébains que l'ardeur de la chasse avait emportés loin de lui : "Compagnons, leur dit-il, nos toiles et nos javelots sont teints du sang des animaux. C'en est assez pour aujourd'hui. Demain, dès que l'Aurore sur son char de pourpre ramènera le jour, nous reprendrons nos travaux. Maintenant que le soleil brûle la terre de ses rayons, pliez vos filets noueux, détendez vos toiles, et livrez-vous au repos." Soudain les Thébains obéissent, et leurs travaux sont suspendus.
Non loin était un vallon couronné de pins et de cyprès. On le nomme Gargaphie, et il est consacré à Diane, déesse des forêts. Dans le fond de ce vallon est une grotte silencieuse et sombre, qui n'est point l'ouvrage de l'art. Mais la nature, en y formant une voûte de pierres ponces et de roches légères, semble avoir imité ce que l'art a de plus parfait. À droite coule une source vive, et son onde serpente et murmure sur un lit de gazon. C'est dans ces limpides eaux que la déesse, fatiguée de la chasse, aimait à baigner ses modestes attraits. Elle arrive dans cette retraite solitaire. Elle remet son javelot, son carquois, et son arc détendu à celle de ses nymphes qui est chargée du soin de les garder. Une seconde nymphe détache sa robe retroussée; en même temps deux autres délacent sa chaussure; et Crocalé, fille du fleuve Isménus, plus adroite que ses compagnes, tresse et noue les cheveux épars de la déesse pendant que les siens flottent encore sur son sein. Néphélé, Hyalé, Rhanis, Psécas, et Phialé épanchent sur le corps de Diane les flots limpides jaillissant de leurs urnes légères.
Tandis que Diane se baigne dans la fontaine de Gargaphie, Actéon errant d'un pas incertain dans ce bocage qui lui est inconnu, arrive dans l'enceinte sacrée, entraîné par le destin qui le conduit. À peine est-il entré dans la grotte où coule une onde fugitive, que les nymphes l'apercevant, frémissent de paraître nues, frappent leur sein, font retentir la forêt de leurs cris, et s'empressent autour de la déesse pour la dérober à des yeux indiscrets. Mais, plus grande que ses compagnes, la déesse s'élevait de toute la tête au-dessus d'elles. Tel que sur le soir un nuage se colore des feux du soleil qui descend sur l'horizon; ou tel que brille au matin l'incarnat de l'aurore naissante, tel a rougi le teint de Diane exposée sans voiles aux regards d'un mortel. Quoique ses compagnes se soient en cercle autour d'elles rangées, elle détourne son auguste visage. Que n'a-t-elle à la main et son arc et ses traits rapides ! À leur défaut elle s'arme de l'onde qui coule sous ses yeux; et jetant au front d'Actéon cette onde vengeresse, elle prononce ces mots, présages d'un malheur prochain :
"Va maintenant, et oublie que tu as vu Diane dans le bain. Si tu le peux, j'y consens". Elle dit, et soudain sur la tête du prince s'élève un bois rameux; son cou s'allonge; ses oreilles se dressent en pointe; ses mains sont des pieds; ses bras, des jambes effilées; et tout son corps se couvre d'une peau tachetée. À ces changements rapides la déesse ajoute la crainte. Il fuit; et dans sa course il s'étonne de sa légèreté. À peine dans une eau limpide a-t-il vu sa nouvelle figure : Malheureux que je suis ! voulait-il s'écrier; mais il n'a plus de voix. Il gémit, et ce fut son langage. De longs pleurs coulaient sur ses joues, qui n'ont plus leur forme première. Hélas ! il n'avait de l'homme conservé que la raison. Que fera cet infortuné ? retournera-t-il au palais de ses pères ? la honte l'en empêche. Ira-t-il se cacher dans les forêts ? la crainte le retient. Tandis qu'il délibère, ses chiens l'ont aperçu. Mélampus, né dans la Crète, et l'adroit Ichnobates, venu de Sparte, donnent par leurs abois le premier signal. Soudain, plus rapides que le vent, tous les autres accourent. Pamphagos, et Dorcée, et Oribasos, tous trois d'Arcadie ; le fier Nébrophonos, le cruel Théron, suivi de Lélaps ; le léger Ptérélas, Agré habile à éventer les traces du gibier ; Hylée, récemment blessé par un sanglier farouche ; Napé engendrée d'un loup ; Péménis, qui jadis marchait à la tête des troupeaux ; Harpyia, que suivent ses deux enfants ; Ladon, de Sicyone, aux flancs resserrés; et Dromas, Canaché, Sticté, Tigris, Alcé, et Leucon, dont la blancheur égale celle de la neige ; et le noir Asbolus, et le vigoureux Lacon ; le rapide Aello et Thoüs; Lyciscé, et son frère le Cypriote ; Harpalos, au front noir tacheté de blanc; Mélanée, Lachné, au poil hérissé ; Labros, Agriodos, et Hylactor, à la voix perçante, tous trois nés d'un père de Crète et d'une mère de Laconie ; et tous les autres enfin qu'il serait trop long de nommer.
