par etienne lorant » mar. 17 août 2010, 16:53
Dans ces souvenirs d'avance, un écrivain rapporte comment - au cours de son enfance, il avait vécu un moment d'adoration absolu. Or, j'ai retrouvé ce texte pratiquement au moment où j'ai découvert une des dernières lettres qu'écrivit Simone Weil à ses parents. Dans cet écrit, elle plaçait sur le même les grands vieillards, incapables de se mouvoir encore, et les petits enfants qui rencontrent de graves difficultés d'insertion dans la vie sociale.
Tous ces textes parlant non seulement des hommes mais aussi de Dieu dans l'effacement et l'humilité qui constituent la vraie Gloire, j'ai voulu les mettre en rapport ici:
Le souvenir d'enfance
De ces années obscures, je garde le souvenir d'une minute de ravissement tel que je n'en ai jamais connu depuis. Doit-on dire ces choses ou les garder pour soi ? Il y eut un moment, dans cette chambre, où levant la tête vers la vitre, j'aperçus le ciel noir dans lequel brillaient quelques étoiles. Quels mots employer pour décrire ce qui échappe au langage ? Cette minute fut peut-être la plus importante de ma vie et je ne sais qu'en dire. J'étais seul dans cette pièce sans lumière, et le regard levé vers le ciel j'eus ce que je ne puis appeler qu'un élan d'amour. J'ai aimé en ce monde, mais jamais comme en ce court moment, et je ne savais Qui j'aimais. Pourtant je savais qu'Il était là et que me voyant, Il m'aimait aussi. Comment cette pensée se fit-elle jour dans mon cerveau ? Je n'en sais rien. J'étais sûr que quelqu'un était là et me parlais sans paroles. Ayant dit cela, j'ai tout dit. (Julien Green dans "Partir avant le jour")
La réflexion de Simone Weil
"Seuls les êtres tombés au dernier degré de l'humiliation, sans considération sociale, regardés par tous comme dépourvu de la première dignité humaine - seuls ceux-là ont la possibilité de dire, même sans ouvrir la bouche, la Vérité que nous cherchons parfois très loin. Or, la seule vérité que peuvent encore exprimer ces personnes en fin de vie et aussi les enfants autistes, ou trisomiques, c'est celle-ci: 'Nous sommes tous confiés les uns aux autres'. Et d'une certaine façon aussi, ces humains déchus disent Dieu. Cette façon de dire vous paraît inadmissible, et cependant, c'est la place qu'a prise Dieu en s'incarnant: Il a voulu la grotte de Bethléem, Il a voulu l'obscurité de Nazareth, Il a voulu les aléas des routes de Galilée, Il a voulu laver les pieds des siens, Il a voulu être rejeté par tous, et Il a voulu souffrir et mourir crucifié. Car telle est la puissance de Dieu
et sa gloire, qui ne manifeste pas aux yeux de la chair mais qui brille aux yeux de l'âme"
Dans ces souvenirs d'avance, un écrivain rapporte comment - au cours de son enfance, il avait vécu un moment d'adoration absolu. Or, j'ai retrouvé ce texte pratiquement au moment où j'ai découvert une des dernières lettres qu'écrivit Simone Weil à ses parents. Dans cet écrit, elle plaçait sur le même les grands vieillards, incapables de se mouvoir encore, et les petits enfants qui rencontrent de graves difficultés d'insertion dans la vie sociale.
Tous ces textes parlant non seulement des hommes mais aussi de Dieu dans l'effacement et l'humilité qui constituent la vraie Gloire, j'ai voulu les mettre en rapport ici:
[b]Le souvenir d'enfance[/b]
De ces années obscures, je garde le souvenir d'une minute de ravissement tel que je n'en ai jamais connu depuis. Doit-on dire ces choses ou les garder pour soi ? Il y eut un moment, dans cette chambre, où levant la tête vers la vitre, j'aperçus le ciel noir dans lequel brillaient quelques étoiles. Quels mots employer pour décrire ce qui échappe au langage ? Cette minute fut peut-être la plus importante de ma vie et je ne sais qu'en dire. J'étais seul dans cette pièce sans lumière, et le regard levé vers le ciel j'eus ce que je ne puis appeler qu'un élan d'amour. J'ai aimé en ce monde, mais jamais comme en ce court moment, et je ne savais Qui j'aimais. Pourtant je savais qu'Il était là et que me voyant, Il m'aimait aussi. Comment cette pensée se fit-elle jour dans mon cerveau ? Je n'en sais rien. J'étais sûr que quelqu'un était là et me parlais sans paroles. Ayant dit cela, j'ai tout dit. (Julien Green dans "Partir avant le jour")
[b]La réflexion de Simone Weil[/b]
"Seuls les êtres tombés au dernier degré de l'humiliation, sans considération sociale, regardés par tous comme dépourvu de la première dignité humaine - seuls ceux-là ont la possibilité de dire, même sans ouvrir la bouche, la Vérité que nous cherchons parfois très loin. Or, la seule vérité que peuvent encore exprimer ces personnes en fin de vie et aussi les enfants autistes, ou trisomiques, c'est celle-ci: 'Nous sommes tous confiés les uns aux autres'. Et d'une certaine façon aussi, ces humains déchus disent Dieu. Cette façon de dire vous paraît inadmissible, et cependant, c'est la place qu'a prise Dieu en s'incarnant: Il a voulu la grotte de Bethléem, Il a voulu l'obscurité de Nazareth, Il a voulu les aléas des routes de Galilée, Il a voulu laver les pieds des siens, Il a voulu être rejeté par tous, et Il a voulu souffrir et mourir crucifié. Car telle est la puissance de Dieu
et sa gloire, qui ne manifeste pas aux yeux de la chair mais qui brille aux yeux de l'âme"