Cette meute, emportée par l'ardeur de la proie, poursuit Actéon, et s'élance à travers les montagnes, à travers les rochers escarpés ou sans voie. Actéon fuit, poursuivi dans ces mêmes lieux où tant de fois il poursuivit les hôtes des forêts. Hélas ! lui-même il fuit ses fidèles compagnons; il voudrait leur crier : "Je suis Actéon, reconnaissez votre maître". Mais il ne peut plus faire entendre sa voix. Cependant d'innombrables abois font résonner les airs. Mélanchétès lui fait au dos la première blessure ; Thérodamas le mord ensuite ; Orésitrophos l'atteint à l'épaule. Ils s'étaient élancés les derniers à sa poursuite, mais en suivant les sentiers coupés de la montagne, ils étaient arrivés les premiers. Tandis qu'ils arrêtent le malheureux Actéon, la meute arrive, fond sur lui, le déchire, et bientôt sur tout son corps, il ne reste aucune place à de nouvelles blessures. Il gémit, et les sons plaintifs qu'il fait entendre, s'ils différent de la voix de l'homme, ne ressemblent pas non plus à celle du cerf. Il remplit de ses cris ces lieux qu'il a tant de fois parcourus; et, tel qu'un suppliant, fléchissant le genou, mais ne pouvant tendre ses bras, il tourne en silence autour de lui sa tête languissante.
Cependant ses compagnons, ignorant son triste destin, excitent la meute par leurs cris accoutumés; ils cherchent Actéon, et le croyant éloigné de ces lieux, ils l'appellent à l'envi, et les bois retentissent de son nom. L'infortuné retourne la tête. On se plaignait de son absence; on regrettait qu'il ne pût jouir du spectacle du cerf à ses derniers abois. Il n'est que trop présent ; il voudrait ne pas l'être ; il voudrait être témoin, et non victime. Mais ses chiens l'environnent ; ils enfoncent leurs dents cruelles dans tout son corps, et déchirent leur maître caché sous la forme d'un cerf. Diane enfin ne se crut vengée que lorsque, par tant de blessures, l'affreux trépas eut terminé ses jours. » (Ovide, Métamorphoses)
Le mythe d'Actéon raconte la même histoire que le livre de Job et les Psaumes, c'est la même chasse à l'homme, ce sont les mêmes traques, encerclements, mises à mort et dépeçage de la victime. Le mythe rapporte la culpabilité de son héros, qui est accusé de sacrilège, mais Ovide rajoute une dimension supplémentaire, il prend le point de vue de la proie, lui aussi et est à ce titre relativement proche du christianisme.
Un certain nombre de techniques de chasse apparaissent de façon récurrente dans la Bible et sont utilisées comme métaphores d’une certaine expérience sociale.
Il y a d’abord [u]les pièges[/u] - fosses, filets, collets :
Psaumes 9, 15.
Les païens ont croulé dans [b]la fosse[/b] qu'ils ont faite, au [b]filet qu'ils ont tendu[/b], leur pied s'est pris.
Psaumes 57, 6
Ils tendaient [b]un filet[/b] sous mes pas, mon âme était courbée; ils creusaient devant moi [b]une fosse[/b], ils sont tombés dedans.
Psaumes 140, 5.
qui tendent [b]un filet[/b] sous mes pieds, insolents qui m'ont caché [b]une fosse et des collets[/b], m'ont posé [b]des pièges au passage[/b].
Job 18, 8-18
Car ses pieds le jettent dans [b]un filet[/b] et il avance parmi [b]les rets[/b]. [b]Un collet[/b] le saisit au talon et [b]le piège[/b] se referme sur lui. [b]Le collet[/b] pour le prendre est caché en terre, [b]une fosse[/b] l'attend sur le sentier. De toutes parts des terreurs l'épouvantent et elles le suivent pas à pas. En pleine vigueur, il est affamé, le malheur se tient à ses côtés. Le mal dévore sa peau, le Premier-né de la Mort ronge ses membres. On l'arrache à l'abri de sa tente et tu le traîneras chez le roi des frayeurs. Tu peux habiter la tente qui n'est plus la sienne, et l'on répand du soufre sur son bercail. En bas ses racines se dessèchent, en haut se flétrit sa ramure. Son souvenir disparaît du pays, son nom s'efface dans la contrée. Poussé de la lumière aux ténèbres, il se voit banni de la terre.
Ensuite il y a [u]l’affût[/u], la chasse où l’on attend que le gibier passe à portée :
Psaumes 10, 7-19
Fraude et violence lui emplissent la bouche, sous sa langue peine et méfait ; il est assis [b]à l'affût dans les roseaux[/b], sous les couverts, il massacre l'innocent. Des yeux, il épie le misérable,[b] à l'affût[/b], bien couvert, [b]comme un lion dans son fourré, à l'affût pour ravir le malheureux, il ravit le malheureux en le traînant dans son filet[/b]. Il épie, s'accroupit, se tapit, le misérable tombe en son pouvoir ; il dit en son cœur : « Dieu oublie, il se couvre la face pour ne pas voir jusqu'à la fin. »
Et [u]la chasse à courre[/u] où l’on poursuit (du latin persequi qui a donné persécuter) la proie avec une meute jusqu’à ce qu’elle soit encerclée :
Psaume 86, 14
une bande de forcenés [b]pourchasse[/b] mon âme, point de place pour toi devant eux.
Psaume 59, 15-16
Ils reviennent au soir, [b]ils grognent comme un chien[/b], ils rôdent par la ville ; les voici [b]en chasse[/b] pour manger, tant qu'ils n'ont pas leur soûl, [b]ils grondent[/b].
Psaume 17, 11-12
[b]Ils marchent contre moi[/b], maintenant [b]ils m'encerclent[/b], ils ont l'œil sur moi pour me terrasser.
Leur apparence est d'un lion impatient d'arracher
Psaumes 10, 7-19
Ils se rient de ma chute,[b] ils s'attroupent, ils s'attroupent contre moi[/b] ; des étrangers, sans que je le sache, déchirent sans répit ; si je tombe, [b]ils m'encerclent[/b], [b]ils grincent des dents[/b] contre moi. Seigneur, combien de temps verras-tu cela ? Soustrais mon âme à leurs ravages, aux lionceaux mon unique. Je rendrai grâce dans la grande assemblée, dans un peuple nombreux je te louerai. Que ne puissent rire de moi ceux qui m'en veulent à tort, ni se faire des clins d'œil ceux qui me haïssent sans cause ! (19)
Psaume 22, 13-21
Des taureaux nombreux [b]me cernent[/b], de fortes bêtes de Bashân [b]m'encerclent[/b] ; contre moi [b]bâille leur gueule, lions lacérant et rugissant[/b]. Comme l'eau je m'écoule et tous mes os se disloquent; mon cœur est pareil à la cire, il fond au milieu de mes viscères ; mon palais est sec comme un tesson, et ma langue collée à ma mâchoire. Tu me couches dans la poussière de la mort.[b] Des chiens nombreux me cernent[/b], une bande de vauriens m'entoure ; comme pour déchiqueter mes mains et mes pieds. Je peux compter tous mes os, les gens me voient, ils me regardent ; [b]ils partagent entre eux[/b] mes habits et tirent au sort mon vêtement. Mais toi, Yahvé, ne sois pas loin, ô ma force, vite à mon aide ; délivre de l'épée mon âme, [b]de la patte du chien[/b], mon unique ; sauve-moi de la gueule du lion, de la corne du taureau, ma pauvre âme.
Jérémie 12, 7-9
J'ai abandonné ma maison, quitté mon héritage ; ce que je chérissais, je l'ai livré aux mains de ses ennemis. Mon héritage s'est comporté envers moi comme un lion de la brousse, il a poussé contre moi ses rugissements, aussi l'ai-je pris en aversion. Mon héritage serait-il un rapace bigarré, que [b]les rapaces l'encerclent de toutes parts [/b]? Allez ! Rassemblez toutes les bêtes sauvages, [b]faites-les venir à la curée[/b] !
La traque, l’hallali (l’encerclement) et la curée sont décrits de façon très parlante. La curée où l’on équarrit la proie, on lui arrache la peau pour la livrer à la meute et on se partage les morceaux… sa vie, sa maison, son vêtement…
Dans toutes ces scènes, c’est le [b][u]point de vue de la proie[/u][/b] qui est rapporté par le texte biblique, et que cela soit dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament :
Job 19, 23-26
Pourquoi vous [b]acharner sur moi[/b] comme Dieu lui-même, sans vous rassasier de ma chair ? Oh ! je voudrais qu'on écrive mes paroles, qu'elles soient gravées en une inscription, avec un ciseau de fer et du plomb, sculptées dans le roc pour toujours ! Je sais, moi, que mon Défenseur est vivant, que lui, le dernier, se lèvera sur la poussière. Une fois qu'[b]ils m'auront arraché cette peau[/b] qui est mienne, hors de ma chair, [b][u]je verrai Dieu[/u][/b].
Actes 7, 52-59
Lequel des prophètes vos pères n'ont-ils point persécuté ? Ils ont tué ceux qui prédisaient la venue du Juste, celui-là même que maintenant vous venez de trahir et d'assassiner, vous qui avez reçu la Loi par le ministère des anges et ne l'avez pas observée. » A ces mots, leurs cœurs frémissaient de rage, et [b]ils grinçaient des dents[/b] contre Étienne. Tout rempli de l'Esprit Saint, il fixa son regard vers le ciel ; il vit alors la gloire de Dieu et Jésus debout à la droite de Dieu. « Ah ! dit-il, [b][u]je vois les cieux ouverts et le Fils de l'homme debout à la droite de Dieu[/u][/b]. » Jetant alors de grands cris, ils se bouchèrent les oreilles et, [b]comme un seul homme, se précipitèrent sur lui[/b], le poussèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d'un jeune homme appelé Saul. Et tandis qu'on le lapidait, Étienne faisait cette invocation : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. »
Le point de vue de la proie jusqu’à la mise à mort. Le Christ lui-même fut une telle proie, et à plusieurs reprises :
Jean 10, 39
[b]Ils cherchaient donc de nouveau à le saisir[/b], mais il leur échappa des mains.
Matthieu 26, 55
A ce moment-là Jésus dit aux foules : « Suis-je un brigand, que [b]vous vous soyez mis en campagne avec des glaives et des bâtons pour me saisir[/b] ?
Actes 9, 4-5
Tombant à terre, il entendit une voix qui lui disait : « Saoul, Saoul, pourquoi me persécutes-tu ? »
- « Qui es-tu, Seigneur ? » demanda-t-il. Et lui : « [b]Je suis Jésus que tu persécutes[/b].
L’histoire de Saint Eustache développe ce thème de l’[u]identité entre le Christ et la proie des meutes[/u] de chasse à courre :
« Eustache s'appelait d'abord Placide. C'était le commandant des soldats de l’empereur Trajan. Bien que adonné au culte des idoles, il pratiquait avec grande assiduité les oeuvres de miséricorde. Il avait une épouse idolâtre et miséricordieuse comme lui; il en eut deux fils qu'il éleva selon son rang, avec une magnificence extraordinaire; comme il se faisait un devoir de s'adonner aux oeuvres de miséricorde, il mérita d'être dirigé dans la voie de la vérité. Un jour en effet qu'il se livrait à la chasse, il rencontra un troupeau de cerfs, au milieu desquels il en remarqua un plus beau et plus grand que les autres, qui se détacha pour gagner une forêt plus vaste. Tandis que les autres militaires courent après les cerfs, [b]Placide poursuit celui-ci de tous ses efforts et s'attache à le prendre. Comme il le suivait avec acharnement[/b], le cerf parvient enfin à gravir la cime d'un rocher ; Placide s'approche et songe aux moyens de ne pas le manquer ; or, pendant qu'il considère, le cerf avec attention, il voit [b]au milieu de ses bois la figure de la Sainte Croix[/b] plus resplendissante que les rayons du soleil, et[b] l’image de Jésus-Christ, qui lui adresse ces paroles [u]par la bouche du cerf[/u][/b], comme autrefois parla l’ânesse de Balaam : « [b]Placide, pourquoi me persécutes-tu ?[/b] C'est par bonté pour toi que je t'apparais sur cet animal. Je suis le Christ que tu honores sans le savoir : tes aumônes ont monté devant moi, et voilà pourquoi je suis venu ; c'est pour te chasser moi-même par le moyen de ce cerf que tu courais. » D'autres auteurs disent pourtant que ce fut l’image qui lui apparut entre les bois dit cerf qui proféra ces paroles. En entendant cela, [b]Placide, grandement saisi, tomba de son cheval[/b] ; revenu à lui après une heure, il se releva et dit : « Faites-moi comprendre ce que vous me dites et alors je croirai en vous. » Jésus-Christ lui dit : « Placide, je suis le Christ qui ai créé le ciel et la terre, qui ai fait jaillir, la lumière et l’ai séparée des ténèbres; j'ai réglé le temps, les jours et les années ; j'ai formé l’homme du limon de la terre; pour sauver le genre humain, je suis apparu ici-bas avec un corps, et après avoir été crucifié et enseveli, je suis ressuscité le troisième jour. » A ces mots, Placide tomba de nouveau sur terre et dit : « Je crois, Seigneur, que c'est vous qui avez tout fait, et que vous ramenez ceux qui s'égarent. » Alors le Seigneur lui dit : « Si tu crois, va, trouver l’évêque de la ville, et fais-toi baptiser. » (Jacques de Voragine, Légende dorée)
L’identification du cerf avec le Christ et de Placide avec Saint Paul est tout à fait manifeste.Il y a des rôles endossés à travers les âges, celui du Christ, de Job et d’Etienne, qui est celui de la proie, et celui des meutes, des foules persécutrices, de Saint Paul, de Saint Eustache et de Saint Hubert qui découvrent toute l’horreur de la persécution qu’ils font subir à leurs proies.
Car les métaphores de la chasse sont utilisées pour dire la haine, violence et l’horreur des rapports entre les foules et leurs victimes.
Dans la littérature païenne elle-même, la possibilité de prendre le point de vue de la proie est considérée avec le mythe de Diane et Actéon :
« Il fut changé en cerf, et ses chiens de son sang s'abreuvèrent; mais il n'était point coupable : le hasard seul le perdit. Une erreur pouvait-elle donc le rendre criminel ?
Le Cithéron était couvert du sang et du carnage des hôtes des forêts. Déjà le soleil, également éloigné de l'orient et de l'occident, rétrécissait les ombres, lorsque le jeune Actéon rassemble les Thébains que l'ardeur de la chasse avait emportés loin de lui : "Compagnons, leur dit-il, nos toiles et nos javelots sont teints du sang des animaux. C'en est assez pour aujourd'hui. Demain, dès que l'Aurore sur son char de pourpre ramènera le jour, nous reprendrons nos travaux. Maintenant que le soleil brûle la terre de ses rayons, pliez vos filets noueux, détendez vos toiles, et livrez-vous au repos." Soudain les Thébains obéissent, et leurs travaux sont suspendus.
Non loin était un vallon couronné de pins et de cyprès. On le nomme Gargaphie, et il est consacré à Diane, déesse des forêts. Dans le fond de ce vallon est une grotte silencieuse et sombre, qui n'est point l'ouvrage de l'art. Mais la nature, en y formant une voûte de pierres ponces et de roches légères, semble avoir imité ce que l'art a de plus parfait. À droite coule une source vive, et son onde serpente et murmure sur un lit de gazon. C'est dans ces limpides eaux que la déesse, fatiguée de la chasse, aimait à baigner ses modestes attraits. Elle arrive dans cette retraite solitaire. Elle remet son javelot, son carquois, et son arc détendu à celle de ses nymphes qui est chargée du soin de les garder. Une seconde nymphe détache sa robe retroussée; en même temps deux autres délacent sa chaussure; et Crocalé, fille du fleuve Isménus, plus adroite que ses compagnes, tresse et noue les cheveux épars de la déesse pendant que les siens flottent encore sur son sein. Néphélé, Hyalé, Rhanis, Psécas, et Phialé épanchent sur le corps de Diane les flots limpides jaillissant de leurs urnes légères.
Tandis que Diane se baigne dans la fontaine de Gargaphie, Actéon errant d'un pas incertain dans ce bocage qui lui est inconnu, arrive dans l'enceinte sacrée, entraîné par le destin qui le conduit. À peine est-il entré dans la grotte où coule une onde fugitive, que les nymphes l'apercevant, frémissent de paraître nues, frappent leur sein, font retentir la forêt de leurs cris, et s'empressent autour de la déesse pour la dérober à des yeux indiscrets. Mais, plus grande que ses compagnes, la déesse s'élevait de toute la tête au-dessus d'elles. Tel que sur le soir un nuage se colore des feux du soleil qui descend sur l'horizon; ou tel que brille au matin l'incarnat de l'aurore naissante, tel a rougi le teint de Diane exposée sans voiles aux regards d'un mortel. Quoique ses compagnes se soient en cercle autour d'elles rangées, elle détourne son auguste visage. Que n'a-t-elle à la main et son arc et ses traits rapides ! À leur défaut elle s'arme de l'onde qui coule sous ses yeux; et jetant au front d'Actéon cette onde vengeresse, elle prononce ces mots, présages d'un malheur prochain :
"Va maintenant, et oublie que tu as vu Diane dans le bain. Si tu le peux, j'y consens". Elle dit, et soudain sur la tête du prince s'élève un bois rameux; son cou s'allonge; ses oreilles se dressent en pointe; ses mains sont des pieds; ses bras, des jambes effilées; et tout son corps se couvre d'une peau tachetée. À ces changements rapides la déesse ajoute la crainte. Il fuit; et dans sa course il s'étonne de sa légèreté. À peine dans une eau limpide a-t-il vu sa nouvelle figure : Malheureux que je suis ! voulait-il s'écrier; mais il n'a plus de voix. Il gémit, et ce fut son langage. De longs pleurs coulaient sur ses joues, qui n'ont plus leur forme première. Hélas ! il n'avait de l'homme conservé que la raison. Que fera cet infortuné ? retournera-t-il au palais de ses pères ? la honte l'en empêche. Ira-t-il se cacher dans les forêts ? la crainte le retient. Tandis qu'il délibère, ses chiens l'ont aperçu. Mélampus, né dans la Crète, et l'adroit Ichnobates, venu de Sparte, donnent par leurs abois le premier signal. Soudain, plus rapides que le vent, tous les autres accourent. Pamphagos, et Dorcée, et Oribasos, tous trois d'Arcadie ; le fier Nébrophonos, le cruel Théron, suivi de Lélaps ; le léger Ptérélas, Agré habile à éventer les traces du gibier ; Hylée, récemment blessé par un sanglier farouche ; Napé engendrée d'un loup ; Péménis, qui jadis marchait à la tête des troupeaux ; Harpyia, que suivent ses deux enfants ; Ladon, de Sicyone, aux flancs resserrés; et Dromas, Canaché, Sticté, Tigris, Alcé, et Leucon, dont la blancheur égale celle de la neige ; et le noir Asbolus, et le vigoureux Lacon ; le rapide Aello et Thoüs; Lyciscé, et son frère le Cypriote ; Harpalos, au front noir tacheté de blanc; Mélanée, Lachné, au poil hérissé ; Labros, Agriodos, et Hylactor, à la voix perçante, tous trois nés d'un père de Crète et d'une mère de Laconie ; et tous les autres enfin qu'il serait trop long de nommer.
Cette meute, emportée par l'ardeur de la proie, poursuit Actéon, et s'élance à travers les montagnes, à travers les rochers escarpés ou sans voie. Actéon fuit, poursuivi dans ces mêmes lieux où tant de fois il poursuivit les hôtes des forêts. Hélas ! lui-même il fuit ses fidèles compagnons; il voudrait leur crier : "Je suis Actéon, reconnaissez votre maître". Mais il ne peut plus faire entendre sa voix. Cependant d'innombrables abois font résonner les airs. Mélanchétès lui fait au dos la première blessure ; Thérodamas le mord ensuite ; Orésitrophos l'atteint à l'épaule. Ils s'étaient élancés les derniers à sa poursuite, mais en suivant les sentiers coupés de la montagne, ils étaient arrivés les premiers. Tandis qu'ils arrêtent le malheureux Actéon, la meute arrive, fond sur lui, le déchire, et bientôt sur tout son corps, il ne reste aucune place à de nouvelles blessures. Il gémit, et les sons plaintifs qu'il fait entendre, s'ils différent de la voix de l'homme, ne ressemblent pas non plus à celle du cerf. Il remplit de ses cris ces lieux qu'il a tant de fois parcourus; et, tel qu'un suppliant, fléchissant le genou, mais ne pouvant tendre ses bras, il tourne en silence autour de lui sa tête languissante.
Cependant ses compagnons, ignorant son triste destin, excitent la meute par leurs cris accoutumés; ils cherchent Actéon, et le croyant éloigné de ces lieux, ils l'appellent à l'envi, et les bois retentissent de son nom. L'infortuné retourne la tête. On se plaignait de son absence; on regrettait qu'il ne pût jouir du spectacle du cerf à ses derniers abois. Il n'est que trop présent ; il voudrait ne pas l'être ; [b]il voudrait être témoin, et non victime[/b]. Mais ses chiens l'environnent ; [i]ils enfoncent leurs dents cruelles dans tout son corps[/i], et [i]déchirent[/i] leur maître caché sous la forme d'un cerf. Diane enfin ne se crut vengée que lorsque, [i]par tant de blessures[/i], l'affreux trépas eut terminé ses jours. » (Ovide, Métamorphoses)
Le mythe d'Actéon raconte la même histoire que le livre de Job et les Psaumes, c'est la même chasse à l'homme, ce sont les mêmes traques, encerclements, mises à mort et dépeçage de la victime. Le mythe rapporte la culpabilité de son héros, qui est accusé de sacrilège, mais Ovide rajoute une dimension supplémentaire, il prend le point de vue de la proie, lui aussi et est à ce titre relativement proche du christianisme.